Les Corbeaux / Tomas Bannerhed. - Gallimard, 2016. - (Du monde entier)

« Pouvoir respirer comme on veut. Être ici. Marcher, voir, sentir, écouter. » p. 464
Sur une terre ingrate de Suède, la Tourbière aux corbeaux, vit une famille de pauvres agriculteurs. Il y a là le père, Agne, qui à force de misère et de responsabilité est en train progressivement mais sûrement de perdre la tête, la mère qui supporte tant bien que mal une situation devenue extrêmement pénible, le petit Göran qui semble grandir sans réussir à se passer de sa tétine et enfin Klas, le narrateur, qui bien que déjà pré-ado, pisse toujours au lit (Enuresis nocturna). Klas est un jeune homme aux mains de fille, petit et chétif, souvent plongé dans les livres et qui adore la nature, les arbres et surtout l’observation des oiseaux. Au côté de ce père toujours anxieux, qui a une peur perpétuelle du malheur, à la limite de la paranoïa, bourré d’obsessions et de superstitions, il sait qu’il doit à tout prix renoncer à l’héritage de cette ferme, ne pas devenir l’un de ces êtres à moitié fous et courbés comme un arc. L’ambiance du livre est plombante, toxique, pourtant règne en même temps une magnifique poésie, une description fabuleuse de la nature. Et puis il y a heureusement la bouffée d’air frais apportée par son amie Veronika. Finalement, la jeune fille ne correspondra pas à son idéal de pureté, quand le ciel se dégage c’est bien brièvement, la vie semble alors prendre son envol mais le vent qui la pousse retombe très vite. Amateur de livres d’action s’abstenir, nous sommes dans un registre lent et de détails. C’est ce qu’on appelle un roman de formation, il s’étire sur près de 500 pages dans une langue d’une beauté rare. A conseiller plutôt à de bons lecteurs. Ce roman est un peu aux oiseaux ce qu’était le récent Aquarium de David Vann aux poissons. Un premier roman d’un haut niveau.

Avis : ***

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