La Ville sans juifs : un roman d'après-demain / Hugo Bettauer.- Belfond, 2017. - (Vintage)

"Après la grande expulsion, tout Vienne se transforme en un camp de porteurs de croix gammées." p. 115
Que raconte ce roman écrit en 1922 par un Juif autrichien ou un Autrichien juif ? En 1922, dans une Vienne à la situation financière délicate, on porte au pouvoir un parti dont le grand projet est l’expulsion de tous les juifs d’Autriche sous six mois maximum. A cette fin, des cohortes de trains prioritaires seront spécialement affrétées. Nous assistons aux réactions de divers personnages (commerçants, politiques…) et à leur versatilité dans le temps. Le tout est accompagné des agissements chevaleresques d’un juif revenu en Autriche dissimulé sous l’identité d’un Français et est porté par une histoire d’amour entre lui-même et une jeune autrichienne. Il serait fort exagéré de prétendre qu’il s’agit d’un objet littéraire d’un intérêt majeur. Cependant relire aujourd’hui ce texte est assurément étrange, d’autant plus en observant le télescopage des dates. Le roman est publié en 1922 tandis qu’Hitler prend la tête du parti ouvrier allemand national-socialiste en 1921 et tente un putsch en 1923. En 1925, alors qu’Hitler a été libéré et termine la rédaction de Mein Kampft, Hugo Bettauer est assassiné par un membre du parti nazi. Pour Bettauer, les juifs quittent pacifiquement en train le pays et, comme il est évident que la raison ne peut que triompher au bout de quelques années, la population autrichienne réclamera bientôt leur retour. Quant à l’Allemagne, elle ne sera jamais assez idiote pour se fourvoyer dans un tel comportement de rejet. On le voit l’aspect prémonitoire est saisissant mais tout de même très partiel. Aux yeux de l'Histoire, il fait même carrément preuve d'un optimisme aveugle !
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Avis : **

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