L’Homme de la lumière : Sébastien Racle 1652-1724 / Jean-Louis Grosmaire. - GID, 2016

« Nul ne meurt, il ne fait que s’estomper, se tenir en retrait dans l’invisible, car tout est là, dans le tout. Tout renaît, revient, qui n’est point parti. Ne subsiste que l’harmonie. Le temps a limé les coups et les rudesses, a estompé les cris et les colères, les rages et le sang, lissé les aspérités, pour que la vie s’étale sur l’eau calme d’un lac orné de fleurs de nénuphars soyeuses, une vie pure comme neige sur les monts et les plaines, claire comme chant des oiseaux, limpide et joyeuse comme flots des torrents, douce comme musique du vent sur les feuilles. »
Jean-Louis Grosmaire, écrivain aux racines haut-saônoises mais né en Côte d’Ivoire et parti encore jeune s’installer au Canada, nous livre une biographie passionnante et vivante du père Sébastien Racle. Le père Racle, jésuite pontissalien né en 1652, fait le choix à 37 ans d’aller évangéliser les indiens de la Nouvelle-France. C’est un homme physiquement très solide et intellectuellement brillant. Il partagera durant des décennies la vie pauvre des Abénaquis leur servant de mentor, de médecin de l’âme, de guérisseur du corps… Par ses propres moyens, il apprend les langues indiennes, va jusqu’à composer un dictionnaire de cette langue. Pour son malheur, le territoire où il est, coincé dans un no man’s land entre zone française et zone anglaise, fait de lui un être bien dérangeant pour les autorités et les colons anglais. La ville de Québec est trop loin pour prétendre être en capacité de défendre cet espace. Grosmaire appelle à la barre du tribunal de l’Histoire différents témoins, il examine le père sous tous les angles, empruntant un instant les pensées tendres de ses amis ou le ton acéré de ses ennemis. Il montre à quel point Racle est le produit de sa culture et d’une époque et en même temps comment il en diffère aussi. Sacré bonhomme quoiqu'on en dise et l’auteur a du mal à cacher une admiration que l’on peut partager. Ce docu-fiction est à la fois documenté comme un travail d’historien (nombreuses notes pour les sources) et écrit avec une belle plume de littérateur où percent des accents poétiques d’une grande beauté. Le ton est toujours juste, c’est habile et intelligent. Je me suis régalé !

Avis : ***

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