Hilda et le bébé bolide / D. Hirst. - Albin Michel, 2017

La petite truie Hilda vit seule et si elle sait qu'elle a tout pour être heureuse, un sentiment de manque indicible la tenaille. Au village, il y a ce bébé  « qui ne se trouve jamais là où il devrait être. » Bébé bolide sillonne donc le village en tous sens avec un indéfectible sourire. Lors d'une énième escapade, Bébé bolide fait la rencontre d'Hilda, fort heureuse de faire sa reconnaissance, beaucoup moins lorsqu'elle doit le raccompagner chez lui. Bébé bolide lui aussi fait part de son mécontentement. Et c'est comme cela que les choses finissent par être comme elles doivent être, que chacun trouve sa place.
Quand deux êtres se trouvent, aussi différents soit-ils, tout prend sens dans un ordonnancement du monde apaisant.

Au lit ! Toute une histoire / S. Smith ; E. Tsarfati. - Cambourakis, 2017

Il faut les voir ces parents, inquiets de voir Lili se réveiller, reprendre son rythme infernal et épuisant... Las ! Ca y est, Lili est debout, prête à participer activement à la soirée des adultes. Activement, c'est un euphémisme, Lili déclenche un cataclysme. Et ni les prières, ni les menaces des parents n'y font quoi que ce soit. Apothéose : le petit frère débarque !
Un brin de contre-éducation, un maximum de fantaisie, beaucoup de joie dans cette soirée aux antipodes de l'ennui tout comme cet album ultra tonique.

Y a pas de héros dans ma famille ! / J. Witek. - Actes sud junior, 2017

Chez Mo, ça hurle, ça jure, ça tempête à tout-va. Et jusque là, cette ambiance tonitruante lui convenait tout à fait. Mais un jour, en regardant son univers avec les yeux de son copain Hippolyte et surtout de sa mère,  Mo réalise que sa famille est différente. Chez Hippolyte, on se tient bien, tout est clean, il y a même un prix Nobel dans sa famille ! Son monde s'écroule. Où sont les héros chez lui ? Le sentiment de gêne, voire de honte ne le quitte plus et il sent bien qu'il est impossible de le partager avec sa famille sous peine de les blesser. Mo, le petit dernier de la fratrie va devoir trouver le moyen de se réconcilier avec Maurice, le bon élève à l'école qui aspire à s'en sortir.
Un roman un peu redondant quelques fois mais très vivant. La famille de Mo/Maurice, aussi imparfaite soit-elle, demeurera un soutien indéfectible.
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Koala / Lukas Bärfuss. - Zoé, 2017

« Peut-être sa vie n’avait-elle rien mérité d’autre que d’être jetée à la poubelle comme les restes d’un repas qui commencent à moisir. » p. 38
Le demi-frère du narrateur avec lequel il entretenait très peu de contact vient de se suicider. Cela suscite chez lui beaucoup d’interrogations et de réflexions, une longue introspection qui tourne finalement assez vite en rond. Usant du prétexte que ce demi-frère avait pour totem le koala chez les scouts, le roman part ensuite dans une digression qui représente rien moins que plus de la moitié du livre. C’est d’abord une longue histoire documentée de la colonisation de l’Australie puis, dans un étrange parallèle avec le suicidé, un regard appuyé sur l’existence du fascinant koala, le tout avec d’autres incises de types documentaires. Même s’il y a des passages remarquablement écrits et d’autres riches en informations, on reste assez troublé par la façon de faire même si au final l’auteur réussi à rejoindre son sujet de départ.

 Avis : **

Bienvenus / Barroux. - Kaléidoscope, 2017

Trois ours blancs dérivent sur une banquise et cherchent une terre d'accueil. En voici une en vue, ils sont sauvés ! Mais ses habitantes détruisent tous leurs espoirs et les refoulent : « Désolées ! » La scène se répète une fois, deux fois et alors qu'ils sont sur le point de perdre espoir... une île vierge !  « Nous avons un nouveau chez-nous rien que pour nous... » Rien que pour eux ? L'histoire n'aurait-elle pas de mémoire ? Dans la réalité, sans doute, dans l'univers de Barroux, certainement pas ! Bienvenus ! 
Et une ovation pour Barroux qui nous enchante album après album !
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Barracuda for ever / P. Ruter. - Didier Jeunesse, 2017

Napoléon est un « pirate de quasi quatre-vingt -six ans ». Ancien boxeur, la vie est pour lui une lutte, un combat à mener en cultivant la révolte. Il faut défendre l'empire ! Celui de la vie, de la résistance, de l'absence de normes. Dernière illustration en date : divorcer à 86 ans, pour un grand renouvellement ! Pas question, sous prétexte qu'il prend de l'âge de renoncer, de mener une petite vie pépère, pire, d'aller  « dans un leurs camps pour vieux où ça sent le slip » ; il fera tout pour éviter d'être « déporté » (« personne n'y entre de bon cœur, et personne n'en sort vivant ! Ça fait quand même deux points communs! »). Pour cela comme pour le reste, il peut compter sur son petit-fils Léonard, son aide de camp qui le comprend mieux que personne, mieux surtout que son fils épuisé qui prie pour qu'il se tienne enfin tranquille à son âge. Et reconnaissant néanmoins « Putain, il arrache, le troisième âge ! » (parce Joséphine, femme de Napoléon ruera également dans les brancards !)
Sous la plume de son petit fils Léonard, Napoléon nous apparaît comme un être fantasque, libre, révolté, et très drôle. « Napoléon faisait partie de ces êtres dont il est simplement impossible d'imaginer l'absence. » Pourtant, elle se profile, l'humour laisse place à l’émotion. « Est-ce que la réalité est plus forte qu'eux ? » Le dernier combat se mènera avec panache et une transmission de flambeau impeccable !
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Lucky losers / L. Malot. - Albin Michel, 2017

Sean, en bon anglais, est d'un flegme exceptionnel. Son père est surpris au lit avec un homme par sa mère qui décide de retourner en France, emmenant tout le monde à sa suite, en pleine année scolaire ? Pas de problème. Nouveau lycée, nouveaux potes, tout roule en moins de deux. Lorsqu'un incendie contraint les élèves de Balzac à rejoindre leur lycée Saint-Hilaire, le contraste est radical, entre population d'origine modeste et fils des grands bourgeois. Pour Sean, c'est l’occasion de flasher sur la divine Camille et de se dire que, peut-être, elle n'est pas si inaccessible.
Néanmoins s'il y a une chose qui pousse Sean hors de ses gonds, c'est bien l'injustice. Aussi quand il voit trois arrogants de Balzac, fils de PDG ou de notable, se payer la tête d'un élève sous prétexte qu'il aime le foot, Sean voit rouge. D'autant que la ville de Douarnenez subit plusieurs vagues de plans sociaux et licenciements. Il les défie donc sur leur propre terrain : d'ici un mois, il les battra dans leurs sports favoris. Insensé. Irréaliste. Vu qu'il n'a jamais pratiqué ni équitation, ni aviron, ni natation. Et qu'il est asthmatique. Mais à quoi serviraient les potes si ce n'est à se soutenir ? L'équipe des lucky losers est née. « Il y avait toutes les injustices du monde dans ce défi »... « ça montrera à tout le monde qu'il n'y a pas de raison de baisser la tête devant eux ». Quand la lutte d'une classe prend de forts accents de lutte des classes, tout le courage des « faibles qui se sont un jour opposés aux puissants » se manifeste.
Il est un chouïa trop sûr de lui ce Sean si jeune et si mature mais sa révolte contre les puissants méprisant ceux qui pourtant contribuent à leur richesse fait tant de bien qu'on lui pardonne volontiers. Et si trois imbéciles concentrent toute la hargne de l'équipe des losers, la vision de la lutte des classes n'est en rien manichéenne, qui revendique davantage de justice, d'équité, d'humanité.
«Défi sportif et grèves anti-plans sociaux ne vont plus demain faire qu'un,
emblèmes d'une lutte sociale trop longtemps différée.  
Si l'avenir est incertain, il l'est cette fois pour tout le monde,
et c'est peut-être le début d'une certaine justice. »
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Les Liszt / K. McLear ; J. Sarda. - Pastèque, 2017

La vie quotidienne ne saurait s'envisager sans l'intermédiaire de listes chez les Liszt. Pour tout, pour rien, des listes ordinaires et des listes insolites, en toutes heures et en tous lieux. Lorsqu'arrive un jour un visiteur impromptu -c'est à dire notifié sur aucune de leurs nombreuses listes- il est refoulé. Mais dans la famille Liszt, il y a Édouard, le cadet, dont la liste ne comporte que des questions...
Un brin de famille Adams, de Klimt, avec un univers graphique à la mesure de cette famille décalée, l'album fait l'éloge de l'inattendu, de la surprise.
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Nous autres, simples mortels / P. Ness. - Gallimard, 2016


« J'ai l'impression que quelque chose d'horrible va arriver de toute façon. Je le ressens tout le temps. Même quand je suis heureux. » Ainsi vit Mickey. Sa sœur Mel a déjà failli mourir des suites de son anorexie. Son lycée a déjà explosé à plusieurs reprises. Son père est alcoolique et sa mère focalisée sur sa carrière politique. Et même s'il est entouré d'amis précieux -notamment Jared qui l'«aide à se sentir en sécurité dans le monde »- , il a tout de même « l'impression d'être celui qui compte le moins ». Il faut pourtant se maintenir à flot, lutter : « Sur qui pouvons-nous compter à part les uns sur les autres ? » Cette attention mutuelle représente ce qu'ils ont de plus précieux, de plus cher, seul rempart contre le chaos du monde. 
Car dernièrement, avec la menace qui pèse autour des Indie Kids, l'angoisse décuple et les TOC de Mickey - ses boucles- prennent des proportions incontrôlables. 
Qu'il soit fantômes, mangeurs d'âmes, vampires ou indies kids, ces êtres étranges représentent le danger qui plane et inquiète tous les adolescents du monde, en tout temps.
Patrick Ness a l'art de nous captiver en nous mettant néanmoins en position inconfortable de lecture. Les têtes de chapitres résument un monde parallèle qui nous est donné à voir uniquement par ce biais, les personnages du roman se voient dotés de caractéristiques pour le moins étonnantes (Jared est un quart de Dieu) ou imprécises (les indies kids) mais peu importe que Patrick Ness nous déroute. L'essentiel est dans son talent à saisir sur le vif l'adolescence et ses angoisses, l'adolescence et ses amitiés fortes. Une période à traverser, une épreuve à surmonter, pour se dépasser.

« Nous partageons notre dinguerie, nos névroses, 
cette petite parcelle d'insanité qui nous vient de notre famille. 
Nous la partageons. Et c'est comme de l'amour. »
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La Vie automatique / Christian Oster. - L’Olivier, 2017

"Ce qui m’inquiétait, ce n’était plus la mort, c’était le chemin qui restait." p. 123
Jean est un presque sexagénaire que F. a quitté récemment. Un feu se déclenche accidentellement dans la cuisine de sa maison. Plutôt que d’agir ou d’appeler les secours, il jette quelques habits dans une valise et s’en va sans se retourner. En partie inconsciemment, il profite de la situation pour effacer son passé, pour tenter d’avoir une nouvelle image de lui-même. Mais, s’il n’y a plus rien derrière lui, il n’y a pas grand-chose devant. Menacé par le vide, il est maintenu à flot par un semblant de fiction que lui procure son métier d’acteur et l’amitié que lui offre France Rivière, une vieille actrice, qui l’héberge sous son toit. Le protagoniste, qui est aussi le narrateur, ne cesse de cogiter sur son état évanescent, son manque d’incarnation, son sentiment d’irréalité. Court roman assez bien fait mais que, pour être honnête, je ne trouve pas outre mesure stimulant et qui ne devrait pas non plus rester longtemps dans les mémoires.
Avis : **

Le Dernier chômeur / D.J.F. Audebert. - Albin Michel, 2017

Le Président de la République réélu gère le pays comme une entreprise. La valeur travail est la valeur suprême et le chômage est considéré comme la peste qu’il faut éradiquer. L’objectif est zéro chômeur par tous les moyens. Oui mais c’est sans compter sur un nommé Meurchaud qui coule des jours tranquilles à la campagne avec un quotidien composé de siestes, de pêche et de 421 aux côtés de son ami Chégué, un vieux révolutionnaire. Après avoir respecté le jeu de la réussite sociale, il a découvert un autre rythme de vie qu’il ne veut absolument pas abandonner. Comment faire flancher ce récalcitrant aux idées nocives pour la nation, le dernier sans-emploi ?
Une espèce de fable politique, un roman léger, amusant, sarcastique, avec un fond de critique sociale à la manière d’un Gérard Mordillat. Un roman qui percute forcément l’actualité de la campagne de l’élection présidentielle 2017 et ses éternelles promesses sur la résorption du chômage et la stigmatisation des sans-emplois. 

Avis : ** 

Zoé Zizanie : un chat dans la gorge / Y. Walcker ; T. Mory. - Milan, 2017

Zoé se réveille avec la voix enrouée : Tu as un chat dans la gorge lui, dit maman. Zoé est inquiète, combien de temps, va-t-il rester ? En attendant, il faut jouer avec lui, en prendre soin... Elle lui donne même un nom, Paluche. Mais un matin, Paluche n'est plus là !
5 chapitres de la vie de Zoé qui s'appuient sur les expressions pour les prendre au pied de la lettre. Le caractère enjoué et imaginatif de Zoé, sous la plume de Tristan Mory, promet des scènes de vie énergiques et drôles.
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Bonhomme / Sarah V. ; C. K. Dubois. - Ecole des loisirs. - (Pastel)

La journée de Bonhomme consiste à tenter de se réchauffer, se nourrir dans les poubelles ou au centre d'accueil, partager avec le chat affamé lui aussi, récupérer de la difficile nuit glaciale, se souvenir, un peu, de son ancienne vie, dégager le terrain quand on le lui demande ou lorsqu'il sent les regards pesants...  
Comme toujours Claude K. Dubois excelle à traduire les émotions. La fragilité du sans abri est manifeste, tout autant que la joie qui l'inonde lorsqu'une fillette le nomme, lui redonne une dignité perdue dans l'ignorance des hommes. Bouleversant et salvateur.

Chez qui se cache Michel le chat ? / K. Harnett. - Gallimard, 2017

Existe-il encore des personnes qui osent se déclarer maître de leur chat ? Celui de cet album devrait vous convaincre de l'hérésie d'un tel postulat. Il a autant de noms que de lieux de fréquentations et d'occupations. Autant de personnes référentes que d'envies du moment.  Car c'est bien lui qui mène la danse.
Il a en tout cas un talent indéniable, celui de déclencher les passions et de rassembler autour de lui tous les voisins de la rue des Lilas. 
Un album qui n'est pas sans rappeler Les six repas du chat.

Pas beau, Coco ! / J. Leroy ; S. Diez. - Kaléidoscope, 2017

Fête déguisée aujourd'hui ! Les amis de Léo défilent devant Coco le perroquet, qui a la critique facile. « Léo pas beau », « Hippo pas beau », « Tauro pas beau », etc etc. Une variante bientôt, pour celui qui a oublié son déguisement : « Croco idiot ».
Quelqu'un aurait-il l'obligeance de rabattre son caquet au perroquet malotru ? Jean Leroy s'en charge, pour le plaisir de tous !
Encore une réussite d'humour et de facétie pour le duo Leroy / Diez. 

Chaleur / Joseph Incardona. - Finitude, 2016

Pour fêter la sortie du long hiver, les Finlandais aiment faire la fête. Dans une ambiance de kermesse, ils organisent des championnats du monde quelque peu farfelus à l’exemple d’Heinola où se déroule chaque année le Championnat du monde de sauna. Comme d’habitude, parmi cent autres, Niko, géant finlandais et star du porno sur le déclin, le champion du monde des trois dernières éditions, et Igor, russe miniature, ancien militaire, austère et discipliné, le vice-champion des trois dernières éditions, se disputeront la victoire. Inspirée d’un fait-divers de 2010, cette histoire a comme des réminiscences de l’univers d’Harry Crews. On passe une agréable soirée livre en mains mais ça ne semble tout de même pas être ce qu’a fait de mieux Joseph Incardona.
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 Avis : **

La leçon / M. Escoffier ; K. DiGiacomo. - Frimousse, 2017. - (La question)

La bête a encore frappé, dérobant trois poules à l'homme très en colère. La chasse est ouverte. Pièges autour de la ferme, arme au poing, enquête alentours, il n'aura de répit que lorsqu'il l'aura trouvée. Enfin elle apparaît dans la nuit. L'homme fou furieux se précipite, « une mâchoire de fer se referme sur sa cheville ». Désarmé, l'homme se retrouve face à la bête... Place à La question. La rage de l'homme se confronte alors à la sagesse de l'animal...
C'est par lui que la situation se dénouera, en invitant l'homme à davantage d'humilité et de compréhension de l'équilibre nécessaire entre ces 2 espèces d'animaux, l'un humain, l'autre pas. Interdépendants.
L'album nous a happés, interpelés, par les mots choisis et les illustrations d'ombres et de sang. A lire et relire, pour réfléchir, questionner et débattre.

Bronto Mégalo Saure / D. Cali ; S. Mourrain. - Sarbacane, 2017

Axel, charmante tête blonde, est très gentil mais faut pas lui demander de prêter ses jouets ! Et si vous lui demandez de ranger sa chambre, le chérubin se transforme en bronto-mégalo-saure à la fureur dévastatrice et incontrôlable ! A moins de savoir l'amadouer. Ce que seule sa mamie sait faire. 
La colère, vue ici de manière démesurée et extravagante, renvoie à l'enfant une image qui devrait le troubler. 

D'entre les ogres / G. Baum ; T. Dedieu. - Seuil, 2017

Un couple d'ogre découvre un bébé au milieu de la forêt. Frisson... le bébé va-t-il finir dans leur assiette ? Que nenni, Blanche est celle qu'ils attendaient depuis 200 ans, un enfant à chérir. Blanche grandit, s'étonne de ne pas manger comme ses parents. La question prend de plus en plus d'importance, « l'ogre et l'ogresse prennent une terrible décision », celle de rendre, la mort dans l'âme, l'enfant « aux siens, à ses semblables. » Mais semblable en quoi ? En quoi est-elle reliée à eux ? 
On le sait, il ne faut pas se fier aux apparences. Baum et Dedieu le démontrent magistralement, leurs personnages a priori effrayants révèlent une nature profondément aimante, jusqu'au renoncement. L'enfant ne s'y trompera pas. 

Joyeuses Pâques et bon Noël ! / H. Ben Kemoun. - T. Magnier, 2017. - (Petite poche)

« Elle répétait "cinq ans" et je pensais "quatre jours" ».
Cinq ans depuis que Barnabé et sa grand-mère ne se sont vus. Quatre jours à passer chez elle dans ce trou perdu, sans connexion, sans rien alentours. La corvée pour Barnabé. Sans compter que son aïeule parle sans arrêt et fête dans la foulée Noël, Pâques, la chandeleur et les anniversaires. « N'importe quoi ! »
Réfractaire, décontenancé puis touché, Barnabé a l'intelligence de ne pas se braquer. Et c'est un formidable cadeau qu'ils vont se faire à tous les deux.

Vie de chien / T. Moral ; B. Arnould. - Lunatique, 2017. - (Dos au mur)

Ce que l'homme peut infliger de pire à l'animal, ce chien l'expérimentera dans les grandes largeurs. Entre les violences faites aux hommes dont il est victime collatérale et celles qui lui sont spécifiquement infligées, le panel est vaste. Attentat, combat de chien, fourrière, chasse, élevage intensif, déminage... des coups, encore des coups, au corps et à l'âme. Ce chien qui n'avait d'autres ambitions que de vivre sa vie, en restant libre, se heurtera jusqu'au bout à la violence des hommes. Une vie de chien.
Un texte sombre, éclairé par quelques facétieux du chien narrateur, comme une manière de préserver malgré tout sa liberté. 
« Pourquoi les hommes ont-ils autant le goût de tuer ? »
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Le Bateau-usine / Takiji Kobayashi. - Allia, 2015

La pêche aux crabes sur des bateaux-usines japonais dans les années 1920 dans la mer du Kamtchatka. Sur de véritables épaves, 400 hommes sous la protection d’un destroyer, montent très au nord à la limite des eaux territoriales soviétiques, qu’ils franchissent aussi à l’occasion, pour une longue campagne de pêche et de mise en conserve des crabes. Le personnel, des pêcheurs souvent alcoolisés, anciens pauvres agriculteurs, mineurs…, et des ouvriers de 14/15 ans servant parfois de chair fraîche à des hommes en manque de femmes, sont sous les ordres d’un intendant cinglé qui ne les considère même pas comme des hommes. Travailleurs jetables, ils triment comme des forcenés pour des revenus de misère sous les brimades et les coups pour engraisser un peu plus leur patron. Pourtant la colère gronde et le vent de la révolte se lève. Roman prolétarien, dénonciation virulente de la condition ouvrière. Difficile de ne pas faire des rapprochements avec le travail du journaliste Gunter Wallraff. L’auteur avait 25 ans lors de la publication en 1929 de ce roman, il meurt à 29 ans sous la torture de la police politique. Un très beau texte dans sa dureté. A noter la sortie de l’adaptation sous forme de manga : Le Bateau-usine de Gô Fujio.

Avis : **

La ferme des dinos / F. Preston-Gannon. - Père Fouettard, 2017

La vie de fermier n'est pas de tout repos. Se lever aux aurores, nourrir les bêtes, en prendre soin, nettoyer... Épuisant ! Et quand on vous aura dit que les bêtes en question sont des dinosaures, vous comprendrez l'ampleur de la tâche ! Mais quel réconfort en retour...
Tout se passe bien sûr dans l'illustration qui joue sur les contrastes et la démesure de ces animaux à la charge d'un seul homme. La tendresse est étonnement et efficacement au rendez-vous.

Une saison inoubliable / M. Carnesi. - Circonflexe, 2016

Un ours et un lapin... improbable amitié. Et pourtant, ces deux-là deviennent inséparables, jusqu'à ce que l'hibernation viennent les séparer. Le lapin envisage de rejoindre l'ours mais l'ennui l'en dissuade rapidement. Il trouve une bien meilleure idée, aidé par un petit écureuil...
Par  l'analogie de l'hibernation, cet album -jouant avec les codes de la BD- pourra faire comprendre à l'enfant qu'amitié ne rime pas avec fusion.
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