Ce qui n'a pas de nom / Piedad Bonnett. - Métailié, 2017. - (Bibliothèque hispano-américaine)

« Ça a été dur, vraiment dur. Ça fait trois ans que mes neurones ne répondent plus. » p. 68
Poétesse et dramaturge colombienne reconnue, Piedad Bonnett livre ici un court récit autobiographique. Son fils, Daniel, s’est jeté dans le vide depuis le dernier étage de son immeuble. Daniel, 28 ans, était étudiant en Master à l’Université de Colombia à New-York et se battait au quotidien pour une vie normale. Tardivement, avait été détectée une schizophrénie dont le déclencheur pourrait avoir été un traitement contre l’acné. Sa mère raconte ce qui suit le suicide ainsi que les questionnements autour des dispositions à prendre (enterrement ou incinération ? acceptation du don d’organes ou pas ? cérémonie religieuse ou pas ?), puis revisite les années précédentes et les signes précurseurs (crises délirantes, bouffées paranoïaques). Elle refuse la consolation. Faire son deuil ne peut consister à se contenter d’accepter, à s’apaiser, à passer à autre chose, à tourner la page. Il faut au contraire creuser, gratter la plaie, essayer de comprendre, s'attarder sur la page blanche. Paradoxalement le seul moyen de cautériser. C’est d’une beauté sombre et étouffante, dans une langue sans effets, froide, analytique, marquée par un athéisme affirmé. Pauvres humains qui n’avons que les mots pour maintenir encore un peu nos morts dans le monde des vivants ! Les morts n’ont que la force que leur accordent les vivants écrivait Javier Marias. Un texte de Piedad Bonnett qui vaut qu’on s’y arrête.
Voir la notice

 Avis : **

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire