Je veux un chien et peu importe lequel / K. Crowther. - Ecole des loisirs, 2021. - (Pastel)

Millie fait preuve d'inventivité, tous les matins avant d'aller à l'école, pour convaincre sa mère d'adopter un chien : flatterie, humour, émotion... Rien n'y fait jusqu'à ce grand, ce merveilleux matin : « OUIiii!!! Mais on va le chercher dans un refuge. »
Difficile de choisir parmi tous ces chiens abandonnés mais Prince s'impose à elle.
Quelle terrible déception lorsqu'elle le présente à ses camarades du club select des DOGS : « c'est un bâtard. » Que vaudront ses promesses d'amour inconditionnel face à ce désaveu ? Le double rebondissement final apporte la réponse. 
L'illustration peut déconcerter, avec son trait faussement brouillon et la prédominance de l'orange fluo, mais la richesse de l'album séduit immanquablement : la relation mère-fille, la persévérance de Millie, sa faculté à revenir sur ses erreurs, le lien à l'animal, et la promesse d'une relation riche et indéfectible. 

La vieille ourse / A. Billon ; M. Baschet. - L'étagère du bas, 2021

Ses yeux sont fatigués, ses pas maladroits… Ourse aimerait rester dans sa tanière mais la faim la pousse dehors. Elle tombe nez à nez avec un jeune garçon. Stupeur de part et d'autre. L'enfant, fils de bûcheron, sait qu'il fait une proie idéale. L'ourse n'oublie jamais le danger que représente l'homme. Le statu quo bascule lorsque l'enfant offre son goûter à l'ourse affamée. Voilà le bûcheron…
La nature et l'empathie sont au cœur de cet album aux illustrations naïves, aux cadrages aussi variés que les émotions traversées par les personnages. Les auteures excellent à valoriser ce don qui consiste à écouter et accueillir la fragilité.

Le petit monsieur / O. Lallemand ; A.-I. Le Touzé. - Glénat jeunesse, 2021

Le petit monsieur mène une vie simple et routinière, dans sa grande maison de bord de mer. Une famille de réfugiés arrive dans son village, il hésite entre curiosité et méfiance. Lorsque le maire sollicite les villageois, expliquant que cette famille a fui la guerre et cherche un abri, il se porte volontaire ! Un élan spontané qu'il va regretter ?
Il ne saurait se résumer en tout cas en un acte de charité, car la solidarité rime ici avec partages, échanges, dialogue de cultures et de solitudes. 

Soleil jusqu'à la fin / M. Georgelin. - Sarbacane, 2021

Une mère fraîchement suicidée, une tante dépassée par les événements, un père absent depuis longtemps… Amaya se retrouve en Maison d'enfants à caractère spécial. Elle est dotée d'un haut potentiel intellectuel -en décrochage scolaire- et possède une réparti solide : elle ne s'en laisse pas conter ! Elle parle à sa poupée et interpelle son lecteur qu'elle appellera Albert. Et pourquoi pas. 
Si elle est méfiante envers les adultes, elle sait embellir la vie des autres enfants, « les petits, les foutus, les vaincus  » avec « de belles histoires  », « pour compenser l'absurdité de ce monde. » Elle est si empathique qu'elle se prend à rêver d'être « consoleuse professionnelle ».
Mais comment trouver encore la force d'être confiant lorsque la vie vous assomme d'une épreuve, d'une saloperie supplémentaire, encore une ? Lorsque les adultes censés protéger ont failli ?
Amaya va devoir mener un combat intérieur qui voit s'affronter la peur et l'envie de se laisser aller à la douceur, à la confiance. Un roman qui n'édulcore pas les drames des maltraitances enfantines et lui oppose un optimisme farouche basé sur l'empathie, les forces à trouver en soi et l'espoir de lendemains apaisés. 

La brodeuse d'histoire / M. Aranda. - CotCotCot éditions, 2019

Elles ont longtemps été de simples voisines, puis sont devenues amies. Lucia contant des histoires à Mila. « De mémoire » ; et Mila l'écoutant avidement en dégustant un flan maison. 
Puis ce sera au tour de Mila de transmettre à son aînée, et c'est avec une grande pudeur que l'auteure et la narratrice abordent l'illettrisme, autour de la métaphore filée de la broderie. Oralité et écriture se tricotent et redessinent un avenir à celle qui avait dû renoncer à son métier de mercière. 

Le sourire de Suzie / A. Crahay. - CotCotCot éditions, 2019

Suzie a perdu son sourire. Elle l'a cherché chez son père, chez sa mère. En vain. Mais elle sait faire illusion avec quantité de sourires de papier. « Le sourire même pas peur, le sourire du lundi matin, le sourire de la photo de classe, le sourire pour les copains (...) Le sourire pour dire je vais bien. Très très bien. Point.  » Mais voilà que ces sourires prennent l'eau ; une digue qui rompt…
Grâce à des illustrations forcément agrémentées de collages papier, Anne Crahay montre la détresse d'une petite fille qui n'arrive plus à communiquer, à exprimer ses émotions. Le soulagement du lien retrouvé entre enfant et parents réconciliés sera à la hauteur de l'effort déployé pour donner le change. 
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La petite rouge courroux / R. Frier ; V. Dorche. - Sarbacane, 2021

Si elle est rouge, c'est bien de colère !
Parce qu'on la somme de faire ci et ça, une galette au beurre en l'occurrence.
Parce que le frère, goguenard, se la coule douce.
Parce que son père ne veut pas qu'elle sorte.
Parce que sa mère ne pipe mot devant toutes ces injustices.
La petite fait donc la galette, la confie à son frère, enfile son habit rouge courroux et... s'enfuit dans la forêt ! Bien sûr, elle croise le loup, mais que peut un loup face à une colère pareille ?!?
C'est une version détournée du Petit Chaperon rouge que nous propose Raphaële Frier ; elle y fait résonner chaque mot, chaque phrase, d'un empuissancement qui changera évidemment l'issue et la teneur du conte. 

Extrême ! / M. Espinosa. - Scrinéo, 2021. - (Engagé)

Elle est gonflée, cette fille ! Arrivée dans sa nouvelle classe depuis 5 minutes, elle ose déjà interpeler le prof, sur le sujet de la maltraitance animale. Valentin est sous le charme de cette fille fougueuse et prête à tout pour ses convictions. Il l'accompagne sur des actions militantes. 
Très vite, alors qu'il rejoint un groupe d'activistes, il est confronté à un dilemme : s'il est d'accord sur le fond -les mesures à prendre contre l'exploitation animale et le réchauffement climatique- il désapprouve les méthodes. 
Ce titre s'inscrit dans la collection engagé qui interroge l'enjeu de la citoyenneté active. Il porte ici moins sur l'animalisme que sur l’activisme et ses limites, même si la postface contextualise le propos. 
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La révolte / E. Lima. - La Joie de lire, 2021

C'est d'abord un oiseau qui a cessé de chanter. Puis tous. Les chats ont refusé de miauler, les vaches de donner du lait… « On aurait dit que les animaux avaient conclu un pacte. » Les enfants ont suivi, cessant de jouer ou refusant d'aller à l'école. « Le monde n'était plus que silence. »
Nous aurons bien sûr l'explication de cette révolte, le fin mot de l'histoire, qui pourrait bien sonner aussi celle du monde tel qu'on le connait, si la mise en garde n'est pas entendue. 
Sobriété efficace dans le texte, l'image et les teintes, pour un manifeste porté par les premiers concernés : les animaux et les enfants. 
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Le chien, le lapin et la moto / K. Hoefler ; S. Jacoby. - Editions des Eléphants, 2021

Lapin a toujours rêvé de tracer la route mais n'en a jamais trouvé le courage. Heureusement, Chien comble ses aspirations d'évasion en lui racontant ses virées à moto. Lorsqu'il meurt, ne reste que le silence. Et la moto, léguée, qui finit par se rappeler à lui…
Cette moto est un personnage à part entière, lien permanent entre les 2 amis, catalyseur des évènements. 
Les phrases sont courtes, les mots, choisis, évocateurs et poétiques ; les illustrations quant à elles -dans un format évidemment paysage- expriment le mouvement, tous les mouvements, ceux des voyages comme ceux de l'âme. 

C'est pas gagné, Félipé / L. Monloubou. - Kaléidoscope, 2021

Félipé est passionné de foot. Déco de chambre, discussions à bâtons rompus, histoire du soir... Toute sa vie tourne autour du ballon rond. Ne lui manquait que l'activité en elle-même, le voici désormais inscrit au club voisin. Si l'enthousiasme est à son comble, les résultats laissent à désirer… Mais il y croit Félipé, il en veut !
Les illustrations de Laure Monloubou ne laisse aucune ambiguïté sur son enthousiasme infaillible (et sur la lassitude de certains…).
Chapeau à Félipé qui jamais ne se décourage, dépasse ses échecs pour mieux rebondir. Aucune amertume, aucune jalousie, c'est une leçon de résilience active que nous donne ce petit personnage volontaire qui ira loin ! Dans le domaine du foot bien sûr !

Les enfants du tout petit roi et de la très grande princesse / T. Miura. - Milan, 2021

Préparant sa succession, le roi convoque ses 10 enfants, les invite à découvrir leur royaume et réfléchir à la manière de le servir. 9 enfants expriment leur choix d'un métier utile pour le pays, sans volonté de le diriger. Le benjamin lui n'a pas d'idée précise en tête, si ce n'est ce souhait de vivre en harmonie, tous ensemble. Et si toutes ces visions d'avenir pouvaient se concilier ?
Les dessins aux formes géométriques très colorées servent cette histoire à répétition qui privilégie le collectif à l'individualisme. 

Sur le dos de Baba / M. Dubuc. - Casterman, 2021

Koko ne quitte jamais le dos de Baba. Dormir, manger, jouer et même faire pipi, c'est pratique d'être sur son papa ! Ca se complique lorsque le jeune koala souhaite guider la promenade mais que Baba n'en fait qu'à sa tête… 
Les postures et expressions de ces 2 koalas père et fils sont irrésistibles et les cadrages très pertinents pour exprimer l'indépendance progressive du petit. Les bouilles animales attendrissantes et le petit format carré cartonné en font un livre idéal pour les petites mains. 

You know i'm no good / J. A. Foley. - Hugo, 2021. - (New way)

Mia est une jeune femme très intelligente dont la mère a été assassinée lorsqu'elle avait 3 ans ; c'est aussi aux yeux du monde une traînée qui boit et se défonce beaucoup. Une "ado à problèmes" dont le père ne se trouve plus d'autre choix, lorsque Mia frappe sa belle-mère, que de l'envoyer dans un établissement thérapeutique. C'est là que Mia apprendra à se voir telle qu'elle est et non telle que les autres la voient ; à sortir, peut-être,  de ce processus d'autodestruction. 
Ce roman young adulte dresse le portrait des jeunes femmes au parcours difficile tout en soulignant combien la société patriarcale contribuent à ces violences.
« Pourquoi personne ne m'a dit qu'il n'y avait pas de période d'essai ; 
que tout ce qu'on fait dans la vie compte, 
qu'on peut boire ou fumer autant qu'on veut pour oublier 
ce qu'on a fait, et ce qu'on vous a fait, 
mais rien ne vous fera oublier ce que vous avez ressenti à ce moment-là.  »

Des ailes dans la nuit / J. Yolen ; J. Schoenherr. - D'Eux, 2017

Quand on court le grand-duc, il faut être courageux, silencieux, endurant, patient, attentif aux signes et aux bruits. Il faut savoir espérer aussi. Et alors, la récompense est immense…
La fillette narratrice de cet album va en faire l'expérience inoubliable, à la suite de ses frères, avec son père pour guide. En pleine nuit, ils chemineront dans la forêt enneigée, les sens en éveil et le cœur battant. Ambiance garantie.

Ma vie est un trésor / H. Romano ; G. Barthélémy. - Courtes et Longues, 2020. - (Je dis mes maux pour mieux les vivre)

Naissance d'un petit frère, déménagement... « mes parents sont tellement occupés que je suis devenu comme transparent ». Nouvelle école également, et en tant que « nouveau  », il est l'objet de toutes les farces, moqueries, coups et insultes. Jusqu'à ce qu'enfin, il soit accepté dans une bande. Il n'en aime pas les « jeux », ni l'ambiance, mais c'est tellement rassurant d'être intégré…
Le jeu du rêve indigo, malgré son nom poétique, se révèlera dramatique. 
Analyse fine et forte des relations de groupes, dangereuses lorsque des rapports de force s'immiscent. Le rôle des adultes est fortement questionné et Hélène Romano, l'auteur psychologue spécialiste du trauma de l'enfant, propose quelques conseils dans une fiche annexe.
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L'imagier de l'hiver / A. Bertier. - Memo, 2020

«  De la neige ! Partout ! Un silence ! Du froid ! » Après cette introduction vive, l'enfant détaille toutes les activités propres à l'hiver : s'habiller chaudement, rouler des boules de neige, glisser sur la neige en luge, boire un chocolat chaud.... L'enfant, tout à son plaisir, n'en oubliera néanmoins pas de donner des graines aux oiseaux. 
Anne Bertier propose bien davantage qu'un imagier d'objets et d'activités, elle convoque les sens et les émotions de ces instants si particuliers et aujourd'hui si rares de la neige attendue.
Beaucoup de poésie et un brin d'humour pour évoquer l'univers à la fois douillet et électrique de l'hiver. 

Kiko et les animaux / C. Claire ; Z. Yawen. - Bayard ; Folimage, 2020

Les animaux profitaient du soleil dans la cour de la ferme, mais Kiko est arrivé, avec ses cris et ses farces qui ne font rire que lui. Plus personne n'est à l'abri, les scarabées sont prisonniers, la souris, pourchassée, la poule spoliée de son œuf etc. 
Les animaux demandent des comptes. Si Kiko se justifie en arguant de sa position d'humain, les animaux réfutent chacun de ses arguments. Kiko sait dessiner ? L'araignée excelle dans ses toiles. Que vaut la force de Kiko face à celle du scarabée ?
A la faveur d'un accident, les animaux achèveront de convaincre le petit garçon, par les actes, de leur valeur à tous et de la force d'une solidarité de groupe.

Notre monstre / A. Laroche. - Rageot, 2020

Adèle et sa mère ne se parlaient plus guère, la première excédée par les piques et reproches incessants de la seconde. Mais l'annonce du cancer de Lise a totalement changé la donne : Lise veut sauver sa relation avec sa fille. Au prix d'un pacte : ni l'une ni l'autre ne parleront à autrui -ni même au père d'Adèle parti avec une autre femme- du cancer qui la ronge. La relation conflictuelle se mue en politesses, puis complicité : toutes les deux « s'offrent le meilleur ». Si entre elles, chaque moment devient privilégié, le secret sur la maladie creuse la distance avec tous les proches d'Adèle, amie fidèle ou nouvelles connaissances potentielles. 
La situation devient trop anxiogène pour Adèle, elle a besoin d'une aide impossible à obtenir sans briser sa promesse. Mais un autre mensonge vient grever la situation…
Un roman qui débute comme une histoire de maladie et navigue dans les limbes des relations humaines qui peuvent être troubles, puissantes, fluctuantes, manipulatrices... La confiance en l'autre y occupe une place prépondérante. 


Quel tableau / J. Couty. - Rouergue, 2020

Un père et son fils vont au musée, observent les tableaux.... « Mais ! Ce n'est pas du tout comme ça que je le voyais ! » En effet, chacun des 20 tableaux présentés (Le fils de l'homme de Magritte, La laitière de Vermeer, Augustine enfin danseuse étoile de Degas, Les Nymphéas de Monet...) sont détournés et illustrent les problèmes de surpopulation, déforestation, pollution, réchauffement climatique, crises migratoires et sanitaires… « Trop c'est trop (…) Il va falloir sérieusement se prendre en main. »
Tel est le message du père à son fils, de l'auteur au lecteur. On pourra avoir envie de poursuivre le détournement des tableaux et/ou vouloir apporter sa touche active pour inverser le processus.