Toubien Toumal / C. Verluca ; J. Hirsinger ; C. Karsenty. - Gallimard, 2018

Ils sont jumeaux, univitellins mais tout est antagonisme chez eux : « Toubien fait tout bien comme il faut et Toumal fait tout mal comme il ne faut pas. » Démonstrations à l'appui, de part et d'autre. 
Manichéen cet album ? Que nenni ! La chute dynamite toute dualité.
L’humour se niche, dans le texte comme dans les détails de l'illustration, dans les facéties désinvoltes de Toumal tout autant que dans l'excellence excessive de Toubien.

Arthur et les gens très pressés / N. Brun-Cosme ; A. Guillerey. - Nathan, 2018

A la maison, à l'école, matin et soir, il faut sans cesse se presser. Mais ce matin, ô bonheur, les parents d'Arthur l’oublie à la maison. Il ira donc à l'école en prenant son temps, nez au vent...
Éloge de la lenteur et de la rêverie à savourer et appliquer sans modération. La petite tortue présente à chaque page est elle aussi garante du message à destination des parents.

Ti poulpe a les idées bien encrées / L. Cardon. - Père Fouettard, 2018

En plein apprentissage, Ti poulpe découvre avec sa mère la puissance du jet d'encre : ils ont pu échapper au prédateur ! Avec ses amis, il expérimente le potentiel plus ludique de cette capacité, au grand déplaisir des aspergés. Quelques déconvenues plus tard, ils trouveront tous un terrain d'entente...
Format à l'italienne pour ces aventures marines vraiment drôles, aux héros atypiques et attachants.
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Le petit chaperon rouge et le grand (méchant) loup / A. L. Rubio. - Kimane, 2018

Ce loup déteste chasser et préfère « jouer avec les animaux plutôt que de les manger. » Un petit chaperon rouge fait son entrée dans l'histoire et le loup est face à un dilemme : doit-il manger la fillette et prouver enfin qu'il est bon chasseur ou succomber à son inclinaison naturelle ? La dédicace laisse présager de la chute : « A tous ceux qui écoutent leur cœur... »
En pages de garde, bien logiquement : une recette de tarte aux framboises... vegan !

Quand les poules auront des dents / A. Bouchard. - Seuil, 2018

C'est l'histoire d'une poule, Colette, qui se lève péniblement... Petit dej rapide, toilette succincte, brossage de dents avant de... « Les poules n'ont pas de dents » interrompt Antoine ! Et ce n'est que le début des objections du fils aux fantaisies de son père qui tente tant bien que mal de suivre sa trame, sur fond de machisme, d'exploitation, de productivisme... et de libération parce que dans la fiction, on peut bien inventer la fin qu'on souhaite, non ? Ce n'est évidemment pas la poule qui dira le contraire ! 
Mise en abime jubilatoire d'une histoire qui oscille entre contingences réelles et imagination farfelue, et échappe ainsi à la gravité, avec humour qui plus est ! André Bouchard dans son art. 

Nous, on répare tout ! / J. Leroy ; E. Charbon. - Ecole des loisirs, 2018. - (Loulou & Cie)

Les deux crocos ont déchiré le foulard de leur mère en se bagarrant. Papa se pique en tentant de le recoudre, c'est au tour des enfants d'intervenir !
Petit cartonné très court mais qui dit beaucoup des rôles culturellement attribués aux hommes et aux femmes. Cette petite famille anthropomorphisée est sur le bon chemin pour les bousculer ! 
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A coeurs battants / C. Bousquet. - Gulf Stream, 2018. - (Echos)

Au départ, il s'agissait de participer à une manifestation pour fustiger au choix, et sans exhaustivité : « démantèlement du code du travail, chosification des gens, surdité écologique, lobbies agro-industriels, violences policières, et pas seulement, racisme, état d'urgence liberticide, injustice d'une justice à deux vitesses, détention des réfugiés, délit de solidarité, corruption des pouvoirs publics, précarité croissante, ultralibéralisme, indifférence et mépris du gouvernement face au peuple qui l'a élu. »
Mais « cette manif contre les Injustes », multiculturelle, multigénérationnelle, et aspirant à des valeurs plus justes, a sombré dans le chaos. Apolline, JB, Harley, Samia et Aurélien se retrouvent submergés par une violence policière inimaginable et tentent d'y faire face malgré la panique.
Six personnages -manifestants, vlogueuse, policier et punk à chien- racontent tour à tour cette journée terrible dont aucun ne sortira indemne. Et surtout pas, évidemment, le plus fragile. 
Les consciences politiques aspirant à un monde meilleur se heurtent à une violence brute et sourde légitimée par un état d'urgence qui n'en finit plus. Rendant le roman toujours plus d'actualité.
Merci à Charlotte Bousquet d'aiguiser l'esprit critique des grands ados et d'être l'écho polyphonique et nuancé des révoltés. Laissons leur le dernier mot avec quelques-uns des slogans de rue qui inaugurent les chapitres :
Qui sème le gaz récolte le pavé
Nous ne sommes rien, soyons tout !
Répression : non merci !
La solidarité n'est pas un délit !
Pour votre sécurité vous n'aurez plus de liberté
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Mon bison / G. Wisniewski. - MeMo, 2018

Un bison et une fillette... Deux êtres que tout oppose de prime abord s'apprivoisent, deviennent essentiels l'un à l'autre dans le partage de nourriture d'abord, d'histoires, de silences, de souvenirs, de deuils... Relation improbable qui perdure pourtant durant de nombreuses années. Magnifique album épuré dans les teintes cendres bleutées, sensible et incroyablement sensoriel, d'une douceur si apaisante.
« Nous nous installions près du feu.
Nous nous racontions nos histoires.
Dans ses yeux, je pouvais voir tant de tendresse. »
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Les sentiers perdus / S. Demasse-Pottier ; M. Poncet. - Hélium, 2018

Sortir du sentier, du quotidien, et revenir à l'essentiel : cette jeune fille a décidé de faire l'école buissonnière pour suivre le chemin préféré de son grand-père décédé. Se souvenir, vivre l'héritage si précieux en refaisant les mêmes gestes, en vivant au plus près de la nature et des animaux. 
Belle gageure de la part de Stéphanie Demasse-Pottier et Mathilde Poncet que de montrer le deuil de manière si forte, si sereine malgré le sentiment d'injustice inhérent à la perte d'un être aimé.

La vie commence aujourd'hui / C. Léon. - La Joie de lire, 2018. - (Encrage)

La vie de Clément est gangrénée par la poliomyélite qui porte atteinte à son indépendance jour après jour. Il est entouré par sa mère, paratonnerre à toutes ses crises, son auxiliaire de vie Olga qui le connaît mieux que lui-même et Janie sa meilleure amie.
À l'adolescence, la progression de la maladie n'empêche pas le développement du désir sexuel et Clément est bien déterminé à assouvir ses besoins.
Raconté à la première personne le récit est direct, voire féroce, en direction de ses proches comme de lui-même. La sexualité est abordée avec pudeur et la note finale rappelle combien le sujet demeure tabou en France.
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Diane danse / L. Lozano. - Editions des éléphants, 2018

Incapable d'apprendre ses tables de multiplications, Diane est sous la menace du redoublement. Sa mère, inquiète, lui fait voir plusieurs spécialistes. « Diane savait bien qu'elle n'avait aucun problème, mais tout le monde s'obstinait à penser le contraire. » Et effectivement, Diane va très bien, il lui faut juste le temps de trouver sa voie : dans la danse, elle s’épanouira pleinement, réglant ainsi tous ses problèmes de concentration et de motivation. 
Diane s'élance et virevolte sans se soucier du regard des autres, alors qu'elle ne répond pas aux critères standards des danseurs ; nous partageons son plaisir et admirons sa grâce.

Ce soir je le fais ; ce soir je le quitte / C. Ytak. - Rouergue, 2018. - (DoAdo)

2 histoires tête bêche qui déroulent une même nuit fatidique : Emma veut quitter Loïc, trop pot de colle ; Simon espère faire l'amour avec Méline. Mais tout ne se déroule pas selon leurs plans, les corps ont leurs mots à dire... 
Deux récits, deux personnalités différentes avec un même questionnement sur l'amour, la sexualité, l'amitié... Cathy Ytak est au plus près de leurs doutes, à l'écoute des pensées et des corps qui n'ont pas le même tempo, pas les mêmes exigences.
« Les élans de mon corps ne sont pas ceux de mon cœur. »

Du balai ! / L. Greig ; J. Sarda. - Little Urban, 2018

Aujourd'hui Oscar est de très mauvaise humeur. Et même d'une humeur exécrable, massacrante, tempétueuse, ravageuse. Voire dans une colère noire. Pour vous donner une idée, son humeur est matérialisée par une montagne de feuilles mortes qu'Oscar a amassées, qui recouvre la ville tout entière. Il se sent submergé... Comment sortir de cet état ?
Si la résolution est un peu "magique", la description de la colère, de la façon dont elle prend le contrôle est très juste. Et l'illustration témoigne parfaitement de cette disproportion.
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Milly Vodovic / N. Rugani. - MeMo, 2018. - (Grande Polynie)

« Même si elle aspirait à être tout, elle demeurait coincée dans le regard des autres. » Milly a 12 ans et voudrait s’inventer à l'infini mais à Birdtown, il faut rester à sa place. A sa place d’immigrée slovaque dans une ville raciste, à sa place de fille, à sa place de sœur. Or Milly n'a pas su rester "raisonnable" et a défendu son grand frère Almaz contre Swan, Swan qui « est un poing dans la figure du monde », Swan qui veut faire payer à tous l'agonie de sa mère. Ce simple geste de révolte entraînera une série de drames.
Les enfants sont sacrifiés ici sur l'autel de la haine raciale et de l'injustice, contraints de s'endurcir pour supporter la violence omniprésente. Milly, avec sa sensibilité et sa spontanéité fait figure d’exception, à l'influence magnétique. 
L'écriture de Nastasia Rugani est assez incroyable, si proche de la nature, celle du monde et celle des êtres, décrite dans une immédiateté et une acuité sensorielle. Les monstres et la mort y sont également très présents, toujours plus présents. Mais par la pirouette d'une mise en abîme, l'auteure laisse à l'histoire et à ses personnages, la possibilité de s'écrire autrement, de déjouer l'inclinaison funeste, invitant chacun, personnages et lecteurs à mesurer la responsabilité qui est la leur dans le déroulement des évènements. 
« Rien ne fait sens alors que tout semble lié »
 « Comment font les gens pour porter tous ces gouffres en eux 
sans jamais devenir fou ? »
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Kiwi Grizzly / D. Gauthier ; C. de Gastold. - T. Magnier, 2018

Kiwi est invitée à la fête costumée de Zach. La thématique : les animaux de la forêt. Inventive et débrouillarde, Kiwi se confectionne un déguisement d'ours très ressemblant. En route pour la fête ! Malgré sa peur, elle prend le chemin de la forêt et y croise un garçon qu'elle ne connaît pas. Sympathique mais muet. Tout comme sa bande, les enfants des bois. Peu importe, la fête devient vite enjouée : « Ils s'amusent beaucoup. Ils se comprennent sans se parler. » 
La journée se termine, Kiwi et sa bande prennent le goûter tandis que les enfants des bois « s'éclipsent à pas de loup. »
Le temps d'une fête, animaux humains et non humains se sont retrouvés égaux, dans un partage paisible et joyeux.
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Hop, au lit ! / N. Oldland. - Bayard, 2018

Bob adore sauter, entre autres choses qui toutes relèvent d'un dynamisme gesticulatoire. Et inépuisable : impossible de le faire dormir ! 
Le lendemain forcément, sa vitalité n'est pas la même. Mais ses parents patients s'adaptent...
La mise en page s'accorde à l'énergie de l'histoire, dans l'occupation de l'espace comme dans les détails à observer.

Orphelins 88 / S. Cohen Scali. - Rageot, 2018

Il s'appelle Josh, il s'appelle Jo, il s'appelle Jona, il ne sait plus qui il est mais va se découvrir d'amnésie en réminiscences fulgurantes au cours de l'été 1945. Élevé dans l'idéologie nazie, il apprendra qu'il est passé par un lebensborn, arraché à sa famille pour être germanisé, aryanisé puis adopté. Alors que sa mère est juive. Comment se structurer dans une telle situation de schizophrénie ? « Qu'est-ce que ça veut dire après, pour moi ? Tant que j'ignore ce qu'a été avant ? »
Les traumatismes sont légions parmi les orphelins 88 et toutes les victimes du nazisme mais des âmes bienveillantes les accompagnent. 
Après Max, destin du premier né du projet Lebensborn, de 1936 à 1945, Sarah Cohen-Scali s'attaque à l'après-guerre. Et ébauche à quel point le nazisme a ravagé durablement les générations.
« Je ne suis pas n'importe quel enfant. J'ai été une « marionnette ».
Je suis un enfant de la guerre. Un orphelin 88.
Qu'est-ce qui pourrait bien me choquer ? »
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Kivu / J. Van Hamme, ill. C. Simon - Le Lombard, 2018 - (Signé)

Jeune ingénieur idéaliste, François part au Congo pour sa première mission : veiller à développer l'exploitation d'un minerai de coltan, même au prix de vies humaines. Lorsqu'il rencontre une petite fille victime d’exactions, il tentera de la sauver coûte que coûte.
BD engagée qui rend hommage au récent Nobel de la paix : Denis Mukwegge, éternel combattant des mutilations faites aux femmes mais dénonce également le rôle des multinationales dans ce conflit sanglant.
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Eldorado / H. Farrarini ; D. Cuvillier. - Futuropolis, 2018

Eldorado est l'histoire d'un homme envoyé contre son gré sur le titanesque chantier du canal de Panama. C'est aussi l'histoire d'un ingénieur dont l'épouse ne supporte pas le climat, ni l'ambiance. Eldorado c'est encore le sort et l'avenir d'un peuple indien dont la civilisation va être inondée par le canal. Bref, c'est le portrait d'une époque : celle des grands projets, des grandes luttes et de la désillusion. 
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Green Valley : la vallée d'émeraude / M. Landis; C. Camuncoli - Delcourt, 2018 - (Contrebande)

Dans leur monde médiéval, les chevaliers de Kelodie sont les plus courageux. Mais, à la suite de l'incendie du château de leur roi, ils sont tombés en disgrâce. Forcés de sortir de leur retraite par le jeune Perceval, ils doivent lutter contre un mage maléfique et des dragons pour libérer la Green Valley. Mais cela ne sera pas sans conséquence.
Très bon comics mêlant héroïc-fantasy et spacio-temporalité. Le scénario de Max Landis est très bien construit et les dessins de Gamuncoli traduisent bien le propos.

Motor Girl / T. Moore. - Delcourt, 2018 - (Contrebande)

C'est l'histoire de Samantha, militaire dans la marine, qui de retour d'une mission en Irak souffre de syndrome post-traumatique. Son seul ami est un gorille nommé Mick. Elle a choisi de vivre dans une casse autos appartenant à une vieille dame du nom de Libby. Samantha vit là une vie tranquille jusqu'au jour où une soucoupe volante s'écrase. Les ennuis commencent alors.
Ce roman graphique est plein d'humour. Le scénario est déjanté, l'illustration en noir et blanc superbe. Terry Moore traite de façon touchante d'un sujet compliqué : le syndrome post-traumatique des militaires.