Les Incurables / Jon Bassoff. - Gallmeister, 2018. - (Americana)

"Nous finirons par initier les sains d'esprit et ils pourront traiter les aliénés. Si seulement nous pouvions établir qui est sain d'esprit." p. 115
Nous sommes en 1953 aux États-Unis, les hôpitaux psychiatriques sont surpeuplés et jusqu’à présent il existait peu de traitements. Du coup les méthodes du Docteur Walter Freeman ont eu du succès dans l’hôpital où il exerçait. Neurologue sans formation en chirurgie, il est néanmoins un pionnier de la lobotomie transorbitale, plus de 3000 lobotomies réalisées pour venir à bout des démences, des hystéries, des pulsions criminelles… Électrochocs en guise d’anesthésie et pic à glace et marteau de charpentier pour outils, voilà des méthodes bien plus radicales que celles de Freud et de ses disciples ! Quelques dizaines de morts certes en résulte… Avec l’arrivée des premiers neuroleptiques et antidépresseurs, les psychiatres osent enfin dire qu’ils en ont soupé de ces méthodes moyenâgeuses aux résultats très incertains et Freeman ne pouvant plus exercer part sur les routes, embarquant avec lui pour la circonstance l’un de ses patients lobotomisés, ex-assassin psychopathe. Sillonnant le pays dans sa Cadillac, Freeman fait témoigner son patient et promeut sa technique dans les foires, au besoin il fait une démonstration publique sur un singe. Ensuite, des volontaires se proposent… C’est à Burnwood, Oklahoma, que nous rejoignions le docteur. S’il se prend pour un sauveur, il va y rencontrer un prédicateur, Donald Stanton, qui présente à la foule comme rien moins que le Messie son fils, Durango 16 ans, un brave garçon obligé de se promener avec une couronne d’épines au front et parfois son trône dans le dos. Il y a aussi là Scent, une prostituée de 17 ans dont le père est en cavale après un braquage. Pour retrouver une vie normale, Durango ferait bien lobotomiser son père et Scent sa mère, pour réussir à lui faire avouer où est l’argent du braquage et mettre la main sur le magot. Il y a bien d’autres personnages car toute la lie de la société semble s’être donnée rendez-vous à Burnwood. Tous déjantés, tous cruels, tous criminels, tous menteurs, un condensé du pire de l’humanité. Âmes sensibles s’abstenir. Un univers qui n’aurait pas déplu à Harry Crews. Assurément Bassoff est un auteur à suivre. Le pire étant que le Freeman du roman est probablement très proche du vrai Docteur Freeman, celui qui, parmi d'autres, opéra, lorsqu’elle avait 23 ans, Rose-Marie Kennedy, sœur du futur président des États-Unis, et en fit un légume.  
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Avis :***

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