Shangri-La / M. Bablet. - Ankama, 2016

Dans un futur proche, les hommes ont rendu la terre invivable. Ce qui reste de l’humanité (et des animaux) s’entasse dans une immense station spatiale sous le contrôle de la multinationale Tianzhu, à laquelle est voué un véritable culte et qui profite de son omnipotence pour faire de l’achat de ses produits un mode de vie. La colonie USS Tianzhu fonctionne selon un modèle simple : chaque habitant se voit confier un travail et, en contrepartie, il peut bénéficier de tous les produits Tianzhu qu'il désire. Dans cet espace réduit nous suivons un adepte de la consommation à outrance, un groupe de rebelles et des scientifiques aux expériences dangereuses sur l’antimatière. Tout le monde attend patiemment la fin de la terra formation de la planète Titan entamée par des machines il y a maintenant plus de 300 ans, où des scientifiques ambitionnent de créer une nouvelle espèce humaine et de peupler Shangri-la, la région la plus hospitalière de Titan (le plus grand satellite de Saturne).


Shangri-La est un grand album (tome unique) de plus de 200 pages, très travaillé graphiquement, belle mise en couleur, avec un scénario d’anticipation sophistiqué mélangeant plusieurs thèmes de science-fiction. Beaucoup de références à notre monde actuel, en particulier à la folie consumériste. Mathieu Bablet (La Belle mort, Adrastée) a une vision très pessimiste de l’humanité, mais son récit est original et prenant.  

Remarques : album sélectionné à Angoulême 2017, mais non retenu. Shangri-La est un lieu imaginaire décrit dans le roman Lost Horizon, écrit par James Hilton en 1933 et c’est aussi une ville du Yunnan (Tibet) à 3160 m !

Où es-tu ? / B. Broyart ; V. Leroy. - Seuil, 2016

« Luc est toujours là avant la nuit. » Sauf ce soir. Son fils Jacques l'attend un peu puis décide de partir à sa rencontre. Tandis qu'il s'enfonce dans la forêt et que la nuit s'intensifie, l'anxiété grandit. Luc lui est rentré entre temps à la maison et, bien sûr, n'y trouve pas son fils. La tension est à son maximum, le soulagement éprouvé lors des retrouvailles sera à sa mesure.
Un album haletant et tendre, sur une de ces expériences qui font grandir/vieillir un peu plus vite.  

Faut jouer le jeu / E. Planchon. - Ecole des loisirs, 2015. - (Médium)

La vie monotone et quelque peu hostile du lycée se trouve transformée lorsque Solange fait la connaissance d'Armand et Gabriel, deux frères qui abordent leur quotidien en mode fiction. Pour eux, c'est un moyen d'éviter l'angoisse de l'avenir, de mettre de la chaleur dans les relations, de poétiser la vie. Pour les personnes extérieures à leur univers, la sentence est sévère : « Vous vous évertuez à inventer des moyens pour ne pas affronter la vraie vie. » Mais comment continuer de rêver le réel lorsque survient la mort d'un proche ?
Roman d'apparence farfelue mais salutaire dans la solution qu'il propose de composer avec la dureté du monde. Ces 3 adolescents à la sensibilité exacerbée, loin de fuir, ont trouvé un moyen d'affronter l'avenir en le redessinant au quotidien.
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La jeune fille au visage de pierre / P. Gay-Para ; N. Choux. - Actes Sud junior, 2016

Une jeune fille « aussi bonne que belle » est sur le point de se marier. Hors de question pour sa marâtre, rongée par la jalousie, de laisser advenir un tel bonheur. Elle fait appel à une sorcière et obtient le moyen de l'enlaidir. Le sort fonctionne parfaitement, la jeune fille au visage de pierre devra s'éloigner des villageois terrifiés pour se soustraire à leur vision. Les animaux de la forêt eux l'accueillent sans crainte, la jeune fille leur viendra plusieurs fois en aide : à leur côté, elle revit. C'est même grâce à eux tous qu'elle brisera le sortilège. 
Un conte chilien très prenant, incarné par une héroïne douce et altruiste, par-delà toute malédiction. Les illustrations de Nathalie Choux sont particulièrement efficaces à retranscrire la relation de la jeune fille aux animaux.

Ferdinand le terrible / F. Soret. - Atelier du poisson soluble, 2015

Tout est calme, Ferdinand se sent bien. Mais la sérénité est de courte durée, de joyeux lurons jouent autour de lui. Il n'est pas d'humeur à partager la joie ambiante. Sa tactique : jouer les oiseaux de mauvais augure, les Cassandre. « Le danger ! Le danger est partout ! » Très convaincant Ferdinand... à tel point que chacun se recroqueville, se méfie, s'atrophie. C'est Ferdinand qui est content : le calme est de retour ! Et l'ennui aussi... et le sentiment de solitude pour finir. 
Trait minimaliste pour une leçon radicale. L’individualisme a ses avantages mais que peut-il face au collectif...
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Pile ou face t.1 : Cavale au bout du monde / H. Larson ; R. Mock. - Rue de Sèvres, 2016

New-York, 1848. Dodge, émigré d'Irlande, se voit confier Cleopatra et Alexandre, deux jumeaux d’un amour de jeunesse aujourd’hui décédée. Il doit également conserver pour eux leur seul héritage : une montre à gousset et un couteau. Douze ans plus tard, il disparait du jour au lendemain. Pour survivre, les deux jumeaux rejoignent le gang du Crochet Noir. Leur chef Luther les oblige à commettre des vols de plus en plus importants. Pris par la police, ils acceptent de trahir le gang, contre un ticket de train pour la Nouvelle Orléans, où ils espèrent commencer une nouvelle vie. En chemin, un article de journal signale la disparition de deux jumeaux, roux comme eux. Alexandre pense qu’ils peuvent se faire passer pour Samuel et Jeremiah auprès d’un oncle fortuné qui habite à San Francisco, si Cléopâtre se coupe les cheveux et troque sa jupe contre un pantalon. Arrivés en Louisiane, ils décident donc de poursuivre leur voyage jusqu’en Californie, mais ils sont alors confrontés à de nombreux dangers. Luther a informé une bande de pirates de leur trahison. Il veut se venger de leur parjure, tandis que le capitaine du navire de flibustiers pense que la montre et le canif permettraient de révéler l’emplacement d’un trésor. Cléo et Alex croisent deux autres jumeaux roux qui ont le même projet d’imposture qu’eux. Les deux paires de jumeaux se mêlent sur des bateaux différents qui voguent vers le Pacifique, de quoi mieux se connaître en affrontant de nombreuses épreuves. Des surprises de taille attendent les quatre jeunes aventuriers …
Si le lecteur est plongé dans les États-Unis du 19e siècle, les 224 pages de Pile ou face constituent une authentique aventure. Poursuites, horizons inconnus, rencontres, dépassement de soi, suspense et émotions, une pointe de fantastique. Le dessin est moderne et agréable, belle mise en couleur. Une bonne surprise à suivre dans le 2ème tome – à partir de 12 ans.

The Escapists : les maîtres de l'évasion / B.K Vaughan ; S. Rolson, J.S Alexander. - Urban Comics, 2016. - (Urban Indies)

Maxwell Roth découvre à la mort de son père que celui-ci était passionné d'un super-héros de "l'Âge d'Or" des comics tombé dans l'oubli : The Escapist (le maitre de l'évasion). Devenu adulte, il rachète les droits du personnage et décide de relancer la série. Il rassemble autour de lui Dennis son lettreur et meilleur ami et une jeune dessinatrice prometteuse, Case. Suite à une publicité qui leur permet de faire le buzz, ils se font remarquer par une grosse maison d'édition qui souhaite leur racheter les droits. Dès lors les difficultés commencent.
Très bon comics qui traite de la difficulté pour un auteur de comics de s'auto-éditer et de rester en dehors des grosses maisons d'édition. Il met aussi en avant les basses méthodes utilisées par ces dernières afin d’arriver à leurs fins.
Le graphisme est d'une très grande beauté. La différence entre les planches du comics de super-héros réalisé par Case et le Comics de Vaughan est manifeste. Encore une réussite de la part de Brian K Vaughan, scénariste de Saga.

Histoires naturelles / J. Renard ; J.-F. Martin. - Grasset, 2016. - (La collection)

Bien sûr, on connaît les fables de Jules Renard. Mais les redécouvrir avec les illustrations de Jean-François Martin décuple le plaisir de les relire. En cela, le principe de la collection -montrer que notre patrimoine littéraire « a toujours quelque chose à nous dire »- est réussi. Au niveau graphique, la contrainte est de n'utiliser qu'une palette de 3 ou 4 couleurs et de consacrer une semaine seulement aux illustrations. Il en résulte une simplicité et une concision parfaitement adaptées au texte de Jules Renard, acéré et sans concession pour l'humain. Les animaux, avec ces 11 portraits, ont la part belle, très belle.
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Bagdan et la louve aux yeux d'or / G. Roman ; R. Lejonc. - Seuil, 2016

La détresse est universelle, chez le tout-petit humain privé de sa mère comme chez la louve séparée de ses petits. Tout comme l'est l'empathie. Lorsque Bagdan tombe sur une louve piégée, il est hors de question de la laisser ainsi, même si elle représente l'ennemi pour son peuple, le danger pour leurs troupeaux. Il la libère, l'accompagne jusqu'à son terrier, lui laisse la nourriture nécessaire à son rétablissement et à la nourriture des petits. Le début d'une relation improbable, défiant les traditions ancestrales de sa tribu. Mais les loups sont-ils les véritables ennemis ?
Un conte somptueux, où la violence côtoie l'empathie. L'immensité des steppes de Mongolie, la beauté des animaux et l'innocence des enfants sont formidablement bien rendus par les illustrations de Régis Lejonc. 

Le président du monde / G. Zullo ; Albertine. - Joie de lire, 2016

Ça va mal, ça va très très mal, ça va de plus en plus mal ! Monsieur le Président est accablé, comment gérer toutes ces crises, ces conflits mondiaux et les ambitions des collaborateurs ? Et voici qu'on apprend « qu'un monstre est sorti du lac de Tout-là-haut ». Justement là où sont ensevelis les dossiers les plus compromettants... Les conseillers conseillent, les experts expertisent, les journalistes questionnent, chacun use et abuse de phrases stéréotypées mais personne ne semble savoir comment agir. Heureusement, il y a Mamounette qui sait rassurer son fiston président. « Tu sauveras le monde plus tard ! Fais-moi confiance et mange ! » Rassurer certes, éclairer, visiblement pas...
Une fable sur le pouvoir politique, terrible et sans concession, à la fin apocalyptique et pourtant très drôle. Sans doute plus pour les adultes que pour les enfants cependant.

Azadah / J. Golstyn. - La Pastèque, 2016

Azadah, jeune afghane, est catastrophée lorsqu'elle apprend que son amie Anja la journaliste photographe est sur le départ. Le temps de la voir filer chez elle suffit au lecteur à mesurer, à l'aune de plusieurs détails dans l'image, la réalité et l'avenir de la fillette : les femmes sont en burqa, les hommes vivent leur vie, entre armes et prières. Azadah supplie Anja de l'emmener avec elle, en vain bien sûr. Qui va assurer son éducation et sa soif de découvertes, étant donné que l'école est fermée ? 
L'issue, entre réalisme et symbolique, table sur un avenir pour les curieuses courageuses et exploratrices. 

Jupiter's legacy t.1 : Lutte de pouvoirs / M. Millar ; F. Quitely - Panini comics, 2016

En 1932, la recherche d'une mystérieuse source de pouvoir entraîne Sheldon Sampson, son frère Walter et un petit groupe d'alliés dans une quête autour du monde. Des décennies plus tard, Sheldon et Walter sont devenus des surhumains salués pour leur héroïsme, ils ont vieilli, certains se sont mariés, d'autres se sont fâchés, beaucoup ont eu des enfants. La relève est-elle assurée ?
Comics sur le mythe (revisité) des super-héros, très original, les héritiers, l’utopie, dessin remarquable.
A découvrir pour les amateurs.

Les Corbeaux / Tomas Bannerhed. - Gallimard, 2016. - (Du monde entier)

« Pouvoir respirer comme on veut. Être ici. Marcher, voir, sentir, écouter. » p. 464
Sur une terre ingrate de Suède, la Tourbière aux corbeaux, vit une famille de pauvres agriculteurs. Il y a là le père, Agne, qui à force de misère et de responsabilité est en train progressivement mais sûrement de perdre la tête, la mère qui supporte tant bien que mal une situation devenue extrêmement pénible, le petit Göran qui semble grandir sans réussir à se passer de sa tétine et enfin Klas, le narrateur, qui bien que déjà pré-ado, pisse toujours au lit (Enuresis nocturna). Klas est un jeune homme aux mains de fille, petit et chétif, souvent plongé dans les livres et qui adore la nature, les arbres et surtout l’observation des oiseaux. Au côté de ce père toujours anxieux, qui a une peur perpétuelle du malheur, à la limite de la paranoïa, bourré d’obsessions et de superstitions, il sait qu’il doit à tout prix renoncer à l’héritage de cette ferme, ne pas devenir l’un de ces êtres à moitié fous et courbés comme un arc. L’ambiance du livre est plombante, toxique, pourtant règne en même temps une magnifique poésie, une description fabuleuse de la nature. Et puis il y a heureusement la bouffée d’air frais apportée par son amie Veronika. Finalement, la jeune fille ne correspondra pas à son idéal de pureté, quand le ciel se dégage c’est bien brièvement, la vie semble alors prendre son envol mais le vent qui la pousse retombe très vite. Amateur de livres d’action s’abstenir, nous sommes dans un registre lent et de détails. C’est ce qu’on appelle un roman de formation, il s’étire sur près de 500 pages dans une langue d’une beauté rare. A conseiller plutôt à de bons lecteurs. Ce roman est un peu aux oiseaux ce qu’était le récent Aquarium de David Vann aux poissons. Un premier roman d’un haut niveau.

Avis : ***

Les oiseaux / G. Zullo ; Albertine. - La Joie de lire, 2013

Un camion chemine, au sein d'un grand espace désertique, jusqu’à atteindre une falaise, vers l'immensité bleue du ciel. Un homme descend du camion, ouvre grand les portes... et c'est une nuée d'oiseaux colorés qui jaillit. Alors qu'il s'apprête à refermer les portes, l'homme remarque un tout petit oiseau inquiet.
Qu'il est touchant de voir ce grand gaillard prendre le temps d'accompagner le volatile, avec toute la patience et l'implication nécessaires, vers la liberté.
L'album -qui n'est pas sans rappeler Remue-ménage chez Madame K- ne comporte que peu de texte et invite à porter attention aux petits riens qui peuvent porter en eux tant d'essentiel.

Otto, l'homme réecrit / M.-A. Mathieu. - Delcourt, 2016. - (Hors-Collection)

Otto Spiegel, artiste reconnu, apprend lors de l'ouverture de testament de ses parents qu'il hérite d'une malle. Il apprend aussi que les 7 premières années de sa vie ont été filmées, jour et nuit. Otto Spiegel va alors explorer le contenu de cette malle et redécouvrir les débuts de sa vie.
Marc-Antoine Mathieu nous livre ici une très belle BD "philosophique" sur la notion du temps, de la vie, de soi-même.  Il s'amuse à déconstruire le temps pour mieux le reconstruire.
Graphiquement, les planches sont superbes. Marc-Antoine Mathieu utilise avec brio les différentes techniques du septième art : plongée, contre-plongée, zoom... pour mieux illustrer son propos.
A découvrir.
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Tête de mule / O. Torseter. - Joie de lire, 2016

Tête de mule, dernier fils d'un fratrie de 7 frères, est le seul à rester auprès de son père le roi. Les autres frères partis à la recherche d'épouse ont été changés en statue de pierre par un troll habitant au pied d'une montagne. 
Tête de mule décide alors d'aller les  libérer des griffes de ce troll. Il sera aidé alors par un saxo, un éléphant, un loup et une princesse. Celle-ci lui apprendra comment venir à bout du troll.
Beau conte, traité avec justesse, qui met en avant la solidarité, la famille, la quête d'amour.
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Goupil ou Face / L. Lubie. - Vraoum !, 2016

Cette BD autobiographique met en avant une maladie assez mal connue : la bipolarité. A partir de la terminale, Lou se sent différente des autres. En effet, elle connaît successivement des phases d'euphorie puis de mal-être. Persuadée qu'elle fait une dépression, elle consulte médecins, psychologues et psychiatres, jusqu'au jour où elle apprend qu'elle est bipolaire. Sa bipolarité se manifeste surtout par une forme spécifique mal connue : "la cyclothymie" c'est à dire les troubles de l'humeur pouvant varier d'un extrême à l'autre en très peu de temps. Lou devra apprendre à vivre avec ce trouble mental.
Avec un certain humour, l'auteure évoque sa maladie qui prend la forme d'un renard de couleur noire en cas de dépression ou de couleur vive en cas d'euphorie. Les couleurs choisies (noir, blanc, orangée) sont en harmonie avec les différentes manifestations de ce trouble. Le dessin est simple, parfois amusant et original.
Excellente BD, bien documentée, très pédagogique, où l'on apprend énormément sur la bipolarité. 
A découvrir.

Chamour et tous ceux qui nous manquent / E. Vast. - Memo, 2016

Est-il besoin de dire et redire à quel point les illustrations d’Émilie Vast sont magnifiques. Douceur et simplicité du trait, harmonie des couleurs, justesse des situations. Au service d'un sujet qui visiblement lui tient à cœur, elles font merveille et rendent un hommage ardent à Chamour, chatte exclusive, majestueuse et joueuse. Hommage aussi à tous ceux qui ont fait partie intégrante de nos vies.
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La confiance règne / I. Thobois. - Mijade, 2016

12 nouvelles, comme 12 étapes de l'adolescence mouvementée de Leila. Elle est très souvent amoureuse, tombe et se relève. Rêve et déchante. Notamment quand elle découvre la trahison. Balthazar l'ami fidèle -qui prend d’ailleurs la parole pendant quelques chapitres- est toujours à ses côtés, même si lui rêve d'un autre statut que celui d'ami.
Ces deux adolescents, confrontés aux doutes et impulsions de l'adolescence, vont apprendre à se faire confiance, à faire confiance. Ils ont la légèreté de leur âge, et la réalité -des migrants, de la mort, de la liberté des femmes- est abordée pour mieux laisser place à la préoccupation majeure : l'amour.   
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N'aie pas peur / A. Poulin ; V. Joffre. - Gallimard, 2016

Une mère et son fils campent en pleine forêt et croisent le chemin d'une famille ours. Tout d'abord au loin, en plan large, puis ce sont les deux jeunes qui tombent face à face, éprouvant une peur tout aussi réciproque. 
Les humains ayant compris qu'ils sont sur le territoire des ours et non l'inverse, la réaction sera pragmatique et intelligente, dans une grande maîtrise de leur peur.
Économie de langage pour deux situations en parallèle qui auraient pu tourner au drame si le respect mutuel n'avait été de mise. La fin est grandement apaisante.

Bon chat Méchant chat / Y. Walcker ; R. Garrigue. - Gallimard jeunesse, 2016

L'un est docile, gracile, propre, câlin, délicat, obéissant. Bon chat. 
L'autre est désordre, maladroit, indolent, malpropre, bruyant, foufou et foutraque. Méchant chat. 
Deux parfaits opposés mais tout amoureux des chats ne sera guère étonné de savoir que tous deux ont une part tout à fait égale dans le cœur de l'humain qui les dorlote. 
Désopilant grâce aux dessins de Garrigue et tendre dans sa chute. 

Où est l'étoile de mer ? / Barroux. - Kaléidoscope, 2016

Qu'il est confortable, l'univers de la littérature jeunesse ! Les fonds marins sont pollués, confinant les poissons dans un espace toujours plus réduit ? L'intervention d'une seule baleine et le tour est joué ! Mais quelle symbolique et quel message à nous autres, humains inconséquents !
Merci Barroux pour cet album simple et impérieux dans sa conclusion.
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Baby bad trip / L. Drakeford. - Milan, 2016

Ce soir, Olivia fête ses 17 ans. Ses parents sont sortis, elle doit juste jeter un œil à sa petite sœur un peu spéciale. Tout s'annonce à merveille en compagnie de sa meilleure amie Nicola, son petit ami Jonty et son confident Ben. Mais la fête espérée se transforme en scène obstétrique gore : Nicola accouche sans prévenir dans la salle de bain. Passée la surprise, se pose la question de la paternité. Le déni de grossesse trouverait-il sa cause dans la trahison ? Comment surmonter tous ces cataclysmes ?
Le roman se décline en 5 voix, permettant de cerner chacun des protagonistes en contrastes. Et si la révélation finale semble superflue, Lisa Drakeford a le mérite d'aborder différents thèmes (maternité précoce, violences conjugales, homosexualité...), avec nuances, alternant gravité et  humour.

Le petit prince de Calais / P. Teulade. - La Joie de lire, 2016. - (Hibouk)

« L'Erythrée est l'un des pays les plus pauvres du monde. Un pays violent où l'on torture ceux qui ne sont pas d'accord avec le gouvernement. » Aussi, lorsque l'on décide pour lui de l'engager dans l'armée, il n'est pas d'autre choix pour la famille de Jonas de le contraindre au départ. Rejoindre la France, puis l'Angleterre et tenter de sauver sa peau. Pour Jonas si jeune, innocent, rêveur, cette perspective paraît bien irréelle et pourtant le voilà parti... Jonas, surnommé par tous Le Prince, de par sa beauté et sa douceur, si spécial pour sa famille, si anonyme à Calais. Un groupe d'adolescents le prend néanmoins sous son aile, dans une solidarité intermittente.
Les étapes de l'exil sont juste évoquées, qui disent la violence sans insister. Ce qui est bien  prégnant néanmoins, c'est la perte de l'innocence, de la confiance et bientôt de l'espoir pour Le Petit Prince de Calais. La fin, dans le même esprit que le roman, préserve un minimum le lecteur. Mais nous rappelle que les immigrés, qu'ils soient afghans, somaliens ou syriens sont livrés à leur sort implacable. Sous notre regard indifférent.
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Une fille au manteau bleu / M. Hesse. - Gallimard, 2016

A 16 ans, Hanneke a perdu toutes les illusions de l'enfance. C'est la guerre, son petit ami est mort. Depuis, Hanneke contient sa peine et sa culpabilité de l'avoir encouragé à s'engager en se consacrant pleinement à son travail : ravitailler Amsterdam de marchandises du marché noir. Ainsi, elle subvient aux besoins de ses parents qui ne se doutent en rien de ses activités illégales. Une de ses clientes lui fait un jour une demande très particulière : retrouver Mirjam, jeune fille juive qu'elle cachait, qui a disparu de la plus improbable des manières. D'abord très réticente, Hanneke se laisse convaincre par ce défi. « Dans un pays où plus rien n'a de sens, dans une situation mondiale que je suis impuissante à résoudre, il représente un tout petit élément à ma portée. »
En acceptant cette mission, elle n'imaginait pas son ampleur et se trouve confrontée à ce qu'elle avait jusqu'alors éviter à tout prix : s'engager dans la résistance. « Je m'occupe déjà de mes parents et ils mourraient de faim si jamais il m'arrivait quelque chose. » Mais une fois qu'elle prend connaissance de ce qui arrive véritablement aux juifs, a-t-elle encore le choix ? 
L'intrigue personnelle, qui fonctionne avec le même ressort que Le garçon en pyjama rayé, ne constitue pas l'élément le plus convaincant du roman. Mais il est vraiment intéressant de voir cette jeune fille se débattre avec ses doutes et sa conscience, de voir les différents visages que peuvent prendre la résistance, motivations personnelles ou  idéologiques.

Et mes yeux se sont fermés / P. Bard.- Syros jeunesse, 2016

Maëlle s’est radicalisée en quelques mois sur les réseaux sociaux. Un jour, elle a quitté Le Mans pour rejoindre Raqqa, en Syrie. Pourtant, quelques mois plus tard, elle est de retour en France, enceinte et ne répondant plus qu’au prénom d’Ayat. Elle est rentrée pour le bébé et parce qu’elle avait peur, mais l’idéologie de Daesh continue d’imprégner son existence. Autour d’elle, tous ceux qui l’ont connue, l’ont vu changée ou ont partagé son quotidien en Syrie témoignent et offrent un nouvel éclairage sur l’histoire de Maëlle/Ayat.
Un roman d’actualité donc, qui fait écho avec d’autres publications sur le même thème : Ma Meilleure amie s’est fait embrigader et Little Sister. Et mes yeux se sont fermés apporte un regard complémentaire et nécessaire sur le rapt mental (c’est le terme) dont sont victimes les adolescents qui se laissent séduire par le discours de Daesh. Ce qui marque avec cette lecture, c’est l’aisance avec laquelle le groupe parvient à totalement « retourner le cerveau » d’ados un peu fragiles pour les transformer en personne capable de tuer ou de mourir pour une cause dont ils ignoraient totalement l’existence quelques semaines encore auparavant.
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