La loi du Phajaan / J.-F. Chabas. - Didier, 2017

Kiet devenu vieil homme raconte : alors qu'il n'était qu'un enfant de 10 ans, il se voit confier un jeune éléphant dont il devra briser la volonté. La loi du phajaan. Pour cela, il faut exercer une violence répétée sur l'animal majestueux, aux endroits les plus sensibles, le priver d'eau et de nourriture. Kiet a le sentiment profond d'être dans l'immoralité, dans l'injustice. Mais il n'est qu'un « garçon au jugement balbutiant » et obéit à son père, dans « la plus grande honte et le plus immense chagrin de toute (son) existence. »
Si le phajaan est si éprouvant à lire, c'est que Jean-François Chabas se met dans la peau de l'éléphant : la pire des violences n'est pas physique mais se situe bien dans l'effroi émotionnel de l'éléphant, à la vie sociale très élaborée, anéanti de voir les siens assassinés sous ses yeux.
Les réalités décrites datent d'il y a plus d'un demi-siècle mais le narrateur rappelle que les techniques restent inchangées. « Maintenant on électrocute aussi les éléphants pour les dresser afin que des touristes montent dessus faire leur petit tour glorieux. »
Comme dans ses derniers romans, Jean-François Chabas sonde et explore dans ses moindres détails un événement, qui met en lumière une vie entière racontée beaucoup plus brièvement. Le texte est très fort, la violence décrite insoutenable, à connaître néanmoins pour ne plus en être complice. Elle est néanmoins atténuée par la rédemption annoncée du narrateur.

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