Le Sympathisant / Viet Thanh Nguyen. - Belfond, 2017

"Que font ceux qui luttent contre le pouvoir une fois qu’ils ont pris le pouvoir ? Que fait le révolutionnaire une fois que la révolution a triomphé ?" p. 481
S’adressant à un commandant, le narrateur se livre à une longue confession détaillée. Nous apprenons qu’avant la chute de Saïgon (1975), il travaillait pour le Sud Vietnam pro-américain, au service de l’état-major (dans la police secrète) tout en transmettant des informations cruciales au Nord Vietnam pro-communiste. Fils d’un prêtre français et d’une adolescente vietnamienne, il se joint, lorsque la partie est perdue, à tous ceux qui fuient et, dans une débandade innommable, grimpent en catastrophe dans des avions-poubelles surchargés. Direction un camp à Guam puis la Californie. Aux États-Unis, il reste proche de ceux pour lesquels il travaillait et se trouve en situation de sympathisant. C’est-à-dire qu’il est un agent dormant, étudiant l’organisation de ceux qui rêvent d’une revanche, codant via un intermédiaire à Paris ses observations aux communistes vietnamiens. La vie n’est pas simple pour les exilés, souvent déclassés au point de faire partie du lumpenprolétariat. La crédibilité de notre agent double nécessite d’accepter de participer à des meurtres voire de se salir lui-même les mains et la conscience, car tuer des personnes de son propre camp pour ne pas dévoiler son jeu de dupes n’arrange pas ses problèmes de dualité. Au bout du compte, dans une entreprise dérisoire, il retourne clandestinement au Vietnam au sein d’un groupe de soldats afin de protéger Bon son ami de jeunesse anti-communiste. Même si la toile de fond est la guerre du Vietnam, il serait très exagéré de dire que c’en est le sujet : il faut, par exemple, arriver au-delà de la page 400 pour entendre parler de bébés monstrueux (conséquence des défoliants américains) ou des dégâts provoqués par le napalm. La véritable thématique est bien la complexe et torturée psychologie du narrateur, un bâtard tendance schizophrène, toujours à l’intersection de plusieurs lieux, de plusieurs idéologies… Sa mère lui répétait qu’il n’était pas une moitié de quoi que ce soit mais qu’il avait tout en double. L’auteur a de belles envolées, n’est pas avare en superbes métaphores et n'est pas dépourvu d’humour. 

Avis : **

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