Les enfants du tout petit roi et de la très grande princesse / T. Miura. - Milan, 2021

Préparant sa succession, le roi convoque ses 10 enfants, les invite à découvrir leur royaume et réfléchir à la manière de le servir. 9 enfants expriment leur choix d'un métier utile pour le pays, sans volonté de le diriger. Le benjamin lui n'a pas d'idée précise en tête, si ce n'est ce souhait de vivre en harmonie, tous ensemble. Et si toutes ces visions d'avenir pouvaient se concilier ?
Les dessins aux formes géométriques très colorées servent cette histoire à répétition qui privilégie le collectif à l'individualisme. 

Sur le dos de Baba / M. Dubuc. - Casterman, 2021

Koko ne quitte jamais le dos de Baba. Dormir, manger, jouer et même faire pipi, c'est pratique d'être sur son papa ! Ca se complique lorsque le jeune koala souhaite guider la promenade mais que Baba n'en fait qu'à sa tête… 
Les postures et expressions de ces 2 koalas père et fils sont irrésistibles et les cadrages très pertinents pour exprimer l'indépendance progressive du petit. Les bouilles animales attendrissantes et le petit format carré cartonné en font un livre idéal pour les petites mains. 

You know i'm no good / J. A. Foley. - Hugo, 2021. - (New way)

Mia est une jeune femme très intelligente dont la mère a été assassinée lorsqu'elle avait 3 ans ; c'est aussi aux yeux du monde une traînée qui boit et se défonce beaucoup. Une "ado à problèmes" dont le père ne se trouve plus d'autre choix, lorsque Mia frappe sa belle-mère, que de l'envoyer dans un établissement thérapeutique. C'est là que Mia apprendra à se voir telle qu'elle est et non telle que les autres la voient ; à sortir, peut-être,  de ce processus d'autodestruction. 
Ce roman young adulte dresse le portrait des jeunes femmes au parcours difficile tout en soulignant combien la société patriarcale contribuent à ces violences.
« Pourquoi personne ne m'a dit qu'il n'y avait pas de période d'essai ; 
que tout ce qu'on fait dans la vie compte, 
qu'on peut boire ou fumer autant qu'on veut pour oublier 
ce qu'on a fait, et ce qu'on vous a fait, 
mais rien ne vous fera oublier ce que vous avez ressenti à ce moment-là.  »

Des ailes dans la nuit / J. Yolen ; J. Schoenherr. - D'Eux, 2017

Quand on court le grand-duc, il faut être courageux, silencieux, endurant, patient, attentif aux signes et aux bruits. Il faut savoir espérer aussi. Et alors, la récompense est immense…
La fillette narratrice de cet album va en faire l'expérience inoubliable, à la suite de ses frères, avec son père pour guide. En pleine nuit, ils chemineront dans la forêt enneigée, les sens en éveil et le cœur battant. Ambiance garantie.

Ma vie est un trésor / H. Romano ; G. Barthélémy. - Courtes et Longues, 2020. - (Je dis mes maux pour mieux les vivre)

Naissance d'un petit frère, déménagement... « mes parents sont tellement occupés que je suis devenu comme transparent ». Nouvelle école également, et en tant que « nouveau  », il est l'objet de toutes les farces, moqueries, coups et insultes. Jusqu'à ce qu'enfin, il soit accepté dans une bande. Il n'en aime pas les « jeux », ni l'ambiance, mais c'est tellement rassurant d'être intégré…
Le jeu du rêve indigo, malgré son nom poétique, se révèlera dramatique. 
Analyse fine et forte des relations de groupes, dangereuses lorsque des rapports de force s'immiscent. Le rôle des adultes est fortement questionné et Hélène Romano, l'auteur psychologue spécialiste du trauma de l'enfant, propose quelques conseils dans une fiche annexe.
Voir la notice

L'imagier de l'hiver / A. Bertier. - Memo, 2020

«  De la neige ! Partout ! Un silence ! Du froid ! » Après cette introduction vive, l'enfant détaille toutes les activités propres à l'hiver : s'habiller chaudement, rouler des boules de neige, glisser sur la neige en luge, boire un chocolat chaud.... L'enfant, tout à son plaisir, n'en oubliera néanmoins pas de donner des graines aux oiseaux. 
Anne Bertier propose bien davantage qu'un imagier d'objets et d'activités, elle convoque les sens et les émotions de ces instants si particuliers et aujourd'hui si rares de la neige attendue.
Beaucoup de poésie et un brin d'humour pour évoquer l'univers à la fois douillet et électrique de l'hiver. 

Kiko et les animaux / C. Claire ; Z. Yawen. - Bayard ; Folimage, 2020

Les animaux profitaient du soleil dans la cour de la ferme, mais Kiko est arrivé, avec ses cris et ses farces qui ne font rire que lui. Plus personne n'est à l'abri, les scarabées sont prisonniers, la souris, pourchassée, la poule spoliée de son œuf etc. 
Les animaux demandent des comptes. Si Kiko se justifie en arguant de sa position d'humain, les animaux réfutent chacun de ses arguments. Kiko sait dessiner ? L'araignée excelle dans ses toiles. Que vaut la force de Kiko face à celle du scarabée ?
A la faveur d'un accident, les animaux achèveront de convaincre le petit garçon, par les actes, de leur valeur à tous et de la force d'une solidarité de groupe.

Notre monstre / A. Laroche. - Rageot, 2020

Adèle et sa mère ne se parlaient plus guère, la première excédée par les piques et reproches incessants de la seconde. Mais l'annonce du cancer de Lise a totalement changé la donne : Lise veut sauver sa relation avec sa fille. Au prix d'un pacte : ni l'une ni l'autre ne parleront à autrui -ni même au père d'Adèle parti avec une autre femme- du cancer qui la ronge. La relation conflictuelle se mue en politesses, puis complicité : toutes les deux « s'offrent le meilleur ». Si entre elles, chaque moment devient privilégié, le secret sur la maladie creuse la distance avec tous les proches d'Adèle, amie fidèle ou nouvelles connaissances potentielles. 
La situation devient trop anxiogène pour Adèle, elle a besoin d'une aide impossible à obtenir sans briser sa promesse. Mais un autre mensonge vient grever la situation…
Un roman qui débute comme une histoire de maladie et navigue dans les limbes des relations humaines qui peuvent être troubles, puissantes, fluctuantes, manipulatrices... La confiance en l'autre y occupe une place prépondérante. 


Quel tableau / J. Couty. - Rouergue, 2020

Un père et son fils vont au musée, observent les tableaux.... « Mais ! Ce n'est pas du tout comme ça que je le voyais ! » En effet, chacun des 20 tableaux présentés (Le fils de l'homme de Magritte, La laitière de Vermeer, Augustine enfin danseuse étoile de Degas, Les Nymphéas de Monet...) sont détournés et illustrent les problèmes de surpopulation, déforestation, pollution, réchauffement climatique, crises migratoires et sanitaires… « Trop c'est trop (…) Il va falloir sérieusement se prendre en main. »
Tel est le message du père à son fils, de l'auteur au lecteur. On pourra avoir envie de poursuivre le détournement des tableaux et/ou vouloir apporter sa touche active pour inverser le processus. 

Créatures / Chanti. - 400 coups, 2020

Chaque double page est un univers en soi. Une phrase courte -voire un mot- et une image au crayon noir. Mais quelle image ! Accumulées, elles forment un catalogue de créatures aquatiques, folkloriques, arachnéennes, monstrueuses capables de nourrir nos pires cauchemars ! 
A les voir penchées sur des enfants insouciants, on redoute le pire... Mais, c'est bien connu, le pire n'est jamais là où on l'attend et Chanti, jouant sur l'ambiguïté des textes, redistribue les cartes de la peur. Jusque dans la chute, renversante, qui interroge la notion de créature
Un ouvrage atypique aussi minimaliste dans la forme que dense en émotions contrastées.

Hector et Louis / S. Mourrain. - Actes sud, 2020

Louis a un emploi du temps très cadré, très serré. Un cours chasse l'autre, tous donnés par des professeurs particuliers. C'est seulement en toute fin de journée qu'il peut voir ses parents. Ce soir-là, ce sera en visioconférence puisqu'ils sont en Papouasie. Hector, le majordome du domaine, a pour tâche de s'occuper de Louis en l'absence des parents. Or aujourd'hui, Hector constate que Louis est  triste et las. Il sait ce qu'il lui faut…
Quand l'imprévu et l'aventure s'invitent dans l'univers de Louis, c'est toute son enfance qui lui est rendue et avec elle le jeu, l'imagination, l'appétit de la découverte et la joie de vivre. Et le sourire aussi, contagieux puisque nous voilà ravis et émus devant ce tandem singulier.

L'enfant et le gorille / J. A. Kramer ; C. Derby. - Kaléidoscope, 2020

L'enterrement est terminé, les adultes discutent, le petit garçon est seul dans le jardin. Pas totalement seul : un gigantesque gorille lui propose son aide. C'est donc lui qui répondra aux questions et doutes de l'enfant, lorsqu'il le peut. « Où maman est-elle partie ? Personne ne le sait. »
L'animal l'accompagnera un certain temps, le temps que l'enfant et le père trouvent enfin le chemin pour partager leur peine. 
Cette grande masse animale -qui représente à la fois la peine et le réconfort- est une personnification sensible du deuil. Elle se fera plus discrète, sans bien sûr disparaître totalement de l'album…
Un album non seulement utile pour son thème mais splendide dans ses illustrations bouleversantes.

Ici, ensemble et maintenant / S. Lee. - T. Magnier, 2020

Toto et Jibi, 2 lapins heureux dans leur vallée, sont sommés un jour de quitter les lieux. « Il faut partir maintenant. Voici l'adresse où vous pouvez aller ». Après un long voyage, l'hospitalité leur est refusée mais un homme propose son aide. Pour mieux les piéger. 
Dans une mise en page qui alterne grands tableaux et successions de vignettes, Soyung Lee exprime le danger de l'exil, la peur de l'inconnu, le rejet, la fragilité, la terreur et les doutes, la solidarité des opprimés et, enfin, l'espoir d'une vie que l'on décide ici, ensemble et maintenant. 
« - Avec un monde aussi grand, 
pourquoi il  n'y aurait pas de place pour nous ?
- Nous n'avons pourtant pas besoin de grand chose. »
Voir la notice

La plus belle crotte du monde / M. Pavlenko ; C. Garoche. - Little Urban, 2020

Dans la clairière du Bois des Fées, il y a débat ! « Qui fait les plus belles crottes du monde ? » Tous les animaux de la forêt se délestent de quelques fèces pour tenter de convaincre. L'ambiance est compétitrice mais bon enfant jusqu'à ce qu'arrive un chasseur…
Les illustrations soignées de Camille Garoche sont un bel hommage aux animaux de la forêt ; Marie Pavlenko quant à elle leur rend justice avec ce conte facétieux à la chute scatologique certes mais totalement jubilatoire !

La grande course : un conte indonésien facétieux / N. Kumar Scott ; J. Chitara. - Circonflexe, 2020

Kanchil le chevrotain, ivre d'orgueil, se réjouit tant de sa célérité inégalée qu'il veut en faire la démonstration à tous les animaux de la jungle. Il propose donc de les défier lors d'une grande course mais seul l'un d'eux accepte : Pelan l'escargot. 
Ce conte facétieux, victoire de l'esprit sur le corps et la vanité, est remarquablement illustré dans les teintes écru/noir/bordeaux. La postface revient sur la technique d'illustration de l'artiste Jagdish Chitara, inspirée de l'art textile du Mata ni Pachedi, et il est intéressant de voir que l'origine même de cet artisanat est également une revanche des plus faibles sur les puissants puisqu'il résulte de l'interdiction faite aux membres d'une communauté marginalisée, les Waghari, d'accéder aux temples. Tisser les fresques leur permettait de recréer leurs propres sanctuaires.

Onze chatons dans un sac / N. Baba. - 2024, 2020. - (4048)

11 chatons en randonnée, bien en ligne mais c'est bien là toute leur discipline ! Un panneau d'interdiction ? Ils s'en affranchissent aussitôt. Une fois, deux fois, trois fois. "Défense d'entrer dans ce sac"... C'est trop tentant… Vous croyez à un retour de bâton ? A la punition pour sanctionner la désobéissance ? Que nenni ! Ces chatons ont leurs propres règles, celles de la débrouille, du collectif et de la ruse. L'expérience en prime, rien ne les arrêtera !
Merci aux éditions 2024 de nous faire découvrir Noboru Baba, mangaka japonais né en 1927.

Un peu beaucoup / O. Tallec. - Ecole des loisirs, 2020. - (Pastel)

« C'est fragile un arbre, il faut en prendre bien soin », répète à l'envi celui qui se considère comme son ami, l'écureuil, et dont nous avions fait connaissance dans C'est mon arbre. Et ce n'est pas une pomme de pin avalée par ci, une branche sciée par là qui vont le mettre à mal. On peut bien grignoter aussi un petit morceau de racine, juste un tout petit bout »... 
Les détails de l'illustration laissent bientôt place à une vue d'ensemble de l'arbre. Ou de ce qu'il en reste. Quant à l'écureuil… « C'est fragile un écureuil, il faut en prendre bien soin !»
Cet animal fort sympathique, expressif et nonobstant insatiable, égoïste et atteint d'une légère dissonance cognitive, laisse entrevoir les ravages de la surconsommation, sans dramatiser, sans culpabiliser. Le relais est passé à l'enfant. 

Le pangolin n'y est pour rien / N. Dieterlé ; L. Serres-Giardi. - Rue du monde, 2020

On lui attribue ridiculement des pouvoirs, on apprécie sa viande, on utilise ses écailles et sa peau pour nos colifichets, on nie ce qu'il est…
Lui, c'est le pangolin ; On, c'est l'être humain, qui non content de l'exploiter au point d'en faire l'animal le plus touché au monde par le braconnage et le commerce illégal -le condamnant à être une espèce en grand danger- lui reproche en prime d'être responsable de la pandémie actuelle !
Cet album documentaire rétablit les faits et les responsabilités : c'est bien l'être humain, par la destruction des écosystèmes, qui a la lourde responsabilité de cette pandémie et des suivantes s'il ne prend pas la mesure des changements à mener.
Il s'attache à mieux faire connaître cet animal paisible, solitaire et pacifique, qui joue « un rôle écologique important dans la régulation des populations de fourmis et de termites. »
Il appelle enfin à considérer le pangolin comme ce qu'il est : un trésor de la biodiversité. 
Voir la notice



Au bois dormant / K. Jameson ; M. Boutavant. - Kaléidoscope, 2020

En balade en forêt, alors que les premières neiges et la nuit tombent doucement, cette petite fille et son chien saluent les animaux et les encouragent au sommeil. Bientôt, ce sera leur tour...
Une ambiance très apaisante, tant dans les espaces extérieurs naturels (pages de gauche) que dans le creux des tanières, des nids et autres terriers (à droite). Les illustrations de Marc Boutavant, font merveille, jusque dans les pages de garde. « C'est l'heure des rêves, chut ! plus un bruit. »

Le flocon / B. Santini ; L. Gapaillard. - Gallimard, 2020

Seigneurs et puissants se pressent autour du Roi en cette nuit de nouvel an. « Chaque invité, par la valeur de son étrenne, veut attester de sa grandeur et de son importance. » Nuit de faste, d'opulence, de rivalité. Johann Kepler, mathématicien de métier, ose se présenter avec pour seul présent… un flocon. Le Roi est magnanime, les autres convives indignés. Mais Johann présente ce flocon, ce « presque-Rien », comme un cadeau que la modestie du Roi saura apprécier à sa juste valeur. De fait, l'observation du flocon lui procure une véritable épiphanie…
Voilà un album des plus impressionnants, de par son ample format à l'italienne, la précision du texte en vers et les grandes fresques de Laurent Gapaillard -à la minutie vertigineuse en noir et blanc- qui viennent appuyer magistralement une vision du monde aux antipodes de l'anthropocentrisme. Et quel écho à la situation actuelle !