L'oiseau de Colette / I. Arsenault. - Pastèque, 2017

Colette cherche sa perruche dans le quartier où elle vient d'emménager. Sauf que de perruche, elle n'en a point ! Certes, elle rêve d'un animal domestique mais ses parents refusent catégoriquement. Alors cette perruche ?! Un pieu mensonge pour tenter d'intéresser ses voisins, se faire mousser un peu. Le problème avec les mensonges, c'est qu'on s'enferre vite dans un cercle vicieux... Mais Colette a la chance de rencontrer des enfants sympas, bienveillant et avides d'histoires farfelues. La Bande du Mil-End est née !
Mi album, mi BD, l'histoire se raconte dans une mise en page variée, dans les teintes de cette perruche imaginaire.

Ma dernière chance s'appelle Billy D. / E. Lange. - Ecole des loisirs, 2017. - (Médium)

Dane est à deux sanctions de l'exclusion définitive. Trop de bagarres à son actif. Billy D., nouvel élève trisomique, représente sa dernière chance : en faisant tous les jours avec lui les trajets du lycée, il s'assure les bonnes grâces du proviseur et retardera peut-être l'échéance ? Ce qui ressemblait fort au départ à une contrainte, voire un calvaire, se révèle plutôt agréable. Dane apprécie d'aider Billy dans son quotidien, dans les énigmes censées le mener à son père, dans son apprentissage de la bagarre. Oui, Dane que l'on voit presque exclusivement comme une brute explosive, se sent valorisé aux côtés de cette « petite grande gueule pataude ». Le roman s'étoffe lorsque Dane comprend qu'il a lui aussi beaucoup à apprendre de Billy D., malin et tenace. « Je commençais à me demander si cette caboche innocente ne dissimulait pas les méninges d'un génie maléfique. »
Un roman à dévorer qui met à mal les préjugés, interroge la violence, le rapport aux pères absents et aux mères célibataires et courageuses, explore enfin une amitié étonnante et bouleversante.
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Une Histoire des abeilles / Maja Lunde. - Presses de la cité, 2017

"Tous ceux qui élevaient des abeilles le savaient : ce n’était pas le miel qui rapportait gros. C’était la pollinisation. Sans les abeilles, il n’y avait pas d’agriculture possible." p. 117
William Savage, emporté par les contraintes familiales, est passé à côté d’une grande carrière scientifique. Son intérêt pour l’apiculture le réveille, le voilà en quête de la ruche révolutionnaire qui le rendra célèbre. Il ne fonde guère d’espoir sur la transmission de sa passion à son fils dépravé. Heureusement, il y a l’intentionnée Charlotte, l’une de ses multiples filles. Nous sommes en Angleterre en 1851.
George Savage est apiculteur en Ohio en 2007, il possède 324 ruches. Il les transporte parfois dans le pays sur de longues distances pour aider à la pollinisation. Malheureusement une catastrophe majeure se profile : l’effondrement des colonies d’abeilles, tandis que son fils semble se soucier comme d’une guigne de la reprise du métier.
A la fin du XXIe siècle, Tao travaille en Chine à la pollinisation manuelle, de longues journées à se déplacer dans les arbres en des mouvements méticuleux. Les abeilles ont totalement disparu en 2045, les oiseaux se font rares en raison de la pénurie d’insectes. Pour la survie alimentaire du pays, il est devenu nécessaire de mettre les enfants aux champs dès l’âge de 8 ans.
Maja Lunde entrecroise habilement ces trois histoires, ces trois époques, ces trois familles, ces trois couples distendus, en tournant autour d’un sujet furieusement d’actualité. C’est d’une lecture facile et agréable, les rapports humains sont bien décrits, on pourra néanmoins trouver que cela manque de puissance, épilogue inclus.

Avis : **

D'une petite mouche bleue / M. Friman. - Les fourmis rouges, 2017

La mouche bleue vient de terminer son délicieux repas et s'en va découvrir le monde. Avant d'être aspirée par une grenouille. Qui elle-même se fait gober par un serpent. Le corbeau surgit et...
Vous l'aurez compris, cette histoire se construit sur le modèle de la chaîne alimentaire, dans un cycle parfait (dommage néanmoins que l'humain s'en sorte à si bon compte).
Le dessin est à noter, dont le trait noir délicat s'emplit de bleu au fur et à mesure de la dévoration. Un album documentaire et drôle, à l’esthétique soignée. 

Un drôle de baby-sitter / R. Quayle ; A. Friend. - Flammarion, 2017

Avoir un baby-sitter novice et naïf, c'est drôlement pratique pour expérimenter des bêtises. Ces 7 lapereaux vont en profiter avec Grosours, en lui faisant par exemple raconter une histoire trop effrayante ou en se gavant de sucre. Gare aux conséquences.
Finalement, Grosours n'est peut-être pas si ingénu. Juste un peu étourdi. Et d'une gentillesse qui conquiert personnages et lecteurs.


La petite dernière / S. Morgenstern. - Nathan

Ses parents attendaient un garçon, c'est Susie qui est arrivée ! « J'ai tout de suite compris qu'il faudrait que je sois sage, si je ne voulais pas qu'on me jette par la fenêtre. » Sage et parfaite, tout en tentant de conquérir sa place de personne à part entière, pas facile lorsqu'on est petite dernière d'une famille de 3 filles. Sandra est « une matérialiste et une consommatrice précoce », grande séductrice, Effie a la « pouvoir magique de faire rire les gens ». Susie ? Elle excellera à l'école, remportera plusieurs prix.
C'est le récit d'une enfance bénie que Susie Morgenstern nous raconte, où la shoah est derrière eux et où « le futur existait encore ». Elle évoque ses parents, une mère ultra présente -Maman et « ses trois mondes », Maman et « ses trois éléphantes »-  et un père dont elle regrette la distance, la religion juive, le lien à la nourriture... Et ses sœurs, relation que l'on sent très forte, faite de rivalité mais surtout de « beaucoup d'amour et de complicité. »
Lecture très agréable des dix premières années d'une petite dernière devenue grande auteur jeunesse qui a su garder vivaces ses souvenirs d'enfance et sa fantaisie.
 « Oh, papa ! Il ne se passe jamais rien, me suis-je lamentée. 
Tous les jours, c'est pareil : on va à l'école, on rentre à la maison, on va se coucher,
 et le lendemain, ça recommence ! 
Le visage de mon père s'est assombri. Il m'a dit : 
- Espérons que ça ne change jamais. »  

The sun is also a star / N. Yoon. - Bayard, 2017

Alors qu'elle est au États-Unis depuis près de 10 ans, Natasha (et sa famille) va être expulsée le soir même. Dans l'énergie du désespoir, elle frappe à toutes les portes. Daniel lui s'apprête à passer un entretien pour entrer à Harvard. Leur chemin se croisent. Ils se plaisent, confusément, énormément. Daniel si sincère et Natacha « si manifestement passionnée (mais) aussi résolument opposée à la passion. » Quel sens pourrait avoir cette histoire devant la perspective d'expulsion ? Ils passeront cette dernière journée ensemble malgré tout. 
Natacha et Daniel se partagent la narration du roman, mais nous découvrons également les pensées de tous les personnages croisés car nos histoires n'existent qu'en corrélation avec celle des autres, nous sommes tous reliés les uns aux autres. L'occasion aussi  de digresser sur les sciences, la double culture, les multivers, le destin... ce qui peut donner quelques fois des longueurs mais l'on retiendra l'idée de l'importance d'être bienveillants les uns avec les autres. 

Mon autopsie / Jean-Louis Fournier. - Stock, 2017. - (Bleue)

"Mon imagination était ma chance […]. La perdre c’était me perdre. Me retrouver enfermé à perpétuité dans la réalité, ne plus pouvoir fuir." p. 76
Jean-Louis Fournier qui nous a habitué à rire de tout avec brio (et parfois seul) a fait don de son corps à la science. Soumis à la découpe à l’Académie de médecine, il est donc comme un porc chez le boucher, sous les mains expertes d’une charmante étudiante et il assiste à tout (même une fois énucléé). Cette situation est bien entendu prétexte à une rétrospective professionnelle ainsi que privée (autant dire une auto-psy), puisqu’il dévoile sans grande pudeur ses infidélités à sa femme. Nous retrouvons la façon de faire de l’auteur : assemblage de courts textes qui reviennent sur des moments de sa vie et humour décapant souvent à vocation d’antalgique. Sauf dans quelques passages, il n’atteint pas le niveau de ses meilleurs romans mais on passe un fort bon moment en dépit du sujet morbide et de ce dépeçage en règle d’un cadavre qui fut au temps de sa splendeur Jean-Louis Fournier, cet auteur qui allait entrer dans sa 80ème année. In memoriam.
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 Avis : **

Une Chance folle / Anne Godard. - Ed. de Minuit, 2017

« J’aurais accepté d’être frottée au papier de verre s’il avait été possible de poncer et limer la cicatrice pour l’effacer. » p. 55
Magda a été ébouillantée à 9 mois. Même si son visage a été épargné, elle est gravement brûlée. Elle part dans la vie avec un sacré handicap. D’abord parce que s’ouvre devant elle une enfance et une jeunesse ponctuées d’opérations, de cures thermales à l’efficacité douteuse et de massages assez inutiles, ensuite parce qu’elle va devoir affronter le regard des autres, le dégoût, la curiosité, la pitié. Sa mère, quant à elle, coincée entre sa culpabilité et la surprotection de sa fille, ne voit pas grandir Magda. C’est une roman sombre, très sombre que celui-ci, mais loin d’être dépourvu d’espoir cependant car c’est aussi d’un éveil, d’une éclosion dont il s’agit. L’auteur reconstruit par lambeaux cette histoire, les sensations éprouvées, le rapport aux autres, tout semble se relier, s’emboîter, refaire une nouvelle histoire autre que celle légendaire racontée par la mère, comme des petites greffes cutanées pour que la vie redémarre, grandisse et tire même de la force de l’adversité. Il faut une faille pour que jaillisse la lumière. Ça creuse, c’est incisif. Il se passe quelque chose de mystérieux dans les phrases d’Anne Godard, j’aime leur consistance, quelque chose dans le rythme, la musique, dans l’agencement des mots très travaillé sans qu’il n’y paraisse. Cela me paraît infiniment plus intéressant et riche que le dernier Ravey chez le même éditeur.
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 Avis : ***

Trois jours chez ma tante / Yves Ravey. - Ed. de Minuit, 2017

Marcello Martini était secrétaire particulier de la fondation de sa tante. Il y avait fait embaucher Walter comme Directeur financier, un type qui ne s’encombrait pas de grands principes. D’ailleurs, dénoncé, il se fait arrêter à la frontière suisse avec une grosse somme d’argent issue du trucage des comptes. Le nom de Marcello remontant à la surface dans l’affaire, sa tante préfère l’éloigner. Vingt ans qu’il s’est enfui. A présent, il gère au Libéria un établissement pour réfugiés dans lequel est intégrée une école. Sa fidèle tante lui envoie chaque mois de l’argent par mandats postaux. Mais la vieille, maintenant en maison de retraite, s’est mise en tête de lui couper les vivres et le convoque devant le notaire. Ça sent le règlement de comptes. Comme à son habitude, Ravey offre un court roman aux phrases dépouillées, saupoudré de relents de roman policier. Pas de doute c’est du Ravey, agréable certes, mais assez quelconque et sans surprise par rapport à ce qu’il a déjà fait. Certainement pas son meilleur roman.
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 Avis : **

T'arracher / V. Desmarteau. - T. Magnier, 2017

Lou est obnubilée, absorbée toute entière par Toi, qui l'a quittée sans explication. Si elle est brisée intérieurement, elle arbore un masque d'indifférence, d'insolence et d'ironie constants, épuisant à porter et qui ne trompe personne : sa fatigue est tangible et ses résultats scolaires en chute libre, l'année même du bac. Il faut se ressaisir mais comment fait-on lorsqu'on est si plein de l'absence de l'autre ? Jusqu'à s'en rendre malade.
Portrait troublant d'une jeune fille entière et fougueuse, « capable d'aimer et de haïr avec une violence qui me fait peur ». Sa passion obsessionnelle est difficilement compréhensible par le lecteur, tant ce Toi, omniprésent dans ses pensées semble si peu intéressant ; ce qui l'est davantage, c'est le chagrin dévorant et le combat pour reprendre pied, avec l'expression artistique pour salut.
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Moi Edda, reine des faux plans / S. Sigmarsdottir. - Bayard, 2017

Pour Edda, jeune collégienne islandaise, tout ne va pas comme elle le souhaite. Elle a de l’acné. Ses parents ont divorcé, son père va avoir un autre enfant. Et la cerise sur le gâteau, celui dont elle est amoureuse ne la remarque pas. Mais aussi elle apprend que sa mère souhaite vivre à Londres. Comme si sa vie n’était pas assez compliquée !!

Une histoire agréable à lire.
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Le pire livre pour apprendre le dessin / A. Louchard. - Seuil, 2017

Nous retrouvons le petit lapin bougon qui, après avoir approfondi l'art du pot, revient apprendre à dessiner. Du moins tel est le dessein de l'adulte hors champs. Car le lapin, lui : « Oui, ben je sais déjà... ».
Or donc, l'adulte patient, encourage notre chérubin qui fait montre d'une mauvais foi patentée. Répétée. Forcenée. Le professeur de dessin s'autorise une vengeance qui prend son élève à son propre piège. 
C'est drôle, vachard. Bien fait !
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La rentrée de Lison / A. Bouchard. - Seuil, 2017

Lison est enthousiaste, joueuse, curieuse de nouvelles expériences, l'école est en cela un terrain propice ! 14 saynètes en 4 planches la voient, en compagnie d ses camarades de classes, se concentrer, jouer, se bagarrer, rêver...
Le dessin est sobre, néanmoins non avare de détails, dans un humour pince-sans-rire grandissant.

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Pfff... / C. K. Dubois. - Ecole des loisirs, 2017. - (Pastel)

Quel calvaire, Merle et Roro n'ont plus le droit de jouer à la tablette et sont expédiés dehors. « Qu'est-ce qu'on s'ennuie...» Papa a beau proposer mille idées, les 2 petits regimbent. Même la piscine ne les déride pas. Mais Pinson arrive, qui amène avec lui entrain et enthousiasme.
Il suffit d'un rien pour transformer une ambiance, Claude K. Dubois nous l'illustre à merveille dans cet album expressif. Les pioupious accablés par la vie s'éveillent subitement à la bonne humeur, euphorie contagieuse !

La Salle de bal / Anna Hope. - Gallimard, 2017. - (Du monde entier)

En 1911, on a tôt fait d’assimiler la non-conformité sociale à la folie. Ella Fay qui travaille depuis l’âge de 8 ans dans une filature, ne supportant plus le bruit infernal et l’enfermement, se révolte, brise une vitre à l’une des fenêtres aveugles de l’atelier, Clem Church a refusé un mariage forcé et entamé une grève de la faim, John Mulligan s’est clochardisé et est devenu presque muet à la suite du traumatisme de la perte de sa fille puis de son divorce… C’est suffisant pour que tous se retrouvent internés pour de longues années à l’immense asile de Sharston, 2000 pensionnaires, 200 employés. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Les idées eugénistes font leur chemin dans la société, dont la castration obligatoire comme mesure curative : et si on stérilisait les fous et puis aussi les pauvres, assimilés à des faibles d’esprit ? Il y a là un jeune médecin ambitieux, Charles Fuller, qui n’accepte pas encore ces dérives. Il y oppose les mérites de la musique, de la danse et du travail, des facteurs de régénération. Grâce à lui, hommes et femmes peuvent se rencontrer quelques heures lors d’un bal hebdomadaire attendu avec excitation. Le reste du temps les hommes sont aux champs, les femmes aux tâches domestiques. Ne restant que les lettres clandestinement échangées pour communiquer. A petit pas et en dépit de leurs blessures individuelles, Ella et John s’apprivoisent. De sa position de chef d’orchestre, Fuller ne pourra guère freiner l’évolution de leurs sentiments, ni même la détérioration avilissante de ses idées liées à sa propre frustration sexuelle. Reconstitution assez saisissante, saupoudrée d’une belle histoire d’amour dans des circonstances sombres qui ne s’y prêtent guère et hommage à un arrière-arrière-grand-père qui y a été enfermé.
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Avis : **

Le Sympathisant / Viet Thanh Nguyen. - Belfond, 2017

"Que font ceux qui luttent contre le pouvoir une fois qu’ils ont pris le pouvoir ? Que fait le révolutionnaire une fois que la révolution a triomphé ?" p. 481
S’adressant à un commandant, le narrateur se livre à une longue confession détaillée. Nous apprenons qu’avant la chute de Saïgon (1975), il travaillait pour le Sud Vietnam pro-américain, au service de l’état-major (dans la police secrète) tout en transmettant des informations cruciales au Nord Vietnam pro-communiste. Fils d’un prêtre français et d’une adolescente vietnamienne, il se joint, lorsque la partie est perdue, à tous ceux qui fuient et, dans une débandade innommable, grimpent en catastrophe dans des avions-poubelles surchargés. Direction un camp à Guam puis la Californie. Aux États-Unis, il reste proche de ceux pour lesquels il travaillait et se trouve en situation de sympathisant. C’est-à-dire qu’il est un agent dormant, étudiant l’organisation de ceux qui rêvent d’une revanche, codant via un intermédiaire à Paris ses observations aux communistes vietnamiens. La vie n’est pas simple pour les exilés, souvent déclassés au point de faire partie du lumpenprolétariat. La crédibilité de notre agent double nécessite d’accepter de participer à des meurtres voire de se salir lui-même les mains et la conscience, car tuer des personnes de son propre camp pour ne pas dévoiler son jeu de dupes n’arrange pas ses problèmes de dualité. Au bout du compte, dans une entreprise dérisoire, il retourne clandestinement au Vietnam au sein d’un groupe de soldats afin de protéger Bon son ami de jeunesse anti-communiste. Même si la toile de fond est la guerre du Vietnam, il serait très exagéré de dire que c’en est le sujet : il faut, par exemple, arriver au-delà de la page 400 pour entendre parler de bébés monstrueux (conséquence des défoliants américains) ou des dégâts provoqués par le napalm. La véritable thématique est bien la complexe et torturée psychologie du narrateur, un bâtard tendance schizophrène, toujours à l’intersection de plusieurs lieux, de plusieurs idéologies… Sa mère lui répétait qu’il n’était pas une moitié de quoi que ce soit mais qu’il avait tout en double. L’auteur a de belles envolées, n’est pas avare en superbes métaphores et n'est pas dépourvu d’humour. 

Avis : **

Femme à mobylette / Jean-Luc Seigle. - Flammarion, 2017

"Il faudrait que les pauvres se contentent de la joie d’être en vie." p. 195
 Au milieu d’une nuit de veille, Reine s’est demandé si le plus simple ne serait pas de tuer Sacha, Igor et Sonia, ses trois petits bouts, et de se tuer ensuite. Elle a posé le couteau au milieu de la table de la cuisine et lutté pour ne pas s’en saisir. Trois ans déjà qu’elle est au chômage, Olivier son mari l’a quittée pour une autre, le jardin est devenu un dépotoir, tout va à vau-l’eau. Et puis il y a la peur qu’on lui prenne ses enfants si elle ne trouve pas du travail, et comment en trouver sans moyen de locomotion ? La chance sourit enfin : sous le tas de ferraille qui étouffe le jardin, elle dégotte miraculeusement une vieille mobylette Peugeot des années 1960 encore en état de marche. Grâce à l’engin, elle peut occuper un emploi de thanatopractrice éloigné de 30 km et rencontre sur son trajet un routier hollandais pour lequel elle a le coup de foudre. Et si finalement elle avait droit à une belle vie ? Portrait d’une mère courage qui n’a pas connu son père, dont la mère est morte d’une overdose lorsqu’elle était bébé, pas née au bon lieu et au bon endroit, mais battante, créative, amoureuse. Le personnage est attachant même s'il n'est pas difficile de deviner qu’on s’achemine soit vers une fin mielleuse soit vers une fin tragique. Pour ma part, les 40 pages d’annexe me paraissent superflues.
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 Avis : **