Impossible Ici / Sinclair Lewis. - La Différence, 2016

« Je ne crois pas au terrorisme comme moyen de lutte contre le despotisme. Le sang des tyrans fait germer les massacres ». p. 335
Sinclair Lewis, premier américain lauréat prix Nobel de littérature (en 1930), époux d’une journaliste qui interviewa un certain Adolf Hitler (à la fin 1931), imagine dans ce roman (publié en 1935), tandis que se profile les élections présidentielles américaines de 1936, la victoire présumée impossible d’un populiste. Dans son roman, un nommé Windrip s’empare en effet légalement du pouvoir et met immédiatement en place un programme qui décoiffe et qui réduit notamment les droits des femmes, des juifs et des nègres (sic). Il s’octroie les pleins pouvoirs, s’entoure d’une garde prétorienne et bâillonne la presse. La dictature est en marche avec son lot de violences, d’arrestations et de camps de concentration. Si redécouvrir ce texte aujourd'hui est intéressant, particulièrement après l’élection de Trump aux États-Unis, il faut bien avouer que cette dystopie, qui arrive après celle du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1932), manque singulièrement de puissance et d’imagination. On a l’impression d’un texte écrit dans l’urgence où le modèle hitlérien est plaqué sur la réalité américaine sans beaucoup de réalisme, de finesse ou de profondeur. Il semble que la traduction de Raymond Queneau, conforme à de tristes pratiques des années 40, ne soit pas toujours irréprochable et qu’une nouvelle traduction pouvait s’imposer. Les éditions de La Différence semblent elles-mêmes avoir œuvré dans l’urgence, s’agissait-il de faire un coup ?

 Avis : *

Phobie / F. Vandermeersch. - Le Muscadier, 2017. - (Rester vivant)

Sophia a toujours eu des facilités à l'école. En tout cas, jusqu'à son entrée au collège. Quelques notes un peu moins bonnes, le regard de certains sur elle, des remarques inhabituelles de la part de ses professeurs pour elle et Sophia vacille. La peur, l'angoisse, et bientôt l'impossibilité physique de se rendre au collège. 
Sous forme de journal intime, Sophia raconte durant un an et demi l'évolution de son rapport à l'école et à l'apprentissage. Il lui faudra s'éloigner totalement du collège pour soigner sa phobie scolaire et renouer avec le plaisir d'appendre. 
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Chat perdu / H. Cole. - Little Urban, 2017

Tandis que le garçon lit tranquillement, le chat s’échappe par la fenêtre à la poursuite d'un oiseau. L'enfant est prompt à réagir dès qu'il s'aperçoit de sa disparition. Il imprime et colle des affichettes, avant de se lancer à sa recherche dans toute la ville. Le lecteur scrute lui aussi l'image en noir et blanc pour trouver ce chat qui se faufile de page en page. 
L'image finale vient récompenser ces efforts, dans un soulagement bienheureux. 
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Bob et Marley : les vedettes / F. Marais ; T. Dedieu. - Seuil, 2017

Bob, Bob, Bob... « Arrête avec tous ces « Bob » ! » s'énerve-t-il. Saturé, il veut même changer de nom mais Marley le raisonne : « Regarde le titre du livre (...) Si tu changes de nom, il n'y aura plus de livre ». Dans une mise en abyme, Bob sort du présent livre, l'observe, le réintègre, toujours boudeur. Mais Marley a la main pour amadouer le petit... Tout va bien, nous aurons le plaisir de lire de nouveaux Bob et Marley !

Odile ? / M. Dorléans. - Seuil jeunesse, 2017

Les parents peuvent être tellement agaçants lorsqu'ils veulent prendre soin de leur enfant, l'éduquer, le distraire... Odile, lors d'une visite au musée zoologique, est attirée par un crocodile. Croc ! Odile...
La vie à l’intérieur du reptile, au calme, sans parents ni consignes, est fort appréciable. Mais pour combien de temps ?
Une fable joliment illustré sur la relation parents enfant.
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Blue Gold / E. Stewart. - Bayard, 2017

Fiona s'est laissée piéger en acceptant de faire un sexto. Ce qui n'était destiné qu'à son petit ami circule maintenant à large échelle, la confinant au statut de salope. Pour parachever le tout, elle perd son téléphone portable.
A l'autre bout du monde, Laiping, chinoise de 15 ans. Elle est contrainte de partir travailler à Shenzhen, ville spécialisée dans la haute technologie, pour subvenir aux besoins de ses parents. Elle espérait l'indépendance, une certaine autonomie financière, son quotidien est uniquement dicté par les cadences infernales et la surveillance suspicieuse.
Et puis il y a Sylvie, originaire de la République démocratique du Congo qui tente, dans un camp de réfugiés en Tanzanie, de maintenir sa famille à flot après l’assassinat du père par les milices. Le cobalt, composant essentiel des téléphones mobiles, représente un enjeu majeur en RDC, générant l’un des conflits les plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale avec 8 millions de tués, et un nombre incalculable de viols, arme de guerre et de terreur.
On pourrait craindre un schéma narratif culpabilisant qui pointerait du doigt les dérives superficielles de l'occident par rapport aux enjeux dramatiques liés aux technologiques modernes, le propos est plus nuancé : Elizabeth Stewart souhaite nous alerter, nous informer, pousser les consommateurs que nous sommes à exiger des comptes aux sociétés occidentales. « On devrait pouvoir acheter des ordinateurs et des téléphones dont la fabrication n'est pas source de souffrance et de détresse. »
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Le chat blanc et le Moine : d'après le poème "Pangur Ban" / J. E. Bogart ; S. Smith. - Kaléidoscope, 2017

Adapté du poème d'un moine bénédictin du 9e siècle, ce poème fait le parallèle entre un moine qui étudie et son chat blanc qui chasse. Tous deux, patients dans leur quête, respectueux de l'autre, œuvrent de concert. 
L'illustration, dans un jeu varié de cadrages et de mises en page, témoigne de cette complicité libre et délivre une profonde quiétude dans le calme du crépuscule.
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Oh, hé, ma tête ! / S. Yoshitake. - Kaléidoscope, 2017

Gagner en autonomie, c'est évidemment gratifiant. Mais avant d'y parvenir, il faut parfois passer par des situations scabreuses. Preuve en est ce pauvre gamin, la tête coincée dans son tee-shirt. Et s'il ne pouvait plus jamais se dégager ? Que serait sa vie alors ?
L'auteur amplifie cette situation de départ toute simple avec une imagination débordante, farfelue à souhait, jusqu'à l'absurde, jusqu'au fou rire. Oui, ce petit garçon têtu est vraiment désopilant.
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Va faire un tour / J. Akveld ; P. Hopman. - La Joie de lire, 2017

Le ton monte entre William et Bruno, un objet vole, la porte claque : Bruno est dehors, enfourche son vélo et fonce droit devant. N'importe où pourvu que ça l'éloigne de William. Il peste, fulmine, enrage et engrange les kilomètres. Les paysages défilent, la ville fait place à la campagne et Bruno, enfin, s'apaise. 
Un peu d'exercice, de relativisation et de remise en cause, il n'y a bientôt plus trace ni de colère, ni de brouille. 
Cette mise à distance est matérialisée par un grand format où la vie fourmille, où l'orage qui tempête sous le crane de Bruno se noie peu à peu dans l'activité du monde. Un album très juste et apaisant. 

Le grand saut / F. Hinckel. - Nathan, 2017

Ils sont 6 à être en retard pour leur rentrée en 6ème. De quoi souder une amitié, qui se consolidera durant toute leur scolarité. Le roman débute alors qu'ils entament leur terminale, dans une insouciance joyeuse malgré l'échéance du bac en fin d'année. 
Dans la bande, il y a Iris qui aime à prendre soin des autres, Paul charmant mais semblant en lutte contre des ombres, Rébecca si peu sûre d'elle qu'elle est accro aux J'aime sur sa chaine Youtube, la très sage Marion, et les plus discrets Sam et Alex. De bons moments en petites crises, la bande soudée montre quelques failles, vite balayées par leur solidarité à toute épreuve.
Le récit s'attache autant aux individualités qu'à l'esprit de groupe, passant des uns aux autres avec fluidité. Chaque tête de chapitre annonce un compte à rebours qui maintient une tension, contrebalancée par une citation toujours pertinente. Mais on sait le temps de l'insouciance compté, la fin de l'adolescence... La fin, annonçant une suite, nous accroche : pourquoi Isis est-elle mise à part et comment la bande va-t-elle réagir au drame qui a touché l'un d'eux ?
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Une Affaire d’hommes / Todd Robinson. - Gallmeister, 2017. - (Neo Noire)

"Chacun de nous sans exception est la somme de ses blessures."
Avec Cassandra, Todd Robinson nous avait livré un premier roman emballant dans lequel il avait voulu mettre beaucoup de choses. A la fois roman noir, roman à suspense, arrosé d’humour et avec une belle filiation à Harry Crews. On accrochait sacrément à ses personnages atypiques, videurs dans un club, gros durs au cœur tendre un brin en délicatesse avec la vie en société. La suite était donc attendue avec impatience et on se faisait une joie de retrouver lesdits personnages. Hélas, ce second roman présente moins d’intérêt. Boo et Junior sont moins bien décrits comme si cela avait été fait une fois pour toute dans Cassandra et en revanche on enchaîne action sur action, baston sur baston, jusqu’à l’invraisemblable voire jusqu’à l’écœurement. L’humour vire au lourdingue à force de vouloir en rajouter comme d’ailleurs cette obsession autour de l’homosexualité et la résolution du mystère autour de la disparition de la sœur de Boo est encore repoussée. Bref, les critiques peuvent s’extasier, l’essai du premier roman n’est pas transformé.
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Avis : *

Le petit oiseau la vache et le renard / Mathis. - T. Magnier, 2017

Un petit oiseau tombe du nid et appelle sa maman à l'aide. Une vache l'entend, s'approche et... lui fait une énorme bouse sur la tête. Ça pue ! Mais au moins il fait chaud désormais. Puis vient le renard qui entreprend de le nettoyer soigneusement. La fin du calvaire ? 
La moralité est sans appel : ne vous fiez pas aux apparences et évitez de vous plaindre !
Mathis adapte admirablement cette fable qui aime à brouiller les pistes. L'humour scatologique le dispute à la cruauté implacable dans une concision efficace.  

Car boy / A. Loyer. - T. Magnier, 2017

Suite au décès de sa mère, Raph doit vivre chez son père, propriétaire d'une casse-auto, alors qu'il ne l'avait jamais vu auparavant. Il ne se sent clairement pas le bienvenu. Heureusement sa demi-sœur Mylène allège un peu cette difficile transition. Et surtout il y a la petite voisine Kathia qui a « vraiment le chic pour mettre de la lumière là où il n'y en avait pas, malgré sa carriole et ses jambes mortes ». Kathia, un petit ange qui transforme, par sa bienveillance, toute la médiocrité du monde en rire. Même le père de Raph, pourtant si taciturne, sourit en sa compagnie. Dans ce clair-obscur, Raph saisit un mystère qu'il voudrait éclaircir. Pourquoi son père est-il si revêche, envers lui, envers la vie ? Ce qu'il va découvrir à propos de son père, de sa mère, le bouleversera. Pas question pour autant de se laisser anéantir. Aux voitures défoncées il préférera la course en avant, bien vivant.
Si l'intrigue est un peu attendue, les personnages restent attachants.
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La vie de Smisse : à la maison / I. Chavigny, I. Grinberg ; M. Caudry. - Seuil, 2017

Que ce soit à l'heure des repas, des jeux, du bain, des moments en famille ou avec les copains, Smisse est un sacré énergumène qui n'a pas son pareil pour rehausser le quotidien. Et aussi pour mettre une pagaille monumentale, dans une désinvolture qui nous le rend irrésistible. Un de ces enfants qu'il vaut mieux néanmoins avoir en lecture qu'en pension !
12 doubles-pages pour 12 saynètes du quotidien, notre préférée allant à L'autre Smisse, dans laquelle le petit garçon a maille à partir avec son reflet. Juste avant qu'il décide de s'inventer une nouvelle coupe. 
Ces tranches de vie, adaptées d'une pièce de théâtre d'Ivan Grinberg et Isabelle Chavigny, gardent un dynamisme et une espièglerie indéniables grâce au trait de Marie Caudry.
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Plus gros que le ventre / M. Escoffier ; A. Piu. - Frimousse, 2017

Le narrateur a pourtant mis en garde le lecteur : il doit se faire discret s'il ne veut pas réveiller le monstre. Mais le lecteur, curieux, intrépide, tourne les pages, voit le monstre s'éveiller et dévorer avec voracité tout ce qui l'entoure. 
« REFERME LE LIVRE ! » Ultime conseil à l'enfant, plat préféré du monstre, mais comment résister à l'attraction du monstre, de l'histoire, de la chute que l'on attend et espère savoureuse...
La curiosité est un vilain défaut mais quelquefois, elle promet de joyeux moments de lecture. Ou comment jouer à se faire peur !

Le Suivant / Sébastien Ménestrier. - Buchet-Chastel, 2017

Aliocha est un jeune russe un peu désincarné. Un matin, on vient le chercher chez sa mère pour l’emmener dans un camp de travail. Il n’a rien à se reprocher mais finalement il n’est pas plus vexé que cela de quitter la morosité de sa vie. Il est affecté au flottage de bois puis, quand le fleuve est gelé, à la construction de la ligne de chemin de fer. Il est admiratif d’un jeune prisonnier au physique fin et tranchant qui bénéficie d’une certaine autorité et du respect des autres au point de s’incorporer ses façons, sa voix… Il se propose comme infirmier lorsque celui-ci tombe gravement malade mais ne sait pas trop comme s’y prendre et ne l’accompagne pas jusqu’au bout. Libéré à 26 ans et encore puceau, il rencontre Maria, la veuve du jeune prisonnier, et la petite Ana, sa fille. Sa vie va-t-elle enfin prendre de la consistance ? Le nouveau roman de cet auteur bisontin, déjà remarqué pour son très beau Pendant les combats, est intéressant, un peu énigmatique tout de même dans ce qu’il veut signifier.
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Avis : **

L’Homme des bois / Pierric Bailly. - POL, 2017

Le père de l’auteur, après 44 ans de travail, lors d’une sortie en forêt en quête de champignons, glisse puis chute d’une petite falaise et se fracasse au sol, trois mois avant son départ en retraite. Le corps n’est retrouvé que trois jours plus tard. Qu’il est difficile de ne savoir avec certitude ce qui s’est réellement passé. Alors l’imagination galope, on envisage le suicide et même une rencontre avec le kangourou échappé du zoo ! Pierric Bailly, son fils unique, doit gérer la situation, organiser la journée de l’incinération, trier un amas de vieux papiers. Il se penche sur l’histoire de cet homme ancré définitivement dans son Jura natal, ébéniste puis travailleur social et professeur de yoga, militant politique, un peu anarchiste, non-violent et doux, quoique parfois colérique, anti-nucléaire, aimant la nature et cherchant toujours à se cultiver pour combler ses lacunes. Il le regarde, l’examine, le détecte comme un père que l’on met à distance. C’est un court récit, pudique, où l’on sent l’affection d’un homme pour un autre, peut-être davantage que d’un fils pour son père, et qui ne se laisse pas déborder par l’émotion. Un style simple dont « une petite musique » n’est pas absente.
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Avis : ***

Orbital t.7 : Implosion / Sylvain Runberg, Serge Pellé. - Dupuis, 2017

Caleb Swany est humain, Mézoké Izzua est sandjarr, ils sont tous deux diplomates de l'ODI, organisation intergalactique de maintien de la paix dans tout l'univers connu (confédération) ! Dans ce tome 7, devenus des renégats après l'incident de Stockholm, ils survivent d'expédients. Mais le retour des névronomes (vaisseaux interstellaires vivants) dans l'espace confédéré va changer leur statut. Les deux agents et leur névronome Angus sont les seuls à pouvoir empêcher une catastrophe ...
Runberg signe ici le début du quatrième diptyque (4ième mission, t7 & t8 - suite des tomes 5&6, 2015) de cette originale série de science-fiction sombre et réaliste. Une intrigue galactique complexe, une invention permanente servie par le dessin de très haut niveau de Serge Pellé. Toute la série est à lire (2 par 2), c’est une référence du genre "space opéra", dont le 1er tome est sorti en avril 2006.

Homicide, une année dans les rues de Baltimore t2 : 4 février - 10 février 1988 / Philippe Squarzoni. - Delcourt, 2017

Parce qu'il est arrivé en premier sur la scène du crime, Tom Pellegrini sera le détective primaire sur l'affaire de la jeune Latonya Kim Wallace, assassinée après avoir été agressée sexuellement. Il sait que la gestion des premiers jours de l'enquête est primordiale pour ne pas voir disparaître irrémédiablement des indices majeurs. Ce crime va l'obséder durant de longs mois encore…
En 1988, David Simon, alors reporter au Baltimore Sun, a passé 1 an au sein de la brigade criminelle de Baltimore, ville qui compte presque un meurtre par jour ! Ce récit documentaire ("Homicide, a year on the killing streets") est adapté en 5 tomes par Philippe Squarzoni. La remarquable série "The Wire" ("Sur écoute" en VF) en est directement inspirée. 
Homicide est une plongée sans concession dans le quotidien des 36 policiers (sur 3000) qui s’occupent de la résolution des meurtres à Baltimore. Ici, pas de poursuite endiablée, ni de fusillades, juste les rues sales et les cadavres des perdants de la société. Les journées sont sans fin, les organismes à la limite de la rupture et les collègues à peine supportables, mais la démarche des policiers reste professionnelle. Le résultat est captivant, une BD sortant de l’ordinaire, loin des clichés du polar, au ton très désabusé, portrait peu reluisant de l’Amérique actuelle, remarquable dessin aux couleurs sombres et aux cadrages cinématographiques. A lire pour les fans de "The Wire" et à découvrir !

Rien ni personne / L. Murail. - Sarbacane, 2017. - (Exprim')

A partir de 13 ans. La vieille dame semble avoir poussé comme un champignon, au milieu de la clairière. Quand Jeanne la trouve par hasard, elle ne réagit pas, semble égarée. Jeanne n’a que faire d’une mamie sauvage : elle s’apprête à l’abandonner à qui voudra… et cependant, contre toute attente, elle revient sur sa décision et l’emmène avec elle – pour un temps. La voilà dans la cabane où elle s’est établie, face à la mer, avec sur les bras cette vieille mutique qui ne lui appartient pas. Jeanne a ses propres problèmes. En fuite, elle vise la lointaine Thaïlande, où elle espère exercer ses talents de boxeuse thaï. En effet, elle sait pouvoir encaisser les coups : son corps ne les sent pas. À l’intérieur, c’est une autre histoire.
A lire absolument !

A la dure / R. Corenblit. - Actes sud, 2017. - (D'une seule voix)

Arthur ne comprend pas bien pourquoi sa sœur So a choisi de faire ça à la dure mais ce qui est sûr, c'est qu'il l'aidera du mieux qu'il peut. Pendant une semaine, profitant de l'absence des parents, il faudra la regarder suer, vomir, souffrir le martyre, il faudra l'épauler sans flancher, malgré l'incertitude, le dégoût et la peur. Et une fois le sevrage terminé, il faudra la regarder s'éloigner et espérer... Espérer la voir revenir pour annoncer à leurs parents qu'elle ne se drogue plus.
Un texte court à l'écriture haletante qui donne à vivre de façon assez physique une désintoxication. 

Je vous sauverai tous / E. Frèche. - Hachette, 2017

Eléa a disparu un jour sans prévenir et lorsqu'elle a enfin donné des nouvelles, elle était en Syrie. Bien sûr, il y avait eu des signes d'alerte, bien sûr, ses parents se sont inquiétés mais comme imaginer une telle issue ? Devant cette réalité insoutenable de découvrir son enfant devenue autre, inconnue, les parents d'Elea réagissent différemment : la mère s'engage et témoigne à travers toute la France, le père perd pied, dérive vers la folie, croyant revivre l'Algérie des années 90.
C'est la famille toute entière qui est touchée par cette disparition. Le récit propose donc une vision à facette de la radicalisation en France, donne la parole à Elea avant sa disparition, à son père, entre culpabilité et déroute, et à sa mère qui cherche à reconstituer les pièces du puzzle.
On mesure ce qui les a éloignés, comment Éléa, révoltée par l'injustice dans le monde et la passivité des occidentaux, s'est laissée toucher par la sollicitude trompeuse de ses "frères" et "sœurs". Comment cette révolte sincère s'est laissée transformer petit à petit par une idéologie manichéenne qui déconnecte  les « cerveaux fragiles » de l'objectivité et des émotions empathiques (« "Fragiles", ce que tous les jeunes sont par définition puisqu'ils se construisent »). Pas totalement néanmoins puisque Eléa est convaincue d'agir pour le bien de sa famille, puisque « chaque être humain peut sauver soixante dix âmes en rejoignant le pays de Shâm ». Je vous sauverai tous.
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PLINE t.1 : L’appel de Néron / M. Yamazaki ; T. Miki. - Casterman, 2017

PLINE s’intéresse à la vie de Pline l’Ancien (23-79 après JC), célèbre scientifique naturaliste romain du 1er siècle à qui l’on doit l’encyclopédie en 37 volumes intitulée ''Histoire Naturelle'', présentée comme un bilan du savoir de l'époque. L'histoire commence en 79 de notre ère. Le Vésuve entre en éruption (et détruira notamment Pompéi et Herculanum). Pline est alors âgé de 56 ans et commande une flotte militaire basée à proximité du lieu de l'éruption. Il décide de se rendre sur place, cédant à sa soif de comprendre le monde qui l’entoure, et pour porter secours aux victimes. Il meurt sur une plage du golf de Naples, probablement étouffé par la fumée et la cendre projetée par le volcan. Euclès, le fidèle scribe de Pline se souvient d'une autre éruption, celle de l'Etna en Sicile 20 ans plus tôt, où il rencontra Pline. Et nous voilà dans les pas du fameux naturaliste romain, ses observations, ses rapports avec Néron, sa vie quotidienne, sa vision du monde et son Histoire naturelle, l'une des plus anciennes encyclopédies de l'histoire, qui a considérablement influencé des générations de savants qui ont suivi. 
Très appréciée il y a quelques années avec ''Thermae Romae'', Mari Yamazaki a de nouveau réalisé une série remarquable sur l'antiquité romaine, épaulée par Tori Miki. Elle poursuit son travail sur les convergences entre le Japon contemporain et la Rome antique (bain, nudité, sexe...) et également sur le volcanisme, tremblements de terre, etc. qui affectent l'Italie. Bien sûr, les deux auteurs interprètent l'histoire, nous offrant un Néron inhabituel, mais la reconstitution et les dessins sont très réussis.
Il s'agit d'un seinen manga (à partir de 15 ans) en 4 tomes. Le tome 2 ''Les rues de Rome'' est paru, dans la continuité du tome 1. 

Phobie douce / J. C. Whaley. - Casterman, 2017

Salomon, 16 ans, n'a pas mis le nez dehors depuis 3 ans. Littéralement. Il va plutôt bien dans son cocon familial. Plus de crise de panique. En tout cas, c'est ce qu'il dit et c'est ce que ses parents doivent continuer de croire, pour le laisser tranquille et ne plus l'obliger à sortir. 
Lisa n'a pas oublié la dernière crise spectaculaire de Salomon et voit en lui le patient idéal pour son dossier d'inscription à l'université de son choix, qui consiste en un mémoire sur « un cas de désordre psychologique ». Elle n'a que 17 ans mais une détermination et une foi en elle-même infaillibles. « En employant la thérapie par le jeu et en l'exposant progressivement à de nouvelles interactions sociales, je crois qu'il sera prêt à affronter le monde extérieur dès l'automne prochain ». Oui, elle sauvera Salomon malgré lui.
Mais il y a un hic dans tout cela, Lisa n'a jamais dit à Salomon les véritables raisons de ses visites. Autre problème, si elle considérait au départ Salomon comme un objet d'étude, un cobaye, elle est conquise par sa personnalité : « Nous devons l'aider à sortir de chez lui parce qu'il a beaucoup à donner au monde extérieur. » Et puis il y a Clark, le petit ami de Lisa, dont Salomon tombe amoureux. Une situation qui ne peut que finir par exploser...
Lisa autoritaire voulant bien faire, Salomon doux et plein d'autodérision  (se décrivant comme un « gay agoraphobe bon pour l'asile », Clark lunaire et généreux, il fait bon passer un moment de lecture avec ces personnages. Le ton est à l'humour, décontracté, malgré les difficultés qui ne sont pas minimisées.
 « Nous laissons certaines personnes disparaître parce qu'elles sont différentes et 
soulèvent des questions auxquelles nous ne trouvons pas de réponse. »
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Qu'est-ce que vous faites monsieur l'architecte / K. Aoyama. - Nobi Nobi, 2016. - (1,2,3 Soleil)

Nous sommes prévenus, il est bourru ce vieil architecte s’attelant à la construction d'une nouvelle bâtisse ! Aussi, quand les animaux viennent à tour de rôle lui proposer leur aide en échange d'une chambre, il accepte à contrecœur, sentant bien malgré tout le bénéfice qu'il pourra y trouver. Aide d'autant plus nécessaire lorsqu'il se blesse, lors d'un accès de colère. Son rêve d'une maison rien qu'à lui, avec un belvédère et une vue dégagée est bien loin. C'est maintenant dans une immense bâtisse remplie d'une « centaine de bestioles prenant bien soin de lui » qu'il habite. Les animaux sauront-ils balayer la mine renfrognée du vieux nain ? Le suspense est mince, l'intérêt n'est pas là mais dans ce grouillement de vie et d'activité et dans la valeur défendue : de l'action collective découlent non seulement l'efficacité mais aussi la joie, dans une énergie productive.

George / A. Gino. - Ecole des loisirs, 2017. - (Neuf)

George est très solitaire. Ses amies les plus proches : des mannequins de papier glacée, des magazines gardées secrètement. « George aurait bien aimé être comme elles. » Mais George est un garçon, en tout cas, c'est comme cela qu'on le voit. Tout ça à cause de ce truc qu'il a entre les jambes. Heureusement, George a tout de même une réelle amie, Kelly, et une famille ouverte d'esprit. Aussi, lorsqu'il s'agira d'expliquer ce qu'elle ne peut plus garder pour elle, à savoir qu'elle est une fille, aucun cataclysme ne se déclenchera. Et c'est ce qui est plaisant dans ce livre : l'identité transgenre n'est en rien un drame, juste une mise au point à faire connaître au monde extérieur. La personnalité douce, sensible et généreuse de George fait passer le message avec une simplicité évidente.

Le petit chaperon belge / C. de Cussac. - Marcel et Joachim, 2016

C'est un conte détourné absolument savoureux que nous propose Camille de Cussac. Le petit chaperon est ici un p'tit gars belge qui va retrouver son Père-Grand dans sa cabane à frites à Binche. Le loup, figure invariable, est bien content de trouver sur son chemin ce « pauvre imbécile-couillon » et d'en faire son repas.
Le conte respecte donc le conte de Perrault dans sa structure mais s'en détache avec bonheur dans la langue truffée de belgicismes (on retrouvera le lexique en dernière page).
Le comédien belge Charlie Dupont raconte assez sobrement, mais avec un accent marqué, l'histoire dans le CD joint. Mais le texte invite tellement à une lecture à voix haute qu'il sera difficile de résister à s'y essayer.
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Ma cabane / L. Froissart. - Rouergue, 2016

Une cabane, bien cachée au fond des bois. Pour le narrateur, c'est un lieu de repos, autour duquel il randonne, se baigne, se ressource. « Je ne connais pas d'endroit plus tranquille » dit-il. 
L'histoire en elle-même serait un peu courte si elle n'était complétée dans l'illustration par la présence savoureuse d'un ours. Lui aussi pense beaucoup de bien de la cabane au fond des bois...
Se sentir seul et être si bien accompagné sans le savoir, voilà l'étrange -et fort plaisant- décalage des situations proposées par cet album bucolique.
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Au lit Miyuki / R. M. Galliez ; S. S. Ratanavanh. - La Martinière jeunesse, 2017

Grand-père a bien du mal à convaincre Miyuki d'aller au lit. Elle a tant de choses à faire encore. Préparer l'arrivée de la reine des libellules, arroser les légumes du potager, réunir tout la famille escargot près du rocher, tricoter une couverture pour le chat... Miyuki saura convaincre son grand-père de l'importance de toutes ces tâches. Et comment pourrait-il les lui refuser alors qu'elles témoignent d'une attention à l'autre, d'un respect de la nature et d'une si forte envie de l'honorer ? Et tant pis si elles sont aussi, un peu, le prétexte pour retarder l'heure du sommeil...
Malgré le foisonnement de détails à observer et la profusion de motifs et de couleurs entremêlées, c'est une formidable douceur et un grand apaisement qui se dégagent de cet album poétique.

Les mûres / O. de Solminihac ; S. Poulin. - Sarbacane, 2017

Ah le blues des fins de vacances, à la fin de l'été... Faire le ménage, charger péniblement la voiture, dire au revoir... Vite il faut faire quelque chose pour chasser le vague à l'âme ! Repartir à l'aventure, cueillir des mûres, observer encore la nature et ses habitants, faire le bilan. Et enfin, être prêt pour partir, avec tous ces souvenirs en tête. 
Stéphane Poulin fait mouche une fois de plus avec ces animaux anthropomorphisés incroyablement vivants dans leurs mouvements, évoluant dans une nature somptueuse.
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Dessine-moi un petit prince / M. Van Zeveren. - Ecole des loisirs, 2017. - (Pastel)

Petit mouton ne sait pas dessiner et ça le contrarie, tous ceux de sa classe sont autrement doués. Ce n'est pas sa maman qui va pouvoir lui venir en aide, elle aussi a « toujours été nulle en dessin ». Par contre, elle a de précieux conseils -que l’on pourra voir comme une ruse pour s'en sortir- comme d'inviter Petit Mouton à regarder ce que les autres ne voient pas. Ce qui le pousse à travailler son imagination. 
En création artistique comme ailleurs, persévérance et débrouillardise peuvent faire de petits miracles. Le principal étant, sous le regard malicieux et tendre de Michel Van Zeveren, de regonfler sa confiance en soi.

La piscine magique / C. orac ; C. Delacroix. - Didier, 2017

Si lion est le roi des animaux, c'est grâce à l'aura de sa piscine magique. Dans sa grande mansuétude, il invite tous ses sujets pour une « divine trempette », à condition qu'ils soient chics. Les animaux sont excités, ils découvrent enfin les pouvoirs de cette piscine magique dont l'eau se transforme selon les vœux prononcés. L'ours se délecte dans le miel, le cochon dans une eau de parfum, le singe dans le jus de fruit... C'est au tour de Reine Lion de s'avancer, impériale. Son bain sera à la mesure de son attitude hautaine, tout au long de l'album : puant.  
Une jolie variation autour de la blague de la piscine à souhait, très vivante dans le langage et les illustrations.
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Le tunnel / H. Siri ; M. K. Johnsen. - Albin Michel, 2017. - (Trapèze)

Une narration aux phrases courtes, hachées, anxieuses comme le sont ces 2 lièvre et lapin qui creusent inlassablement, dans le noir et le bruit. Pour échapper aux prédateurs et surtout à la course incessante et mortelle des voitures. Il faut renoncer à l’herbe verte de l'autre côté de la route. Ne jamais oublier les engins de mort. Parce que « Même le renard », si malin, si rusé, n'a pu franchir la route. 
L'album pourrait être anxiogène, totalement noir, s'il n'y avait cet amour entre les deux rongeurs qui regardent et creusent ensemble dans la même direction. 

L'enfant, la baleine et l'hiver / B. Davies. - Milan, 2017

Noé, depuis qu'il a sauvé une petite baleine (dans L'enfant et la baleine), espère chaque jour la revoir, au moins l'apercevoir. En vain jusqu'à maintenant. Mais aujourd'hui, il a un autre souci : la neige tombe dru et son père a disparu ; il part à sa recherche... et se retrouve piégé dans la tempête. 
La petite baleine devenue grande fait sa réapparition.
Histoire douce par grand froid d'un petit garçon courageux, attentif aux autres, humains et animaux.
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Hello Monsieur Dodo ! / N. John Frith. - Casterman, 2017

Martha est passionnée par les oiseaux, les observe et les étudie tous. Mais elle ne connaît pas celui qu'elle aperçoit présentement. Et pour cause ! Rentrée chez elle, elle apprend que son nouvel ami est un... dodo, espèce éteinte au 17° siècle, exterminée par la main de l'homme. En véritable amie des volatiles, elle garde sa découverte secrète. Lorsqu'elle sera malgré tout éventée dans un excès enthousiasme, Martha saura fait preuve d'une ingéniosité généreuse pour sauver son ami.
Les illustrations retro seventies mettent à l'honneur cette enfant responsable garante d'un possible espoir. 

Cache cache / Hyunjoo Song. - Amaterra, 2017

Un petit chien blanc joue à cache-cache avec le lecteur, aidé par l’illustratrice qui le fond dans les décors intérieurs et extérieurs. Quelques indices -ou fausses pistes- dans le texte... mais l'enfant devra être bien attentif pour dénicher ce chien joueur et espiègle.
Simple, beau et ludique.

Le Sosie d’Adolf Hitler / Luigi Guarnieri. - Actes Sud, 2017. - (Lettres italiennes)

Le romancier italien nous replonge dans les derniers mois avant la chute du nazisme. Gren*****, le narrateur, est un agent secret américain qui mène une longue enquête qui s’étale de 1945 à 1960 pour établir les circonstances de la fin d’Adolf Hitler. Il nous fait ainsi revivre de l’intérieur et de façon assez fascinante la vie et les derniers moments dans le fameux Führerbunker avant de pister et de retrouver d’importants nazis réfugiés en Argentine et au Paraguay. En raison de l’existence d’un parfait sosie d’Hitler, le musicien Mario Schatten, dont le rôle ultime est de faire croire à la mort du Führer, Gren***** sème un terrible doute sur le destin de ce dernier. Qui s'est enfui du bunker ? Hitler ou son sosie ? Les descriptions sont volontairement froides, assez factuelles mais c’est une grande fresque saisissante au texte fort documenté et où s’entrecroisent d’une façon difficile à démêler réalité et fiction.
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 Avis : ***

Des Cornflakes dans le porridge : un américain chez les anglais / Bill Bryson. - Payot, 2016

"Faire la connaissance d'un pays à travers les yeux des fous est une expérience passionnante et, si je puis me permettre, une préparation singulièrement utile à la vie en Angleterre." p. 70
Une spécialité française : publier, dans un parfait désordre et avec beaucoup de retard, la traduction en français des livres de Bill Bryson. Mieux vaut tard que jamais ! Et ça serait dommage de ne pas en prendre connaissance. Bryson est donc un américain qui vit depuis longtemps (1977-1995) en Grande-Bretagne avec sa petite famille et qui décide de se réinstaller aux États-Unis. Avant de partir, il décide sac au dos de faire un dernier tour de cette grande île, de Londres à l'extrémité de l'Ecosse. Avec son humour habituel, c’est ce périple qu’il raconte ici en étant parfois très élogieux et d’autres fois carrément lapidaires. Il est aussi hélas très injuste envers Lewis Carroll et Beatrix Potter. On se laisse embarquer dans ce voyage improvisé voire parfois aléatoire à bord de transports en commun assez défaillants et un crachin britannique qui ne serait donc pas une légende. C’est comme d’habitude savoureux même si les endroits décrits ne nous parlent pas toujours beaucoup et même si on lui préfèrera American rigolos (1999 dans l’édition américaine d’origine) et Promenons-nous dans les bois (1998 dans l’édition américaine d’origine) du même auteur.
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Avis : **

Pax et le petit soldat / S. Pennypacker. - Gallimard, 2016

Le père de Peter s'engage pour la guerre et conduit son fils chez son propre père. Hors de question d'y emmener Pax son renard apprivoisé, ce dernier doit donc être relâché dans la nature. Dans un moment d'égarement, de faiblesse, Peter obéit. Il se rend très vite compte de son erreur, de sa faute morale et rebrousse chemin, avec cette certitude qu'il doit retrouver Pax chevillée au cœur : « Il n'y a rien d'autre que je sache du fond de l'âme. » Nous suivrons en alternance l'histoire de Peter et de Pax qui veulent à tout prix se retrouver avant l'arrivée de la guerre. Les humains sont peu présents, la primauté est accordée aux animaux, aux enfants, aux personnes retirées de la société comme Vola qui exige la vérité et veut rappeler « le prix à payer lors d'une guerre », concrètement, personnellement. En arrière fond, il y a les adultes irresponsables, qui dissimulent et font semblant, peuvent devenir « malades de guerre ».
C'est un roman d'aventure passionnant, alternant les points de vue de l'enfant et du renard grâce à des images mentales fortes.
C'est un roman éprouvant parce qu'il est empli d'une violence qui touche les plus fragiles, les innocents : les animaux et les enfants.
C'est enfin un roman puissant parce qu'il montre à quel point l'empathie et le sens des responsabilités peuvent transformer les vies. Par-delà les épreuves et quelques failles, c'est un amour inconditionnel qui est raconté ici, celui d'un jeune garçon et de son renard, d'un renard et de son garçon. L'auteur a voulu défendre une « empathie radicale  » et son choix de narration de passer d'un personnage à l'autre (Deux mais pas deux) illustre à merveille cette interdépendance, cette indissociabilité. Pour autant, la question est de savoir si l'humain et l'animal peuvent cohabiter. L'enfant et l'animal, sans conteste, par une communication synesthésique. Mais l'enfant devenu adulte...
En cela, la fin pourra sembler abrupte, frustrante. Mais l'amour doit pouvoir se manifester jusqu'au renoncement.  
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Ada la grincheuse en tutu / E. Gravel. - La Pastèque, 2016

Samedi, jour de galère pour Ada. Enfiler le tutu qui gratte et serre, se coltiner le cours de danse (« les arabesques, c'est grotesque »), tout tenter pour être à la hauteur, en vain. En un mot comme en cent : « Je déteste le ballet ! »
Ses arabesques, jetés, pirouettes complètement loupés la conduisent dans la salle d'à côté, au cours de karaté. Ses samedis vont prendre une toute autre tournure...
Ada, son doudou vivant et le personnage de la chute nous font bien comprendre ce qu'ils pensent des sports genrés et demandent la liberté de s’épanouir comme ils l'entendent !
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Il est l'heure d'aller au lit maintenant / E. Manceau. - Albin-Michel, 2016. - (Histoires animées)

L'histoire en elle-même est classique, celle d'un petit garçon qui doit aller se coucher mais, au préalable, joue un peu, fait un brin de toilette et converse avec ses jouets. 
Sur l'écran, avec l'application Histoires animées, le livre s'anime avec quelques variations sonores et des petites animations qui donnent du volume à l'histoire. Les animations les plus impressionnantes étant les bulles du bain qui s'amoncellent jusqu'à sembler embrumer l'écran ou encore la plante finale qui au contact du doigt déclenche une berceuse au xylophone. 

La soupe aux frites / J. Leroy ; E. Charbon. - Ecole des loisirs. - (Loulou &Cie)

L'appétit est au rendez-vous mais lorsque le menu est annoncé... « de la soupe ! Pouah ! On n'aime pas ça ! » Pas de panique, ce papa crocodile sait manipuler son monde et fera boire à ses enfants jusqu'à la dernière goutte de cette soupe aux frites et aux bonbons.
La chute donnera une bonne leçon à ce papa grugeur : celui qui ment doit savoir se confronter aux conséquences !

Petit escargot rouge / Rascal. - Ecole des loisirs, 2017. - (Pastel)

Difficile de parler de cette histoire sans trop en dire. Des mots choisis avec parcimonie, une narration mesurée, un héros mollusque, c'est tout ce que nous vous dévoilerons. Ajoutons tout de même l'aspect graphique, noir et blanc d'où se détache une silhouette rouge. Et l'humour né de l'incongruité géniale de cette exploration novatrice de l'espace et du temps.