Mon caméléon / Francis de Miomandre.- L'Arbre vengeur, 2017. - (L'Alambic)

"Il y avait entre lui et moi un lien mystérieux, que je ne puis expliquer, que je comprends à peine, et qui ne saurait, malgré le temps, être tout à fait détruit…" p. 177
Simultanément traducteur, critique et romancier, Francis de Miomandre, un prix Goncourt 1908 bien oublié, nous raconte, dans cette réédition de l’édition de 1938, son compagnonnage avec un caméléon dans les années 1920. Un animal qui par son étrangeté concurrence l’ornithorynque. Il le baptise du nom de Séti, le nom de deux pharaons de la 19ème dynastie, il faut bien cela pour un être d’une telle élégance, et se livre durant trois ans à une contemplation éperdue, le laissant libre dans son appartement ou lors de ses sorties. Vous saurez absolument tout des mœurs et aspect du caméléon. C’est que le corps de Séti est l’objet de changements de couleur et encore plus de changements de forme incroyables. Sans parler de son appareil oculaire extravagant ou de cette langue qui se déploie à une vitesse ahurissante. L’auteur établit une telle connivence qu’il ne peut partir en vacances sans Séti voire provoque quelquefois des déplacements principalement pour lui, son besoin de soleil ou la nécessité de varier ses menus d’insectes. Ce livre improbable, véritable hymne à la beauté du caméléon, est hypnotisant. Miomandre a un vrai talent de conteur (équivalent d'un Bill Bryson aujourd'hui). Il a une écriture très fluide, pleine de charme, il offre à un récit nonchalant agréablement décousu, comme écrit au fil de la plume. Quatre-vingt ans après sa rédaction, il y a vraiment urgence à relire ce texte original d’un extraordinaire observateur et styliste.
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 Avis : ***

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