Notre vie dans les forêts / Marie Darrieussecq. - POL, 2017

Marie travaille pour une unité psychiatrique non médicamenteuse. Son père a été tué par son grille-pain, sa mère est décédée d’un autre accident domestique d’origine électrique quand elle en avait 16. Nous sommes dans un monde où règnent les drones, les robots espions, le génie génétique. Les humains les mieux considérés disposent d’un clone maintenu artificiellement en vie pour servir de matériel de rechange. Et ça tombe bien car Marie a déjà perdu un poumon, un rein et un œil. Pourtant ce qui la chiffonne c’est qu’elle ne voit pas trace des prélèvements sur son sosie. Elle décide alors de s’enfuir et de rejoindre dans la forêt des fugitifs qui se sont assignés la tâche de libérer les doubles, ces êtres inertes qu’il va falloir réanimer. Il pouvait y avoir effectivement un sujet à traiter mais rien d’excitant ici : le style est plat, ça manque de profondeur, l’ambiance nécessaire n’y est pas, c’est assez prodigieusement pauvre voire un peu niaiseux. Bref, on s’ennuie ferme. A propos d’ennui, jugez donc de la puissance que peut atteindre les phrases de l’auteur : « L’ennui est une sorte de toile dans laquelle on s’empêtre, un suaire, des bandelettes. » Remarquable, non ?

Avis : **

Un Vautour autour du lit / David McNeil. - Gallimard, 2017. - (Blanche)

« Les patients aiment bien que les infirmières soient jolies, mais ce n’est pas vraiment la raison pour laquelle ils tombent si souvent malades, c’est seulement la raison pour laquelle ils supportent un peu mieux leur maladie. » p. 29
Lui qui se définit comme claustrophobe va devoir fréquenter longuement les hôpitaux. Déjà recousu de partout, victime par le passé d’un delirium tremens, ¾ d’un poumon enlevé en raison de sa consommation de trois paquets de tabac par jour, affublé d’une prothèse du fémur, voilà que David McNeil développe une tumeur cancéreuse de 7 cm à l’œsophage. Parolier pour de nombreux et célèbres chanteurs, écrivain, accessoirement fils du peintre Marc Chagall, il narre, dans ce récit ô combien autobiographique, ce dur passage de sa vie marqué par les endoscopies, scanners, par trois mois épuisants et douloureux de chimio et de radiothérapie. A l’image d’un Pierre Desproges et de son savoureux « Plus cancéreux que moi, tumeur ! », il manie avec maestria l’humour et la dérision. Il a, c’est évident, un vrai sens de la formule, du bon mot. Les souvenirs (l’esprit vagabonde), les points de vue (qui s’emballent de temps en temps et digressent), le vécu hospitalier (souvent terrible), les rêves délirants et les dialogues avec les anges (sous l’effet de la bienfaitrice morphine) sont intriqués. Au final, l’humour, politesse du désespoir, apparaît un peu fanfaron, un peu forcé. C’est inégal, ça part un peu dans tous les sens, impression que cela aurait pu mieux se tenir même si on se laisse porter par certains passages.

 Avis : **

Un Fantôme américain / Hannah Nordhaus. - Plein jour, 2017

« Je crois aux fantômes. Je crois au pouvoir du passé. Je crois que nous pouvons être hantés. » p. 352
Dans les années 1970, un hôtel de Santa Fe (Nouveau-Mexique) portant le nom d’Auberge du repos connaît de multiples manifestations d’un fantôme qui harcèle personnel et clients. Il s’agirait de Julia Staab revenant dans ce qui fut sa maison de 1882 à 1896. L’auteur, étant son arrière-arrière-petite-fille décide de découvrir qui elle était, ce que fut sa vie et celle des siens. Nous nous retrouvons ainsi dans le milieu des juifs-allemands émigrés en Amérique lors de la seconde moitié du 19ème siècle, dans ce qui n’est pas encore un état américain et où se côtoie une population bigarrée comportant nombre d’Hispaniques et d’Indiens. C’est l’histoire d’une jeune fille distinguée égarée en plein far west… On assiste au développement de Santa Fe après 1880 : arrivée du train, de l’éclairage public au gaz, de la première ligne de téléphone, construction de la cathédrale… On se rend compte de ce qu’était encore l’état déplorable de la médecine, de ce que fut la naissance et le développement du spiritisme… La stature d’Abraham Staab (d’indigent il deviendra l’un des hommes les plus riches et les plus influents du Nouveau-Mexique), le mari de Julia, permet à travers la presse locale et les journaux de particuliers de deviner Julia en creux. Et puis, petit miracle, il existe un journal intime de l’arrière-grand-mère de l’auteur couvrant deux années. Auteur qui ne renonce à rien dans sa quête, sa volonté démesurée de savoir et de comprendre, ni au test ADN, ni à la bagatelle d’une demi-douzaine de visites à divers médiums. C’est que, au-delà d’un travail scientifique d’analyse des textes et du contexte de l’époque, elle recherche comme une perception intuitive, une communication d’âme à âme. Comme pour illustrer l’idée qu’émigrer ce n’est pas changer de lieu mais changer d’histoire, dans un douloureux parallèle avec celui des pionniers américains, nous assistons aussi, en Europe, à l’holocauste et à la disparition d’une partie de la famille. J’adore la démarche, la richesse de la matière brassée, la force d’évocation et les réflexions un tantinet vertigineuses que cela entraîne. Passionnant ! 

Avis : ***

Calpurna et Travis / J. Kelly. - Ecole des loisirs, 2017. - (Médium)

Dans le premier opus, Calpurnia affirmait sa curiosité de scientifique, en butte aux us de l'époque qui la souhaiterait docile et absorbée par les tâches ménagères. Le nouveau siècle est là, 1900 apporte son lot de nouveautés mais Calpurnia a toujours du mal à faire entendre ses aspirations, même au sein de sa famille. Patiemment, inlassablement, elle observe les phénomènes naturels et les animaux (« Toutes les formes de vie s'imbriquaient les unes dans les autres, et il ne fallait en négliger aucune ») ; expérimente au côté de son grand-père (« On apprend davantage de ses échecs que de ses victoires. Et plus l'échec est spectaculaire, plus la leçon est édifiante. ») ; et comprend que son indépendance financière sera la condition de sa liberté. 
Son petit frère Travis, éternel sauveteur d'animaux en détresse, au « visage rayonnant de bonheur, à désarmer un régiment », accompagne sa sœur dans ces péripéties. Il lui vole véritablement la vedette, car si l’on avait aimé la naissance d'un esprit audacieux dans Calpurnia, l'association faite ici entre esprit froid, méthodique et sciences la rend plus insensible, davantage préoccupée par son devenir que par celui de ses sujets d'observation, et même de son frère.
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Plage réservée ! / S. Lescaut. - Le Grand jardin, 2017

Madame Ornithorynque décide d'aller à la plage avec toute sa marmaille. Une sacrée organisation ! Et l'heure n'est pas encore à la détente puisque tous les animaux déjà installés les rejettent : « Pas de bec ici » ; « Pas de poils ici » etc etc. Pas facile d'entrer dans les cases lorsqu'on est ornithorynque ! Surtout face à des obtus... « Dans quel monde on vit ?! » s'insurge Madame Ornithorynque.
Mais on peut compter sur elle pour mener sa troupe -7 enfants ornithorynques avec chacun leur lubie, leur réparti répétitive- à bon port. Mieux : elle ouvrira une plage pour tous, accueillante et tolérante !
Le propos est joyeusement relayé par une illustration aux détails irrésistibles, dans une mise en page bousculant elle aussi les cadres.
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Mon caméléon / Francis de Miomandre.- L'Arbre vengeur, 2017. - (L'Alambic)

« Il y avait entre lui et moi un lien mystérieux, que je ne puis expliquer, que je comprends à peine, et qui ne saurait, malgré le temps, être tout à fait détruit… » p. 177
Simultanément traducteur, critique et romancier, Francis de Miomandre, un prix Goncourt 1908 bien oublié, nous raconte, dans cette réédition de l’édition de 1938, son compagnonnage avec un caméléon dans les années 1920. Un animal qui par son étrangeté concurrence l’ornithorynque. Il le baptise du nom de Séti, le nom de deux pharaons de la 19ème dynastie, il faut bien cela pour un être d’une telle élégance, et se livre durant trois ans à une contemplation éperdue, le laissant libre dans son appartement ou lors de ses sorties. Vous saurez absolument tout des mœurs et aspect du caméléon. C’est que le corps de Séti est l’objet de changements de couleur et encore plus de changements de forme incroyables. Sans parler de son appareil oculaire extravagant ou de cette langue qui se déploie à une vitesse ahurissante. L’auteur établit une telle connivence qu’il ne peut partir en vacances sans Séti voire provoque quelquefois des déplacements principalement pour lui, son besoin de soleil ou la nécessité de varier ses menus d’insectes. Ce livre improbable, véritable hymne à la beauté du caméléon, est hypnotisant. Miomandre a un vrai talent de conteur (équivalent d'un Bill Bryson aujourd'hui). Il a une écriture très fluide, pleine de charme, il se livre à un récit nonchalant agréablement décousu, comme écrit au fil de la plume. Quatre-vingt ans après sa rédaction, il y a vraiment urgence à relire ce texte original d’un extraordinaire observateur et styliste.
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 Avis : ***

Chapeau les singes ! / S. Alzial ; S. Touache. - Sarbacane, 2017

Quelle drôle de déconvenue pour ce marchand de passage dans la jungle : à son réveil, les singes hilares sont coiffés de ses chapeaux, chapardés dans sa charrette ! Une ruse bien menée et le voici sorti d'affaire : il repart avec son précieux chargement.
Même configuration des années plus tard, avec le petit-fils de ce marchand qui voit ses casquettes disparaître. Fort de l'expérience de son grand-père (mais un peu tard), il tente la même ruse.
Voici une joyeuse facétie orchestrée par une chorégraphie mimétique, mise en scène de façon variée dans une illustration colorée et saturée. 

Frère et soeur / Esther Gerritsen. - Albin Michel, 2017. - (Grandes traductions)

Dans son enfance, logeant dans une chambre au sous-sol, fille de marchands de fruits et légumes, Olivia se sentait à l’étroit. Aujourd’hui, à 53 ans, mariée, deux enfants, elle se consacre avec ferveur à son travail qui consiste à sauver des entreprises. Elle est directrice financière dans une entreprise familiale, la Vaisselle Kyvon, qui vend donc de la vaisselle ainsi que de l’équipement ménager. Une vie bien lisse et bien réglée. Sauf que… Son frère aîné Marcus qu’elle a quasiment perdu de vue lui téléphone. Diabétique et ne suivant guère les recommandations des médecins, on va l’amputer d’une jambe. Olivia, ressentant de la culpabilité à son égard, lui propose de loger chez elle durant sa rééducation. Marcus va générer une belle perturbation dans la famille, déstabilisant Olivia et faisant éclater ses belles certitudes au point que c’est elle qui semble soudain amputée de quelque chose. Un très court roman un peu théâtralisé (l’auteur est aussi dramaturge) sur les rapports familiaux. Une petite mise en scène sympathique mais rien de fabuleux.

Avis : **

Ce qui n'a pas de nom / Piedad Bonnett. - Métailié, 2017. - (Bibliothèque hispano-américaine)

« Ça a été dur, vraiment dur. Ça fait trois ans que mes neurones ne répondent plus. » p. 68
Poétesse et dramaturge colombienne reconnue, Piedad Bonnett livre ici un court récit autobiographique. Son fils, Daniel, s’est jeté dans le vide depuis le dernier étage de son immeuble. Daniel, 28 ans, était étudiant en Master à l’Université de Colombia à New-York et se battait au quotidien pour une vie normale. Tardivement, avait été détectée une schizophrénie dont le déclencheur pourrait avoir été un traitement contre l’acné. Sa mère raconte ce qui suit le suicide ainsi que les questionnements autour des dispositions à prendre (enterrement ou incinération ? acceptation du don d’organes ou pas ? cérémonie religieuse ou pas ?), puis revisite les années précédentes et les signes précurseurs (crises délirantes, bouffées paranoïaques). Elle refuse la consolation. Faire son deuil ne peut consister à se contenter d’accepter, à s’apaiser, à passer à autre chose, à tourner la page. Il faut au contraire creuser, gratter la plaie, essayer de comprendre, s'attarder sur la page blanche. Paradoxalement le seul moyen de cautériser. C’est d’une beauté sombre et étouffante, dans une langue sans effets, froide, analytique, marquée par un athéisme affirmé. Pauvres humains qui n’avons que les mots pour maintenir encore un peu nos morts dans le monde des vivants ! Les morts n’ont que la force que leur accordent les vivants écrivait Javier Marias. Un texte de Piedad Bonnett qui vaut qu’on s’y arrête.
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 Avis : **

Les Histoires de Franz / Martin Winckler. - POL, 2017

La famille Farkas est une famille recomposée : Il y a Abraham médecin généraliste et responsable de la maternité de Tilliers, il a fui pour les Etats-Unis puis la France l’Algérie où sa femme est morte dans un attentat, son fils Franz un ado bourré d’acné qui se cherche, Claire assistante et nouvelle épouse du docteur, sa fille Luciane, plus âgée que Franz, en quête de son autonomie.
Nous sommes entre 1965 et 1970. Par certaines pratiques chirurgicales ou la distribution discrète de la pilule à des mineures, Abraham se met dans l’illégalité, tandis que Claire milite clandestinement pour l’émancipation sexuelle des femmes avec une Sœur Evangéline qui décoiffe. En trame de fond, la Guerre d’Algérie, la tristement célèbre manifestation du 17 octobre 1961, Mai 1968, l’affaire Gabriel Russier (du nom de cette enseignante amoureuse d’un de ses élèves âgé de 16 ans, incarnée au cinéma par Annie Girardot en 1971)…
Mais ce second volet de cette suite romanesque porte principalement sur le passage de Franz de l’adolescence à l’âge adulte (pollutions nocturnes, érections incontrôlées, premiers amours, premières déceptions amoureuses, participation à une école expérimentale…) Ce roman polyphonique lui donne beaucoup la parole notamment à travers le journal qu’il écrit à son moi-du-futur de peur d’être à nouveau amnésique (il a perdu la mémoire de ses premières années dans l’attentat qui a tué sa mère) ainsi qu’à travers ses essais littéraires. Il y a bien d’autres narrateurs, y compris la maison familiale elle-même, lourde de ses secrets passés.
L’auteur doit faire attention à ne pas vouloir inclure à tout prix tous les symboles de la période dans son texte sous peine de virer aux clichés. Le livre, en dépit de ses plus de 500 pages, se lit facilement et vite. Lecture agréable. Pas beaucoup plus à en dire néanmoins. Un 3ème volet de l’autre côté de l’Atlantique est annoncé puisque Franz est sur le point de partir un an en Californie dans le cadre d’un programme de l’American Field Corps (structure qui organise des séjours éducatifs).

 Avis : **

La Serpe / Philippe Jaenada. - Julliard, 2017

Dans un livre plus court que son précédent (seulement 625 pages cette fois-ci), Jaenada oriente le projecteur sur le nommé Henri Girard, sacré drôle de type ! Il est issu d’une lignée prestigieuse de bourgeois, châtelains en Dordogne, à Escoire (12 km de Périgueux). Son père, négligé, dénote un peu dans la famille et sa mère, anarchiste et athée, la honte de la famille, décédera rapidement de la tuberculose sans que les Girard n’acceptent de lui verser une aide financière pour ses soins. Henri est un gosse de riche, rebelle, en rupture, et sa vie sera pour le moins agité. Il fera quatre mariages, dilapidera en un rien de temps l’énorme héritage de son père, s’enfuira en Amérique du sud pour se refaire, y fera pléthore de petits boulots et rentrera en France misérable, connaîtra alors le succès littéraire avec son roman Le Salaire de la peur sous le nom de Georges Arnaud, adapté au cinéma par Clouzot, palme d’or à Cannes en 1953, outre romancier deviendra journaliste pour défendre les justes causes… Quelle vie ! Reste juste un détail…
En 1941, à 24 ans, il est accusé d’avoir occis son père, sa tante et la bonne à coups de serpe sur le crâne. Il réussira à ne pas être condamné grâce à la défense de Maurice Garçon, le plus grand avocat du 20ème siècle pour certains. Cette vie est racontée de façon brillante dans les 200 premières pages qui suffiraient pour former un livre emballant, mais c’est qu’il en reste plus de 400 ! L’auteur va passer 10 jours sur place, voir les lieux, potasser les archives. Il s’empare de cette matière, la pétrit avec délectation, s’arrête sur les moindres détails, se torture l’esprit, cherche les failles (car dans celles-ci peut percer la lumière) jusqu’à l’obsession et propose au final une autre hypothèse que celle du coupable idéal. Pas très convaincante au départ et puis… Bizarrement il fait le choix de modifier le nom de famille de la personne concernée pourtant bien connue notamment des auditeurs de l'émission L'Heure du crime de Jacques Pradel. Il termine véritablement en osmose avec cette histoire, ces lieux. Comme lors de son précédent ouvrage sur l’affaire Dubuisson, il n’est pas avare en apartés et digressions qui me semblent moins agaçantes (on s’habitue ?) et en ton potache, la construction est peut-être moins fluide, moins réussie, c’est un peu long et redondant sur la fin mais ça suscite tout de même encore sacrément l’admiration. Une immersion pour votre prochain week-end.

Avis : ***

Au-delà de la forêt / N. Robert ; G. Dubois; - Seuil, 2017

D'aucuns racontent que la « forêt très dense et très sombre » abrite « des loups, des ogres et des blaireaux géants. » Mais le père du narrateur, curieux de savoir ce qu’il y a au-delà de la forêt, n'y croit pas. Son plan : confectionner des pains, les échanger à ses voisins contre des briques, puis construire une tour portant loin le regard. Père et fils s'attellent au projet, qui prend forme jour après jour... avant de s'effondrer. Le découragement est profond. Mais l'espoir reste permis.
Dix cerveaux valent mieux qu'un, l'adage est illustré ici -de façon délicieusement rétro- dans un fort esprit de solidarité et d'ouverture à l'autre.

Trouver les mots / G. Abier. - Le Muscadier, 2017. - (Rester vivant)

Puisqu'ils se sont parlé quelques heures auparavant, on le somme d'expliquer, mais comment pourrait-il parler, lui qui a toujours eu du mal à exprimer ses sentiments. Ce qui arrive est tellement inenvisageable, inexplicable, insurmontable, qu'il lui faudra du temps pour le formuler
En attendant que les mots terribles lui viennent et nous parviennent, il explique ce qui le lie à son cousin, leur complicité de toujours, fissurée dernièrement par leur rapport aux filles, l'un impatient, l'autre maladroit se réfugiant dans le virtuel. Il ne sera bientôt plus temps de tergiverser, de tourner autour des mots, il faudra affronter le réel, implacable.
Quelques 50 pages sur l'âge fragile de l'adolescence, où les doutes liés à la construction de soi peuvent se révéler irrémédiables s'ils sont exploités par des personnes malveillantes, avec Internet comme puissant écho.
Mise en garde efficace autant que glaçante.

Robot sauvage / P. Brown. - Gallimard, 2017

Un jour Roz s'éveille, comprend qu'elle est sur une île et va devoir redoubler d'ingéniosité pour survivre dans ce milieu inconnu. Elle a tout à apprendre, d'autant qu'elle est un robot, visiblement non conçu pour ce genre d'environnement. Roz découvre donc la stratégie de survie, dans son aspect matériel. Mais elle tient à se faire accepter par les animaux de l'île, décrypte alors leur langage, commun mais exprimé différemment, et use de l'art du mimétisme pour mieux se faire accepter. Elle découvrira même l'art de la maternité. 
Premier roman d'un auteur que nous connaissions pour ses albums, Robot sauvage, oxymore par excellence, s'attarde sur ce qui fait le sel du vivant, convivialité et solidarité. Un robot, attentif aux autres et respectueux de leurs différences, peut se découvrir ainsi naturellement doué pour venir en aide aux autre.
« J'étais en état de marche. 
Mais vous, mes amis et ma famille, vous m'avez appris à vivre. »

Une journée avec mon petit frère / S. Ahmed Backström. - Cambourakis, 2017

C'est Grande-soeur qui s'occupe aujourd'hui de Petit-frère. Elle doit le déposer à l'école, avant de se rendre en cours. Mais pourquoi s'en tenir à ce programme tristounet ? Et si Petit-frère venait au collège ? « Maternelle ou collège, ça revient au même ! » Après quelques heures, l'ennui guette à nouveau pour tous deux, direction le centre ville ! Bibliothèque, relooking, discussions... tant de découvertes préférables aux « bébés qui se bavent dessus » et aux « devoirs et contrôles ».
Déambulation très plaisante, pleine de liberté et de fantaisie, de ces sœur et frère qui bousculent leur quotidien. L'une a la peau claire, l'autre noire, leurs yeux bleus pointant dans la même direction ou se regardant l'un l'autre avec intensité et complicité.

Y'a rien ! / B. Charlat. - Casterman, 2017

Petite mouette prend les membres de sa famille à témoin, à tour de rôle : malgré ses efforts, Y'a rien dans la cuvette des toilettes. Le lecteur pourra également le constater en soulevant l'abattant. Quelques impatiences plus loin, la famille entière -et le lecteur toujours- pourra s'extasier !
Album cartonné à flaps, simple, léger et humoristique, pour accompagner le tout-petit dans son autonomie.

Le temps des oranges / I. Prochazkova. - Joie de lire, 2017. - (Encrage)

Sa mère est morte il y a quelques mois, et pour Darek, pas question de faiblir : entre son père au chômage aux portes de l'alcoolisme et sa petite sœur dont le handicap mental nécessite une attention patiente et constante, il se doit d'être responsable. Lorsque son père lui demande de l'aide pour retaper des chevaux mal en point et les revendre ensuite, Darek s'investit pleinement, soulagé de voir son père se ressaisir. Il est rapidement sous le charme de ces animaux que son vieil ami qualifie d'anges. Sa voisine Hanka le regarde différemment, lui même se sent grandir... la vie semble reprendre une tournure positive ! Mais son ennemi de toujours le confronte à une vérité insoutenable, qui compromet sa confiance en son père, en la vie, en l'âge adulte. 
Iva Prochazkova donne, avec une grande acuité, à lire ce passage de l'adolescence à l'âge adulte, le corps changeant, le sens des responsabilités, la compréhension de la complexité du monde, douloureuse lucidité chassant la confiance et la naïveté de l'enfance. La narration, externe, est entrecoupée de chapitres flash-back où Darek prend la parole, renforçant notre attachement à ce personnage aussi courageux qu'altruiste, reconnaissant ses erreurs et sachant pardonner. C'est aussi une philosophie de vie qui transparaît, celle du respect de la vie, de toutes vies (encore que le spécisme n'y est pas absent), de l'indulgence, d'une vie simple et sincère, sans course au profit ni compromissions. 
 « Darek pensa soudain que le sentiment le plus typiquement humain était sans doute l'insatisfaction. Mais nous appelons ça l'ambition, et nous en faisons une qualité. » 
« Il avait déjà remarqué que les adultes avait coutume 
de parler pour atténuer le bruit que faisaient leurs actes, 
pour détourner l'attention de l'essentiel. » 

Le dernier cow-boy / G. Kocjan ; L. Renardy. - Atelier du poisson soluble, 2017

C'est une double surprise qui nous attend dans cet album. On se croit en plein western, avec Quickly Lucky en justicier du far-ouest. L'illustration nous donne des indices d'une autre réalité, contemporaine celle-là. Puis on découvre que Quickly Lucky n'est pas à proprement parler « un cow-boy, ni un justicier. » Alors qui est-il ?
La narration brouille les pistes mais une chose est sûre, ce sont des valeurs d'écologie, d'équité, de liberté et de fraternité qui animent ce héros révolté. « Les hommes sont devenus fous de puissance. Ils veulent diriger le vent au lieu de se laisser caresser par lui. »
Gringo, ne vous mettez pas en travers du chemin de ce parangon de justice !

La Danse de l'araignée / Laura Alcoba. - Gallimard, 2016. - (Blanche)

Après Manèges : petite histoire argentine (2007) où elle a 7 ans et vit en Argentine dans la clandestinité et la peur depuis l’arrestation et l’emprisonnement politique de son père, après Le Bleu des abeilles (2013) et son arrivée avec sa mère à 10 ans dans la banlieue parisienne, revoici Laura Alcoba à 12 ans. Elle a déménagé du Blanc-Mesnil à Bagnolet où elle vit avec sa mère et, comme auparavant, avec une grosse argentine du nom d’Amalia. L’enfant devient jeune fille, premier soutien-gorge (bien trop grand pour ce qu’il y a à y mettre), premières règles, la rencontre traumatisante d’un exhibitionniste. Grâce à l’école, premiers amis puis plus difficilement premiers amis français. Les progrès dans la maîtrise du français qu’elle aime de plus en plus, l’allemand en première langue à l’école aussi. La lecture avec un père de l’autre côté de l’océan qui la motive à travers ses lettres. L’élection de François Mitterrand vue au domicile sur le petit poste couleur récupéré chez Emmaüs, posé à même le sol. La romancière procède toujours par fragments de souvenir, en utilisant un beau style limpide où perce tantôt l’humour, tantôt l’émotion. Ça fonctionne très bien, on retrouve chaque fois avec un vrai plaisir ce personnage et c’est certainement avec le même plaisir que nous retrouverons l’auteur lors des Petites Fugues 2017. 

Avis : ***

Les Passagers de l'Anna C. / Laura Alcoba. - Gallimard, 2011. - (Blanche)

1966, Manuel et Soledad, les futurs parents de l’auteure, tout feu tout flamme, décident, avec quelques amis, de quitter l’Argentine pour vivre leur amour librement et satisfaire leur soif de la Révolution. Pour tromper les agents américains, ils passent sous de faux noms par Paris puis Prague avant d’atterrir à Cuba. On y attendait des experts, on y découvre de grands ados en mal de sensations fortes. Tant pis, il faudra faire avec. Durant un an, de camp d’entraînement en camp d’entraînement, on les prépare à l’action. Lorsque le grand jour arrive enfin, ils apprennent que le Che qu’ils idolâtrent a été tué. L’équipée prenant de plus en plus l’allure du Désert des Tartares, il ne reste plus qu’à rentrer, penauds, en Argentine avec prudence. Le retour se fera en évitant le Paris de mai 68, via Prague, Vienne, Gênes, Madère, le Brésil et, faute de moyens suffisants pour prendre l’avion, sur le bateau l’Anna C. Manuel et Soledad rentre au pays avec un bébé prénommé Laura dans les bras. La totalité des Argentins qui les accompagnent dans ce voyage ne tarderont pas à avoir un destin tragique. Tel le Petit Poucet, Soledad jette des couches sales à la mer, comme si un jour, sait-on jamais, il allait falloir retrouver le chemin de l’Europe. Une reconstitution très bien faite, dans un style simple et agréable. 

Avis : ***

Une Histoire des loups / Emily Fridlund. - Gallmeister, 2017. - (Nature writing)

"S'il vous plaît, aidez-nous mon Dieu à la pitié infinie pour cette pathétique farce qu'est l'existence humaine." p. 21 
C’est un grand classique désormais : à chaque arrivée d’un nouveau romancier américain les adjectifs fusent (époustouflant, super original…) Que dire donc de ce livre ? Le cœur en est un fait-divers qui, quoique tragique, reste assez quelconque et sans rebondissements. Nous suivons donc dans le Minnesota Madeline Furston, une ado, fille d’anciens hippies qui devient la baby-sitter du petit Paul. C’est elle qui, âgée de 37 ans, raconte l’histoire. Les parents du gamin ont l’air un peu particulier, le père est membre de l’Eglise de la science chrétienne. On sent bien que le drame, même si on n’en connaît pas encore la nature, va advenir. S’y mêle le souvenir récurrent de ce bon Monsieur Grierson, un ancien professeur de Madeline, qui se démenait pour son enseignement mais qui a été condamné pour pédophilie. C'est que l'espèce de fascination de Madeline pour les loups semble s'étendre aux prédateurs humains. Certes c'est bien écrit (Fridlund n'est tout de même par Irving ou Udall), la nature y est très présente (principe de la collection), mais on a tout de même un peu l’impression que cette histoire qui se résume à peu de chose n’en finit pas, qu’on pourrait presque la relancer à l’infini. D’ailleurs l’auteur pour y mettre un point final fait un bien drôle de choix. Époustouflant ou éprouvant, on vous laissera juge. Premier roman.

Avis : **

La seule chose qui compte vraiment / N. Somers. - Fleurus, 2017

Ce livre nous raconte l'histoire de Lise, 15 ans, qui souhaite devenir championne de gymnastique. On découvre page après page le portrait d'une jeune fille qui se bat quotidiennement afin de réaliser son rêve. On entre dans le monde du sport de haut niveau, ce qui apporte beaucoup à l'histoire. Les thèmes abordés sont divers et variés ; le sport, l'absence d'un père, le manque d'amour, l'amitié, la jalousie et le passage de l'enfance à l'adolescence. Ces nombreux sujets permettent au lecteur de s'identifier facilement aux personnages. Les personnages sont touchants, en particulier Vincent, qui va être d'un grand soutien pour notre héroïne. J'ai aussi été touchée par le courage de Lise, sa combativité et sa joie de vivre. Malgré les difficultés rencontrées, elle continue de se battre et ce livre nous offre une très belle leçon de vie. 
Un roman très simple à lire, conseillé pour un jeune public. L'écriture est très fluide, le vocabulaire facile et les quelques souvenirs glissés tout au long du roman viennent ajouter de la profondeur au récit. Pour conclure, ce roman nous transmet un message fort, celui de toujours croire en ses rêves.

Perdre la tête / Bertrand Leclair. - Mercure de France, 2017. - (Bleue)

« Mon dieu, est-ce que c’est possible, d’être ainsi torpillé en plein vol par l’objet même de son envol ? » p. 42
Le narrateur, qui décide pour les besoins du récit de se nommer Wallace, est allongé sur un lit d’hôpital à Rome avec une balle dans le genou que lui a administrée, sans raison apparente, son amante lors de leur dernière rencontre. Wallace qui est divorcée a suivi sa nouvelle compagne dans la capitale italienne où elle prend un poste de correspondante pour la radio. Il s'est épris de Giulia, troisième épouse de Pietro Petrucciani, un amateur d’art et collectionneur qui, désormais paraplégique, est en fauteuil roulant électrique à la suite d’un accident. Dans ce qui se révèle une désolation familiale et un désordre amoureux, Wallace ratiocine, s’apostrophe, tapant sur son ordinateur jour et nuit, surfant sur certains sites, pour essayer de clarifier ce qui lui arrive. Il comprend rapidement que Pietro Petrucciani a de drôles de fréquentations et trempe dans un milieu mafieux. Bien qu’essayant de garder la tête sur les épaules, il est confronté à son obsession d’enfance, celle des têtes tranchées. Et s’il était concerné par la première tentative d’une greffe de tête humaine par un fou du scalpel, le professeur Sergio Canavero ? Le roman n’est pas avare en très longues phrases, c’est intéressant lors de certains passages mais sur la longueur c’est une logorrhée tout de même assez indigeste pour une histoire qui se résume à bien peu de chose.

Avis : *

Monarques / Philippe Rahmy. - La Table ronde, 2017. - (Vermillon)

« Voilà, ce qu’il m’est donné de faire, traduire le silence qui survit à la disparition des corps. » p. 105
Un livre au caractère manifestement autobiographique. Le narrateur est né d’un père musulman et d’une mère luthérienne. En creusant un peu du côté de sa mère, il est même le petit-fils d’un médecin nazi et d’une juive convertie au protestantisme. Il tente ici de démêler l’écheveau de la geste familiale. Vient se greffer là-dessus une fascination pour le jeune Herschel Grynszpan, ce polonais juif qui assassine à Paris, en 1938, un secrétaire d’ambassade allemand. C’est lors d’un voyage en Israël que le narrateur clarifie son parcours, ses idées, approfondit aussi la vie d’Herschel, le tout livré sous forme de fragments où s’imbriquent les différentes temporalités. Il fait se rencontrer monde musulman et monde juif, quête biographique et quête littéraire. Pour que l’entreprise réussisse et ne soit pas un grand télescopage, il y fallait un rythme et un ajustement millimétré des diverses pièces du puzzle. Or, pour ma part, je trouve que cela s’étiole en progressant, que ça manque de sève, qu’il y a parfois un côté assez artificiel (notamment dans l’explication de la fascination du narrateur pour Herschel qui m’a un peu consterné). Il y a quelques beaux passages littéraires mais il y a aussi des moments gênants où l’auteur ne semble plus guère être dans un projet littéraire mais dans un simple récit, dans une confusion des genres plus que dans un mélange harmonieux. Bref, j’ai bien du mal à adhérer pleinement.

Avis : **

Une Fille, au bois dormant / Anne-Sophie Monglon. - Mercure de France, 2017. - (Bleue)

Bérénice Barbaret Duchamp est chargée de documentation chez No Logo, une importante agence de communication. Elle y rédige des cahiers documentaires à partir de sujets porteurs qui servent d’outils à ses collègues chargés de la communication. Mais nous sommes en pleine crise financière et Bérénice, victime du nouveau PDG, est de plus en plus placardisée. A l’image de celle dont elle porte les initiales, BBD pour Belle au bois dormant, elle est lourdement endormie. Elle ne sait pas se défendre dans ce milieu cruel et a toujours été soumise dans son travail comme dans sa vie privée. Ce roman est donc l’histoire de son lent et long éveil qui se produit en parallèle de celui de Pierre, son bébé, et auquel va contribuer une formation à la voix étalée sur quinze séances où elle fait la connaissance de Guillaume, le formateur, un jeune chanteur plein de convictions. Le récit utilise le « tu » car la voix qui dit « je » n’est pas encore possible à ce stade, cela donne un ton assez particulier, il navigue entre manifeste féministe, critique sociale, analyse du monde de l’entreprise et surtout description psychologique très poussée. Au-delà de ses qualités intrinsèques, difficile de cacher que le livre ne paraîtra pas très palpitant à tout le monde. Premier roman. 

Avis : **

Jeux de dame / Thierry Dancourt. - La Table ronde, 2017. - (Vermillon)

Les derniers éléments de l’Empire colonial français sont en train de se désagréger, bientôt on enverra le premier homme dans l’espace, un russe nommé Iouri Gagarine. Les tensions internationales sont à leur comble, la Guerre froide à son apogée, on finirait presque par bâtir un mur entre Berlin-Ouest et Berlin-Est ! En décembre 1960, Pascal Clerville qui effectue un contrat comme bibliothécaire au Musée des Arts africains et océaniens se lie d’amitié avec Solange Darnal, une fidèle visiteuse du musée. Hélas, elle doit se rendre pour plusieurs mois à Berlin afin, dit-elle, de réaliser des études d’observation pour le compte du Conseil économique et social. Pendant ce temps, Pascal s’occupe de l’arrosage de ses plantes, d’aérer l’appartement et rencontre une vieille voisine, amie de la famille, qui lui en apprendra plus sur l’étrange Solange. Celle-ci est en réalité partie rejoindre en Allemagne son chef et amant Marc Jeanson pour des activités peu avouables. C’est assurément bien ficelé, assez agréable à lire, sans que le roman soit d’une bien grande originalité tout de même.

Avis : **

Petites histoires pour futurs et ex-divorcés / Katarina Mazetti.- Gaia éditions, 2017

Avec "Petites histoires pour futur et ex-divorcés" Katarina a choisi de nous parler de tous ceux qui bon an mal an, continuent leur route ou au contraire voient leurs chemins se séparer. En une petite trentaine de nouvelles, toutes plus caustiques, originales, savoureuses les unes que les autres, elle fait le tour de ces moments forts d'une vie : séduction, amour, lassitude et désamour, infidélité, regrets, passion, tout y passe, c'est à la fois drôle et touchant.
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Le p'tit bossu qui en avait plein l'dos / G. Gigi Bigot ; P. Comis. - Didier, 2017

Un enfant avec une bosse dans le dos, dans une cour d'école... on ne sera pas étonné de le voir chahuté -au bas mot- par ses camarades. Un jour, poussé par 2 plus grands, il tombe « en plein sur sa bosse de malheur » qui s'ouvre, sur 2 ailes. Qui ne serait pas tenté, alors, de fuir ?  C'est ce que le p'tit bossu s'empresse de faire. Il y a pas mal de monde pour penser qu'il fait bien, très bien même : les oiseaux, les arbres, les fleurs... la nature et les animaux, tous lui emboitent le pas. 
« Les gens se sont habitués à vivre comme ça : sans arbres, sans fleurs, sans oiseaux, sans mémoire. » Hormis une grand mère qui se souvient bien du p'tit bossu ; sa petit fille cultive le rêve de le retrouver...
Une langue vive, forte, pour un conte à la structure toboggan. La nécessité de se confier quand on en a « gros sur le cœur » est exprimée avec emphase, la conteuse conviant la puissance de la nature du côté de l'opprimé, pour mieux valoriser l’empathie et l'écoute. 

Maman / M. Itoïz. - Seuil, 2017

Un peu de maquillage de toutes les couleurs, une maman disponible qui joue le jeu, se transforme au gré de l'imagination de son fils, le moment qui précède le coucher devient alors riche et détendu. 
Avoir une maman complice de ses jeux, c'est fabuleux ! Un album coloré et gai à l'écriture cursive. 
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Les trois petits coquins / Q. Blake ; E. Chichester Clark. - Gallimard, 2017

Soyez sages s'évertue-t-elle à répéter à chaque fois qu'elle sort. Mais Tim, Sam et Lulu, invariablement, mettent à sac l’appartement soigné de Ida Delahuppe. Toutes les pièces subissent l'énergie dévastatrice de ces trois singes aussi adorables que turbulents. Et puis un jour c'est la pagaille de trop : « Je donnerais tout pour une vie paisible sans ces horribles petits singes ! »
Méfiez-vous des souhaits que vous exprimez...
On compatit -un peu- à l'accablement d'Ida mais on sera tout de même plus sensible aux facéties de ces trois singes à l'imagination infinie pour ce qui est des cataclysmes domestiques. La mise en page est à l'envi, variée et dynamique.
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Trop curieux / A. Bowsher. - Amaterra, 2017

Le chat est sympa, c'est un fait pour qui les apprécie. Mais la narratrice de cet album découvrira à ses dépends qu'il faut, pour qu'il le reste, respecter son intimité, sa vie secrète. 
Album noir et blanc au trait gras, sobre avec ce qu'il faut d'humour, très juste dans ce qu'il exprime du chat et de son mystère. 

Monsieur Ours veut qu'on le laisse tranquille / I.-K. Noh. - Rue du monde, 2017

Monsieur Ours est du genre solitaire. Pas bourru ou farouche, c'est juste qu'il aime lire ou siroter un thé en écoutant tranquillement de la musique.  Lorsque 2 lapins passent successivement devant son banc, fatigués et accablés par la vie, Monsieur Ours les invite à se poser. Un couple est né. De nombreux lapereaux suivront.
Monsieur Ours en vient assez vite à regretter sa tranquillité. Mais c'est une chose si difficile à dire, il a tellement peur de vexer ! Alors il use de subterfuges, raisonnables puis désespérés. Le burn-out le guette...
Un album, format à l'italienne, très intéressant graphiquement, jouant sur les vibrations pour exprimer les variations émotionnelles, qui dit l'importance d'exprimer son ressenti pour se respecter et vivre sereinement avec autrui. 

Tu me lis cette histoire ? / D. Lévy ; Kotimi. - Rue du monde, 2017

Il a bien de la patience, maître Chiharu, avec tous ces animaux qui lui demandent à tour de rôle de lire son livre. A chaque fois, il reprend la lecture depuis le début, à voix haute.
Alors maître Chiharu a une idée : apprendre à lire à tous les animaux.
Le dessin au trait noir a quelque chose de brouillon, d'ébauché, d'enfantin mais dégage un charme certain dans les postures. L'histoire quant à elle nous rappelle le plaisir infini de la lecture, en solitaire ou en groupe. La page finale montre que tous autant qu'ils sont, devenus autonomes, « aiment quand même toujours autant qu’on leur lise une histoire. »

Confessions d'une catastrophe ambulant, le journal de Chloe Snow / E. Chastain. - Gallimard, 2017. - (Scripto)

C'est la rentrée pour Chloé, qui se déroulera sans le soutien de sa mère partie au Mexique se consacrer à l'écriture de son roman. Elle raconte au jour le jour sa première année au lycée (correspondant à notre 3ème) : son pari -et tentatives- d'avoir enfin son premier baiser, la chorale, ses parents dont la relation se délite, les turpitudes avec sa meilleure amie, la relation trouble avec Mac... Autant d’évènements à la fois banals mais marquants pour une adolescent.
C'est un roman -sous forme de journal intime- assez américain dans la prégnance de la religion. Mais pour le reste, leur vie a des accents d'universalité, celle de jeunes quittant l'enfance pour le monde adulte, ce qui peut être à la fois « terrifiant et merveilleux. » Rien de très passionnant mais on se laisse prendre par une narration aux chapitres courts et une narratrice attachante qui, sans grand caractère au départ, affirme son identité.
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Maggie et la biche / A. Billon ; A. Marnat. - Chocolat, 2017

Elles se côtoient et s'observent depuis longtemps, de loin. Maggie depuis sa petite maison en haut de la colline ; la biche depuis sa forêt en contrebas. Ce matin c'est décidé, elles se rencontreront ! Le problème est qu'elles ont décidé cela simultanément. Maggie dévale la colline, la biche brave le danger lié aux prédateurs, chacune arrive à destination... sans s'être croisées. La déception est grande mais leur détermination entière !
Illustrations en noir et dorés au charme retro pour une histoire touchante. 

Electrico 28 / D. Cali ; M. Le Huche. - ABC Melody, 2017

Au volant de l'Electrico 28, célèbre tramway de Lisbonne, Amadeo repère les amoureux potentiels, et selon leur typologie (les timides, les indécis, les ignorants), il opère une manœuvre particulière pour jeter ces passagers dans les bras l'un de l'autre. Et si cela s'avère insuffisant, Lazaro et sa guitare viennent en renfort. 
Amadeo est bien triste de partir en retraite et de renoncer ainsi à sa vocation de cupidon. Mais la relève est prise, Amadeo le constatera à son avantage !
Hymne à l'amour, à Lisbonne et à la générosité, cet album est aussi tonique que sensible.

Un Pauvre type / Erskine Caldwell. - Gallimard, 2003. - (L’Imaginaire)

Blondy Niles est un ancien boxeur en pleine déchéance. SDF, il dort là où le hasard le mène. Et justement il s’est amouraché de Louise, une prostituée qui est prête à partager son lit. On propose à Blondy de remonter sur le ring pour deux combats. Dix billets à la clef mais, et il ne le sait pas, les combats sont truqués. Le corps lacéré, Louise est retrouvée morte à son domicile. C’est alors la jeune Gestie qui le prend sous son aile et l’emmène dans une étrange pension tenue par sa mère, une espèce d’ogresse castratrice (et hélas pas seulement au sens figuré), où le pauvre Blondy tombe en esclavage et côtoie des tendances au sadisme et à la nécrophilie.
Le style froid et concis percute une réalité totalement délirante et cauchemardesque. Gangsters, boxeurs, filles publiques et femmes dépravées peuplent ces pages et constituent un univers de violence et de sexe dévoyé. L’histoire d’un loser proche de ceux que créera un peu plus tard David Goodis. Un Pauvre type, écrit en 1930, est parfois présenté comme le brouillon des deux chefs-d’œuvre à venir, à lire et à relire, La Route du tabac (1932) et Le Petit arpent du Bon Dieu (1933), des brouillons de cette qualité nous aimerions en voir davantage lors des rentrées littéraires.
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 Avis : ***

Le Passage / Pietro Grossi. - Liana Levi, 2017

« On s’est moqués de vous. Les enfants ne sont le début de rien. Les enfants sont la fin. C’est la magie de l’existence déversée dans des chiottes remplies d’idiots qui échangent des regards complices et rêveurs en parlant d’éruptions cutanées et de poussettes. » p. 87
Jeune homme, Carlo naviguait avec son père, faisait des régates. Mais c’était un père au sale caractère, capable d’humilier son fils. Depuis, Carlo a mis de la distance pour ne pas rompre totalement et définitivement les liens. Il a fait sa vie, une vie de marin. Puis, il s’est sédentarisé, habitant Londres, prenant épouse, ayant enfants. Sept ans après avoir cessé la navigation, il reçoit un coup de téléphone de son père, comme surgi de nulle part, qui lui demande de reprendre du service pour venir l’aider dans une traversée du passage du Nord-Ouest depuis le Groenland. Carlo hésite puis accepte, l’heure de la grande clarification a peut-être sonné. Un face-à-face qui ressemble plus à une longue nouvelle qu’à un véritable roman. Malgré quelques bons passages, le tout manque de puissance, c’est assez linéaire et sans surprise. Un côté un peu pré-scénario pour une adaptation pour le cinéma. Agréable mais pas plus. Premier roman.

 Avis : **

L'arbre et l'ombre de la lune / H. Romano ; A. Day. - Courtes et longues, 2017

Peut-on imaginer plus grand effroi que celui éprouvé par un enfant découvrant son père suicidé ? Comment vivre avec cette image, puis avec l'absence et les questions ? Avec la culpabilité de n'avoir pas suffi à empêcher le drame. Avec la gêne des adultes à prononcer des mots. D'ailleurs quels mots peuvent sonner juste pour expliquer ce geste définitif ?
C'est ce que tente cet album pudique qui met néanmoins des mots  sur « tout le vide que sa mort a laissé. »
Pour conclure l'album, une fiche destinée aux adultes aide à expliquer les morts violentes aux enfants.
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Oh, le beau jour ! / L. Smith. - Le Genevrier, 2017. - (Est-Ouest)

Grâce à Albert, le chat s'ébaudit dans le parterre de fleur, le chien dans l'eau, la mésange dans la mangeoire... Pour tout ce petit monde : Oh, le beau jour ! Mais voici que s'immisce l'ours, et tous ces petits bonheurs sont révolus. Sauf pour l'ours bien entendu qui les prend tous à son compte.
C'est injuste pour Albert et ses amis relégués à l'intérieur de la maison, mais à voir l'air ébahi de l'ours, on se dit que cela valait bien ce sacrifice !
Histoire simple et expressive pour vivre par procuration les petits plaisirs jouissifs de l'été.

Nils et le terrible secret / C. Clément. - Bayard, 2017

L'une a perdu son fils dans un incendie lorsqu'il avait 2 ans ; l'autre grandit sous l’œil exigent de son père. Alice, de visite en Laponie, croise par hasard Nils mais ne peut se résoudre à le quitter : il ressemble tellement à ce que serait devenu son fils ! Alors elle s'installe aux abords du village du peuple des Samis qui la voient comme une touriste n'ayant rien à faire parmi eux. Elle découvre la vie au plus près de la nature et au rythme des saisons, aux côtés de Nils et des rennes. Un mode de vie âpre et confronté aux enjeux de la modernité. Nils est personnellement tiraillé par cette problématique, à la fois admiratif de son père fervent défenseur de la tradition et attiré par les atours de la modernité. S'ajoute la révélation d'un secret de taille qui renforce le questionnement sur son identité. Mais quand on croit à la magie de la vie, tout se résout !
Un roman fort et original, à lire dès 9-10 ans.
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Comment maximiser (enfin) ses vacances / A. Percin. - Rouergue, 2017. - (DoAdo)

Se replonger dans les aventures de Max, c'est comme s'installer tout confort dans un couffin. On ne se souvient plus de tous les détails des trois premiers tomes mais on y est bien d'emblée. Les préambules tenus par chacun des personnages nous remettent dans le bain. Puis Max reprend la parole.
Premier moment hilarant lorsque notre bon vieux Max raconte son oral de Sciences Po où il illustre magistralement ses principales qualités, la curiosité, le sens de l'humour et la naïveté. Mais le jury ne partage pas notre enthousiasme et le trouve « hâbleur »... C'est un choc pour Max qui aurait tendance à se trouver irrésistible. « Il arrive un moment dans la vie où tu te rends compte qu'il ne tient qu'à toi de réussir ou de rater sa vie. Et ça fout un peu la trouille. Si ça se trouve, c'est ça, devenir adulte. »
Alors avant le grand saut de la rentrée, Max prend les choses en main et organise une tournée pour son groupe de musique (voir Comment devenir une rock star). Ils forment le groupe Kremlin à 4, « le carré magique » : Tonton Chris à la parole rare et profonde, Stéphane et Julius, respectivement incarnations de l'ordre et de la gentillesse, qui assurent le parfait équilibre entre la rigueur et les délires. Et Max bien sûr : «  Je fais sortir de moi tout ce qu'on ressent collectivement. (...) Je nous exprime. »
Les accompagnent également Kévin, « Monsieur Enthousiaste », Alex et sa verve toute particulière, Natacha reine de la psychologie et petite amie de Max et Alice, qui a passé « l'âge d'être une "petite sœur" ». En camping à Arcachon, toute la bande improvise, entre franches rigolades, petites crises de cohabitation et moments de gloire sur scène.
Max pourrait finir par taper sur les nerfs (avec sa «  personnalité autocentré » ?) mais il n'en est rien. Les quelques tics d'écriture sont bien sommaires comparés au plaisir de l'univers et du style. « La Maxitude, ce n'est pas une méthode d'écriture : c'est un art de vivre.  »

Gloria / M. Pouchain. - Sarbacane, 2017. - (Exprim')

« Elle ne fait que ça depuis qu'elle est née : essayer de se faire aimer. » Par sa mère d'abord, qui ne vit que dans le souvenir de son fils décédé. Par son prof de théâtre au lycée, qui la congédie dès qu'il la sait enceinte. Par le monde entier ensuite, quand elle tente sa chance pour devenir actrice à Los Angeles. Entre temps, elle a confié son fils à une dame en mal d'enfant. Mais lorsqu'elle réalise que d'une part ses rêves de gloire ne la mènent nulle part mais qu'en sus elle ne pourra plus avoir d'enfant, Gloria cesse d'être la poupée parfaite qui s'écrase devant tous et prend les choses en main. « Gloria n'a jamais eu beaucoup de chance dans sa vie, mais heureusement, il y a toujours eu un truc pour l'empêcher d'aller trop loin quand elle était sur le point de se perdre ». En l’occurrence, la frontière est ténue, le "trop loin" si proche...
L'histoire de Gloria est tracée dans les grandes lignes, le style sans ambages, avec cette récurrence d'un besoin assoiffé d'amour que seule la rencontre avec Jamie saura apaiser.

Le coupable / S. Alzial ; S. Touache. - Rouergue, 2017

Au moment de partir au travail, le bucheron ne trouve plus sa hache. Il cherche, fouille, farfouille, s'acharne et s'énerve : Rien ! En désespoir de cause, il s'apprête à demander à son voisin, et de réflexion en supposition, il en vient à la conclusion que c'est forcément son gentil voisin qui est le voleur de hache. Sa colère enfle, le voisin va en prendre pour son grade !!! Mais qui est le coupable en définitive ?
Leçon efficace sur la suspicion. Méfiez-vous de vous-même, un peu de patience avant d'accuser autrui ! Les illustrations en verts oranges saturés ne sont pas sans rappeler Blexbolex.

Nos années lumière / R. Stead. - Milan, 2017

Bridge a subi un terrible accident. «  Tu dois être venue au monde pour une bonne raison, petite, pour avoir survécu à tout cela. » lui dit alors une des infirmières. Depuis elle questionne sa vie, se demande si elle a un but, une destinée à accomplir. En attendant, sa vie ressemble à celle de toute jeune américaine : le collège, la famille, les amitiés, le corps qui change... Semblable oui, mais toujours un pas de côté. Des oreilles de chats sur la tête, une amitié avec Tab et Em, avec qui elles forment un "ensemble" (et non un club !) où toute dispute est interdite.
L'année scolaire se déroule dans un rythme indolent, qui nous tient malgré tout en haleine car on se demande qui est cette jeune fille (tu) qui occupe quelques chapitres, nous projetant, dans une tension, vers une saint-valentin qui n'augure rien de romantique. Et il faut bien dire que le charme de cette amitié bienveillante opère, a fortiori par opposition aux harcèlements environnants. Elles auraient pourtant matière à se brouiller. Mais « la vie, c'est pas quelque chose qui te tombe dessus. C'est ce que toi tu en fais, tout le temps. » 
Alors Bridge, Tab, Em et le personnage mystère s'évertueront à rendre leur vie et leur personnalité meilleures. 

Des Ames simples / Pierre Adrian. - Equateurs, 2017. - (Littérature)

« Après tout, nous sommes tous des âmes simples et perdues. Des hères qui rôdaillent en fond de vallée, incapables à la hauteur. Faibles à l'espérance. » p. 157
Au cœur d’une vallée pyrénéenne, Frère Pierre, sa vigie, un vieux moine curé, exerce là depuis un demi-siècle. Passe dans le monastère où il vit, tout une faune bigarrée et souvent égarée. Pierre Adrian vient y séjourner un hiver et essaye de rentrer dans le mystère de ce prêtre, de dire l’intemporalité du lieu, l’importance du silence et de la fraternité, de raconter les petites gens de cette vallée (chevriers, paysans, clochards, militant pour le retour du train…) Il tente de percer l’âme des gens et des choses. Le récit prend parfois, à travers une galerie de portraits, l’accent de la bande dessinée de reportage type Davodeau et plus souvent encore, à travers une quête spirituelle qui tait son nom, fait immanquablement songer au Huysmans d’En route.
Venant d’un jeune homme de 25 ans, c’est étonnant, troublant de maturité dans la qualité de réflexion, dans le regard porté et dans la qualité stylistique. On est juste estomaqué par certains passages d’une beauté rare. Un auteur vraiment à suivre même s'il n’est pas évident de pronostiquer si c’est la littérature ou la spiritualité qui lui tend les bras. A moins qu’il ne réussisse à se maintenir dans un savant équilibre entre les deux.

Avis : ***

De longues nuits d'été / A. Appelfeld. - Ecole des loisirs, 2017. - (Médium)

Leur vagabondage est guidé par une démarche de pureté. Servir Dieu, placer ses actions sous son regard, œuvrer pour la justice. Sergueï, vieux et aveugle, guide Janek, lui apprend, par « les lois de la nature et les lois de la guerre », à devenir un "soldat" de la vie, tandis que Janek, du haut de ses 11 ans, écoute avidement tout en étant le vigie de son aîné. Ces leçons spirituelles s'ancrent de plus en plus dans un quotidien menaçant, tandis que l'on découvre les raisons de la présence de Janek auprès de Sergueï. Les injures, agressions se multiplient, violences préfigurant celles de la guerre, qui s'abattent de plus en plus jusqu'à terrasser nos héros et leurs proches.
C'est un roman puissant dans sa construction, qui se connecte à la nature, aux rêves et donne les bases d'une morale de justice et de générosité, avant de se confronter de plein fouet à l'ultra violence et l'horreur de la Shoah et de la guerre. Abruptement. La couverture paraît en cela décalée, le livre ne saurait se destiner aux plus jeunes. Mais les leçons de droiture sont acquises, comme une règle de vie pour mettre à distance l'innommable.
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Loup gris et la mouche / G. Bizouerne ; R. Badel. - Didier, 2017

Loup gris est dépité. Après avoir avalé une mouche, son hurlement n'est plus qu'un vrombissement ridicule. Et en plus il zozote ! Toute la meute se gausse, le chef le chasse en le sommant de retrouver son cri naturel.
Le loup s'en va donc la queue basse mais une idée lumineuse le requinque : s'il avale une araignée, celle-ci se chargera de dévorer la mouche dans son estomac. Las, l'effet n'est pas celui escompté, des fils lui poussent dans les oreilles ! Loin de se décourager, il entreprend de reconstituer la chaîne alimentaire dans son estomac, assimilant par la même occasion les caractéristiques des animaux avalés. C'est contrariant pour le loup, hilarant pour nous !
Dans ce troisième opus, Loup gris, plus victime que jamais, revient en force niveau humour grâce aux illustrations expressives de Ronan Badel et au texte de Gilles Bizouerne invitant farouchement à la lecture orale.

Mort au loup / P. Jalbert. - Seuil, 2017

Opération militaire en cours chez les trois petits cochons, il faut se débarrasser du loup. Cela en 3 temps :
Première étape : leçon de stratégie. Mais l'instructeur a bien du mal à coacher ses troupes.
Deuxième temps : l’appât, il faut ferrer le loup, avec une ruse de sioux.
Troisièmement : la confrontation loup/cochons. Mais le loup est décidément trop bavard pour laisser l'opération se dérouler comme prévu. 
Et enfin, la chute qui n'en finit pas de chuter nous réservant surprise après surprise. 
Ce conte détourné semble déjouer les standards du conte pour mieux nous mettre le doute. Les cochons un peu concons, le loup militant du « rapprochement des loups et des cochons », d'une ouverture et d'une gentillesse... louches ? Ne présagez de rien, laissez-vous séduire par l'humour de l'histoire porté par une narration dynamique, moitié album moitié BD.

Fragiles / S. Morant. - Hachette, 2017

Brittany est une jolie peste vivant à travers le regard des autres. Gabriel est  une « brute sans cœur qui brisait tout sur son passage ». Avec Vanessa, chacun d'eux se donne « le droit de laisser tomber le masque pendant un moment avant de remonter en selle de plus belle. » Tous trois font partie des "populaires". « On était simplement une bande de requins qui se toléraient pour mieux dominer les autres. » Leur mode de communication : « les sarcasmes, les piques et les dialogues à peine sérieux ». Entre Brittany et Gabriel, c'est le degré supérieur avec une guerre de mots constantes. La première a humilié le second qui compte lui rendre la pareille. Leurs joutes oratoires passent de l'agressivité au mordant, à la badinerie puis aux connivences et enfin aux confidences. Ils ont pour le moins une drôle de relation, « à peine amis, partenaires de jeux stupides et confidents à nos heures perdues ». Les remparts s'abaissent petit à petit, à mesure que se révèlent les failles et secrets des personnages. La brute verra en Brittany sa rédemption.
Deuxième roman d'une jeune auteure qui s'est fait connaître sur Wattpad. Le style est un peu trop appliqué pour ces narrateurs adolescents, quelques longueurs et redondances dans l'avalanche de drames, mais le lecteur reste tenu en haleine au gré des nombreux secrets révélés successivement pour chacun des trois personnages.
« Taire un secret, c'est un trou que l'on creuse lentement, 
involontairement, dans un sol boueux.
Et c'est le jour où il est découvert
que l'on se rend compte qu'on a creusé sa propre tombe. »
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