Une Rose et un Balai / Michel Simonet. - Ed. de la revue Conférence, 2018

« Je sais que cela peut paraître bizarre à certains, mais j’aime vraiment balayer, refaire les mêmes gestes, pousser mon char, ramasser un tas de feuille, racler un tapis de neige et fendre la glace. A-t-on la capacité d’un dé à coudre ou celle d’une citerne ? C’est la plénitude qui compte. » p. 153
Drôle de livre que ce texte d’un balayeur de rue de Fribourg, un peu poète et philosophe. Balayeur par vocation, prince de l’Ordurie, digne, ô combien !, représentant de la corporation des brahmanes du goudron (pour reprendre ses termes). Près de 30 ans de métier s’il vous plaît. Travail répétitif et lent certes mais qui permet une activité d’épicurieux. Il se régale ici à jouer avec les mots, à les triturer, autant qu’à observer, écouter, respirer lorsqu’il est dans la rue. Il déambule durant les quatre saisons, dès l’aube, armé de son balai et de sa charrette où il a fixé à l’angle droit une rose. Fier de sa noble tâche, de sa caste et du travail bien fait, il nous livre ses réflexions, ses anecdotes en intercalant quelques poésies de son cru. Hymne à la simplicité assumée et choisie. Une lecture agréable même si sans grandes prétentions.
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Avis : **

The hate U give = La haine qu'on donne / A. Thomas. - Nathan, 2018

A 12 ans, Starr a eu droit à deux conversations parentales, la première sur la sexualité ; la seconde, plus étonnante, pour lui expliquer que faire si un policier la contrôle. Un préambule nécessaire lorsqu'on est noir, d'autant plus dans un quartier pauvre américain en proie à la lutte des gangs. Un préambule que n'a pas dû avoir son ami Khalil, touché par 3 balles pour avoir manqué de docilité lors d'un contrôle de police. Starr assiste impuissante à sa mort.  
Depuis qu'elle est dans un établissement huppé, Starr a eu l’habitude de se dédoubler. Il y a la Starr de Williamson qui « ne donne à personne des raisons de penser qu'elle sort de la cité. » Et celle de Garden Heights qui a le verbe haut et la répartie immédiate. Depuis la mort de Khalil, le dédoublement devient difficile : comment supporter en silence les gens qui pensent qu'en tant que noir du ghetto vendant de la drogue, il aurait tôt ou tard fini par être descendu, comme s'il n'était qu'une statistique ? Si Starr désirait protéger son anonymat dans cette affaire qui fait grand bruit, la nécessité d'être la voix de son ami assassiné devient de plus en plus impérieuse. Starr, entourée de parents militants, prend la mesure de ce que signifie le Thug Life, le système qui écrase les plus pauvres : The Hate U Give Little Infants Fucks Everyone, ou La haine que vous transmettez aux enfants détruit tout le monde.
Un roman parfois dur à la voix salutaire !
« Tous les hommes noirs (portent) en eux la colère de leurs ancêtres. 
Une colère datant du jour où ils n'avaient pas pu empêcher 
les esclavagistes de s'en prendre à leur famille. »
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Jefferson / J.-C. Mourlevat. - Gallimard, 2018

Jefferson, jeune hérisson, se rend chez son coiffeur attitré. La porte est fermée, Jefferson est intrigué... Horreur ! M. Edgar a été assassiné. Et par un fâcheux concours de circonstances, c'est Jefferson qui est accusé. Une motivation sans pareille pour trouver le vrai coupable ! L'enquête le mène, avec son ami Gilbert, aux pays des humains, là où, au mieux, on regarde les animaux avec un dédain amusé. Ils comprennent pourquoi M. Edgar y venait régulièrement et clandestinement : il « militait depuis plusieurs années contre l'élevage, le transport et l'abattage industriel des animaux de boucherie. » Puis Gilbert, lors d'une nuit terrible, découvre que « le seul souci des humains, c'est comment tuer le plus de bêtes possible dans le moins de temps possible. » L'enquête prend évidemment une ampleur qui les mènera au militantisme. « Ce serait un très long combat et il faudra sans doute encore quelques décennies, un siècle peut-être, avant qu'on se demande comment on osait faire ça avant. » « C'est comme pour l'esclavage ou la torture, (...) on a pensé pendant des siècles que c'était normal. »
Un roman d'aventure pour les 10-14 ans, aux personnages très attachants, mus par un sens de l'amitié et de la solidarité renforcé dans l'adversité.


Les trois poules de Sonia / P. Wahl. - Les éditions des Elephants, 2018

Sonia se voit confier la responsabilité de « trois petits poussins duveteux. » Elle prend son rôle très à cœur, porte une grande attention à ses poussins devenus poules. Hélas, il arrive que les bons soins ne suffisent pas : Sonia est bouleversée lorsqu'une poule est tuée par un renard. « Ce qui te semble injuste peut avoir du sens pour le renard » lui explique son père.
Elle nuance ainsi sa vision du monde en comprenant dans les faits la chaîne alimentaire, la mort, le cycle de la vie.
Illustrations  en collages, aux couleurs chaudes, qui disent beaucoup en marge du texte : la famille métisse, la présence du petit frère qui sans doute favorise son autonomie, la transmission ensuite de la grande sœur à son frère.

Garçon et Fille font semblant / H. M. Larsen ; M. K. Johnsen. - Cambourakis, 2018

Il et Elle jouent ensemble, dans des jeux de rôles : ils sont d'abord ours et serpent, mais ça dégénère rapidement. Et s'ils jouaient à être l'un l'autre ? Le peaufinage des détails (réjouissants) laissent « la grande personne » mécontente. Mais qu'importe, ces deux-là s'aventurent hors des sentiers battus, à faire semblant pour mieux se sentir eux-mêmes. 
Texte au rythme syncopé et illustrations malicieuses à hauteur d'enfants forment un album au ton libre. 

Méchant / L. Pauli ; K. Schârer. - Minedition, 2018

Le jeu du jour, à la basse cour, c'est de faire des bêtises à tendance sadique. Effrayer le coq, lâcher une fiente sur le chapeau du fermier, faire croire aux cochons qu'ils n'auront rien à manger... C'est au tour du chat de montrer ce dont il est capable. Les mines interloquées, inquiètes, indiquent qu'on va passer à un stade supérieur de la -mauvaise- blague... 
Des cadrages efficaces, des mines expressives, une histoire qui occupe tout le livre, jusqu'aux pages de titre et de garde et une chute évidemment parfaite.
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La montagne / C. Chica ; M. Marsol. - Les Fourmis rouges, 2018

Un livreur, assailli d'une envie pressante, s'arrête en bord de route et plonge dans la forêt. Voilà qui est fait. « Comme c'est bizarre (...) Impossible de retrouver son chemin. » L'homme, loin de paniquer, se laisse absorber, tous les sens -décuplés- en éveil.
Tout se joue alors dans l'illustration qui personnifie avec génie l'état de nature retrouvé, la connexion aux animaux. L'eau, les matières, l'air, les odeurs, la chaleur... tout nous assaille comme si nous y étions, grâce à cet homme métamorphosé.
A la fois retour aux sources et voyage intérieur, cet album transmet une joie profonde d'être en symbiose avec la nature : se perdre en forêt pour se retrouver, la grande idée si bien réalisée de Carmen Chica et Manuel Marsol.

Saison morte / M. Kolodziejczyk ; M. Polodec. - EP Editions, 2018

Saison Morte est une BD qui raconte l'histoire de 3 polonais, loosers : Marian, Vulcain et Raton. Assis à un arrêt de bus, ils s'ennuient dans cette station balnéaire proche de la mer, en cette période de saison morte.
- Marian, le narrateur est surveillant dans le camping sauvage de son ami Aysiek.
- Vulcain, ancien garagiste amputé suite à un accident de travail, entretient des relations conflictuelles avec sa jeune épouse.
- Enfin, Raton, ne supportant plus l'ennui décide de nouveau de partir.
BD qui parle de l'ennui, la mort, la vie dans ces petits villages polonais qui attendent les touristes. Le découpage de la BD est intéressant, composé de petits chapitres. Chacun d'entre-eux  relatant alternativement la vie de ces 3 héros. L'utilisation du noir et blanc permet la mise en valeur du passé.

Héros surprises / G. Legrand. - Sarbacane, 2018

Des objets quotidiens, banals, presque tristounets, perdus sur leur page unicolore. Mais voici ce que s'ouvre un flap, et les-dits objets se révèlent, par l'ingéniosité de Gilbert Legrand, en super héros !
Une simple tenaille se transformera donc en Max la Ferraille dont la devise est Entre ses pinces nul ne résiste !
20 héros (dommage, seulement 3 superwomen) dans un format carré cartonné qui réservent bien des surprises, dans les noms, les maximes et les panoplies. Ils ont le talent, aussi, de faire pétiller l'imagination !

Courage, grand loup ! / J. De Kinder. - Didier, 2018

Petit Loup demande à son papa de l'accompagner dans les bois. Le père est réticent mais cède, non sans lorgner sans cesse autour de lui, tandis que son fils ouvre la marche confiant et souriant. Ils finissent par arriver en lisière du bois, c'en est trop pour Grand Loup qui fuit à tout jambe.
Que sont devenus les enfants des personnages du conte du Petit Chaperon rouge, c'est à cette question que répond cet album à la fois graphique et intéressant dans l'esprit : les rancœurs entretenus par leurs parents ne seront pas les leurs, les enfants sont libérés de cette « très vieille histoire. »

La saga de Grimr / J. Moreau. - Delourt, 2017

Au XVIII°siècle, l'Islande, accablée par la misère, doit encore subir le joug des Danois. Le sort du jeune Grimr, devenu orphelin, est plus cruel. Rejeté dans ce  pays où l'homme se définit d'abord par son lignage, Grimr se bat pour faire reconnaitre sa valeur. Il décide de bâtir sa propre légende et d'inscrire son nom dans les sagas islandaises. Un véritable voyage initiatique débute pour Grimr.
Le scénario est d'un bon niveau littéraire. C'est un album touchant. L'utilisation des aquarelles permet de mieux coller aux ambiances. (Fauve du meilleur album à Angoulême 2018)
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La forêt millénaire / J. Taniguchi. - Rue de Sèvres, 2017

Œuvre inachevée du regretté Jirô Taniguchi, La forêt millénaire a pour thématique la relation entre un jeune tokyoïte, Wataru, et la forêt. Cette communication naissante avec le nature va se révéler lors d'un défi que les camarades de classe de Wataru lui demande de relever.
Cette BD est  un moment de repos. Elle est très belle, apaisante, chatoyante. Elle est peu fournie en texte mais c'est le but.

Dans le noir / D. Bogdanska. - Rackham, 2017 - (Morgan)

Daria, jeune femme originaire de Varsovie, ayant déjà beaucoup voyagé, débarque à Malmö en Suède. Elle y reprend des études à la fac en master de BD. Afin de payer son loyer et ses études, Daria se met à la recherche de petits boulots. Or pour travailler en Suède, il faut un "personnumer" (numéro d'identification personnel qui fait aussi office de numéro de sécurité sociale). Ses demandes de travail ayant été rejetées, Daria est alors contrainte de travailler au noir dans le restaurant de Sanar. Révoltée par les conditions de travail auxquelles les immigrés sont soumis, Daria décide de se syndiquer pour faire bouger les choses. Aidée par Mendi, elle découvre aussi le milieu de la nuit et redécouvre l'amour.
A travers cette BD autobiographique, Daria Bogdanska nous plonge dans l'envers du décors. Son parcours met en lumière la difficile intégration des immigrés européens ou non dans la société suédoise : société souvent citée comme exemple, comme modèle.
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Où êtes-vous ? / Barroux. - Seuil, 2018

Le roi s'ennuie... Mais il a une idée : « On va jouer à cache-cache. Prévenez mon peuple ! » C'est une partie géante qui s'organise donc dans le royaume, avec un roi euphorique énumérant les espèces trouvées. Tout à sa joie d'avoir gagné, il ne remarque pas que certains animaux manquent à l'appel... Une attitude qui préfigure l'attitude d'une autre espèce animale : l'homme.
2 doubles pages documentaires donnent une autre dimension à cet album ludique et joyeux : après avoir énuméré quelques espèces disparues, place aux animaux à protéger, menacés d'extinction « la plupart du temps à cause de l'homme ».

La chocolaterie de Monsieur Lapin / E. Dolan. - Nord Sud, 2018

« Vous voulez savoir d'où viennent les œufs de Pâques ? » De l'usine de Monsieur Lapin, qui a quelques difficultés à intégrer que ses ouvrières les poules constituent une part non négligeable de sa réussite. Autoritaire, insatiable, arrogant, il va bientôt récolter les frais de son avidité. 
Une histoire sur Pâques qui aborde en douceur et avec humour la lutte des classes, l'horizontalité et le féminisme, que de raisons de découvrir cet album !

Mon père, avant, il était cool / K. Negley. - Gallimard, 2018

Aujourd'hui, le père du narrateur est normal. Entendez un père qui plie le linge, fait le ménage, s'occupe activement de son fils. Mais avant, c'est sûr, il avait une vie incroyable ! En se basant sur des indices tangibles, il l'imagine punk rocker biker. « Il a dû se passer quelque chose... pour qu'il renonce à tout ça. »
Pas facile pour un enfant d'imaginer la jeunesse de ses parents, la vie avant eux. Keith Negley montre ici qu'on peut être père et rester cool (mais malaisant quand même quelques fois !). Une relation père-fils aussi forte qu'originale !

Dacca toxic : chroniques lunaires d'un garçon bizarre / C. Fradier. - Au diable vauvert, 2017

Sacha, avec un syndrome d'Asperger, a « une difficulté à communiquer, à saisir les codes sociaux, à décrypter les émotions. » Ce qu'il fait parfaitement en revanche, c'est saisir les injustices du monde. Et au Bangladesh comme ailleurs, elles ne manquent pas. En dépit de son handicap, il dérogera à ses habitudes, se mettra en danger pour venir en aide à une jeune fille défigurée par l'acide. Le lecteur  pénétrera avec lui dans les abattoirs et les tanneries pour y découvrir les conditions de travail impossibles des ouvriers bangladais et l'horreur infligée aux animaux : « les cuisines de l'enfer ».
Si les aptitudes de Sacha à dépasser son handicap peuvent pour le moins étonner, ce roman policier aura le mérite de faire découvrir sans détour une réalité sordide à plusieurs visages.

Libération / P. Ness. - Gallimard, 2017

Adam a grandi dans une famille très stricte,  très religieuse. Il ne correspond pas à ce que ses parents espéraient de lui, étant peu religieux et surtout homosexuel. Il s’évertue néanmoins à être un bon fils, vivant ses histoires d’amour en secret et effectuant toutes ses tâches consciencieusement. 
Ce statu quo se déséquilibre en une journée dense durant laquelle les évènements inattendus s’accumulent, fragilisant Adam. Se pourrait-il que ses parents aient raisons lorsqu’ils affirment que l’amour entre 2 hommes n’est pas un véritable amour ?
L’histoire se déroule en 8 chapitres mais n’a rien de linéaire, enrichie de nombreux flashbacks et d’une narration parallèle (dispensable ?) aux accents mythologiques sur la quête de justice d’une certaine Katie, assassinée il y a peu.  
Libération ou le chemin douloureux pour faire se faire confiance, pour accepter l’amour dans une intimité qui ne peut être trompeuse, pour se défaire des ressentiments aliénants. Un roman complexe mais d’une sensualité et d’une sincérité envoutantes. 

L'Histoire à la carte / Thierry Marx, Bernard Thomasson. - La Martinière ; France Info, 2015

Petite et grande histoires se croisent autour de la cuisine française dans ce recueil qui reprend les chroniques radio de l'émission du même nom sur France Info. Thierry Marx et Bernard Thomasson y racontent 30 histoires de cuisine et 1000 autres anecdotes. 
La tête de veau nous fait revenir à Louis XVI en 1793, avec bien sûr un clin d’œil à Jacques Chirac. Avec la quiche lorraine, les auteurs convoquent Hitchcock dans la Main au collet
Poire Belle Hélène, couscous ou langouste, ce livre met les petits plats dans les grands, et mêle dans la marmite de nombreuses cultures : culinaire, politique, régionale, historique, cinématographique... donnant ainsi corps et goût à "la" culture.
Les recettes accompagnent chaque chapitre, évidemment ! A déguster à haute voix ou les pieds dans le plat.

Les quatre gars / C. Renaud. - Sarbacane, 2018. - (Exprim')

Louis, Yves, le père et le papi, ils sont 4 gars, pas des plus délicats, surnommés par le fait la famille Dégâts. Approfondissons un peu le tableau : le grand-père parle au fantôme de sa femme et prend soin des siens. Le père, un taiseux aux manières désagréables, subvient aux besoins matériels, mais pas émotionnels de la famille, trop ravagé par le départ de sa femme. Yves, 16 ans, se prépare à entrer dans l’armée, tentant maladroitement de se faire remarquer des filles. Louis, le plus jeune et narrateur de cette histoire, aimerait quant à lui que sa famille soit un peu plus normative, notamment côté émotions et amour à donner. Il se pourrait qu’il ait matière à espérer, si la famille Dégâts arrive à se tenir… 
Tranche de vie cocasse d’une famille qui retrouve peu à peu comment exprimer ses sentiments, dans un style tonique !
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Vivant / R. Fuentès. - Syros, 2018

Sept étudiants et un ami de l’un d’eux ont prévu de se retrouver dans les calanques pour un programme de révision, de sport, et de détente. D’emblée, Élias, dont le profil détonne, compromet l’équilibre du groupe. Non parce qu’il ne s’y intègre pas mais parce qu’il est « trop parfait, trop héroïque. Une sorte de Gandhi, un messie des temps modernes » qui agace le leader Mattéo, contesté de surcroît sur son terrain d’excellence, le sport. La jalousie de ce dernier se confronte au stoïcisme d’Élias. 
La situation devient explosive, ils se lancent dans une course effrénée,
racontée par les témoins dépassés par les évènements. Tous s’inquiètent de l’issue en se demandant d’où viennent la force hors du commun et la bienveillance infaillible d’Élias.
Un roman -sous l'égide de la Cimade- que l'on aurait aimé un peu moins centré sur la course haletante mais plus étoffé sur l'histoire d’Élias.

Coupée en deux / C. Erlih. - Actes sud, 2018

Camille doit voir le juge ce matin et lui dire avec lequel de ses parents elle préfère vivre : son père, à Paris, ou sa mère qui part vivre en Australie. Elle nous parle de la séparation, de la vie avec chacun d'eux, avec beaucoup de compassion et de nuances. Son choix semble arrêté, il est temps de parler au juge...
Roman court et sensible sur l'imbroglio douloureux que peut provoquer un divorce et surtout sur l'amour qui lie parents et enfants.

Say something / J. Brown. - Albin Michel, 2018. - (Litt')

David savait. De manière indistincte, bercé par l'espoir que peut-être il se trompait mais foncièrement, il savait. Et maintenant il doit vivre avec la culpabilité de n'avoir rien dit, de la même façon qu'il n'a jamais rien dit de ses propres brimades et humiliations, pas plus que devant celles de ses camarades. Se taire, courber l'échine, attendre que ça passe... Mais ce silence, cette passivité, ont conduit à une tuerie de masse.
Roman assez court, contrepoint de Hate list -plus riche- qui racontait la même histoire du point de vue de Val la petite amie du tueur. On constatera ici l'inanité de la violence et le poison du silence nourri par la culpabilité.
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Mon arbre / M. Edwards ; E. Angebault. - Albin Michel, 2018

C'est l'histoire d'une vie entière enracinée autour d'une relation, autour d'un arbre. A sa naissance, le grand-père du narrateur a planté un marronnier, qui verra chaque étape importante de sa vie, les anniversaire, la mort de l’aïeul, les fêtes...
L'arbre est ici le symbole classique du temps qui passe, témoin à la fois de cycles répétitifs et d’évènements uniques.

L’Oubli / Philippe Forest. - Gallimard, 2017. - (La Blanche)

"Des onomatopées, des interjections remplaçaient progressivement des mots qui, eux-mêmes, se réduisaient de plus en plus à des abréviations sibyllines, à des sortes de borborygmes éructés à la chaîne et impropres à l’expression d’aucune véritable idée." p. 133
Le narrateur de ce roman se réveille un matin avec la sensation angoissante d’avoir oublié un mot ou bien peut-être une chose. Se souvenir de la chose permettrait sans doute de retrouver le mot manquant et réciproquement. Installé sur une île à la beauté sauvage, appréciée des peintres, il plonge dans une quête éperdue pour retrouver la pièce égarée du puzzle mais, loin d’y parvenir, il semble que le langage se détache de plus en plus de lui. Or plus on perd de mots et moins le monde est intelligible. De la vaste demeure perchée sur une falaise où il loge, comme dans ses pérégrinations au bord de l’eau, appareil photo en mains pour capter ce qui sans cesse échappe, il se livre à un combat qui prend la forme d’un voyage mental labyrinthique dans sa conscience, ses souvenirs, ses rêves. D’un monde fantomatique, du brouillard et des reflets, doit bien finir par jaillir quelques spectres, une vérité ou un baume ?
C’est un livre tortueux, à la pensée parfois vertigineuse, d’une grande profondeur, qui fascine, nous prend et nous lessive. L'auteur joue avec son personnage et il faudra ainsi attendre la fin pour comprendre qu'en réalité il y a deux narrateurs. Il y a du Beckett dans les soliloques, du Ionesco ou mieux encore du Octavio Paz dans les réflexions sur le langage, du Proust dans les questionnements sur la mémoire, du Modiano dans l’évanescence des choses… Enfin, l’écriture est vraiment très belle, poétique. Un roman d’une grande originalité et inventivité qui tranche dans la production. Pas pour tout public.

 Avis : ***

La recette miracle / D. Bournay. - Ecole des loisirs, 2018

Taupinette a fait des gâteaux mais n'a pas la moindre intention de partager avec ses amis. Même s'ils sont affamés. Mais pour cela, il lui faut mentir... et on ne sait jamais où nous mènent les mensonges. De quoi se donner des sueurs froides tant cela devient ingérable. 
Un fable sous forme de BD tout en dialogues, de plus en plus hilarants. Mention spéciale pour l'inventivité et la ténacité de Taupinette prête à tout dans la mauvaise foi. La morale ? La vie est tout de même infiniment plus drôle lorsqu'on cesse d'être égoïste.
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Chasseurs de dents / C. Won-Hee. - Cambourakis, 2018

Cible repérée, haro sur l'homme nu ! Haletante, la chasse se déroule sans texte, tant que dure le sombre trafic : homme à terre, dents arrachées, vendues et transformées par les tueurs, des éléphants anthropomorphisés. 
Place au texte qui contextualise la scène : un enfant se réveille, tout cela n'était qu'un rêve  !
On peut choisir de se sentir soulagé ou réaliser, avec cette identification glaçante d'histoire en miroir, que les éléphants sont en voie imminente d’extinction, par notre seule responsabilité.
« Cette histoire étrange et horrible » se raconte au travers de grands aplats de couleurs mates et sombres contrastant avec de petits détails vertigineux.
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Alphonse le lion qui ne pleurait jamais / Y. Kim ; A. Ladecka. - Talents Hauts, 2018

Alphonse est majestueux, Alphonse est solide, Alphonse, roi des animaux, a une réputation à tenir. Mais depuis quelques temps, Alphonse peine à tenir à distance le malaise qui l'assaille. Les larmes guettent mais comment ce lion courageux pourrait-il s'autoriser à pleurer ?
Ce n'est pas un hasard que les éditions Talents hauts publient ce texte rappelant que masculinité et chagrin exprimé publiquement ne sont en rien antagonistes. Accueillir les émotions, toutes les émotions, ne fait que renforcer son identité et sa force !
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L'histoire du loup et du petit chaperon rouge aussi ! / Seblight. - Alice, 2018. - (Histoires comme ça)

Un loup, un petit chaperon rouge, un chemin en forêt... « Ah, ah, ah ! Arrête, tu me chatouilles ! » s'esclaffe la fillette. Vous l'aurez compris, là s'arrête la trame du conte tel que nous le connaissons, pour laisser place à une histoire de rencontres répétées entre les deux protagonistes.
Les ombres chinoises s'organisent sur fond sépia, dans une variété de cadrages garantissant un dynamisme non démenti par la chute, réjouissante. Belle version par Seblight d'un conte qui étonne encore et encore.

Paris est tout petit / M. Bernard. - Syros, 2018

Inès, issue d'un milieu que l'on dit défavorisé, prépare le bac, vise l'entrée à Science Po et fait quelques heures de ménage chez une famille aisée pour aider sa mère. Scolarité studieuse, heures de travail, le quotidien est réglé sans temps morts. Pourtant, Inès tombe amoureuse du fils aîné de ses employeurs. La différence de classe provoque quelques fois des gênes, des malentendus mais ils se retrouvent surtout autour de la découverte de Paris, que Gabin affectionne presque amoureusement.
L'idylle se heurte aux attentats du Bataclan, durant lesquels la mère de Gabin décèdera. Et c'est une autre faille qui s'immisce dans leur réalité : le fait qu'elle soit musulman.
La narration est assurée par Inès qui ressent avant d'analyser, les émotions y sont donc centrales. Le carcan dans lequel elle se trouvait éclate à la faveur d'un drame qui l'obligera à trouver « un rapport authentique à elle-même ». Si elle ne se pense à l'aune de la société, à savoir hors des « préjugés de sexe, de classe et de religion », qui est-elle, que veut-elle faire de sa vie ?
 « Je ne supporte plus d'avoir à prouver 
que si on donne une chance aux "gamins de banlieue", ils réussissent, 
que si on tend la main aux musulmans, 
ils ne se font pas sauter dans les lieux publics.
 Je ne supporte plus qu'on attende de moi
que je prouve que le « modèle républicain » fonctionne. 
Je n'en peux plus de ces expectatives 
qui m'étouffent et empêchent de réfléchir pour moi-même. »
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Ameline, joueuse de flûte / C. Beauvais ; A. Déprez. - Alice, 2018. - (Histoires comme ça)

Ameline a grandi avec Le joueur de flûte de Hamelin, conte que lui racontait souvent son grand-père. Aujourd'hui, son aïeul est mort, elle est recueillie par un couple habitant un village du nom de... Hamelin. Elle se lie d'amitié avec une bande d'enfants que les autres habitants ne semblent pas connaître...
Cette suite du conte imaginée par Clémentine Beauvais tient en haleine. D'abord dans l'empathie avec Ameline endeuillée, puis dans la fascination de ce monde à part que partagent la fillette et la tribu d'enfants libres. Auprès d'eux, elle trouvera sa raison d’être, qui sera aussi leur raison de vivre.