Il se pourrait qu'un jour je disparaisse sans trace / Thierry Beinstingel. - Fayard, 2018

"C’est probablement l’angoisse la plus terrible de l’homme, disparaître ainsi sans trace, sans que personne de votre famille, de vos amis, ne sache ce que vous êtes devenu."
Elle est professeure d’Allemand et ça la désole de voir que de moins en moins d’élèves s’intéressent à cette langue. Elle qui croyait avoir la vocation a l’impression de ne servir à rien, d’avoir son métier en aversion. Mais qu’a-t-elle fait de tout ce temps ? Une vie de conformité, de reproduction sociale, toute en apparence, mais où est-elle dans tout cela ? Elle est séparée de son mari, elle et sa fille s’évitent chaque jour et elle est en froid avec sa jeune sœur. Elle trouve un dérivatif en se rendant tous les vendredis donner des cours de Français à des migrants dans une association.
C’est une jeune fille sans emploi aux airs de garçon manqué. Elle a grandi dans une famille dans laquelle les parents ne s’entendaient pas. Faute de mieux, elle gagne un peu d’argent en s’occupant d’un enfant attardé, autiste peut-être, qui vit seul, abandonné, dans une tour condamnée à la destruction. Et puis elle est amoureuse aussi…
Lui était sans emploi depuis plusieurs mois, alors il a pris ce qu’on lui proposait. Un contrat de quelques mois pour un bon salaire. Il sera agent d’entretien d’une station de pompage à l’arrêt, isolée, encerclée de champ de maïs, dans un pays africain. On croirait Drogo dans Le Désert des Tartares de Buzzatti.
Trois destins que l’on suit à tour de rôle, chapitre après chapitre. Trois êtres abîmés en quête d’un centre de gravité, d’un sens à leur vie. Bon style, belle construction, beaucoup d’humanité, c’est vraiment très bien.

Avis : ***

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