Adieu odieux dîner / D. Bournay. - Ecole des loisirs, 2019

« Beurk ! » De la purée de brocolis, tu parles d'un dîner ! « Pas la peine de goûter pour savoir qu'il est dégoûtant. » Scène ordinaire de vie quotidienne entre une cochonnette récalcitrante et son père blasé... Mais voici que s'invite un troisième personnage : le dîner en question, outré, riposte et remet Flora à sa place « Moi, une gamine comme ça, c'est une fessée et au lit !!! »
Le repas est peut-être végétarien mais se passe à couteaux tirés : dialogues féroces et issue sanglante ! Humour absurde garanti. 

Homme noir sur fond blanc / X. Deutsch. - Mijade, 2019

Abraham, Brahim, Ahmed, Omar... Ils sont des milliers d'individus à devoir quitter leur pays pour sauver leur peau et leur famille lorsqu'il leur en reste une. Outre la douleur de l'exil, il y a les conditions climatiques difficiles, voire fatales, la bêtise et le racisme des hommes. Et la politique d'"accueil" des pays européens. Brahim, blessé, épuisé et désespéré, trouve en Gaston, bourgmestre de son état, un havre d'empathie et de solidarité. Le monde est-il prêt ?
Les vues parcellaires s'assemblent petit à petit et donnent à ces destins innombrables une réalité concrète si semblable à la nôtre.

Francisco / P. Barrier. - Ecole des loisirs, 2019

Un chat solitaire, pompiste dans une vallée déserte. Les clients passent brièvement et repartent, laissant Francisco à ses habitudes. La routine se brise lorsque la famille lapin, en route vers la plage, tombe en panne devant la station service. Va-t-elle exacerber ou briser la solitude de Francisco ?
Réponse dans cet album -aux frontières de la BD- qui joue judicieusement sur les espaces.

Le petit chaperon gris / B. Heitz. - Le Genévrier, 2019. - (Carte blanche)

Le Petit chaperon est gris, le loup est blanc, rien n'est adéquat dans ce conte ! Mais les personnages sont de papiers, perméables à la couleur de ce qu'ils mangent... Le conte pourra donc se dérouler comme il se doit. Ou tenter de...
Bruno Heitz revisite ce conte si connu en jouant sur les expressions liées aux couleurs. 

Je peux te manger ? / C. Pierré ; M. Tur. - La Plage, 2019

« Quelque part dans un livre pour enfants se trouve une forêt. » De nombreuses espèces d’animaux s'y sont réfugiées, certaines que personne ici ne les mangerait. Mais un loup, ignorant des règles en cours, voudrait assouvir ses appétits carnés. Très poli, il demanda néanmoins la permission aux proies convoitées. Chacune ayant une excellente raison de rester en vie, le loup se rabat donc sur les poissons qui, muets, ne peuvent défendre leur peau. 
Le langage doit-il être le critère unique du droit à vivre ? Chaque espèce n'a-t-elle pas légitimé à mener sa vie ? 
C'est la question philosophique et éthique que pose cet album facile d'accès, aux illustrations en gravures sur gomme, qui a le seul tord de dénigrer le tofu présenté comme seule alternative aux aliments carnés !

Alionouchka / F. Morvan ; E. Beck. - Memo, 2019

Ils espéraient une fille toute douce, toute petite, ils ont donné naissance à un « vrai garçon manqué ». Qui mène les animaux au fouet et tue les cochons hardi donc. Une assurance qui lui sera précieuse lorsque les brigands arrivent en l'absence de ses parents, et plus encore lorsque l'un d'eux l'exige en mariage, sans qu'elle soit défendue par ces mêmes parents. 
Le conte, recueilli par Afanassiev, garde toute sa modernité de par le sujet et de par la traduction de Françoise Morvan qui garantit une mise en voix aussi énergique que son héroïne.  

A l'ombre du cerisier / S. Grangerat. - Samir, 2019

Il est né avant elle et a longtemps focalisé l'attention sur lui. Elle grandit à son rythme, dans l'ombre... Puis c'est elle qui prend son envol, sous le regard de son frère.
La relation fraternelle est ici ambivalente -rivalité sous-jacente- mais placée sous le signe d'une affection indéfectible, par delà les différences et la maladie.
« Le frère et la sœur se partageaient, 
chaque jour, 
l’ombre et la lumière. »
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Roberto & Gélatine : une grande histoire pour les grands / G. Zullo ; Albertine. - La Joie de lire, 2019

Roberto est concentré. Il écrit un roman, « une histoire pour les grands ». Sa petite sœur Gélatine voudrait bien en profiter mais Roberto préfère lui raconter son histoire préférée, pour mieux l'expédier ensuite. Gélatine ne s'en laissera pas conter et sacrifie son grand frère sur l'autel de l'imagination ! 
Dessin épuré pour une grande tendresse entre un grand dadais et sa petite sœur espiègle.

Et la lune, là-haut / M. Zürcher. - Magnier, 2019

Yaro, sans papier en galère, voudrait bien être un arnaqueur rusé et rodé mais sa « petite voix » vient trop souvent faire obstacle. Un vrai gentil en somme. 
Alistair, 21 ans, né prématuré et surprotégé par une mère angoissée, a vécu coupé du monde jusqu'à la mort toute récente de celle-ci. Il n'a pour arme dans ce monde inconnu que son génie des maths. Et Yaro, rencontré fortuitement mais qui devient bientôt un compagnon inséparable pour l'aider à concrétiser son rêve d'aller sur la lune. Car avec Alistair en face de lui, Yaro se laisse mener par cette traîtresse de petite voix. Alistair, outre cette fragilité et cette franchise constante qui prend toujours Yaro au dépourvu, a la capacité de « créer ces instants de grâce, avec cette joie spontanée et innocente qu'on perd dès l'enfance terminée ». 
Un univers où la gentillesse, la solidarité et l'amour ont raison de la violence et la tristesse du monde et où chaque être trouve sa place, dans sa singularité.

Souffre-douleur / B. Mutard. - Ça et là, 2019

Bruce, 12 ans, souffre-douleur d'un collège de Melbourne, se réfugie dans un monde parallèle. Là, il peut assouvir ses pensées de vengeances et devenir harceleur à son tour. Ce n'est qu'à l'université qu'il arrive à se défendre (humour, esprit de transgression). Mais les brimades laissent des impacts négatifs, des troubles alimentaires (anorexie).
BD auto-biographique poignante. Le graphisme tout en noir et blanc nous plonge dans cet enfer subit par l'auteur. Ce roman graphique dur prouve une fois de plus les traumatismes psychiques et alimentaires liés au harcèlement scolaire.

Blé noir / A. Wellenstein. - Gulf Stream, 2019. - (Electrogene)

Lilian était du genre geek et s'il avait à cœur de défendre la cause animale, c'était jusque là depuis son ordinateur. Mais lorsqu'il rencontre Blé, son combat prend une toute autre dimension, bien plus ancrée dans la réalité de terrain. Entraînée par sa fougue et sa soif éperdue de justice, il la suit, de plus en plus loin.
Car durant leur périple ils sont les témoins des multiples souffrances infligées aux animaux, qui ne leur laissent aucune issue. 
Face à cette litanie, glacé par « la douleur, l'effroi terrible qu'il avait ressenti dans le miroir des yeux des animaux », Lilan cherche à retrouver une vie normale.  Blé, elle, sait que cela n'est pas possible. 
Aurélie Wellenstein offre deux héros rares en littérature jeunesse qui choisissent de mener un combat juste, se heurtant à l'indifférence du monde et n'ayant d'autres choix que la désobéissance civile.
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Veggie tendance vegan / C. Bousquet. - Rageot, 2019

Chris est devenu végétarien pour attirer l'attention de Mallory mais s'est vite convaincu de la pertinence des enjeux écologiques et éthiques de cette décision. Il développe donc sa réflexion philosophique concernant la condition animale, porte davantage attention aux animaux qui l'entourent et enfin sensibilise autour de lui. Il en a fini d'être « complice par passivité » des souffrances animales et veut regarder la vérité en face.
C'est le parcours de Chris que nous suivons,  personnage attachant qui lutte en permanence contre ses pensées mesquines (jalousie notamment) et tente d'agir au plus juste, le plus honnêtement possible. Un héros inspirant donc,  pour une fiction étayée de nombreuses références littéraires et cinématographiques. 

Même pas en rêve / V. Bessières. - Rouergue, 2019. - (DoAdo)

Cette année encore, malgré le changement d'établissement, Tim est victime de harcèlement. Il en devient presque résigné, « toujours dans le noir à chercher à tâtons la lumière ». 
Mais aux côtés de Louis, élève distant et énigmatique, il trouve un répit, un ami. Il se demande comment Louis qui a vécu des traumatismes autrement plus violents parvient à être si détaché, si imperméable à la souffrance.
Louis partage avec lui les connaissances neurologiques de son père et lui explique comment fonctionnent les souvenirs traumatiques. S'il envie la capacité de Louis à les tenir à distance, Tim finit par s'inquiéter de ses accès de violence.
Premier roman qui aborde le sujet des traumatismes, spectres douloureux mais constitutifs, selon notre façon de les affronter, de nos personnalités. L'amitié est également au centre de ce texte direct, qui doit quelques fois prendre des décisions courageuses pour rester vraie.

Noun et Boby / P. Gay-Para ; L. Quentric. - Didier, 2019

L’immeuble s'est vidé de ses habitants. Restent Noun et sa famille, ainsi que la dame du 5ème et son chien ; mais ce matin, elle aussi s'en va. Laissant son chien sur le trottoir -double page où la stupeur interdit tout mot- qui court à sa suite. Noun tente de retrouver le chien, à travers la ville ravagée par la guerre, désertée de tout humain mais pas d'animaux. L'aide et la tendresse qu'il leur porte vaudra humanité. 

Rattrapage / V. Mondiot. - Actes Sud, 2019. - (D'une seule voix)

C'est l'heure du rattrapage mais la jeune fille narratrice de ce court récit a quelques difficultés à se concentrer sur son bac aux côtés du garçon qui, cet hiver, s'est coupé les veines en plein cours. 
Entre tentative de désinvolture, culpabilité et haine de soi, la "jolie fille" populaire fait le bilan de cette année, atterrée de constater le silence et l'oubli qui entourent cette affaire banalement sordide de harcèlement. Silence des camarades responsables, silence des adultes, silence des victimes, est-il encore temps de rattraper les choses ?
Vincent Mondiot se met dans la tête du harceleur et dessine, en quelques tableaux concis et avec une lucidité implacable, les rapports de forces qui se jouent au sein d'un groupe, particulièrement féroces à l'adolescence.
« Le plaisir que c'est d'écraser quelqu’un, 
de l'humilier simplement parce que vous en avez le pouvoir. 
Vous ne pouvez pas savoir à quel point c'est bon. »

Trois amis sous la lune / H. Takadono ; J. Okamoto. - Didier, 2019

Zette, Léo et Vic sont en colère contre leur mère respective. Trop de consignes, trop d'injustices à cause du petit frère ... trop c'est trop, ils sont en virée de protestation sous la lune, de vrais délinquants en culotte courte ! La rage passée, les bêtises assouvies, vient l'envie de revoir maman...
Joli exercice d'équilibristes pour ces deux auteurs qui expriment la colère et la révolte presque joyeusement, contenues en début et fin par la tendresse maternelle, certes hors champs mais évidente pour les enfants.

Batman - les derniers jours du chevalier noir / N. Gaiman ; ill. A. Kubert. - Urban Comics, 2019. - (DC Deluxe)

Après Frank Miller, Sean Murphy... c'est au tour du célèbre scénariste Neil Gaiman de s'attaquer au Batman. Il nous propose ici une vision très originale. Partant de la mort du chevalier noir, Neil Gaiman convoque l'ensemble des personnages importants de Gotham City :
                  Amis : Le majordome Alfred, l'inspecteur Gordon, Robin
                Super-Vilains : Jocker, Pingouin, Double-Face, Chapelier fou....
Chacun relatant une anecdote liée à Batman. Mais ce dernier est-il vraiment mort ?
Ce Batman de Neil Gaiman sera sans nul doute un classique dans l'univers du chevalier noir. C'est un ouvrage important qui marque la fin d'un cycle dans la période sombre du Batman. (Avec en bonus la même histoire en noir et blanc)
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BL Métamorphose / K. Tsurutani. - Ki-oon, 2019. - (Seinen)

Voici encore un manga original par le sujet traité : Il s'agit ici de l'histoire de Yuki, grand-mère de 75 ans qui, pour fuir la chaleur, entre dans une librairie. Là elle tombe sur une couverture de manga intrigante. Celle-ci correspond à un sous-genre spécifique dans les mangas : "les Boy's Love" ou romance entre garçons. Prise très vite par l'histoire, elle décide de suivre la série. Aidée par Urata, une jeune libraire, elle aussi passionnée de "Boy's Love", une complicité s'instaure entre les 2 femmes. Manga très prometteur sur les relations intergénérationnelles favorisées par des passions communes. 

J'adore ce passage / T. Walden. - Gallimard, 2019. - (Gallimard bande dessinée)

Révélée en France avec Spining, Tillie Walden continue à explorer le thème des relations amoureuses. Avec ce très court  roman graphique, l'auteure relate la naissance des sentiments amoureux entre deux adolescentes : sentiments favorisés par la passion commune pour une même chanson. 
Roman graphique touchant, sans superflu. On s'attache très vite à ces deux adolescentes. L'utilisation de la bichromie (violet et noir) n’entache en rien la lecture. Le dessin simple facilite le déroulement de l'histoire. Le seul petit bémol qui peut être adressé à ce roman graphique est qu'il se lit trop rapidement ! Un peu plus de profondeur dans l'étude des personnages aurait été souhaitable.

El Comandante Yankee / G. Jakupi - Dupuis, 2019. - (Aire Libre)

C'est l'histoire d'un oublié de la révolution cubaine : Willian Alexander Morgan, seul "comandante" étranger avec le "Che" Guevara". Prenant fait et cause pour les valeurs démocratiques, il se joignit à Fidel Casto. Mais les convictions du "El Commandante Yankee" s'opposeront rapidement à l'orientation communiste du gouvernement castriste.
Gani Jakupi nous offre ici une biographie très riche et documentée. Il y relate les années de guérilla ainsi que sa complexité. Par ailleurs, il n'hésite pas à mettre en avant les luttes internes entre les différents leaders. Au passage il égratigne la personnalité du "Che Guevara".
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La nuit où j'ai grandi / M. Rius ; A. Robert. - Actes sud, 2019

Il se réveille en pleine nuit et ni maman ni papa ne répondent à ses appels. Il fait noir, la maison craque, la peur monte, puis l'angoisse : « Sont-ils partis ? Endormis ? Pour toujours ?  »
Ce petit garçon se motive pour affronter les ombres et va en quête de réponses. Il pourra alors dire : « Cette nuit où j'ai grandi seul, comme un grand. »
Le texte s'emballe en même temps que les peurs et les illustrations leur répondent avec une ingéniosité esthétique. Mais Antoine Robert préfère l'incongru à l'inquiétant et clôture cette nuit d'une image apaisante.

Les aoûtiens / F. Bertrand ; O. Douzou. - Rouergue, 2019

Avant, le grand-père de Pierre était maçon. Aujourd'hui, il se consacre à son jardin et explique à son petit fils combien il apprécie de prendre le temps. « Aujourd'hui dans mon jardin, je vois tout d'un autre œil et avec une certaine sagesse, je vois la vie. »
Ce qu'il ne voit pas en revanche, ce sont les petits êtres qui envahissent le coin de la page : des extraterrestres qui aspirent les briques (que l'on retrouvera inopinément en fin d'album), et même les mots. Les animaux de la ferme tentent de riposter, Pierre est interloqué, Grand-père est absorbé -yeux fermés- par son jardin.
L'observation est au cœur de cet album. Parce qu'elle est essentielle pour appréhender la double histoire bien sûr ; mais également parce qu'elle en constitue le sujet, avec la notion de point de vue. Seul le lecteur, en définitive, a cette vue d'ensemble, s'il relève le pari de dénicher tous les détails porteurs de sens. Et même alors, il peut se dérober encore, tant les interprétations restent diverses.
Étonnant, riche et ludique. 
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La corde à linge / Orbie. - Alice, 2019. - (Histoires comme ça)

Se retrouver, par un hasard facétieux, suspendu à une corde à linge devenue tyrolienne dysfonctionnelle, voilà ce qui arrive à Léon, désormais en fâcheuse posture. Et bien entendu, il n'y a personne pour venir lui prêter main forte ! Alors il ne faut compter que sur soi-même. Et c'est comme ça que Léon, 5 ans, va surmonter seul cette première épreuve.
Une belle frayeur, quelques douleurs et quelques pleurs, à la bonne heure, tout se finit bien !

Courons sous la pluie ! / S. Demasse-Pottier ; C. Becq. - Sarbacane, 2019

Vacances en bord de mer. Une famille rentre de la plage, les bras bien chargés. La pluie s'invite, de plus en plus forte. Courir ? Trop tard. Il ne reste alors qu'à savourer l'incongruité de l'instant, la joie d'être ensemble, puis à retrouver Grand-mère qui a préparé le déjeuner. 
Texte sommaire pour laisser toute latitude aux illustrations pour raconter cet instantané estival qui s'arrange gaiement d'une météo humide. 

Le monstre / O. Dupin ; S. Diez. - Frimousse, 2019

Bartholomé le canard est terrorisé : il a vu « l'affreux, l'odieux monstre » ! Il file prévenir son ami qui pense qu'il exagère. S'ils le retrouvent, ils pourront en juger. Différents animaux vont se joindre à leur quête du monstre cracheur de feu, entre curiosité et peur. 
L'identité du monstre sera évidemment révélée, ainsi que la bravoure des animaux. Avec un brin d'arrogance pour une double chute !
L'histoire se raconte majoritairement en phylactères, avec un dessin aux lignes marquées. Simple et efficace.

Classe de lune / J. Hare. - Ecole des loisirs, 2019. - (Pastel)

A peine aluni et déjà il se distingue, ce petit personnage avec son carnet de dessin. Il est à la traîne de ses camarades, puis s'isole pour dessiner la terre et... s'endort. A son réveil, toute sa classe est repartie ! Il pourrait s'affoler mais choisit de dessiner, bientôt rejoint par de drôles d’individus intrigués, non tant par cet étrange humain en combinaison spatiale que par ses crayons de couleurs.
Pas besoin de mots pour exprimer l'évidence d'une rencontre, par delà les différences, à travers l'art.

Dimanche / F. Oury. - Les Fourmis rouges, 2019

Clémentine a reçu les consignes : il faut être polie avec Mamie, vieille renarde à cheval sur le savoir vivre. Après le dessert, Clémentine s'éclipse dans le jardin et remarque un trou dans la haie. La curiosité est trop forte... 
Complicité tacite -dans l'image- entre Clémentine et son aïeule qui partagent ce secret d'une escapade où l'animal, l'homme et la nature ne forment qu'un tout symbiotique. Escapade qui n'a qu'un temps mais laisse néanmoins des traces dans les habits, lors d'une douce rêverie,  dans le décor changeant de la maison (voir les tableaux) ou dans la transmission d'un secret si précieux... 

C'est qui le plus poli ? / P. Battault ; R. Badel. - Milan, 2019

Sous forme de QCM, de Vrai/Faux ou de Cherche et trouve, l'album présente plusieurs planches de jeux pour réviser les règles de politesse à l'école, à table ou dans les transports.
Heureusement nous sommes loin du guide de savoir vivre ! Les cas pratiques, déjà cocasses en soi, deviendraient presque, avec les illustrations de  Ronan Badel, un manuel de contre-éducation. Presque, car l'enfant ne sera pas dupe de la muflerie des personnages et en tirera les conclusions de lui-même. Tellement plus efficace et plus drôle !  

Je suis la Mort / E. Helland Larsen ; M. Schneider. - Versant sud, 2019

« Je suis la Mort. Tout comme la vie est la vie, je suis la mort. » Pour tous, de tout temps, en tout lieu et à tout moment, la mort finit par arriver. Qu'on l'accepte sereinement ou qu'on l'occulte, elle se tient à nos côtés, prête pour le moment fatidique. Elle défend ainsi sa légitimité : « Si j'arrête, qui fera de la place pour tout ce qui prend racine, tout ce qui croît ? » et nous rappelle que la Mort, la vie et l'amour font partie d'un tout qui ne saurait se désolidariser.
Cette mort personnifiée, drapée de noir et couronnée de fleurs est étonnamment chaleureuse, tendre et même bienveillante. Elle permet de se confronter sereinement à la notion de finitude.

La face cachée du prince charmant / G. Guéraud ; H. Meunier. - Rouergue, 2019

Est-il un prince à l'éducation raffinée, valeureux et érudit ou un affreux sagouin pleurnichard et fainéant ? D'une page à l'autre, les mots sont les mêmes mais rayés ou non par l'auteur, disent deux facettes opposées d'une même réalité. 
Exercice de style mené par un équilibriste à l'humour irrévérencieux qui aime jouer avec les codes ; l'illustration n'est pas en reste. 


D'ici, je vois la mer / J. Schwartz ; S. Smith. - Didier, 2019

Un enfant raconte son quotidien, tout en dualité. Lui voit la mer à perte de vue, scintillante, blanche et tranquille. Mais jamais il n'oublie que son père, et son grand-père avant lui, creuse inlassablement sous cette mer pour trouver du charbon.
Les doubles pages à bords perdus alternent ainsi grands espaces lumineux et monde souterrain écrasant les hommes courbés.
Pas une plainte dans ce récit à la première personne, seulement le constat résigné d'un fils de mineur, qui nous glace. « Un jour, ce sera mon tour. »
L'auteur, en postface, donne quelques informations sur l'héritage de ces villes minières. 

Adi de Boutanga / A. S. Dzotap ; M. Daniau. - Albin Michel, 2019

La joie de vivre d'Adi est telle que son rire s'apparente au chant de « millier de tisserins ». Aînée de 7 enfants, elle adore aller à l'école, s'occuper de ses petites sœurs, danser sous la pluie et essayer de courir plus vite que le vent ! 
Adi fait partie du peuple des Bororos et chez ces éleveurs nomades, « on ne doit pas s'opposer aux décisions de l'aîné de la famille. » Or son oncle a décidé qu'à 13 ans, elle était en âge de se marier, en échange d'une dot. Pour Adi, c'est un cataclysme. Ses parents, d'abord soumis, envisage une alternative.
Illustré sur fond de couleurs terre de sienne et bordé de motifs qui évoquent les tissus africains, cet album est ancré dans le Cameroun contemporain (présenté sur la double page finale) et basé sur une histoire réelle. Mais c'est bien une histoire universelle qui est racontée ici, celle d'une jeune fille qui défend sa liberté.

Splash ! / J. Burgerman. - Les Fourmis rouges, 2019

On tourne la page et Splash ! le petit personnage vert se prend ce qu'il y a sur la page de droite. Lorsque c'est une paire de lunettes, tout va bien. Mais lorsque l'auteur est pris d'une lubie gourmande, ça peut vite dégénérer ! 
Plaisir régressif de la blague potache dans un livre interactif aux couleurs détonnantes. 

Dans la ville rouge / J. Rice ; C. Mortenson. - La Ville brûle, 2019

Jadis, il y avait des arbres, une nature florissante, des gens, des animaux... Un feu terrible a ravagé la flore, fait fuir tous les vivants. « Seuls les arbres sont restés. Ils changèrent de couleur, et le rouge gagna la forêt. »
Dans l’échange entre l'ours Nesty et le jeune arbre Sosna, c'est l'histoire d'une nature endommagée qui se raconte. Celle des animaux et des forêts ravagés par l'explosion nucléaire de Tchernobyl, dont la mémoire est à reconstruire.
Valorisation des sols, des forêts et alerte sur les dangers de la déforestation  sont exprimées dans un texte fort et une illustration en gravure sur bois.

La tuerie / L. Galadnon ; N. Otero. - Les Arènes BD, 2019

Ils sont deux à embaucher à l'abattoir pour la première fois ce jour. S'ils sont affectés à la zone propre, pour le travail de boucherie et d'emballage de la viande, Yannick lui voudrait travailler dès que possible dans le secteur sale, la tuerie. Pas parce que la paie y est meilleure mais parce qu'il suit les traces de son frère, mort quelques années auparavant. Un suicide ? Yannick en doute. 
L'enquête s'entremêle à la découverte d'un milieu fermé, où les conditions de travail sont difficiles et la solidarité de groupe forte. Tout au moins tant que ce groupe oeuvre dans le même sens : la préservation de leur emploi. Autant dire que le bien être animal est une notion toute relative dans ces lieux, porté par le vétérinaire en chef ou le responsable de la protection animale. Une mafia à l'oeuvre. 
Dessins aux teintes gris-bleus pâles d'où jaillissent les flux de sang, animal et humain, les bruits et les cris infernaux. 
« Ici, c'est une bête tuée toutes les 1 minutes 30 
et toutes les minutes en période de promotion. 
Il faut tenir la cadence, 
c'est le maître mot ici, la cadence. »
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Home sweet home / A. Philias ; A. Zeniter. - Ecole des loisirs, 2019. - (Médium +)

« Tous ceux qui avaient moins de vingt et un ans et refusaient de suivre leurs parents dans la course à la catastrophe pouvaient venir ici ». Ici, c'est le lycée désaffecté Winston High, à Cleveland, « abri anti-adultes » où l'on peut se réinventer, loin de la déception causée par les parents et adultes. Les Winstonien s'organisent en rêvant d'une autre société, bien différente en tout cas de celle qui a conduit leurs parents à une banqueroute sans pareil suite aux subprimes
Elijah et Anne se partagent majoritairement la parole, mais les autres membres de cette communauté autogérée auront aussi voix au chapitre. L'enthousiasme, les doutes, le découragement, la peur, l'effervescence collective... l'utopie dans ses tentatives de mises en œuvre est intéressante à lire, balbutiante certes mais prometteuse. Si les personnages ne sont pas des plus attachants -l'écriture à deux ?- l'expérience interroge notre société bien sûr, mais aussi le rapport aux adultes et la notion de collectif.
« Ce qui me dégoûte le plus avec la génération de mes parents, c'est leur espoir :
 toujours déçu, jamais abandonné. »  
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Maître chat / Blexbolex. - Albin Michel, 2018. - (Trapèze)

Jeté dehors comme un malpropre, le chat retombe vite sur ses pattes : il se déclare son propre maître et part prendre possession de la ville ! Il trouve, en la personne d'un lapin peureux et crédule, un compagnon de roublardise idéal. Cette petite fille pourrait également servir ses plans... 
Rien ne se passera comme prévu pour le chat, botté et gouailleur, mais une fois de plus, il tirera partie de la situation.
L'album se joue des frontières, entre conte et théâtre sur la forme, rétro et modernité pour l'illustration, filouterie et mignonnerie pour la morale, soumission et liberté pour la philosophie. La quatrième de couverture est à l'image de ce jeu de miroir constant. Ce chat, figure punk, est détonnant et fort plaisant !

A travers / T. Haugomat. - T. Magnier, 2018

Décembre 1955 en Alaska, naissance d’un petit garçon. 
Avril 1990 Florida, le petit garçon devenu astronaute s'apprête à partir de Cape Canaveral... 
Octobre 2024, le voici grand-père...
Dates et lieux s'égrainent sur les pages de gauche, étapes de vie d'un homme, tandis que les pages de droites, telles des fenêtres, suivent le regard de celui qui est souvent un peu ailleurs ou en pleine conscience. Lorsque les événements s’intensifient, les illustrations à bord perdu prennent alors le relais.
C'est dans cet état d'esprit d'attention patiente, de contemplation et de rêverie que le lecteur est invité à appréhender cet album.

Le jardin d'Evan / B. Lies. - Albin Michel, 2019

Evan le Renard et son chien sont inséparables. Ils font tout à deux, avec une prédilection pour l'entretien du jardin. Quelle peine incommensurable lorsque le chien meurt... Evan n'a plus goût à rien, délaisse son jardin, pire, le saccage pour le modeler à l'image de sa peine. Une citrouille y grandit pourtant, toujours plus volumineuse. Ce serait dommage de ne pas la présenter à la semaine de la foire !
Le temps d'un deuil au rythme de la nature, avec des animaux d'une expressivité très riche et une luminosité magnifiant les couleurs. 

Une nuit d'été / M. Othats. - Magnani, 2019

Ils étaient 5 ados, insouciants et heureux de se retrouver lors d'une nuit d’été. Ils ne sont soudain plus que 4. Malgré les recherches, malgré l'enquête, la nuit reste muette. Le groupe est définitivement amputé d'un de ses membres.
La narration est assurée par l'image, très cinématographique, que le lecteur scrute en quête lui aussi du moindre indice. Mais les saisons passent, le mystère demeure...
Lecture troublante qui renvoie à l'insécurité que provoque la vie lorsque le quotidien se dérobe brutalement pour laisser place à l'angoisse, à l'inexplicable. Nous laissant bien vivants, mais si fragiles désormais.

Mon ami extraterrestre / R. Bonilla ; G. Mugler. - Père Fouettard, 2018

Le narrateur de cet album reçoit un correspondant. Ce dernier s'étonne de ce qu'il observe et pose beaucoup de questions : Pourquoi cette petite fille ne pourrait-elle pas jouer au foot ?
« Pourquoi tu ris ? Parce que... lui, il rit... »
Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Il y a de quoi s'agacer à force !
De quoi également s'interroger. Le décalage introduit par le correspondant finit par atteindre le personnage principal de l'album qui voit enfin la réalité autrement, dans une relation à l'autre plus respectueuse, plus honnête, plus courageuse aussi.
« Demander pourquoi, se poser des questions, c'est le début de la réflexion, de l'indépendance, de la liberté. Pour penser par soi-même. »
Si le texte ne le dit pas, l'illustration nous présente le correspondant comme un extra-terrestre. Espérons qu'il ne soit pas nécessaire d'être aussi différent pour apporter ce regard critique et salvateur.

Le chemin de la montagne / M. Dubuc. - Saltimbanque, 2019

« Tous les dimanches, c'est comme ça » : Madame Blaireau emprunte le sentier qui mène vers le sommet d'une petite montagne. Elle salue les habitants, cueille quelques offrandes pour les uns, vient en aide aux autres.
Ce jour-là, elle rencontre un jeune chat, triste de ne pouvoir monter lui aussi. « Je suis trop petit. » Mais Madame Blaireau sait y faire pour le mettre en confiance, l'ouvrant aux autres et à lui-même, révélant ses capacités insoupçonnées. 
Bientôt, Madame Blaireau ne pourra plus marcher. Lulu reprend le flambeau et lui raconte ses découvertes.
Une grande sérénité se dégage de cet album qui évoque la vieillesse mais surtout la transmission et le partage de valeurs altruistes.
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Abcdaire des métiers qui n'existent pas / C. Morel. - Didier, 2019

L'idée est toute simple : Claudine Morel propose un abécédaire de métiers inventés. Imitateur de poules, Joueur de savon, Marmonneur de gros mots... Les professions en question sont de véritables trouvailles, à la frontière de l'humour, de l'espièglerie et de la poésie.
Mise en page et illustration sont minimalistes mais efficaces. 
La page finale reprend les lettres subtilement habillées d'un détail qui permettra à l'enfant de refaire l'inventaire de ces métiers qui donnent envie de devenir adulte !

Réveille-toi Walter ! / L. Francis ; P. Gaudesaboos. - La Pastèque, 2019

Walter a la sommeil lourd, très lourd. Qui va même finir par devenir permanent : impossible de le réveiller, au grand désespoir de ses parents et des nombreux spécialistes consultés. Les méthodes déployées pour réveiller Walter et les catastrophes  provoquées par son sommeil jouent la démesure. La solution elle est d'une simplicité confondante et tient dans la présence d'un  chien, compagnon de jeu et de tendresse.
Détail important : sa présence, dès la première page et tout au long de l'album -ignorée puis prépondérante- nous invite à porter davantage attention à ce qui nous entoure.
Mention spéciale également à l'illustration qui apporte tant de vivacité à son sujet léthargique.

Le livre des premières fois / S. Daniel ; R. Badel. - Sarbacane, 2019

Il y en a des premières fois dans une vie ! Stéphane Daniel en liste une quarantaine, auxquelles répondent les deuxièmes fois. 
« La première fois que j'ai fait un gâteau,
je suis le seul à l'avoir trouvé bon. 
La deuxième fois, même moi je l'ai trouvé mauvais. »
Ronan Badel, avec ses vignettes en 2 temps et son sens du détail, transforme l'essai dans un humour pince sans rire. 
Deux expériences ne suffisent pas à la maîtrise d'une activité mais la persévérance a ici le mérite de faire rire. 

Chère Mamie / E. Chazerand ; C. Dutertre. - Elan vert, 2019

Tout commence par une lettre de Jonathan, qui souhaite bonne fête à sa grand-mère, non sans lui rappeler le caractère obligatoire de cette missive. « Si je ne le fais pas, maman me prive de télé pendant un mois. » Grand-mère Micheline lui répond sur le même ton : elle veut éviter les remontrance de sa fille.
Leur correspondance prend alors une tonalité plus détendue, qui voit les petites piques alterner avec les confidences... La complicité s'installe toujours plus sûrement. 
Sous l'humour vachard, une tendresse indéniable, et une relation d'égal à égal, dans la franchise. 

Un ours rentrait dans sa tanière / I. Wlodarczyk. - Lirabelle, 2018

Un ours se promène dans la taïga enneigée et somnolente. En rejoignant sa tanière, il croise un renard, un pivert, un écureuil, tous sont unanimes : l'ours dérange. « Reste dans ta tanière. » Ce grand froid se prête en effet à l'hibernation, ce que l'ours va s'employer à faire consciencieusement, douillettement.
Magnifiques illustrations pleine page qui rendent hommage, en gros plans, aux animaux de la taïga. Gros plans qui seront d'autant mieux mis en valeur dans le format kamishibaï

Ribambelle / C. Bergame ; L. Fanelli. - Lirabelle, 2018

Yumi s'ennuie. Il pleut. Peut-être pourrait-elle inaugurer son nouveau parapluie ? Dehors, le vent s'est levé, emportant Yumi. Papa se précipite pour la rattraper mais s'envole à son tour. A sa suite, Maman, Grand-papa, Grand-Maman... Une ribambelle balaie le ciel tempétueux, chaîne familiale dont les maillons sont différentes chaussures japonaises. 
Tout ce petit monde a l'air fort réjoui de cette balade aérienne impromptue. Un autre protagoniste a le sourire aux lèvres, tout comme le lecteur qui découvrira cette chute réjouissante. 
L'histoire existe également en format kamishibaï, qui se prête particulièrement à cette histoire au vent joyeux.

Une place pour tous : il y a toujours deux versions d'une même histoire / K. & J. Temple ; T. R. Baynton. - Circonflexe, 2019

2 phoques se voient refuser l'accueil sur des rochers. « Rentre chez toi ». Le manifeste est répété, refoulant encore et encore les deux exilés. En dernière page, l'auteur s'étonne. « Il n'y a pas de place pour tous ? Comment est-ce possible ? » Le lecteur est alors invité à lire l'album à rebours, pour appréhender une autre version de l’histoire, basée sur l'hospitalité. 
Le texte est découpé de telle façon que le procédé fonctionne bien. Le propos est clair : une même problématique peut s'envisager différemment et, selon l'intention, trouver ou non des solutions.

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Escargogo / Mathis. - Magnier, 2019

Petit carré cartonné pour premiers jeux de mots. 
Escargorille ou escargoret, Escargobelet ou escargomme, c'est donc l'escargot qui fait les frais de ces fantaisies stylistiques et esthétiques, c'est décalé et drôle. 
Des escargots à gogo !
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