Handi-Gang / Cara Zina.- Libertalia, 2017

"La haine ne peut pas être un engrais à progrès." p. 173
Sam est un jeune paraplégique en fauteuil électrique. Il prépare son bac en milieu ordinaire, il est d’ailleurs le seul de son lycée dans ce cas. Djenna, sa mère, est une algérienne qui s’est révoltée contre l’oppression de sa famille. Cette fibre contestataire Sam la sent aussi en lui. Il fonde l'Handi-Gang, une espèce d’intersyndicale du handicap, dans le but de fédérer les énergies et de lutter contre l’inaccessibilité et la discrimination. Il s’agit de faire évoluer peu à peu les esprits et les regards. Esprit de rébellion mais pas de révolution. Pourtant, Sam n'a pas plus une âme de chef que cela et son leadership est vite contesté par de plus virulents. La machine s’emballe, le cap de la légalité et de la non-violence s’éloigne, le club de bons amis se transforme en un repaire de justiciers. Les actions de sensibilisation sont balayées par des pillages organisés, des expéditions punitives, des plasticages d’établissements. Mais où tout cela va-t-il mener ?
On se sent un peu dans la veine Des brigades du rire de Gérard Mordillat c’est-à-dire d’une critique sociale sous forme de comédie, avec des personnages pittoresques type Pieds nickelés. Lecture agréable.  
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Avis : **

La Tanche / Inge Schilperoord. - Belfond, 2017

« Les gens ne tenaient pas à le fréquenter, il en avait toujours été ainsi. Mais la nature l’acceptait tel qu’il était. » p. 12
C’est un roman sinistre à souhait, dérangeant, troublant, suffocant et génial. Jo, accusé d’acte de pédophilie, est relâché faute de preuves suffisantes. En dépit d’un fort risque de récidive diagnostiqué par le psychologue, sans obligations de soins, il reprend sa terne vie au côté de sa mère et à l’usine de traitement de poissons. Il a à cœur de devenir meilleur, de ne plus être un salaud, de ne pas retourner en prison. Avec une grande détermination, il fait régulièrement les exercices de son manuel de thérapie et se livre à un véritable et régulier combat contre la survenance de pulsions indésirables. Il a établi des règles et un emploi du temps stricts pour éviter les dérives. Avec sa mère asthmatique, il est un modèle de serviabilité. Oui mais il y a Elke, cette gamine d’une dizaine d’années qui s’est attachée à son chien et qui lui colle aux basques. Il aimerait bien l’éloigner mais c’est qu’elle est attachante la petite, esseulée, en manque d’affection (sa mère travaille toute la journée au bar du port et le père n’est plus là) et bien jolie aussi. Il ne peut décidément pas s’en passer mais respectera une distance de sécurité, il n’y aura, c’est juré, pas de geste équivoque. Dans la chambre de Jo, il y a une tanche installée dans son aquarium. La légende attribue à l’animal des vertus thérapeutiques. Peut-elle l’aider à guérir, elle-même étant blessée ?
Une incroyable plongée dans le psychisme d’un pédophile. La romancière nous perturbe en nous faisant entrer en empathie avec un individu peu recommandable. Avec des accents dostoïevskiens, elle oriente le projecteur sur l’ambiguïté des sentiments et interpelle les mécanismes de l’érotisme. Elle questionne les réactions à la sensualité des enfants. Renforcement d’une affection désintéressée pour les uns, pulsion sexuelle violente et volonté de posséder pour d’autres. C’est un sacré premier roman d’une force, d’une profondeur et d’une maîtrise juste stupéfiantes. Coup de cœur.
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Avis : ***

La Religion de ma mère / Karim Akouche. - Ecriture, 2017

"A coups de sourates, on s’attaquait au bon sens, à la liberté, à la femme et à la démocratie." p.62
"Aujourd’hui, maman est morte", ainsi et à la façon de L’Étranger d’Albert Camus aurait pu commencer ce roman. Mirak, le narrateur, exilé depuis dix ans, en France puis au Québec, retourne en Algérie pour mettre sa mère en terre. A travers de très courts chapitres, il se remémore l’époque où il faisait les quatre cents coups et déambule sur les traces de son passé. Il retrouve sa famille (père, frère jumeau, sœur, cousin...), les anciens amis, son premier amour… mais va de désillusion en désillusion. Est-ce réellement là le pays de son enfance ? L’Algérie est devenue violente, corrompue, folle. Roman agréable mais qui vaut surtout pour quelques saillies qui n’ont pas eu l’heur de plaire aux intégristes de son pays. Malgré le beau portrait d’une mère, le récit n’a pas les qualités du Petit pays d’un Gaël Faye et le style très basique est aux antipodes de certains autres écrivains exilés au Québec (voir la flamboyance d’un Sergio Kokis par exemple).
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Avis : **

Une fille de... / J. Witek. - Actes sud, 2017. - (D'une seule voix)

Un jour, l'enfant perd son innocence et éprouve la cruauté du monde. Pour Hannah, ce fut le moment où elle découvrit qu'on regardait sa mère avec méchanceté, qu'on la calomniait. Hannah comprend que sa mère est une prostituée, Hannah comprend surtout que le monde juge cela sévèrement, hypocritement. Avec la connaissance qu'elle a du passé de sa mère, de la violence des hommes, est-elle en capacité de vivre l'amour ?
Il y a une tension dans ce court texte, imagée par une course à pied, qui tente la jonction entre la colère et la douleur du passé et la volonté de se construire un avenir assumé et apaisé, en capacité d'accueillir l'amour. Avec un modèle du genre : celui d'une mère à sa fille.
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Quand je serai très vieux... / O. Ka ; C. Chaix. - Notari, 2017

On n'aimerait pas trop le rencontrer, ce vieil homme imaginé par l'enfant narrateur. Un archétype de vieux râleur capricieux et autoritaire... A l'inverse de l'enfant lui-même, qui nous séduit par son regard drôle et finalement tendre sur ce qu'il pourrait devenir dans 50, 60, 100 ans, et sur son aïeul.
Le dessin, au crayon bic, exprime toute l'imagination décalée de l'enfant.

Comme toi / J.-B. Del Amo ; P. Martin. - Gallimard, 2017

Ce sont des lapereaux, des veaux, des singes, tigres et autres bébés animaux qui s'adressent à l'enfant : comme toi, ils aiment jouer, être à l'abri, sont gourmands, fuient la souffrance, s'expriment.... Comme toi, tous sont uniques.
Un formidable plaidoyer antispéciste, limpide, doux qui convie l'enfant à une vision empathique et égalitariste de tous les vivants, animaux humains et non humains.

Irena t.1 : Le Ghetto / J.D Morvan, S. Tréfouël ; D. Evrard. -Génat, 2017 - (Tchô !)

1940 : les nazis ont envahi la Pologne. A Varsovie, les Juifs ont été parqués dans le ghetto, Seuls peuvent y entrer les membres du département d'aide sociale, dont Irena  fait partie, et apporter des vivres et du soutien. Modèle de courage, Irena n'hésite pas à prendre des risques pour alléger un peu les souffrances. Ce courage fera d'elle une  d'être reconnue "Juste parmi les nations"
Malgré un dessin très enfantin, cet album porte un propos d'une grande noirceur puisqu’il y a des scènes de tortures en fin d'album. Il paraît donc nécessaire d'en encadrer la lecture et d'accompagner les plus jeunes. 

Groenland vertigo / H. Tanquerelle. - Casterman, 2017

Georges Benoît-Jean, dessinateur maladroit et angoissé, accepte de participer à une expédition au Nord-Est du Groenland. Il navigue avec Kloster, sculpteur allemand, un peu névrosé et parano, qui veut installer un faux derrick afin de dénoncer le réchauffement climatique, et Jon Fruechen plus intéressé par des bouteilles de whisky que par l'expédition. Situations rocambolesques sont  en vue.
BD d'aventures. C'est plein de rebondissements, les décors sont sublimes. L'auteur fait par ailleurs un clin d’œil à Hergé et à sa ligne claire. On retrouve l'atmosphère de Tintin dans les bulles, les signes de ponctuation...
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5 mondes t.1 : La guerre de sables / M. Siegel, A. Siegel ; X. Bouma, M. Rockefeller, B. Sun. - Gallimard Bande Dessinée, 2017

Ooana Lee est apprentie magicienne, danseuse de sable. Les 5 mondes qui forment son univers courent un grave danger.  Le seul moyen de les sauver est de rallumer 5 phares antiques, éteints depuis très longtemps.
Pavée de 250 pages, les 5 mondes est une épopée de space-fantasy, d'aventures familiales au rythme effréné sur fond d'écologie.  Le scénario épique initie le lecteur à la géopolitique, l'écologie, valorise la solidarité. Fortes chaleurs, pénurie d'eau, rumeurs de guerre sont au programme de cette très bonne BD. 

Le monde à tes pieds / Nadar - La boite à Bulles, 2017

Nadar nous propose ici l'histoire de 3 personnes qui ne sont pas épanouies dans la vie. Il s'agit de Carlos, ingénieur surdiplomé travaillant dans un magasin de vêtement. Lorsqu'il se voit proposer un travail à Tallin, il l'accepte mais s'attire les foudres de son compagnon. Il y a David, en mal de sexe, sans emploi qui décide de devenir gigolo pour une femme plus âgée. Enfin, on a Sara qui végète comme démarcheuse alors qu'elle était promise à une belle carrière. Elle devient aigrie et n'hésite pas à accuser avec une certaine virulence la société que ses parents lui ont léguée.
A travers, ces trois histoires, l'auteur nous montre une société espagnole malade, traversée par le crise économique. Ils sont les témoins de cette génération sacrifiée où l'ascension sociale ne marche plus. 
Le graphisme réaliste nous immerge avec une intensité plus dramatique dans cette société espagnole.
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Les optimistes meurent en premier / S. Nielsen. - Hélium, 2017

Pétula n'a plus d'amis ni de vie sociale tant sa vie est quadrillée de multiples précautions pour garantir sa santé et sa sécurité. Elle remplit son carnet des risques innombrables qui ne manquent pas d'arriver dans la vie, des plus courants aux plus improbables. Elle est ainsi depuis la mort de sa petite sœur dont elle se juge responsable et s'attend à chaque instant à voir une nouvelle catastrophe s'abattre sur elle et ses proches. Elle consacre par ailleurs énormément d'énergie à tenter de pacifier la relation entre ses parents.
Jacob, nouvel élève, découvre cette jeune fille étrange et angoissée avec beaucoup de curiosité. Il se fait une place dans sa vie et Pétula s'étonne à trouver la vie plus légère... « C'est ça l'inconvénient de l'optimisme. Cela vous rend aveugle aux ennuis qui s'annoncent. »
La culpabilité prend une place majeure dans ce roman. L'auteur démontre qu'elle ne peut être dépassée que dans la relation à l'autre ; en acceptant de s'ouvrir, de se comprendre, de s'entraider, tous les personnages de ce roman à l'empathie formidable composeront avec leur traumatisme. 

Quelques grammes de silence : résistez aux bruits du monde ! / Erling Kagge. - Flammarion, 2017

"Éteindre son téléphone, s’asseoir, ne rien dire, fermer les yeux, respirer profondément dix fois et essayer de penser à autre chose que ce qui occupe en temps normal mes pensées." p. 76
Plus les moyens de communication ont été développés et moins il y a eu de communication réelle entre les humains. Sans doute alors il ne faut pas s’étonner que plus ceux-ci sont connectés et moins ils sont connectés avec eux-mêmes, pour ne pas dire complètement à côté de leurs pompes, grâce à une nouvelle espèce de dealers, ceux de l’ère numérique. A croire que nous n’aimons qu’une chose : renoncer à notre liberté, nous vautrer dans la première addiction venue et saturer nos vies de bruits inutiles et de parasites. Cet opuscule revigorant et salutaire est une apologie du silence et un appel à recentrer nos vies. Sans grandes prétentions (quoique…) mais pourtant à lire, à relire et à méditer. J’aurais assez envie de le rapprocher de livres qui souhaitent promouvoir l’authenticité de l’être comme « L’Esprit de solitude » de Jacqueline Kelen (2002) voire, au travers du souci de l’écoute de soi, « L’Élément : quand trouver sa voie peut tout changer » du pédagogue Ken Robinson (2013).

Avis : ***

La Beauté des jours / Claudie Gallay. - Actes Sud, 2017. - (Domaine français)

« Le bonheur, ça devrait être une équation parfaite, une sorte de formule chimique. Ou mathématique : confort + enfants + argent. » p. 253
Devant la maison qu’habite Jeanne et son mari Rémy, passent les trains. Jeanne excelle dans l’art bovin de les suivre du regard. Guichetière à la poste, son quotidien est simple, morne, routinier, ennuyeux. Rituellement, tous les mardis, son mari dépose à côté d’elle l’un de ses macarons qu’elle adore et dont le parfum est facile à déterminer car il change et revient d’une façon cyclique. Seuls les ennuis de couple de sa copine Suzanne et les frères Combe qui viennent faire bruyamment les zouaves devant chez elle animent un peu sa vie, en même temps qu’ils la plombent davantage encore. Elle aime aller se ressourcer à la campagne chez ses parents et la famille de sa sœur Emma. Pourtant, son père est un rustre taiseux qui ne se remet pas d’avoir eu pour enfants quatre « fendues » et que son unique héritier mâle n’ait pas vécu, sa mère est une femme qui pense que les ambitions font les déceptions et dont l’ouverture d’esprit aux idées féministes s’arrête à croire que c’est bien qu’une femme gagne un peu dans un couple. Alors, elle prend plaisir à être avec Zoé, sa filleule, simple d’esprit, tandis que ses propres filles commencent à fréquenter et à se détacher inexorablement de leurs parents. Pendant que la vie de Rémy est rythmée par les travaux qu’il fait et va devoir faire dans la maison, Jeanne suit des inconnus dans la rue, imagine leur vie, une pratique qui va l’amener à revoir un homme dont elle s’était amourachée en vain dans sa jeunesse. On entrevoit avec elle, un bref moment, l’amorce d’une nouvelle vie possible mais Jeanne est une femme entravée que seule sa surprenante passion pour Marina Abramovic, une artiste performeuse, semble pouvoir racheter un peu. Même si le roman est de bonne qualité, on aura le droit de trouver assez toxique pour le moral le portrait de cette femme qui rêve d’une échappée mais inapte à la réaliser, faisant un pas en avant puis deux en arrière, allant chercher l’affection et le risque qui lui manquent dans un substrat déroutant. Il est toujours plus facile de continuer que d’arrêter quelque chose, certes.

Avis :**

L'oiseau de Colette / I. Arsenault. - Pastèque, 2017

Colette cherche sa perruche dans le quartier où elle vient d'emménager. Sauf que de perruche, elle n'en a point ! Certes, elle rêve d'un animal domestique mais ses parents refusent catégoriquement. Alors cette perruche ?! Un pieu mensonge pour tenter d'intéresser ses voisins, se faire mousser un peu. Le problème avec les mensonges, c'est qu'on s'enferre vite dans un cercle vicieux... Mais Colette a la chance de rencontrer des enfants sympas, bienveillant et avides d'histoires farfelues. La Bande du Mil-End est née !
Mi album, mi BD, l'histoire se raconte dans une mise en page variée, dans les teintes de cette perruche imaginaire.

Ma dernière chance s'appelle Billy D. / E. Lange. - Ecole des loisirs, 2017. - (Médium)

Dane est à deux sanctions de l'exclusion définitive. Trop de bagarres à son actif. Billy D., nouvel élève trisomique, représente sa dernière chance : en faisant tous les jours avec lui les trajets du lycée, il s'assure les bonnes grâces du proviseur et retardera peut-être l'échéance ? Ce qui ressemblait fort au départ à une contrainte, voire un calvaire, se révèle plutôt agréable. Dane apprécie d'aider Billy dans son quotidien, dans les énigmes censées le mener à son père, dans son apprentissage de la bagarre. Oui, Dane que l'on voit presque exclusivement comme une brute explosive, se sent valorisé aux côtés de cette « petite grande gueule pataude ». Le roman s'étoffe lorsque Dane comprend qu'il a lui aussi beaucoup à apprendre de Billy D., malin et tenace. « Je commençais à me demander si cette caboche innocente ne dissimulait pas les méninges d'un génie maléfique. »
Un roman à dévorer qui met à mal les préjugés, interroge la violence, le rapport aux pères absents et aux mères célibataires et courageuses, explore enfin une amitié étonnante et bouleversante.
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Une Histoire des abeilles / Maja Lunde. - Presses de la cité, 2017

"Tous ceux qui élevaient des abeilles le savaient : ce n’était pas le miel qui rapportait gros. C’était la pollinisation. Sans les abeilles, il n’y avait pas d’agriculture possible." p. 117
William Savage, emporté par les contraintes familiales, est passé à côté d’une grande carrière scientifique. Son intérêt pour l’apiculture le réveille, le voilà en quête de la ruche révolutionnaire qui le rendra célèbre. Il ne fonde guère d’espoir sur la transmission de sa passion à son fils dépravé. Heureusement, il y a l’intentionnée Charlotte, l’une de ses multiples filles. Nous sommes en Angleterre en 1851.
George Savage est apiculteur en Ohio en 2007, il possède 324 ruches. Il les transporte parfois dans le pays sur de longues distances pour aider à la pollinisation. Malheureusement une catastrophe majeure se profile : l’effondrement des colonies d’abeilles, tandis que son fils semble se soucier comme d’une guigne de la reprise du métier.
A la fin du XXIe siècle, Tao travaille en Chine à la pollinisation manuelle, de longues journées à se déplacer dans les arbres en des mouvements méticuleux. Les abeilles ont totalement disparu en 2045, les oiseaux se font rares en raison de la pénurie d’insectes. Pour la survie alimentaire du pays, il est devenu nécessaire de mettre les enfants aux champs dès l’âge de 8 ans.
Maja Lunde entrecroise habilement ces trois histoires, ces trois époques, ces trois familles, ces trois couples distendus, en tournant autour d’un sujet furieusement d’actualité. C’est d’une lecture facile et agréable, les rapports humains sont bien décrits, on pourra néanmoins trouver que cela manque de puissance, épilogue inclus.

Avis : **

D'une petite mouche bleue / M. Friman. - Les fourmis rouges, 2017

La mouche bleue vient de terminer son délicieux repas et s'en va découvrir le monde. Avant d'être aspirée par une grenouille. Qui elle-même se fait gober par un serpent. Le corbeau surgit et...
Vous l'aurez compris, cette histoire se construit sur le modèle de la chaîne alimentaire, dans un cycle parfait (dommage néanmoins que l'humain s'en sorte à si bon compte).
Le dessin est à noter, dont le trait noir délicat s'emplit de bleu au fur et à mesure de la dévoration. Un album documentaire et drôle, à l’esthétique soignée. 

Un drôle de baby-sitter / R. Quayle ; A. Friend. - Flammarion, 2017

Avoir un baby-sitter novice et naïf, c'est drôlement pratique pour expérimenter des bêtises. Ces 7 lapereaux vont en profiter avec Grosours, en lui faisant par exemple raconter une histoire trop effrayante ou en se gavant de sucre. Gare aux conséquences.
Finalement, Grosours n'est peut-être pas si ingénu. Juste un peu étourdi. Et d'une gentillesse qui conquiert personnages et lecteurs.


La petite dernière / S. Morgenstern. - Nathan

Ses parents attendaient un garçon, c'est Susie qui est arrivée ! « J'ai tout de suite compris qu'il faudrait que je sois sage, si je ne voulais pas qu'on me jette par la fenêtre. » Sage et parfaite, tout en tentant de conquérir sa place de personne à part entière, pas facile lorsqu'on est petite dernière d'une famille de 3 filles. Sandra est « une matérialiste et une consommatrice précoce », grande séductrice, Effie a la « pouvoir magique de faire rire les gens ». Susie ? Elle excellera à l'école, remportera plusieurs prix.
C'est le récit d'une enfance bénie que Susie Morgenstern nous raconte, où la shoah est derrière eux et où « le futur existait encore ». Elle évoque ses parents, une mère ultra présente -Maman et « ses trois mondes », Maman et « ses trois éléphantes »-  et un père dont elle regrette la distance, la religion juive, le lien à la nourriture... Et ses sœurs, relation que l'on sent très forte, faite de rivalité mais surtout de « beaucoup d'amour et de complicité. »
Lecture très agréable des dix premières années d'une petite dernière devenue grande auteur jeunesse qui a su garder vivaces ses souvenirs d'enfance et sa fantaisie.
 « Oh, papa ! Il ne se passe jamais rien, me suis-je lamentée. 
Tous les jours, c'est pareil : on va à l'école, on rentre à la maison, on va se coucher,
 et le lendemain, ça recommence ! 
Le visage de mon père s'est assombri. Il m'a dit : 
- Espérons que ça ne change jamais. »  

The sun is also a star / N. Yoon. - Bayard, 2017

Alors qu'elle est au États-Unis depuis près de 10 ans, Natasha (et sa famille) va être expulsée le soir même. Dans l'énergie du désespoir, elle frappe à toutes les portes. Daniel lui s'apprête à passer un entretien pour entrer à Harvard. Leur chemin se croisent. Ils se plaisent, confusément, énormément. Daniel si sincère et Natacha « si manifestement passionnée (mais) aussi résolument opposée à la passion. » Quel sens pourrait avoir cette histoire devant la perspective d'expulsion ? Ils passeront cette dernière journée ensemble malgré tout. 
Natacha et Daniel se partagent la narration du roman, mais nous découvrons également les pensées de tous les personnages croisés car nos histoires n'existent qu'en corrélation avec celle des autres, nous sommes tous reliés les uns aux autres. L'occasion aussi  de digresser sur les sciences, la double culture, les multivers, le destin... ce qui peut donner quelques fois des longueurs mais l'on retiendra l'idée de l'importance d'être bienveillants les uns avec les autres. 

Mon autopsie / Jean-Louis Fournier. - Stock, 2017. - (Bleue)

"Mon imagination était ma chance […]. La perdre c’était me perdre. Me retrouver enfermé à perpétuité dans la réalité, ne plus pouvoir fuir." p. 76
Jean-Louis Fournier qui nous a habitué à rire de tout avec brio (et parfois seul) a fait don de son corps à la science. Soumis à la découpe à l’Académie de médecine, il est donc comme un porc chez le boucher, sous les mains expertes d’une charmante étudiante et il assiste à tout (même une fois énucléé). Cette situation est bien entendu prétexte à une rétrospective professionnelle ainsi que privée (autant dire une auto-psy), puisqu’il dévoile sans grande pudeur ses infidélités à sa femme. Nous retrouvons la façon de faire de l’auteur : assemblage de courts textes qui reviennent sur des moments de sa vie et humour décapant souvent à vocation d’antalgique. Sauf dans quelques passages, il n’atteint pas le niveau de ses meilleurs romans mais on passe un fort bon moment en dépit du sujet morbide et de ce dépeçage en règle d’un cadavre qui fut au temps de sa splendeur Jean-Louis Fournier, cet auteur qui allait entrer dans sa 80ème année. In memoriam.
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 Avis : **

Une Chance folle / Anne Godard. - Ed. de Minuit, 2017

« J’aurais accepté d’être frottée au papier de verre s’il avait été possible de poncer et limer la cicatrice pour l’effacer. » p. 55
Magda a été ébouillantée à 9 mois. Même si son visage a été épargné, elle est gravement brûlée. Elle part dans la vie avec un sacré handicap. D’abord parce que s’ouvre devant elle une enfance et une jeunesse ponctuées d’opérations, de cures thermales à l’efficacité douteuse et de massages assez inutiles, ensuite parce qu’elle va devoir affronter le regard des autres, le dégoût, la curiosité, la pitié. Sa mère, quant à elle, coincée entre sa culpabilité et la surprotection de sa fille, ne voit pas grandir Magda. C’est une roman sombre, très sombre que celui-ci, mais loin d’être dépourvu d’espoir cependant car c’est aussi d’un éveil, d’une éclosion dont il s’agit. L’auteur reconstruit par lambeaux cette histoire, les sensations éprouvées, le rapport aux autres, tout semble se relier, s’emboîter, refaire une nouvelle histoire autre que celle légendaire racontée par la mère, comme des petites greffes cutanées pour que la vie redémarre, grandisse et tire même de la force de l’adversité. Il faut une faille pour que jaillisse la lumière. Ça creuse, c’est incisif. Il se passe quelque chose de mystérieux dans les phrases d’Anne Godard, j’aime leur consistance, quelque chose dans le rythme, la musique, dans l’agencement des mots très travaillé sans qu’il n’y paraisse. Cela me paraît infiniment plus intéressant et riche que le dernier Ravey chez le même éditeur.
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 Avis : ***

Trois jours chez ma tante / Yves Ravey. - Ed. de Minuit, 2017

Marcello Martini était secrétaire particulier de la fondation de sa tante. Il y avait fait embaucher Walter comme Directeur financier, un type qui ne s’encombrait pas de grands principes. D’ailleurs, dénoncé, il se fait arrêter à la frontière suisse avec une grosse somme d’argent issue du trucage des comptes. Le nom de Marcello remontant à la surface dans l’affaire, sa tante préfère l’éloigner. Vingt ans qu’il s’est enfui. A présent, il gère au Libéria un établissement pour réfugiés dans lequel est intégrée une école. Sa fidèle tante lui envoie chaque mois de l’argent par mandats postaux. Mais la vieille, maintenant en maison de retraite, s’est mise en tête de lui couper les vivres et le convoque devant le notaire. Ça sent le règlement de comptes. Comme à son habitude, Ravey offre un court roman aux phrases dépouillées, saupoudré de relents de roman policier. Pas de doute c’est du Ravey, agréable certes, mais assez quelconque et sans surprise par rapport à ce qu’il a déjà fait. Certainement pas son meilleur roman.
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 Avis : **

T'arracher / V. Desmarteau. - T. Magnier, 2017

Lou est obnubilée, absorbée toute entière par Toi, qui l'a quittée sans explication. Si elle est brisée intérieurement, elle arbore un masque d'indifférence, d'insolence et d'ironie constants, épuisant à porter et qui ne trompe personne : sa fatigue est tangible et ses résultats scolaires en chute libre, l'année même du bac. Il faut se ressaisir mais comment fait-on lorsqu'on est si plein de l'absence de l'autre ? Jusqu'à s'en rendre malade.
Portrait troublant d'une jeune fille entière et fougueuse, « capable d'aimer et de haïr avec une violence qui me fait peur ». Sa passion obsessionnelle est difficilement compréhensible par le lecteur, tant ce Toi, omniprésent dans ses pensées semble si peu intéressant ; ce qui l'est davantage, c'est le chagrin dévorant et le combat pour reprendre pied, avec l'expression artistique pour salut.
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Moi Edda, reine des faux plans / S. Sigmarsdottir. - Bayard, 2017

Pour Edda, jeune collégienne islandaise, tout ne va pas comme elle le souhaite. Elle a de l’acné. Ses parents ont divorcé, son père va avoir un autre enfant. Et la cerise sur le gâteau, celui dont elle est amoureuse ne la remarque pas. Mais aussi elle apprend que sa mère souhaite vivre à Londres. Comme si sa vie n’était pas assez compliquée !!

Une histoire agréable à lire.
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Le pire livre pour apprendre le dessin / A. Louchard. - Seuil, 2017

Nous retrouvons le petit lapin bougon qui, après avoir approfondi l'art du pot, revient apprendre à dessiner. Du moins tel est le dessein de l'adulte hors champs. Car le lapin, lui : « Oui, ben je sais déjà... ».
Or donc, l'adulte patient, encourage notre chérubin qui fait montre d'une mauvais foi patentée. Répétée. Forcenée. Le professeur de dessin s'autorise une vengeance qui prend son élève à son propre piège. 
C'est drôle, vachard. Bien fait !
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La rentrée de Lison / A. Bouchard. - Seuil, 2017

Lison est enthousiaste, joueuse, curieuse de nouvelles expériences, l'école est en cela un terrain propice ! 14 saynètes en 4 planches la voient, en compagnie d ses camarades de classes, se concentrer, jouer, se bagarrer, rêver...
Le dessin est sobre, néanmoins non avare de détails, dans un humour pince-sans-rire grandissant.

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Pfff... / C. K. Dubois. - Ecole des loisirs, 2017. - (Pastel)

Quel calvaire, Merle et Roro n'ont plus le droit de jouer à la tablette et sont expédiés dehors. « Qu'est-ce qu'on s'ennuie...» Papa a beau proposer mille idées, les 2 petits regimbent. Même la piscine ne les déride pas. Mais Pinson arrive, qui amène avec lui entrain et enthousiasme.
Il suffit d'un rien pour transformer une ambiance, Claude K. Dubois nous l'illustre à merveille dans cet album expressif. Les pioupious accablés par la vie s'éveillent subitement à la bonne humeur, euphorie contagieuse !

La Salle de bal / Anna Hope. - Gallimard, 2017. - (Du monde entier)

En 1911, on a tôt fait d’assimiler la non-conformité sociale à la folie. Ella Fay qui travaille depuis l’âge de 8 ans dans une filature, ne supportant plus le bruit infernal et l’enfermement, se révolte, brise une vitre à l’une des fenêtres aveugles de l’atelier, Clem Church a refusé un mariage forcé et entamé une grève de la faim, John Mulligan s’est clochardisé et est devenu presque muet à la suite du traumatisme de la perte de sa fille puis de son divorce… C’est suffisant pour que tous se retrouvent internés pour de longues années à l’immense asile de Sharston, 2000 pensionnaires, 200 employés. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Les idées eugénistes font leur chemin dans la société, dont la castration obligatoire comme mesure curative : et si on stérilisait les fous et puis aussi les pauvres, assimilés à des faibles d’esprit ? Il y a là un jeune médecin ambitieux, Charles Fuller, qui n’accepte pas encore ces dérives. Il y oppose les mérites de la musique, de la danse et du travail, des facteurs de régénération. Grâce à lui, hommes et femmes peuvent se rencontrer quelques heures lors d’un bal hebdomadaire attendu avec excitation. Le reste du temps les hommes sont aux champs, les femmes aux tâches domestiques. Ne restant que les lettres clandestinement échangées pour communiquer. A petit pas et en dépit de leurs blessures individuelles, Ella et John s’apprivoisent. De sa position de chef d’orchestre, Fuller ne pourra guère freiner l’évolution de leurs sentiments, ni même la détérioration avilissante de ses idées liées à sa propre frustration sexuelle. Reconstitution assez saisissante, saupoudrée d’une belle histoire d’amour dans des circonstances sombres qui ne s’y prêtent guère et hommage à un arrière-arrière-grand-père qui y a été enfermé.
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Avis : **

Le Sympathisant / Viet Thanh Nguyen. - Belfond, 2017

"Que font ceux qui luttent contre le pouvoir une fois qu’ils ont pris le pouvoir ? Que fait le révolutionnaire une fois que la révolution a triomphé ?" p. 481
S’adressant à un commandant, le narrateur se livre à une longue confession détaillée. Nous apprenons qu’avant la chute de Saïgon (1975), il travaillait pour le Sud Vietnam pro-américain, au service de l’état-major (dans la police secrète) tout en transmettant des informations cruciales au Nord Vietnam pro-communiste. Fils d’un prêtre français et d’une adolescente vietnamienne, il se joint, lorsque la partie est perdue, à tous ceux qui fuient et, dans une débandade innommable, grimpent en catastrophe dans des avions-poubelles surchargés. Direction un camp à Guam puis la Californie. Aux États-Unis, il reste proche de ceux pour lesquels il travaillait et se trouve en situation de sympathisant. C’est-à-dire qu’il est un agent dormant, étudiant l’organisation de ceux qui rêvent d’une revanche, codant via un intermédiaire à Paris ses observations aux communistes vietnamiens. La vie n’est pas simple pour les exilés, souvent déclassés au point de faire partie du lumpenprolétariat. La crédibilité de notre agent double nécessite d’accepter de participer à des meurtres voire de se salir lui-même les mains et la conscience, car tuer des personnes de son propre camp pour ne pas dévoiler son jeu de dupes n’arrange pas ses problèmes de dualité. Au bout du compte, dans une entreprise dérisoire, il retourne clandestinement au Vietnam au sein d’un groupe de soldats afin de protéger Bon son ami de jeunesse anti-communiste. Même si la toile de fond est la guerre du Vietnam, il serait très exagéré de dire que c’en est le sujet : il faut, par exemple, arriver au-delà de la page 400 pour entendre parler de bébés monstrueux (conséquence des défoliants américains) ou des dégâts provoqués par le napalm. La véritable thématique est bien la complexe et torturée psychologie du narrateur, un bâtard tendance schizophrène, toujours à l’intersection de plusieurs lieux, de plusieurs idéologies… Sa mère lui répétait qu’il n’était pas une moitié de quoi que ce soit mais qu’il avait tout en double. L’auteur a de belles envolées, n’est pas avare en superbes métaphores et n'est pas dépourvu d’humour. 

Avis : **

Femme à mobylette / Jean-Luc Seigle. - Flammarion, 2017

"Il faudrait que les pauvres se contentent de la joie d’être en vie." p. 195
 Au milieu d’une nuit de veille, Reine s’est demandé si le plus simple ne serait pas de tuer Sacha, Igor et Sonia, ses trois petits bouts, et de se tuer ensuite. Elle a posé le couteau au milieu de la table de la cuisine et lutté pour ne pas s’en saisir. Trois ans déjà qu’elle est au chômage, Olivier son mari l’a quittée pour une autre, le jardin est devenu un dépotoir, tout va à vau-l’eau. Et puis il y a la peur qu’on lui prenne ses enfants si elle ne trouve pas du travail, et comment en trouver sans moyen de locomotion ? La chance sourit enfin : sous le tas de ferraille qui étouffe le jardin, elle dégotte miraculeusement une vieille mobylette Peugeot des années 1960 encore en état de marche. Grâce à l’engin, elle peut occuper un emploi de thanatopractrice éloigné de 30 km et rencontre sur son trajet un routier hollandais pour lequel elle a le coup de foudre. Et si finalement elle avait droit à une belle vie ? Portrait d’une mère courage qui n’a pas connu son père, dont la mère est morte d’une overdose lorsqu’elle était bébé, pas née au bon lieu et au bon endroit, mais battante, créative, amoureuse. Le personnage est attachant même s'il n'est pas difficile de deviner qu’on s’achemine soit vers une fin mielleuse soit vers une fin tragique. Pour ma part, les 40 pages d’annexe me paraissent superflues.
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 Avis : **

Nos vies / Marie-Hélène Lafon. - Buchet-Chastel, 2017

La narratrice, Jeanne Santoire, qui habite Paris, est une retraitée de fraîche date. Elle fait ses courses dans le Franprix de la rue du Rendez-Vous. Elle a les yeux qui traînent et se fixent sur Gordana, une caissière à l’accent rude venue de l’Est de l’Europe, trentenaire aux seins généreux, arborant un air mal luné et dissimulant un pied-bot, ainsi que sur un petit homme sombre d’origine portugaise, Horacio Fortunato, qui porte dans ses mains et ses bras les produits qu’il a choisis en rayon sans utiliser de caddie ou de sac. Notre retraitée s’adonne alors à un exercice d’imagination. Elle tente de deviner ce qu’ont été leur vie, ce qu’elles pourraient être à l’avenir. Elle déplace parfois le curseur, elle voit Horacio s’occuper de la maintenance à Orly puis finalement en chirurgien… Tout cela lui donne l’occasion de s’épancher sur sa propre vie, sur ses proches (sa grand-mère, ses parents, ses amis, son ex-concubin d’origine algérienne, ses voisins…) Cette façon de happer les individus dans un voyeurisme qui frôle l’espionnage, de fantasmer les vies, nous met un peu mal à l’aise. D’ailleurs Jeanne Santoire est prise à son propre piège, vampirisée à son tour, lorsqu’un individu dans la résidence en face de chez elle se branle ostensiblement à la fenêtre en regardant dans sa direction. Juste retour des choses finalement.
On retrouve ici les caractéristiques des romans de Marie-Hélène Lafon notamment son écriture par phrases courtes, syncopées, et son goût des portraits de petites gens même si, pour une fois, elle sort du milieu rural. Pourtant, je trouve fragile son écriture qui passe très bien dans certains de ses livres et qui ici parvient à agacer d’autant qu’elle multiplie les cibles et que celles-ci paraissent traiter moins dans leur être profond que dans des caractéristiques de surface. En n’y prenant garde, on peut friser la caricature ou le cancan. Je n’avais pas aimé L’Annonce, j’avais été emballé par Joseph et je suis déçu par Nos vies

Avis : *

Changement de cap / J. Malone. - Albin Michel, 2017. - (Litt')

Cass est éberluée de découvrir que sa mère a décidé de partir en mer avec ses deux enfants. Quitter sa maison, son jardin botanique si précieux, ses amies, ses habitudes... La perspective de vivre dans un espace aussi exigu qu'un petit bateau ne l'enchante absolument pas. Car cela signifie perte d'intimité, des détails prosaïques comme la "cuve à caca", des réserves de nourriture restreintes et surtout, vivre en permanence avec cette mère qu'elle juge responsable de l'éclatement de la cellule familiale. Mais les faits sont là : elle va passer 4 mois dans une cocotte minute à tempérer sa rancœur, en tentant d'épargner son petit frère qui n'est pas au courant de ce qu'elle sait. Ou croit savoir. 
L'intrigue ne surprendra guère mais la relation de Cass avec sa mère, ses efforts pour s'adapter à une situation qui lui est imposée et surmonter les difficultés de la vie sont beaucoup plus intéressants. Cass durant ce voyage initiatique confrontera le confort de l'enfance aux incertitudes et combats de l'âge adulte. Sa mère sera un modèle du genre, femme luttant pour son indépendance et l'intégrité de son identité.

Par le vent pleuré / Ron Rash. - Seuil, 2017. - (Cadre vert)

Bill, 21 ans, et Eugène, 16 ans, vivent avec leur mère, veuve, chez leur grand-père, médecin généraliste qui a un comportement de tyran à leur égard. Le dimanche, les deux frères aiment garer le pick-up au bord de la rivière et s’adonner à la pêche à la truite. Que faire d’autre à Sylva, une modeste localité de Caroline du Nord déconnectée des évolutions sociétales du pays ? Nous sommes en 1969, en pleine contre-culture. Ligeia Mosely, une gamine rousse, guère plus âgée qu’Eugène, se baigne en bikini riquiqui ou sans rien du tout selon les jours. Elle arrive de Floride où sa vie dissolue a incité ses parents à la confier à ses oncle et tante. Consommatrice et pourvoyeuse de drogue, amatrice de groupes musicaux d’avant-garde, sexuellement bien éveillée et très libre, elle va déniaiser sérieusement les deux garçons. Eugène l’approvisionnera en Valium et en Méthaqualone en se servant discrètement dans l’armoire à médicaments du grand-père et, s’il n’est pas un grand fan de l’herbe, débute pour lui une longue dépendance à l’alcool. Un bel été d'une fulgurante liberté qui se termine par le départ de Ligeia, plus personne n’entendra parler d’elle. 46 ans plus tard, Bill a suivi la voie de chirurgien qui lui était promise dès l’enfance tandis qu’Eugène, sombré dans l’ivrognerie, a abandonné sa carrière d’universitaire, son poste d’enseignant, sa vocation d’écrivain, a blessé sa fille lors d’un accident de voiture en version alcoolisée, a divorcé. C’est alors que surgit en première page du journal du comté la macabre information : on a retrouvé les restes de la jeune Mosely là-même où elle allait se baigner en 1969. 
Rien de révolutionnaire certes, mais un roman noir qui propose 200 pages très bien ficelées et une réflexion autour du passage à la vie adulte, du souvenir, de la mélancolie du temps qui passe, de la culpabilité, du sentiment de trahison...
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Avis : ***

Ils vont tuer Robert Kennedy / Marc Dugain. - Gallimard, 2017. - (Blanche)

"Comment colmater sous une pluie tropicale les fuites d’un toit criblé de balles quand on ne dispose que d’un verre d’enfant à la main." p. 222
Un professeur d’histoire contemporaine canadien du nom d’O’Dugain (toute ressemblance avec l’auteur ne sera pas fortuite) revisite l’énigmatique et sordide histoire de ses parents, la mère s’est suicidée à l’arme à feu ou a peut-être été assassinée, le père a été victime d’un accident de la route ou bien a été poussé dans le ravin et ce le jour même de l’assassinat de Robert F. Kennedy. Ce père très secret était un psychiatre réputé et l’un des grands spécialistes de l’hypnose. Il avait quitté précipitamment la France pour venir s’installer à Vancouver. En creusant un peu plus, il semble avoir eu des rapports avec les services de renseignement britanniques. Notre professeur veut comprendre, il est dans une quête obsessionnelle et convaincu que l’histoire des siens est intimement mêlée à celle des Kennedy. Nous allons donc revisiter avec force détails et points de vue personnels l’histoire du clan Kennedy, notamment bien-sûr les assassinats de JFK (1963) et de Bobby (1968). Une histoire largement composée de compromissions, corruptions, mensonges, secrets… Si le mythe Kennedy en prend un coup que dire de la démocratie américaine ! On comprend mieux que ce qui a été définitivement tué avec la disparition des Kennedy, plus que deux hommes politiques, c’est l’espoir d’une société nouvelle porté par le mouvement culturel de la contre-culture. Rejet de la famille, du monde du travail, de la société de consommation, de la violence, promotion de la liberté sexuelle, de la concorde, du retour à la nature, une utopie qui sombre donc dans le sang, les délires psychédéliques et les overdoses mortelles, laissant place à une Amérique toujours aussi mafieuse, raciste, criminelle, passée reine dans la manipulation, la dissimulation de la vérité et va-t-en-guerre pour le plus grand bonheur des intérêts militaro-industriels (ou de firmes comme Monsanto). C’est un exercice un peu compliqué d’arriver à créer une harmonie entre les chapitres romanesques et ceux qui sont beaucoup plus factuels et relatifs aux évènements historiques. Je ne suis pas sûr que l’auteur y parvient totalement, le romanesque est peut-être un peu trop en retrait. Reste que c’est prenant et qu’il y a une réelle maîtrise du sujet. L'épilogue ne me paraît néanmoins pas des plus réussis.
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Avis : ***

Mercy, Mary, Patty / Lola Lafon. - Actes sud, 2017

En 1974, Patricia Hearst, 20 ans, fille d'un magnat de la presse, s'apprête à épouser un jeune homme de bonne famille. De quoi perpétuer l'ordonnancement du monde. Mais elle est kidnappée par l'Armée symbionaise de libération dont le credo est de « vivre ensemble indifféremment de notre âge, notre sexe ou notre race ». Les activistes exigent une rançon ... pour nourrir les pauvres d'Amérique.
N'en déplaise à papa, aux notables et aux médias, Patricia  ne colle en rien au portrait victimaire qu'ils voudraient lui prêter, embrasse à l'inverse leur cause, jusqu'à participer activement à un braquage. Ses amis sont tués, elle est incarcérée.
« Qui est la vraie Patricia, une marxiste terroriste, une étudiante paumée, une authentique révolutionnaire, une pauvre petite fille riche, héritière à la dérive, une personnalité banale et vide qui a embrassé une cause au hasard, un zombie manipulé, une jeune fille en colère qui tient l'Amérique dans le viseur ? »
C'est ce que devra déterminer le procès, pour lequel Gene Neveva, professeure de passage en France, doit apporter son expertise. Elle se fait aider par Violaine, jeune fille vierge de toute conscience politique, dans la lecture des éléments du dossier. L'histoire se découvre à tâtons, tandis que Gene Neveva interpelle et bouscule Violaine à propos des causes évoquées. L'histoire s'élargit aussi à celles d'autres jeunes filles qui elles aussi ont vu « paradoxalement leur espace de liberté s'agrandir en captivité. » Mercy, Mary, Patty...
Lola Lafon s'adresse à vous Gene Neveva -et comment ne pas se sentir interpelé-, puis c'est un Je qui prend la parole, une souplesse narrative qui contribue à cerner au plus près ces « âmes flottantes (et) identités mouvantes », à « identifier et combattre l'ennemi qu'on porte tous en nous : notre propre conditionnement. »
Un texte qui reste en tête, préférant questionner avec nous la réalité que d'apporter des réponses. Sommes-nous libres de nos choix lorsqu'on a grandi dans un carcan ?
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La souris philosophe / M. Piquemal ; J. Boillat. - Didier, 2017

La souris a sauvé la mise au lion emprisonné, il lui promet protection. Loin de s'en contenter, elle se dit qu'elle pourrait bien briguer le sacre de reine à sa place de roi. S'ensuit une discussion respectueuse sur la nature du pouvoir et la justice. Tous deux vont bientôt avoir l'occasion de mettre leur théorie à l'épreuve de la réalité. 
Lorsque force, sagesse et humilité s’écoutent et se conjuguent, l'exercice du pouvoir gagne en efficacité et en légitimité. 

Le rendez-vous / J. Colombet. - Seuil, 2017

Lapinou, sourire serein au lèvre, est assis sur un gros caillou. « J'attends », explique-t-il à Écureuil, qui l'a rejoint et s'interroge. « En silence » complète-t-il en direction des divers animaux qui s'agglutinent les uns après les autres, questionnent -« Vous attendez quoi ? »- et commentent. Tant et si bien que Lapinou est de plus en plus contrarié. Mais le crépuscule fait son œuvre, tous se calment et l'attente est enfin récompensée. 
Un album tout en expressions et détails à observer pour aborder efficacement, et avec humour, la nuit tombante. 
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L'incroyable voyage de M. Fogg / L. Blanvillain. - Hachette, 2017

Monsieur Fogg, romantique invétéré, croit au bonheur en amour. Il n'hésite pas à jouer les Cupidon en ouvrant les yeux de ses élèves sur l'amour qu'ils se portent en secret. C'est donc grâce au coup de pouce de leur professeur que Nora et Simon vivent leur amour. En revanche, Monsieur Fogg n'a pas été aussi perspicace envers David et n'a pas su déceler les sentiments qu'il porte à la même Nora. 
Par un tour de passe-passe, nos 4 protagonistes se retrouvent en route pour retrouver l'amoureuse imaginaire de David. Tout cela pour consoler M. Fogg du départ de sa femme avec son meilleur ami. L'amour, indéniablement, peut prendre des détours alambiqués. 
Si l'on se laisse prendre au jeu de ces rebondissements aussi nombreux que rocambolesques, le roman fonctionne, grâce aux personnages attachants dans la tête desquels le lecteur se plonge de chapitre en chapitre. M. Fogg, particulièrement, emporte l'adhésion, fantasque, romantique, chevaleresque et adepte de la vérité.
L'amour est balayé dans sa diversité, du coup de foudre aux désillusions en passant par les pulsions, visions idylliques ou plus pragmatiques, nuances d'un sentiment si fort et fluctuant, si puissant et si fragile.
Le style est agréable, la désinvolture s'invitant inopinément, et quelques vérités bien troussées se glissent dans l'intrigue.
« Les parents aussi doivent grandir. »
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Olivia joue les espionnes / I. Falconer. - Seuil, 2017

Olivia, dans cette neuvième aventure, ne s'est pas assagie. Après une énième bêtise de trop, Olivia entend sa mère dire qu'elle hésite à l'emmener dans une « institution ». Olivia habituellement si déchaînée est tétanisée. 
Mais écouter aux portes est un art qu'Olivia, trop électrique, ne maîtrise que partiellement, c'est une autre surprise que celle imaginée qui l'attend. 
Cette petite cochonne, toujours aussi  énergique, inventive, gaffeuse, attachante et irrésistible, nous promet une fois de plus une histoire des plus drôles. Mention spéciale pour l'affection patiente des parents !

L'Invention des corps / Pierre Ducrozet. - Actes sud, 2017. - (Domaine français)

"Le fondement même de Google est de pouvoir, un jour, se passer d'ordinateurs et de connecter directement le cerveau à Internet." p. 147
Alvaro Beltran a grandi au Mexique parmi des gens plutôt aisés, n’a pas connu la violence mais a pourtant toujours eu une rage en lui. Devenu enseignant en informatique, il participe à une manifestation étudiante qui tourne mal. Des participants sont enlevés par la police et 43 sont assassinés. Alvaro échappe de peu à la mort et, traumatisé, enfermé en lui-même, part en marchant pour passer clandestinement aux États-Unis. Passionné d’informatique, il tente de se faire embaucher par Parker Hayes, une des figures majeures de la Silicon Valley. Mais il s’agit d’une espèce de savant fou qui rêve d’un homme augmenté et de devenir immortel et Alvaro est embauché oui… comme cobaye. Cela paye bien, pourtant avec l’aide d’Adèle Cara, une chercheuse française qui se demande de plus en plus ce qu’elle venue faire dans cette galère, va sonner l’heure de la révolte et débuter une longue cavale.
Le roman donne à voir quelque chose qui semble décousu, fait, comme le dit son auteur, de plis, de passages, d’hypertextes, comme si Internet n’en était pas seulement le fond mais aussi la forme. On y croise les transhumanistes et ceux, les hackers d’Anonymous, qui luttent contre le dévoiement d’Internet devenu un agent de la bêtise et de la vulgarité à la solde du capitalisme et de quelques allumés milliardaires, défendent l’utopie d’un outil permettant de casser la verticalité du savoir et du pouvoir grâce aux open source, aux logiciels libres… Bidouilleurs utopistes du San Francisco des années 1960-1970 contre nouveaux riches de la Silicon Valley. C’est aussi l’affrontement entre deux visions du corps, celle qui considère le corps comme une imperfection regrettable et celle qui veut redécouvrir l’animalité écrasée par l’histoire et la société. C’est un livre déroutant, on se laisse porter, on pioche des choses, il laisse au final une sensation un peu étrange.
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 Avis : **

Amour, vengeance et tentes Quechua / E. Billon-Spagnol. - Sarbacane, 2017. - (Exprim')

Au camping Momo's, c'est ambiance familiale ! Tout le monde se connaît, la bonne humeur règne, chacun étant content de se retrouver d'année en année. Tara connaît Adam depuis qu'ils sont tout-petits, mais cette année les retrouvailles n'ont pas le goût du bonheur simple attendu, à cause d'Eva, cette peste d'Eva, qui a des vues sur Adam, juste au moment où Tara se rend compte qu'il est incroyablement sexy.
Les chapitres s'immiscent alternativement dans les pensées des différents vacanciers, sondant les premiers élans amoureux des adolescents et les doutes existentiels de leurs parents. L'énergie des premières lignes contrastent avec la suite, plus âpre, désabusée, complexe, les sentiments y sont décrits avec leur part d'ombre.
Car Tara comprend cette année que la vie évidente et limpide est réservée à l'enfance. Les « deux semaines de rigolade » espérées se transformeront en prise de conscience, chez les adolescents et les adultes, des changements qui se sont joués en eux.
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Si j'étais ministre de la culture / C. Fréchette ; T. Dedieu. - HongFei, 2017

Une ministre de la culture qui décrète la tenue de « journées sans culture », voilà qui n'est pas banal et pour le moins radical. Le but ? Convaincre les pragmatiques, les utilitaristes et les efficients de bien sentir « l'enfer suffocant que seraient nos existences dans cet univers de stricte efficacité. »
Dans le vide culturel qu'elle imagine, mis en image par Thierry Dedieu (à l'initiative de l'édition du texte canadien sous forme d'album), c'est l'absence criante de joie, d'émotions, de rire, d'imagination, d'insouciance, de fantaisie et de distraction qui traverse les pages. 
Un texte à lire en toutes circonstances, comme un rappel fondamental du sel de la liberté et de l'humanité. 

Le Jour d'avant / Sorj Chamandon. - Grasset, 2017

Jean Flavent a choisi la terre à la houille. C’est que son frère Philippe est mort à 21 ans d’un coup de grisou. Il a deux fils de sa femme, Sylwia, une polonaise, Joseph et le petit Michel qui a seize ans de moins que l’aîné. Il n’est pas question que ceux-là descendent au fond. Pourtant Joseph se laissera convaincre par d’autres et rejoindra les mineurs de la fosse Saint-Amé de Liévin-Lens. Dix ans après, c’est la catastrophe du 27 décembre 1974. 42 morts. 42 morts et quel responsable sinon le mépris des ouvriers sacrifiés sur l’autel du rendement et des économies ? C’est que manifestement la sécurité minimum n’a pas été respectée. Michel se sauve de ce monde où le charbon broie, dévore, tous les humains, leur laisse la silicose en cadeau de retraite, là où les liquidateurs de Tchernobyl auront droit à un cancer. Sa mère lui a demandé de ne pas faire d’enfant car c’est trop de souffrance et son père lui a laissé avant de se pendre la lourde charge de les venger de la mine.
Installé à Paris, chauffeur routier, Michel règlera ses comptes, il reviendra, pas maintenant, plus tard, ils paieront c’est sûr. En attendant, son épouse Cécile essaye de mettre du baume sur ses plaies toujours à vif. Il ne rit plus jamais et entretien le souvenir dans un box aménagé du parking de sa résidence, véritable musée miniature.
Au Nord c’était les corons… Sorj Chalandon nous emmène chez les ch’timis pour une histoire racontée avec beaucoup de respect, d’empathie, d’admiration, pour les gens de ce milieu, courageux, fraternels et fiers. La direction prise par le roman surprend et c’est avant quelques rebondissements encore plus inattendus. La construction est subtile et l’auteur sait très bien introduire l’émotion. On verrait assez bien une adaptation au cinéma. Un très bon moment de lecture.
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Avis : ***

Un Funambule sur le sable/ Gilles Marchand. - Aux forges de Vulcain, 2017

"Je comprends aujourd’hui que les vrais héros ne sont pas ceux qui ont des supers pouvoirs, mais ceux qui en sont dépourvus et qui continuent à avancer." p. 356
C’est l’histoire d’un bébé né avec un violon dans la tête. Son père est un inventeur farfelu qui veut créer le premier hélicoptère sous-marin. Sa mère est enseignante de Français au lycée, supporte avec tendresse et bienveillance les délires de son mari et est souvent plongée dans ses livres. Notre jeune Stradi, puisque c’est le surnom dont il va vite hériter, surprotégé par ses parents, va intégrer l’école avec retard et, en raison de sa différence, connaître des difficultés à se faire des amis. Heureusement, il y a Max, un jeune garçon handicapé d’une jambe, et puis les oiseaux avec lesquels mystérieusement Stradi peut dialoguer. Mais ce violon étrangement connecté au fonctionnement de son cerveau, très agréable parfois, est aussi une profonde source de gêne en public lorsqu’il part dans des improvisations inattendues. Et encore source indirecte de douleurs car les médecins ont prescrit au gamin l’injection une fois par mois d’un produit pour que les cordes ne se rompent pas.
Le roman part sur une idée qui n’aurait pas déplu à un Italo Calvino, il prend brièvement des accents de Joël Egloff et se termine dans un univers en folie digne d’un Boris Vian. Cet écart de ton entre le début du roman et sa fin, d’un accouchement (naissance de Stradi) à un autre (naissance de l’enfant de Stradi), est déstabilisant. Faut-il penser que l’état du violon se dégradant, tout l’univers de Stradi se dérègle ? Très emballant au début, traînant un peu ensuite, donnant l’impression d’hésiter sur la direction à prendre, de ne plus trop savoir comment exploiter la bonne idée de départ, puis partant un peu dans tous les sens, certes avec de belles trouvailles. Même si ce type de texte permet les interprétations multiples, j’avoue avoir du mal à comprendre la morale de l’histoire et le sens du parcours de cet être original, asocial, attachant, qui, comme son père, rentre au bout du compte dans le rang, dans la norme, fusse par amour (un amour qui nécessite une amputation d’une part essentielle de chacun voire une reprogrammation des cerveaux). Un avis personnel donc très bancal entre réel enthousiasme, petit malaise et incompréhension.
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Avis **

Une Mer d'huile / Pascal Morin. - Ed. du Rouergue, 2017. - (La Brune)

"Frustrés de ne pas faire, de ne pas être, de ne pas vouloir faire, ni être, autre chose que ce qu’ils étaient." p. 85
Sanary-sur-Mer c’est tous les mois d’août la destination de la famille Lefresne. Une personne par génération : Danielle, 74 ans, ancienne neurologue, matérialiste à l’extrême, Pierre-Marie, son quinquagénaire de fils, psychiatre et psychorigide, divorcé, pas à l’aise avec ses émotions et avec la parole, un ours quoi !, enfin Arthur, 19 ans, une perche de près d’1m 90, doué pour les maths et l’informatique, pour le reste timide, taiseux, solitaire, pensif, limite asocial et puceau en prime. Cette année, sous le soleil de la Côte d’Azur et dans la villa dont elle est propriétaire, Danièle veut briser la routine et la morosité, ce qu’elle fait en embauchant une employée de maison. Prisca n’est pas un mannequin mais elle fera bien l’affaire pour servir de cobaye à l’expérience mise en place par notre clinicienne. Malgré des personnages stéréotypés et une situation assez artificielle, ce court roman ne débute pas si mal : il y a une dose de suspense, on s’attend à un huis clos avec son lot de tensions. Eh bien pas du tout ! On ne sait pas quel chant de sirène l’égare notre Pascal Morin, quelle mouche le pique, mais le voilà carrément parti à transformer son texte en une espèce de feel good un peu ridicule (pléonasme). Certes l’auteur met en exergue une phrase de Pasolini qui dit : « Il ne s’agit pas ici d’un récit réaliste mais d’une parabole. ». Cela ne sauve pas pour autant son livre qui sombre aussi dans une symbolique assez gnangnan.
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 Avis : *

La Disparition de Joseph Mengele / Olivier Guez. - Grasset, 2017

C’est pour un étrange voyage que nous embarque le roman d’Olivier Guez, celui des 30 ans d’exil en Amérique du Sud d’un certain Joseph Mengele, médecin SS tristement célèbre. Nous le suivons dans sa cavale depuis son arrivée en 1949 dans une Argentine péroniste, depuis longtemps en adoration devant le nazisme et le fascisme, au point même d’organiser des itinéraires d’évacuation avec la complicité de fonctionnaires européens corrompus, jusqu’à sa décrépitude dans ses derniers refuges brésiliens. C’est alors un Mengele apeuré, stressé, colérique, malade, paranoïaque (mais jamais pris de remords) que nous montre le romancier. Le tournant étant sans doute en 1959 avec la crainte d’une extradition qui l’oblige à fuir au Paraguay puis en 1960 avec l’enlèvement d’Adolf Eichmann par le Mossad qui le contraint à se terrer au Brésil.
Dans une adroite reconstitution, sont très bien montrés les puissants soutiens dont il bénéficie, les modes de communication avec l’extérieur, les hasards de l’histoire qui font que les recherches sont abandonnées au moment où il était sur le point d’être découvert. L’évolution psychologique de Mengele est finement décrite. C’est vraiment bien documenté et bien réalisé.
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Avis : ***

L'Insoumise de la Porte de Flandre / Fouad Laroui. - Julliard, 2017

Fatima Bencheikh vit à Molenbeck (Bruxelles). Brillante étudiante, de parents marocains, elle décide d’elle-même de porter hijab et djellaba noirs et d’interrompre ses cours. La chose a de quoi surprendre car elle ne fait pas la prière, ne fréquente pas la mosquée. Fatwi la considère comme sa promise, attend l’heure du « viol légal » et, d’ici là, veille à distance à ce qu’elle se comporte avec dignité, c’est-à-dire selon la conception de la décence véhiculée par une certaine forme d’islamisme rétrograde. Mais peut-être que Fatima cache un secret, peut-être n’est-elle pas ce qu’elle paraît, « une moukère en burqa », une femme soumise.
Laroui dans ce court roman qui ressemble davantage à une longue nouvelle explore ses sujets favoris, dénonce les faux dévots, l’oppression de la femme musulmane, en teintant son propos d’une discrète touche d’humour. Comme d’ordinaire, la lecture est facile, c’est d’une bonne tenue sans être un chef-d’œuvre mais occupe une place salutaire dans la production littéraire.
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 Avis : **

Notre vie dans les forêts / Marie Darrieussecq. - POL, 2017

Marie travaille pour une unité psychiatrique non médicamenteuse. Son père a été tué par son grille-pain, sa mère est décédée d’un autre accident domestique d’origine électrique quand elle en avait 16. Nous sommes dans un monde où règnent les drones, les robots espions, le génie génétique. Les humains les mieux considérés disposent d’un clone maintenu artificiellement en vie pour servir de matériel de rechange. Et ça tombe bien car Marie a déjà perdu un poumon, un rein et un œil. Pourtant ce qui la chiffonne c’est qu’elle ne voit pas trace des prélèvements sur son sosie. Elle décide alors de s’enfuir et de rejoindre dans la forêt des fugitifs qui se sont assignés la tâche de libérer les doubles, ces êtres inertes qu’il va falloir réanimer. Il pouvait y avoir effectivement un sujet à traiter mais rien d’excitant ici : le style est plat, ça manque de profondeur, l’ambiance nécessaire n’y est pas, c’est assez prodigieusement pauvre voire un peu niaiseux. Bref, on s’ennuie ferme. A propos d’ennui, jugez donc de la puissance que peut atteindre les phrases de l’auteur : « L’ennui est une sorte de toile dans laquelle on s’empêtre, un suaire, des bandelettes. » Remarquable, non ?
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Avis : *

Un Vautour autour du lit / David McNeil. - Gallimard, 2017. - (Blanche)

"Les patients aiment bien que les infirmières soient jolies, mais ce n’est pas vraiment la raison pour laquelle ils tombent si souvent malades, c’est seulement la raison pour laquelle ils supportent un peu mieux leur maladie." p. 29
Lui qui se définit comme claustrophobe va devoir fréquenter longuement les hôpitaux. Déjà recousu de partout, victime par le passé d’un delirium tremens, ¾ d’un poumon enlevé en raison de sa consommation de trois paquets de tabac par jour, affublé d’une prothèse du fémur, voilà que David McNeil développe une tumeur cancéreuse de 7 cm à l’œsophage. Parolier pour de nombreux et célèbres chanteurs, écrivain, accessoirement fils du peintre Marc Chagall, il narre, dans ce récit ô combien autobiographique, ce dur passage de sa vie marqué par les endoscopies, scanners, par trois mois épuisants et douloureux de chimio et de radiothérapie. A l’image d’un Pierre Desproges et de son savoureux « Plus cancéreux que moi, tumeur ! », il manie avec maestria l’humour et la dérision. Il a, c’est évident, un vrai sens de la formule, du bon mot. Les souvenirs (l’esprit vagabonde), les points de vue (qui s’emballent de temps en temps et digressent), le vécu hospitalier (souvent terrible), les rêves délirants et les dialogues avec les anges (sous l’effet de la bienfaitrice morphine) sont intriqués. Au final, l’humour, politesse du désespoir, apparaît un peu fanfaron, un peu forcé. C’est inégal, ça part un peu dans tous les sens, impression que cela aurait pu mieux se tenir même si on se laisse porter par certains passages.

 Avis : **