Le p'tit bossu qui en avait plein l'dos / G. Gigi Bigot ; P. Comis. - Didier, 2017

Un enfant avec une bosse dans le dos, dans une cour d'école... on ne sera pas étonné de le voir chahuté -au bas mot- par ses camarades. Un jour, poussé par 2 plus grands, il tombe « en plein sur sa bosse de malheur » qui s'ouvre, sur 2 ailes. Qui ne serait pas tenté, alors, de fuir ?  C'est ce que le p'tit bossu s'empresse de faire. Il y a pas mal de monde pour penser qu'il fait bien, très bien même : les oiseaux, les arbres, les fleurs... la nature et les animaux, tous lui emboitent le pas. 
« Les gens se sont habitués à vivre comme ça : sans arbres, sans fleurs, sans oiseaux, sans mémoire. » Hormis une grand mère qui se souvient bien du p'tit bossu ; sa petit fille cultive le rêve de le retrouver...
Une langue vive, forte, pour un conte à la structure toboggan. La nécessité de se confier quand on en a « gros sur le cœur » est exprimée avec emphase, la conteuse conviant la puissance de la nature du côté de l'opprimé, pour mieux valoriser l’empathie et l'écoute. 

Maman / M. Itoïz. - Seuil, 2017

Un peu de maquillage de toutes les couleurs, une maman disponible qui joue le jeu, se transforme au gré de l'imagination de son fils, le moment qui précède le coucher devient alors riche et détendu. 
Avoir une maman complice de ses jeux, c'est fabuleux ! Un album coloré et gai à l'écriture cursive. 
Voir la notice

Les trois petits coquins / Q. Blake ; E. Chichester Clark. - Gallimard, 2017

Soyez sages s'évertue-t-elle à répéter à chaque fois qu'elle sort. Mais Tim, Sam et Lulu, invariablement, mettent à sac l’appartement soigné de Ida Delahuppe. Toutes les pièces subissent l'énergie dévastatrice de ces trois singes aussi adorables que turbulents. Et puis un jour c'est la pagaille de trop : « Je donnerais tout pour une vie paisible sans ces horribles petits singes ! »
Méfiez-vous des souhaits que vous exprimez...
On compatit -un peu- à l'accablement d'Ida mais on sera tout de même plus sensible aux facéties de ces trois singes à l'imagination infinie pour ce qui est des cataclysmes domestiques. La mise en page est à l'envi, variée et dynamique.
Voir la notice

Trop curieux / A. Bowsher. - Amaterra, 2017

Le chat est sympa, c'est un fait pour qui les apprécie. Mais la narratrice de cet album découvrira à ses dépends qu'il faut, pour qu'il le reste, respecter son intimité, sa vie secrète. 
Album noir et blanc au trait gras, sobre avec ce qu'il faut d'humour, très juste dans ce qu'il exprime du chat et de son mystère. 

Monsieur Ours veut qu'on le laisse tranquille / I.-K. Noh. - Rue du monde, 2017

Monsieur Ours est du genre solitaire. Pas bourru ou farouche, c'est juste qu'il aime lire ou siroter un thé en écoutant tranquillement de la musique.  Lorsque 2 lapins passent successivement devant son banc, fatigués et accablés par la vie, Monsieur Ours les invite à se poser. Un couple est né. De nombreux lapereaux suivront.
Monsieur Ours en vient assez vite à regretter sa tranquillité. Mais c'est une chose si difficile à dire, il a tellement peur de vexer ! Alors il use de subterfuges, raisonnables puis désespérés. Le burn-out le guette...
Un album, format à l'italienne, très intéressant graphiquement, jouant sur les vibrations pour exprimer les variations émotionnelles, qui dit l'importance d'exprimer son ressenti pour se respecter et vivre sereinement avec autrui. 

Tu me lis cette histoire ? / D. Lévy ; Kotimi. - Rue du monde, 2017

Il a bien de la patience, maître Chiharu, avec tous ces animaux qui lui demandent à tour de rôle de lire son livre. A chaque fois, il reprend la lecture depuis le début, à voix haute.
Alors maître Chiharu a une idée : apprendre à lire à tous les animaux.
Le dessin au trait noir a quelque chose de brouillon, d'ébauché, d'enfantin mais dégage un charme certain dans les postures. L'histoire quant à elle nous rappelle le plaisir infini de la lecture, en solitaire ou en groupe. La page finale montre que tous autant qu'ils sont, devenus autonomes, « aiment quand même toujours autant qu’on leur lise une histoire. »

Confessions d'une catastrophe ambulant, le journal de Chloe Snow / E. Chastain. - Gallimard, 2017. - (Scripto)

C'est la rentrée pour Chloé, qui se déroulera sans le soutien de sa mère partie au Mexique se consacrer à l'écriture de son roman. Elle raconte au jour le jour sa première année au lycée (correspondant à notre 3ème) : son pari -et tentatives- d'avoir enfin son premier baiser, la chorale, ses parents dont la relation se délite, les turpitudes avec sa meilleure amie, la relation trouble avec Mac... Autant d’évènements à la fois banals mais marquants pour une adolescent.
C'est un roman -sous forme de journal intime- assez américain dans la prégnance de la religion. Mais pour le reste, leur vie a des accents d'universalité, celle de jeunes quittant l'enfance pour le monde adulte, ce qui peut être à la fois « terrifiant et merveilleux. » Rien de très passionnant mais on se laisse prendre par une narration aux chapitres courts et une narratrice attachante qui, sans grand caractère au départ, affirme son identité.
Voir la notice

Maggie et la biche / A. Billon ; A. Marnat. - Chocolat, 2017

Elles se côtoient et s'observent depuis longtemps, de loin. Maggie depuis sa petite maison en haut de la colline ; la biche depuis sa forêt en contrebas. Ce matin c'est décidé, elles se rencontreront ! Le problème est qu'elles ont décidé cela simultanément. Maggie dévale la colline, la biche brave le danger lié aux prédateurs, chacune arrive à destination... sans s'être croisées. La déception est grande mais leur détermination entière !
Illustrations en noir et dorés au charme retro pour une histoire touchante. 

Electrico 28 / D. Cali ; M. Le Huche. - ABC Melody, 2017

Au volant de l'Electrico 28, célèbre tramway de Lisbonne, Amadeo repère les amoureux potentiels, et selon leur typologie (les timides, les indécis, les ignorants), il opère une manœuvre particulière pour jeter ces passagers dans les bras l'un de l'autre. Et si cela s'avère insuffisant, Lazaro et sa guitare viennent en renfort. 
Amadeo est bien triste de partir en retraite et de renoncer ainsi à sa vocation de cupidon. Mais la relève est prise, Amadeo le constatera à son avantage !
Hymne à l'amour, à Lisbonne et à la générosité, cet album est aussi tonique que sensible.

Un Pauvre type / Erskine Caldwell. - Gallimard, 2003. - (L’Imaginaire)

Blondy Niles est un ancien boxeur en pleine déchéance. SDF, il dort là où le hasard le mène. Et justement il s’est amouraché de Louise, une prostituée qui est prête à partager son lit. On propose à Blondy de remonter sur le ring pour deux combats. Dix billets à la clef mais, et il ne le sait pas, les combats sont truqués. Le corps lacéré, Louise est retrouvée morte à son domicile. C’est alors la jeune Gestie qui le prend sous son aile et l’emmène dans une étrange pension tenue par sa mère, une espèce d’ogresse castratrice (et hélas pas seulement au sens figuré), où le pauvre Blondy tombe en esclavage et côtoie des tendances au sadisme et à la nécrophilie.
Le style froid et concis percute une réalité totalement délirante et cauchemardesque. Gangsters, boxeurs, filles publiques et femmes dépravées peuplent ces pages et constituent un univers de violence et de sexe dévoyé. L’histoire d’un loser proche de ceux que créera un peu plus tard David Goodis. Un Pauvre type, écrit en 1930, est parfois présenté comme le brouillon des deux chefs-d’œuvre à venir, à lire et à relire, La Route du tabac (1932) et Le Petit arpent du Bon Dieu (1933), des brouillons de cette qualité nous aimerions en voir davantage lors des rentrées littéraires.
Voir la notice

 Avis : ***

Le Passage / Pietro Grossi. - Liana Levi, 2017

« On s’est moqués de vous. Les enfants ne sont le début de rien. Les enfants sont la fin. C’est la magie de l’existence déversée dans des chiottes remplies d’idiots qui échangent des regards complices et rêveurs en parlant d’éruptions cutanées et de poussettes. » p. 87
Jeune homme, Carlo naviguait avec son père, faisait des régates. Mais c’était un père au sale caractère, capable d’humilier son fils. Depuis, Carlo a mis de la distance pour ne pas rompre totalement et définitivement les liens. Il a fait sa vie, une vie de marin. Puis, il s’est sédentarisé, habitant Londres, prenant épouse, ayant enfants. Sept ans après avoir cessé la navigation, il reçoit un coup de téléphone de son père, comme surgi de nulle part, qui lui demande de reprendre du service pour venir l’aider dans une traversée du passage du Nord-Ouest depuis le Groenland. Carlo hésite puis accepte, l’heure de la grande clarification a peut-être sonné. Un face-à-face qui ressemble plus à une longue nouvelle qu’à un véritable roman. Malgré quelques bons passages, le tout manque de puissance, c’est assez linéaire et sans surprise. Un côté un peu pré-scénario pour une adaptation pour le cinéma. Agréable mais pas plus. Premier roman.

 Avis : **

L'arbre et l'ombre de la lune / H. Romano ; A. Day. - Courtes et longues, 2017

Peut-on imaginer plus grand effroi que celui éprouvé par un enfant découvrant son père suicidé ? Comment vivre avec cette image, puis avec l'absence et les questions ? Avec la culpabilité de n'avoir pas suffi à empêcher le drame. Avec la gêne des adultes à prononcer des mots. D'ailleurs quels mots peuvent sonner juste pour expliquer ce geste définitif ?
C'est ce que tente cet album pudique qui met néanmoins des mots  sur « tout le vide que sa mort a laissé. »
Pour conclure l'album, une fiche destinée aux adultes aide à expliquer les morts violentes aux enfants.
Voir la notice

Oh, le beau jour ! / L. Smith. - Le Genevrier, 2017. - (Est-Ouest)

Grâce à Albert, le chat s'ébaudit dans le parterre de fleur, le chien dans l'eau, la mésange dans la mangeoire... Pour tout ce petit monde : Oh, le beau jour ! Mais voici que s'immisce l'ours, et tous ces petits bonheurs sont révolus. Sauf pour l'ours bien entendu qui les prend tous à son compte.
C'est injuste pour Albert et ses amis relégués à l'intérieur de la maison, mais à voir l'air ébahi de l'ours, on se dit que cela valait bien ce sacrifice !
Histoire simple et expressive pour vivre par procuration les petits plaisirs jouissifs de l'été.

Nils et le terrible secret / C. Clément. - Bayard, 2017

L'une a perdu son fils dans un incendie lorsqu'il avait 2 ans ; l'autre grandit sous l’œil exigent de son père. Alice, de visite en Laponie, croise par hasard Nils mais ne peut se résoudre à le quitter : il ressemble tellement à ce que serait devenu son fils ! Alors elle s'installe aux abords du village du peuple des Samis qui la voient comme une touriste n'ayant rien à faire parmi eux. Elle découvre la vie au plus près de la nature et au rythme des saisons, aux côtés de Nils et des rennes. Un mode de vie âpre et confronté aux enjeux de la modernité. Nils est personnellement tiraillé par cette problématique, à la fois admiratif de son père fervent défenseur de la tradition et attiré par les atours de la modernité. S'ajoute la révélation d'un secret de taille qui renforce le questionnement sur son identité. Mais quand on croit à la magie de la vie, tout se résout !
Un roman fort et original, à lire dès 9-10 ans.
Voir la notice

Comment maximiser (enfin) ses vacances / A. Percin. - Rouergue, 2017. - (DoAdo)

Se replonger dans les aventures de Max, c'est comme s'installer tout confort dans un couffin. On ne se souvient plus de tous les détails des trois premiers tomes mais on y est bien d'emblée. Les préambules tenus par chacun des personnages nous remettent dans le bain. Puis Max reprend la parole.
Premier moment hilarant lorsque notre bon vieux Max raconte son oral de Sciences Po où il illustre magistralement ses principales qualités, la curiosité, le sens de l'humour et la naïveté. Mais le jury ne partage pas notre enthousiasme et le trouve « hâbleur »... C'est un choc pour Max qui aurait tendance à se trouver irrésistible. « Il arrive un moment dans la vie où tu te rends compte qu'il ne tient qu'à toi de réussir ou de rater sa vie. Et ça fout un peu la trouille. Si ça se trouve, c'est ça, devenir adulte. »
Alors avant le grand saut de la rentrée, Max prend les choses en main et organise une tournée pour son groupe de musique (voir Comment devenir une rock star). Ils forment le groupe Kremlin à 4, « le carré magique » : Tonton Chris à la parole rare et profonde, Stéphane et Julius, respectivement incarnations de l'ordre et de la gentillesse, qui assurent le parfait équilibre entre la rigueur et les délires. Et Max bien sûr : «  Je fais sortir de moi tout ce qu'on ressent collectivement. (...) Je nous exprime. »
Les accompagnent également Kévin, « Monsieur Enthousiaste », Alex et sa verve toute particulière, Natacha reine de la psychologie et petite amie de Max et Alice, qui a passé « l'âge d'être une "petite sœur" ». En camping à Arcachon, toute la bande improvise, entre franches rigolades, petites crises de cohabitation et moments de gloire sur scène.
Max pourrait finir par taper sur les nerfs (avec sa «  personnalité autocentré » ?) mais il n'en est rien. Les quelques tics d'écriture sont bien sommaires comparés au plaisir de l'univers et du style. « La Maxitude, ce n'est pas une méthode d'écriture : c'est un art de vivre.  »

Gloria / M. Pouchain. - Sarbacane, 2017. - (Exprim')

« Elle ne fait que ça depuis qu'elle est née : essayer de se faire aimer. » Par sa mère d'abord, qui ne vit que dans le souvenir de son fils décédé. Par son prof de théâtre au lycée, qui la congédie dès qu'il la sait enceinte. Par le monde entier ensuite, quand elle tente sa chance pour devenir actrice à Los Angeles. Entre temps, elle a confié son fils à une dame en mal d'enfant. Mais lorsqu'elle réalise que d'une part ses rêves de gloire ne la mènent nulle part mais qu'en sus elle ne pourra plus avoir d'enfant, Gloria cesse d'être la poupée parfaite qui s'écrase devant tous et prend les choses en main. « Gloria n'a jamais eu beaucoup de chance dans sa vie, mais heureusement, il y a toujours eu un truc pour l'empêcher d'aller trop loin quand elle était sur le point de se perdre ». En l’occurrence, la frontière est ténue, le "trop loin" si proche...
L'histoire de Gloria est tracée dans les grandes lignes, le style sans ambages, avec cette récurrence d'un besoin assoiffé d'amour que seule la rencontre avec Jamie saura apaiser.

Le coupable / S. Alzial ; S. Touache. - Rouergue, 2017

Au moment de partir au travail, le bucheron ne trouve plus sa hache. Il cherche, fouille, farfouille, s'acharne et s'énerve : Rien ! En désespoir de cause, il s'apprête à demander à son voisin, et de réflexion en supposition, il en vient à la conclusion que c'est forcément son gentil voisin qui est le voleur de hache. Sa colère enfle, le voisin va en prendre pour son grade !!! Mais qui est le coupable en définitive ?
Leçon efficace sur la suspicion. Méfiez-vous de vous-même, un peu de patience avant d'accuser autrui ! Les illustrations en verts oranges saturés ne sont pas sans rappeler Blexbolex.

Nos années lumière / R. Stead. - Milan, 2017

Bridge a subi un terrible accident. «  Tu dois être venue au monde pour une bonne raison, petite, pour avoir survécu à tout cela. » lui dit alors une des infirmières. Depuis elle questionne sa vie, se demande si elle a un but, une destinée à accomplir. En attendant, sa vie ressemble à celle de toute jeune américaine : le collège, la famille, les amitiés, le corps qui change... Semblable oui, mais toujours un pas de côté. Des oreilles de chats sur la tête, une amitié avec Tab et Em, avec qui elles forment un "ensemble" (et non un club !) où toute dispute est interdite.
L'année scolaire se déroule dans un rythme indolent, qui nous tient malgré tout en haleine car on se demande qui est cette jeune fille (tu) qui occupe quelques chapitres, nous projetant, dans une tension, vers une saint-valentin qui n'augure rien de romantique. Et il faut bien dire que le charme de cette amitié bienveillante opère, a fortiori par opposition aux harcèlements environnants. Elles auraient pourtant matière à se brouiller. Mais « la vie, c'est pas quelque chose qui te tombe dessus. C'est ce que toi tu en fais, tout le temps. » 
Alors Bridge, Tab, Em et le personnage mystère s'évertueront à rendre leur vie et leur personnalité meilleures. 

Des Ames simples / Pierre Adrian. - Equateurs, 2017. - (Littérature)

"Après tout, nous sommes tous des âmes simples et perdues. Des hères qui rôdaillent en fond de vallée, incapables à la hauteur. Faibles à l'espérance." p. 157
Au cœur d’une vallée pyrénéenne, Frère Pierre, sa vigie, un vieux moine curé, exerce là depuis un demi-siècle. Passe dans le monastère où il vit, tout une faune bigarrée et souvent égarée. Pierre Adrian vient y séjourner un hiver et essaye de rentrer dans le mystère de ce prêtre, de dire l’intemporalité du lieu, l’importance du silence et de la fraternité, de raconter les petites gens de cette vallée (chevriers, paysans, clochards, militant pour le retour du train…) Il tente de percer l’âme des gens et des choses. Le récit prend parfois, à travers une galerie de portraits, l’accent de la bande dessinée de reportage type Davodeau et plus souvent encore, à travers une quête spirituelle qui tait son nom, fait immanquablement songer au Huysmans d’En route.
Venant d’un jeune homme de 25 ans, c’est étonnant, troublant de maturité dans la qualité de réflexion, dans le regard porté et dans la qualité stylistique. On est juste estomaqué par certains passages d’une beauté rare. Un auteur vraiment à suivre même s'il n’est pas évident de pronostiquer si c’est la littérature ou la spiritualité qui lui tend les bras. A moins qu’il ne réussisse à se maintenir dans un savant équilibre entre les deux.

Avis : ***

De longues nuits d'été / A. Appelfeld. - Ecole des loisirs, 2017. - (Médium)

Leur vagabondage est guidé par une démarche de pureté. Servir Dieu, placer ses actions sous son regard, œuvrer pour la justice. Sergueï, vieux et aveugle, guide Janek, lui apprend, par « les lois de la nature et les lois de la guerre », à devenir un "soldat" de la vie, tandis que Janek, du haut de ses 11 ans, écoute avidement tout en étant le vigie de son aîné. Ces leçons spirituelles s'ancrent de plus en plus dans un quotidien menaçant, tandis que l'on découvre les raisons de la présence de Janek auprès de Sergueï. Les injures, agressions se multiplient, violences préfigurant celles de la guerre, qui s'abattent de plus en plus jusqu'à terrasser nos héros et leurs proches.
C'est un roman puissant dans sa construction, qui se connecte à la nature, aux rêves et donne les bases d'une morale de justice et de générosité, avant de se confronter de plein fouet à l'ultra violence et l'horreur de la Shoah et de la guerre. Abruptement. La couverture paraît en cela décalée, le livre ne saurait se destiner aux plus jeunes. Mais les leçons de droiture sont acquises, comme une règle de vie pour mettre à distance l'innommable.
Voir la notice

Loup gris et la mouche / G. Bizouerne ; R. Badel. - Didier, 2017

Loup gris est dépité. Après avoir avalé une mouche, son hurlement n'est plus qu'un vrombissement ridicule. Et en plus il zozote ! Toute la meute se gausse, le chef le chasse en le sommant de retrouver son cri naturel.
Le loup s'en va donc la queue basse mais une idée lumineuse le requinque : s'il avale une araignée, celle-ci se chargera de dévorer la mouche dans son estomac. Las, l'effet n'est pas celui escompté, des fils lui poussent dans les oreilles ! Loin de se décourager, il entreprend de reconstituer la chaîne alimentaire dans son estomac, assimilant par la même occasion les caractéristiques des animaux avalés. C'est contrariant pour le loup, hilarant pour nous !
Dans ce troisième opus, Loup gris, plus victime que jamais, revient en force niveau humour grâce aux illustrations expressives de Ronan Badel et au texte de Gilles Bizouerne invitant farouchement à la lecture orale.

Mort au loup / P. Jalbert. - Seuil, 2017

Opération militaire en cours chez les trois petits cochons, il faut se débarrasser du loup. Cela en 3 temps :
Première étape : leçon de stratégie. Mais l'instructeur a bien du mal à coacher ses troupes.
Deuxième temps : l’appât, il faut ferrer le loup, avec une ruse de sioux.
Troisièmement : la confrontation loup/cochons. Mais le loup est décidément trop bavard pour laisser l'opération se dérouler comme prévu. 
Et enfin, la chute qui n'en finit pas de chuter nous réservant surprise après surprise. 
Ce conte détourné semble déjouer les standards du conte pour mieux nous mettre le doute. Les cochons un peu concons, le loup militant du « rapprochement des loups et des cochons », d'une ouverture et d'une gentillesse... louches ? Ne présagez de rien, laissez-vous séduire par l'humour de l'histoire porté par une narration dynamique, moitié album moitié BD.

Fragiles / S. Morant. - Hachette, 2017

Brittany est une jolie peste vivant à travers le regard des autres. Gabriel est  une « brute sans cœur qui brisait tout sur son passage ». Avec Vanessa, chacun d'eux se donne « le droit de laisser tomber le masque pendant un moment avant de remonter en selle de plus belle. » Tous trois font partie des "populaires". « On était simplement une bande de requins qui se toléraient pour mieux dominer les autres. » Leur mode de communication : « les sarcasmes, les piques et les dialogues à peine sérieux ». Entre Brittany et Gabriel, c'est le degré supérieur avec une guerre de mots constantes. La première a humilié le second qui compte lui rendre la pareille. Leurs joutes oratoires passent de l'agressivité au mordant, à la badinerie puis aux connivences et enfin aux confidences. Ils ont pour le moins une drôle de relation, « à peine amis, partenaires de jeux stupides et confidents à nos heures perdues ». Les remparts s'abaissent petit à petit, à mesure que se révèlent les failles et secrets des personnages. La brute verra en Brittany sa rédemption.
Deuxième roman d'une jeune auteure qui s'est fait connaître sur Wattpad. Le style est un peu trop appliqué pour ces narrateurs adolescents, quelques longueurs et redondances dans l'avalanche de drames, mais le lecteur reste tenu en haleine au gré des nombreux secrets révélés successivement pour chacun des trois personnages.
« Taire un secret, c'est un trou que l'on creuse lentement, 
involontairement, dans un sol boueux.
Et c'est le jour où il est découvert
que l'on se rend compte qu'on a creusé sa propre tombe. »
Voir la notice

Les Vies de papier / Rabih Alameddine. - Les Escales, 2016

« Essayer de connaître un autre être humain me semble aussi impossible, et aussi ridicule, qu’essayer d’attraper l’ombre d’une hirondelle. » p. 252
Aaliya Salch est une vieille libanaise, mariée à 16 ans, répudiée à 20, sans enfant, jamais remariée et se sentant toujours mal dans la rigidité des conventions sociales de son pays. Elle s’est recréée un monde plus ouvert à travers les grands auteurs de la littérature mondiale qu’elle traduit depuis un demi-siècle pour son propre plaisir, sans jamais publier, ni même communiquer le résultat de son travail. Sa vie et ses souvenirs sont marqués essentiellement par ses relations féminines. Celles avec ses trois voisines, son amitié avec la défunte Hannah ou encore ses rapports conflictuels avec sa mère. Elle s’épanche à travers cette pérégrination dans le Beyrouth d’aujourd’hui encore marqué par les traces guerrières d’hier. Je dois avouer qu’au final ce roman digne d’intérêt, Prix Femina 2016, m’a pourtant paru bien long et parfois un peu pédant.
Voir notice

 Avis : **

Conversations avec un enfant curieux : instantanés / Michel Tremblay. - Actes Sud/Leméac, 2017

"Quand tu sors de ton coin pis que tu te mets à poser tes maudites questions, t’es t’épuisant quequ’chose de rare !" p. 142
A presque 75 ans, Michel Tremblay retranscrit quelques moments de son enfance, décidément un puits sans fond, celle d’un petit garçon qui veut tout comprendre et tanne son monde avec des questions importunes à n’en plus finir. Enfant curieux ou curieux enfant ? Un ensemble de brefs récits avec des dialogues succulents même s’ils n’apporteront cependant pas grand-chose de plus à une œuvre déjà riche.

 Avis : **

Le loup en slip / W. Lupano, M. Itoïz ; P. Cauuet. - Dargaud, 2016

Il suffit d'entendre le cri du loup pour savoir à quel point il est redoutable. Toute la faune de la forêt s'est organisée dans la peur de cet individu dangereux. Un sacré business au passage...
Mais quand le loup débarque en personne, en slip qui plus est, il se révèle douillet et charmant. La déconfiture est totale : leur fond de commerce s'effondre. « Peut-être que la peur n'est pas la seule raison de vivre ?  » suggère le loup.
Histoire concise et drôle sur l'utilité d’entretenir la peur par les préjugés, servie par l'équipe des Vieux Fourneaux dans un clin d’œil final subtil.