La Salle de bal / Anna Hope. - Gallimard, 2017. - (Du monde entier)

En 1911, on a tôt fait d’assimiler la non-conformité sociale à la folie. Ella Fay qui travaille depuis l’âge de 8 ans dans une filature, ne supportant plus le bruit infernal et l’enfermement, se révolte, brise une vitre à l’une des fenêtres aveugles de l’atelier, Clem Church a refusé un mariage forcé et entamé une grève de la faim, John Mulligan s’est clochardisé et est devenu presque muet à la suite du traumatisme de la perte de sa fille puis de son divorce… C’est suffisant pour que tous se retrouvent internés pour de longues années à l’immense asile de Sharston, 2000 pensionnaires, 200 employés. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Les idées eugénistes font leur chemin dans la société, dont la castration obligatoire comme mesure curative : et si on stérilisait les fous et puis aussi les pauvres, assimilés à des faibles d’esprit ? Il y a là un jeune médecin ambitieux, Charles Fuller, qui n’accepte pas encore ces dérives. Il y oppose les mérites de la musique, de la danse et du travail, des facteurs de régénération. Grâce à lui, hommes et femmes peuvent se rencontrer quelques heures lors d’un bal hebdomadaire attendu avec excitation. Le reste du temps les hommes sont aux champs, les femmes aux tâches domestiques. Ne restant que les lettres clandestinement échangées pour communiquer. A petit pas et en dépit de leurs blessures individuelles, Ella et John s’apprivoisent. De sa position de chef d’orchestre, Fuller ne pourra guère freiner l’évolution de leurs sentiments, ni même la détérioration avilissante de ses idées liées à sa propre frustration sexuelle. Reconstitution assez saisissante, saupoudrée d’une belle histoire d’amour dans des circonstances sombres qui ne s’y prêtent guère et hommage à un arrière-arrière-grand-père qui y a été enfermé.
Voir la notice

Avis : **

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire