Vite, à la maison ! / Y. Kasano. - Ecole des loisirs, 2017

Ce petit garçon qui rentre à la maison et salue tous les habitants, animaux, humains et robot, est contagieux dans sa bonne humeur. A travers ce tour de présentation, le lecteur découvre un intérieur japonais et quelques-uns des us et coutumes. 
Histoire toute simple et gaie.
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L'ourse / J. R. Alonso ; L. Cobo. - Didier, 2017

L'automne est là, il faut se préparer pour l'hibernation : se nourrir des derniers fruits, creuser un terrier et enfin se retrancher, durant tout l'hiver. Au printemps, la vie reprendra, enrichie.
L'illustration de Lucia Cobo est impressionnante, l'animal et la nature se fondant dans des inventions graphiques renouvelées, aussi belles que symboliques.
Sobre et puissant. Et beau. Et apaisant. Et tellement plus.  
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Le Perroquet / Espé. - Glénat, 2017

Espé raconte ici l'histoire de la maman de Bastien, 8 ans, qui souffre de problèmes bipolaires à tendances schizophréniques. Troubles qui se manifestent dès la naissance de Bastien et qui sont de plus en plus sévères. Ses proches sont désemparés même si le père de Bastien fait tout pour aider son épouse. Et la vie de Bastien est faite de séparations et de retrouvailles avec cette mère tourmentée.
S'inspirant de sa vie personnelle, Espé nous livre une BD poignante, réaliste. Les chapitres brefs permettent de voir cette maladie dans toute sa complexité. Les couleurs unies de chaque chapitre de même que le graphisme sont dans l'ambiance. Les différentes séquences changent de couleurs (bleu,vert...). Le couleur rouge exprimant toujours les situations de crises qui entrainent l'internement dans différentes institutions psychiatriques, asiles.
Cette BD qui ne laisse pas indifférent est à classer avec des BD comme Goupil ou Face, la différence invisible.

De l'autre côté / S. Casta. - T. Magnier, 2017

Vanessa, qui tenait lieu de mère à Elina, meurt dans un accident de voiture. Le soir, son père -« imprévisible et capricieux »- gagne au loto. Tous deux, à la recherche « d'autres valeurs, d'une autre vie » et en quête de signes, se demandent quoi faire de cet argent en de telles circonstances. C'est sur une étrange maison à la campagne que se porte leur choix. Une maison qui semble habitée : « J'ai l'impression d'y être de passage. Une invitée qui vient d'ailleurs », se dit Elina. L'attraction est telle qu'ils décident de s'y installer, malgré tous les obstacles évidents. 
A partir du moment où elle habite la maison, Elina perd le contact avec la réalité, celle de la société en tout cas, mais s'ouvre grand à d'autres voix. « Cette année de deuil a ouvert tous mes sens en grand et m'a rendue hypersensible. » Il y a Aron également, au passé trouble, qui fait désormais partie des habitants de cette maison. Ensemble, ils redonnent un sens à leur vie brisée. 
C'est un roman éthéré, envoutant comme l'est cette maison. L'auteur donne à entendre ses personnages bien sûr (de préférence « le genre de personne qui fait que la Terre accepte de tourner encore un peu »), mais également la nature et les animaux. Les autres vies, juste à côté, qui deviennent tangibles lorsque les remparts du quotidien se brisent.
« Il y a aussi autre chose, non ? Je dis. 
Quelque chose de beaucoup plus grand.
Quelque chose que nous ne parvenons pas à comprendre. 
Quelque chose d'absolument incompréhensible. »
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L'été de Summerlost / A. Condie. - Gallimard, 2017

Leur famille, c'était 2 parents et 3 enfants. Mais l'accident l'a éclatée, explosée, ils ne sont plus que 3,  Cedar, son petit frère Miles et leur mère. Cet été-là, le premier depuis l'accident, ils aménagent dans une nouvelle maison, chacun reprend pied dans la vie à sa façon, chacun de son côté mais dans une attention à l'autre manifeste. Cedar, intriguée par Leo, le suit sur le festival shakespearien de Summerlost. « Je voulais suivre le mouvement, monter à bord de son esprit telle une auto-stoppeuse, afin que mon cerveau soit occupé, lui aussi. » Et ce job d'été l'absorbe effectivement, avec des mystères à résoudre autour de la star locale, et les activités parallèles de Leo. Oui, Cedar est fort sollicitée, ce qui ne l’empêche pas d'avoir Ben et son père en tête, présences subtiles et délicates.
Tout le charme de ce roman réside dans la justesse des émotions, nées de la promiscuité entre la douleur de la perte et la force de vie de cette famille désarticulée. En cela, Cedar est un personnage bouleversant, luttant pour ne plus avoir le cœur brisé. Au côté de son complice Leo, elle parviendra même à se projeter dans l'avenir.

Patate / A. Louchard. - Seuil, 2017

L'humain se cache hors illustration pour apostropher son chien. Rapporte, Patate ! s'échine-t-il à répéter en lui balançant des objets toujours plus volumineux. D'abord interloqué puis quelque peu effrayé, Patate ne bronche pas. Mais aura le dernier mot pour souffler cet humain irrespectueux. 
Un album joyeusement facétieux  comme sait les concocter Antonin Louchard.

Traquées ! / S. Beau. - Alice jeunesse, 2017

Maman avait tout préparé, le sac de voyage, l'itinéraire... Au cas où elle ne reviendrait plus, m'avait-elle dit. J'ai toujours pensé que cela n'arriverait pas. Jusqu'à aujourd'hui. Me voilà seule avec ma petite sœur, toutes les deux sur la route pour retrouver maman, avec un tueur à nos trousses...
Chaque ligne nous réserve son lot de suspense et de tension. On tremble avec ces deux enfants traquées, on s'émerveille devant leur débrouillardise et on s'émeut devant leur fragilité. Les chapitres alternent le récit de l'aînée des sœurs et les témoignages des personnes qui les ont rencontrées pendant leur fuite. Ces témoignages souvent recueillis par la police, mais parfois aussi par le tueur aux trousses des deux enfants, donnent cette impression persistante que le traqueur est dans notre dos, juste là derrière.
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Madgermanes : l'histoire des Mozambicains en Allemagne du l'Est / B. Weyhe. - Cambourakis, 2017

Madgermanes raconte l'histoire de trois mozambicains ayant travaillé en ex-RDA avant que deux d'entre-eux reviennent dans leur pays d'origine. C'est celle de José, l'idéaliste qui fait tout pour être intégré, celle de Basilio qui profite de son séjour et enfin celle d'Anabella : la réaliste qui ne retournera pas dans son pays. Histoires qu'ils préféreraient oublier.
A travers ces trois parcours qui se recoupent, l'auteure nous fait revivre un pan de l'histoire de l'ex-RDA, en lien avec ses pays "frères" dont le Mozambique du  président Samora Machel.
A partir de 1979, des dizaines de milliers de mozambicains partent en RDA afin de fuir la misère, la guerre et pour étudier. Mais les désillusions sont vite là. En effet, ils sont employés comme main d’œuvre dans des métiers pénibles. Ils sont aussi confrontés à l'hostilité de la population voire au racisme. Suite à la chute du mur, ces travailleurs immigrés voient leur situation empirer et la plupart accepteront la proposition du gouvernement allemand : le retour au pays. 
Ce retour ne se fait pas dans la facilité. Ils ne se reconnaissent plus dans leur propre pays où ils se sentent étrangers. Pour se faire entendre, ils se regroupent en une association : Madgermanes (made in Germany).
BD documentaire très actuelle car elle pose le problème du déracinement et de la double culture. A quel pays appartenons-nous ? Brigit Weyhe traduit cette double culture par la représentation des masques, du léopard, des timbres....

Le bonheur est un déchet toxique / M. Causse. - T. Magnier, 2017

Juste avant que son père ne meurt d'un cancer, il lui apprend que sa mère, elle, ne l'est pas. Morte. Nathan doit donc faire son deuil en vivant en pleine campagne chez cette inconnue qui se méfie des ondes et lui fait manger du « vomi de soja » parce qu'elle est vegan. D'abord muré dans le silence, il va pourtant se laisser séduire par celle qui vit en accord avec ses principes, lutte contre l'adversité et lui accorde une confiance et une franchise déroutantes.
La présence de Zoé surtout, et de ses amis, lui facilite ce bouleversement, ce changement en tous points. Ça et la voix de son père qui l'accompagne encore. Il y a également le projet de la grande décharge, qui semble tant mettre Zoé en colère et qui deviendra par là-même son combat. A vivre au plus près de la campagne, il comprendra même dans sa chair en quoi il est une aberration.
Un roman qui débute par un deuil et se clôt sur un combat écologique et politique, combat inégal par excellence, tous deux nécessitant une force de vie que ses parents, se passant le relais, auront su lui donner.
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Toute la beauté du monde n'a pas disparu / D. Younge-Ullman. - Gallimard, 2017. - (Scripto)

Ingrid croyait partir pour un camp écologique en pleine nature, avec toilettes sèches et cabanes en rondin. Elle découvre que Peak Wilderness est en réalité un camp itinérant, très physique et surtout sans le moindre confort. Tout ce qui lui procure un « sentiment de sécurité  » lui a été retiré. Pour une fille qui a passé sa vie dans les opéras, avec tout le luxe que cela suppose, le choc est rude, brutal, violent. Ingrid est envahie d'une « fureur (qui) ne débouche que sur le vide, le découragement et un sentiment de trahison. » Mais il est inenvisageable de renoncer malgré les tentes mixtes, la douleur, la crasse, les jeunes délinquants (et surtout Bob le lubrique) et les milliards de moustiques. Car Ingrid a passé un pacte avec sa mère : elle pourra devenir chanteuse lyrique et intégrer l'école de son choix uniquement si elle surmonte toutes ces épreuves. 
Le récit des journées cauchemardesques du camp alterne avec des éléments du passé d'Ingrid qui doit se construire avec une mère à la forte personnalité ayant dû renoncer à sa raison de vivre : le chant. Et l'on mesure le dilemme d'Ingrid : « Si je continue à te faire passer avant moi, je ne vivrai pas. Et là, maman, on mourra toutes les deux. »
La fin est bouleversante et le courage d'Ingrid n'en paraît que plus extraordinaire, portée à la fois par une vocation profonde et un amour viscéral pour sa mère.
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Père et fils = Vater und Sohn t.1 : Les Saisons / M. Lizano ; Ulf K. ; d'après E. Plauen. - Editions de la gouttière, 2017

Par cette BD, les auteurs font un très bel hommage à un des maîtres de la BD allemande : E.O Plauen. En effet, les auteurs partent de la dernière planche publiée par E.O Plauen, datant de 1944, pour construire de nouvelles aventures et facéties du fils et du père. La mère est quasiment absente de la BD. La seule entorse faite par les auteurs est l'utilisation de la bichromie (bleu et rouge).
Très belle BD  qui ravira les plus petits. Elle permet de mettre un coup de projecteur sur cette série longtemps méconnue du public français. "Vater und Sohn" mérite donc d'être redécouvert.
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Momo t.1 / J.Garnier ; ill. R. Hottin. - Casterman, 2017

Momo est le prénom d'une petite fille au caractère bien trempé qui vit avec sa grand-mère. Sale caboche, comme la qualifie sa grand-mère, espère le retour rapide de son père marin. Lors de son trajet chez le poissonnier, Momo fait la connaissance d'une jeune fille puis d'un jeune caïd qu'elle surnomme 'Banane'. Très vite, Momo se lie d'amitié avec ces deux jeunes personnes.
Belle histoire qui ne tombe pas dans le pathos. Le graphisme signé Rony Hottin est d'une grande beauté. On sent bien que le dessinateur a travaillé dans l'animation. En effet, le personnage de Momo ressemble étrangement aux personnages des films d'animations japonais. A découvrir.

La rencontre du dernier espoir / K. York. - Pocket jeunesse, 2017

Maggie était celle qui lui avait donné un peu confiance en lui, en la vie. Jusque là, Vincent n'avait connu que l'abandon, de ses parents lorsqu'il avait 2 ans, de ses familles d'accueil, à répétition. Et voici que Maggie meurt, le jour de la remise des diplômes. « Je suis un adulte, et j'ai été jeté hors du monde des enfants, pour entrer dans celui des hommes et des femmes, où je suis censé me comporter en adulte, alors que je n'ai jamais appris à fonctionner normalement quand j'étais enfant. » Enfant, il n'a connu que « l'insécurité, la souffrance, la solitude, la dissolution complète de toute pensée sensée ou rationnelle » et l'impuissance éprouvée lors de ses épisodes de panique. La tâche lui paraît trop harassante (« il me reste bien trop de solitude à vivre »), la tentation de mourir le guette. Dans ce sens, il consulte un forum. Il y rencontre Casper, atteinte d'un cancer incurable. Et Adam aussi discret que mal dans sa peau. Le trio se forme, porté par Casper.  
Se battre pour se réparer, se battre pour rester en vie... Dans la solitude, le combat est trop inégal mais à plusieurs, tout devient, si ce n'est plus facile, du moins plus motivant, plus légitime. 
La souffrance des personnages est lourde, la lecture n'en est pas aisée mais la personnalité de Casper, les fragilités de ces êtres violentés par la vie, la responsabilité qu'ils ont les uns des autres amènent une ouverture qui n'a rien du happy end fabriqué. Ensemble, ils  se donnent l'opportunité de voir la vie différemment.
« Je peux pas, tout ça, c'est trop grand, Adam. 
 - Qu'est-ce qui est trop grand ? 
- L'avenir. Tout ! »
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La carotte et le bâton / D. Pessin. - Talents hauts, 2017. - (Ego)

Émilie vit beaucoup de changements en ce moment : elle vient de déménager (après la naissance de sa petit sœur), fait sa rentrée dans un nouveau collège où elle va devoir se lier à de nouveaux amis. Émilie se convainc que tout se passera bien et comme pour lui donner raison, elle fait la connaissance de Cloé aussi vive que gaie. Cette dernière partagera la narration du roman avec Émilie, sur quelques chapitres. 
L'ambiance se gâte avec l'entrée en scène de Barbara, Barbie, qui ne tolère autour d'elle que ceux qui l'adulent. Or Émilie ne saurait être dupe. Le harcèlement commence alors, insidieux mais crescendo, par des brimades physiques et psychologiques.
Les voix en écho d’Émilie et de Cloé montrent que les efforts pour arranger la situation sont vains tant que personne -ados ou, plus aberrant, corps enseignant- ne se dresse pour résister. Même Cloé a ses raisons pour ne pas prendre parti. Et voici comment une jeune fille bien dans sa peau, dans sa famille, en arrive à ne plus trouver d'issue après avoir pourtant tenté toutes les solutions sensées (tenter le dialogue avec son bourreau et alerter les adultes).
Très fort pour une sensibilisation au thème du harcèlement.

Normal(e) / L. Williamson. - Hachette, 2017

David avait 8 ans lorsqu'il a répondu naïvement et spontanément à la maîtresse souhaitant savoir ce qu'il voulait faire dans l'avenir : « Je veux être une fille ». Six ans plus tard, il est toujours David, a appris à se taire, à se cacher, avec néanmoins l'espoir d'oser se confier à ses parents. Seuls ses 2 amis partagent son secret. Lorsque Léo, nouvel élève, arrive dans la classe, David tâche de l'accueillir mais son air revêche en dissuade plus d'un. 
A tour de rôle, David et Léo partagent la narration du premier trimestre de cette année scolaire dans leur lycée commun. Il faut y faire sa place, se faire accepter dans ses différences, d'autant plus lorsqu'on doit traverser la « fracture biologique ». Est-il utile de dire à quel point cela n'est pas toujours chose aisée ? David et Léo en ont fait l'amère expérience et vont s'épauler dans leur cheminement respectif. 
Un roman qui s'attache moins aux bouleversements psychologiques intimes qui touchent les transgenres qu'à la confrontation au monde extérieur, avec la nécessité d'être bien entouré. 

Au fond des bois / A. Cortey ; J. Wauters. - Sarbacane, 2017

Après des jours de pluie, l'appétit de nature, de découvertes et de sensations est intense : les deux sœurs partent en expédition « droit devant ». Avide, la plus petite, narratrice, s'éloigne et perd sa sœur de vue. Aurait-elle été kidnappée ? Et les loups ? Instantanément, la nature n'a plus rien d'accueillant et la peur remplit chaque espace. Mais la grande sœur n'est pas loin et le sentiment de sécurité est vite retrouvé, avec en prime la preuve que la nature est généreuse. En fruits et en sensations !

Le Festin des affreux / M. Marti ; X. Salomo. - Seuil, 2017

A l'Asperge pourrie, « célèbre restaurant aux trois étoiles noires », les mets sont haut de gamme et infectes. Monstres en tout genre s'y bousculent en cette soirée de festin annuel des pires affreux du monde. Soulevez la cloche et vous découvrirez les préparations personnalisées du chef Pacuit. Pour la momie, ce sera « Pyramide d'yeux de pharaons », pour l'ogre « Terrine d'écolier à la truffe noire et au foie gras de canard »... Le chef a bien travaillé, les délices sont répugnants à souhait. Mais il manque le plat de l'invité surprise, le pire...
Règne de l'oxymore, ce haut lieu gastronomique dégouttera joyeusement les lecteurs, tant dans le texte que dans l'illustration. Avec une chute pour se remettre l'estomac d'aplomb !

Tante Hulda et moi / S. Heinlein. - Bayard, 2017

Tante Hulda dénote. Pour les obtus, elle est « demeurée ». Pour les autres, pour sa nièce Sara notamment, c'est la personne « la plus douce, la plus gentille et la plus drôle qu'on pouvait imaginer. » C'est une personne spontanée, qui a un esprit logique indéniable mais quelques difficultés à gérer ses émotions, ou à lire par exemple. Une personne différente en somme, qui vit en foyer et travaille. Mais il y a quelques fois des crises et l'une d'elles sera celle de trop pour sa sœur et tutrice qui décide de l'envoyer dans un centre plus strict, loin de ses amis, loin de sa nièce, au mépris de ce qu'elle souhaite. Sara prépare la riposte. 
Roman joyeux qui montre que la différence n'est pas toujours simple à gérer. Mais passée la gêne, elle est tout simplement source d'enrichissement. A lire dès 9-10 ans.
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Petit pois / D. Cali ; S. Mourrain. - Actes sud junior, 2017

Petit pois -« petit. Très petit »- évolue dans une réalité qui est la nôtre, adapté à sa spécificité. Il prend son bain dans un bol, dort dans une boite d'allumettes ou sur le chat et lorsqu'il fait du sport, c'est un mur de Lego qu'il escalade. Sa vie a l'air fantastique ! Jusqu'à ce qu'il rentre à l'école, où il découvre qu'il est trop petit. C'est le temps des difficultés et de la solitude. Mais Petit pois grandit et détourne une nouvelle fois les obstacles.
Texte et illustrations jouent sur les proportions, tantôt pour s'en amuser, tantôt pour signifier le décalage écrasant. Mais ce petit bonhomme souriant trouvera l'harmonie, dans une bonne humeur contagieuse.

Mosquitoland / D. Arnold. - Milan, 2017

Pourquoi Mim est-elle dans ce bus en direction de Cleveland ? Les raisons sont multiples, accumulées au fil des années mais peuvent se résumer sobrement  : « Je m'appelle Mary Iris Malone, et je ne vais pas bien ». Ces raisons donc... une mère partie (malade ?), un père persuadé que sa fille est schizophrène, une belle-mère qui lui cache des choses, et enfin le SCOOP !
Sa tante lui avait dit un jour : « Tu devrais écrire. C'est mieux que de succomber à la folie du monde. » Alors Mim écrit, entre lettre et journal intime pour expliquer l'urgence de cette fuite. Sa mère lui disait aussi : « Ouvre les yeux, Mary, ne laisse pas la peur troubler ta vision. » D'accident en rencontres, Mim se laisse porter, à l’écoute, et le voyage change de nature.
On porte en soi tant de potentiels qu'il faut un regard bienveillant et positif pour grandir sereinement. Durant l'enfance de Mim, il y eut quelques confusions dans les regards portés sur elle mais ce voyage sera l'occasion de prendre le temps de confronter ses fragilités et sa force indéniable, de se découvrir enfin par elle-même, une fois les secrets révélés.
Une héroïne extrêmement attachante, par sa sincérité, sa générosité, son courage et ses sarcasmes ! Et on lui pardonnera ses dénis pour ce qu'ils apportent à la construction du récit.
« Il faut assommer les gens d'honnêteté. » 

Les petites bêtes du terrain de foot / T. Pierrou ; J. Hellgren. - Cambourakis, 2017

Le moins qu'on puisse dire c'est qu'Omko n'a absolument aucune envie d'aller jouer au foot. En plus, il a des veilles baskets moches et trop grandes. Et puis ça fait mal quand on shoote dans le ballon. Non vraiment, cette journée ne lui dit rien qui vaille. Sur le terrain, occupé à remonter sa chaussette, il remarque un escargot, puis un scarabée, puis un bourdon... « Ça doit faire drôlement mal un ballon quand on est un escargot... » Il entreprend de mettre tout ce petit monde en sécurité. Les baskets trouveront enfin une utilité.
Quel bonheur que ce petit garçon qui trouve son épanouissement dans l’adversité en protégeant les fragiles, se réfugiant avec eux dans une bulle de sérénité ! Bonheur aussi de découvrir cet univers à part, dans l'imaginaire et le graphisme.

Envole-moi / A. Heurtier. - Casterman, 2017

15 ans, c'est jeune pour le grand amour mais Swann est absolument certain que son cœur « ne sera jamais plus grand de quelqu'un qu'il ne l'est de (...) Joanna. » Et le fait qu'elle soit dans un fauteuil roulant n'y change rien. Alors peu importe l'avenir, ils vivent leur amour, intensément, follement, avec cette volonté d'« étonner l'autre avec un peu de soi ».
Pour le moment, mieux vaut éviter d'y mêler les autres : « J’aurais beau affirmer qu'elle est une symphonie, un roseau, je suis sûr qu'ils ne retiendraient que le côté « Roulez jeunesse » de la description. » Swann se concentre sur la surprise qu'il veut faire à Joanna : lui permettre de réaliser son rêve d'enfance, danser, partant du postulat que le handicap n’ampute pas le corps de son pouvoir d'expression. 
Ce roman est à l'image du titre, positif ; il tire ses personnages vers le haut, et nous avec. Le ton sonne juste, tant sur les difficultés vécues par les personnes handicapées moteur et le regard porté sur eux, que dans la complicité qui unie les deux amoureux. Joanna refusant obstinément la pitié, lui oppose une ironie joyeuse et trouve en Swann un partenaire de choix. Du plaisir pour le lecteur. 
«  La nuit, tout paraît tellement différent. 
Pourquoi est-ce précisément le moment que l'on choisit pour dormir 
alors qu’on a la sensation de pouvoir y vivre si intensément ? »
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Une femme de Shôwa / Ikki Kajiwara, Kazuo Kamimura. - Kana, 2017

C'est l'histoire mouvementée de Shôko Takano, une femme de l'ère Shôwa qui correspond au Japon à la période du règne d'Hirohito, de 1926 à 1989. C'est dans cette période, années de guerre et d'après guerre, que Kazuo Kamimura et Ikki Kajiwara ont choisi de nous conter cette histoire. C'est encore une enfant quand on fait sa connaissance, en 1943, fillette insouciante, heureuse avec sa maman Kiyoka, une ancienne geisha. Son père, Sôzuke Tanako, ouvertement opposé au régime, est obligé de se cacher. Un soir, la police du régime débarque et emmène sa mère pour l’interroger sur les activités de son mari. Madame Takano, fidèle jusqu'au bout, ne cédera pas aux humiliations et à la torture. Relâchée le lendemain, elle ne se remettra pas de ses blessures, d'autant que Tokyo se trouve sous les bombardements américains. Son père disparu, Shôko est livrée à elle-même parmi les 120000 orphelins de guerre, se retrouve chef de gang et pour finir, en maison de correction. Shôko dans cette histoire ne sera jamais une victime. Au contraire, on la voit devenir une belle jeune femme, par volonté, courage, détermination. La jeune fille est également animée par la vengeance. Elle punira tous ceux qui font du mal aux personnes qui l'ont aidée. 
Un tome unique (one-shot) d'exception de deux légendes du manga, Kazuo Kamimura (Lady Snowblood, Le club des divorcées) et le scénariste du manga culte Ashita no Joe, Ikki Kajiwara, tous deux décédés. Magnifique portrait de femme, belle, insoumise, c'est un manga profond, littéraire, qui explore à sa manière la condition féminine. Beau graphisme mélangeant la photo, le dessin à l'encre noire, l'aquarelle. A découvrir.

Sophie et le cor des Alpes / H. Traxler. - La Joie de lire, 2017

Sophie ne sait pas encore marcher qu'elle s'empare déjà d'une flute. Sa famille voit en elle un petit prodige. Ses frères et sœurs néanmoins ne partagent pas cet avis, plutôt agacés de l'attention qu'on porte à la benjamine. Ils lui emboitent le pas mais Sophie prend une longueur d'avance et choisit un nouvel instrument. 
La détermination de Sophie force l'admiration, d'autant plus lorsqu'on voit la disproportion entre l'immensité du cor et la taille de cette petite de 5 ans. Trouver sa place dans une fratrie n'est pas chose aisée, d'autant plus pour un petit dernier mais Sophie fera les choses en grand, avec l'aide d'un personnage haut en couleurs !

Mon fils / V. Cuvellier ; D. Perret. - Gallimard jeunesse, 2017

« Mon fils m'a dit qu'à 8 ans il n'était plus vraiment un enfant... Alors je lui ai dit qu'à 45 ans, je n'étais pas vraiment un adulte et tout le monde était content... »
« Mon fils, même si c'était pas mon fils, ce serait quand même mon fils.  »
« Des fois, j'ai l'impression que mon fils est exactement comme j'aurais voulu qu'il soit. Surtout quand il n'est pas comme je voudrais qu'il soit. »
Sur une petite centaine de pages, les phrases se suivent sans se ressembler, véritables déclarations d'amour d'un père à son fils. On est saisi par l'émotion, secoué de rires, envahi de tendresse, amusé par les piques désarmantes du fils à son père. 
Est-il besoin de dire qu'avec la plume de Vincent Cuvellier, si bien relayée par les illustration de Delphine Perret, l'ensemble sonne juste ? Merci aux auteurs pour ce partage généreux d'une relation privilégiée, intimiste que l'on souhaiterait universelle. 

Mes petits chéris : lettres inédites et délicieuses à ses enfants / Rudyard Kipling. - Arléa, 2017

« Il n’y a rien qui vaille d’être raconté : je suis assis pour te l’écrire par le menu. » p. 88
Oserais-je l’avouer ?, j’ai été immensément déçu par ce livre. Il s’agit d’une sélection de lettres parmi celles écrites par le célèbre Kipling à ses jeunes enfants, d’une part son fils, John, qu’il aborde d’un « Cher vieil homme », d’autre part sa fille, Elsie, qu’il surnomme mon oiseau (voire « Petit Zoziau Empâté »). Je m’attendais à des lettres savoureuses, typiquement british, baignées de nonsense, quelque chose qui se rapprocherait de la correspondance de Lewis Carroll avec la petite Liddell. Eh bien en réalité le livre est fort court et le contenu des lettres plutôt pauvre à de très rares exceptions près.

 Avis : *