Bientôt l'hiver / Voutch. - Le Genévrier, 2016. - (Carte blanche)

L'écureuil est très occupé -et préoccupé- par la préparation de l'hiver. Il faut vite amasser un maximum de noisettes, mais combien précisément ? Comment savoir si l'hiver sera court, long, rigoureux... ?
Il est bien connu que les hiboux sont les sages de la forêt, écoutons son expertise...
Qui connaît Voutch sait que la chute sera désopilante. Et pertinente dans la réflexion qu'elle amène.
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Le bûcheron, le roi et la fusée / L. Félix. - Les Grandes Personnes, 2016

C'est par un savant agencement de formes qui s'animent que Lucie Félix nous raconte l'histoire de ce roi qui cumule caprices sur caprices, avec pour conséquence une déforestation massive.
Le bucheron du royaume se désespère de tant d'inconséquence et demande l'aide de l'auteure pour trouver une solution. 
Il en fallait une tout à fait radicale pour que le roi égoïste revienne à la raison. 
Un appel ingénieux à la gestion raisonnée des ressources, à l’humilité aussi...

La Pièce / Jonas Karlsson. - Actes sud, 2016. - (Lettres scandinaves)

Si vous aimez le bizarre vous allez être servi. Björn est un type pour le moins étrange, il travaille dans l’administration et vient d’être changé de poste. Il a une haute idée de ses capacités personnelles et beaucoup d’idées sur le bon fonctionnement d’un service. Il a rapidement un gros problème relationnel avec ses collègues mais il découvre providentiellement un bureau inoccupé entre les toilettes et l’ascenseur. Ponctuellement il va s’y ressourcer et y réfléchir, d'ailleurs très efficacement, à son travail. Le seul hic de l’histoire c’est que l’ensemble de ses collègues sait que cette pièce n’existe pas et s’énerve à voir Björn statufié au milieu du couloir, fixant le mur. Pourtant, Björn est bien certain qu’on finira par reconnaître ses talents et qu’on mettra fin à la conspiration jalouse de ceux qui l’entourent. L’anxiété au travail dans toute sa splendeur par un auteur suédois qui affectionne titres, personnages et histoires que l’on pourrait trouver aux éditions de Minuit.

Avis : **

Henri est en retard / A. Albert. - Ecole des loisirs, 2016

Ses parents malades ne pouvant l'emmener à l'école, Henri appelle son grand-père qui arrive derechef en moto. Le chemin est semé d'embûches mais ils filent ! Il  ne faudrait pas être en retard... Et voilà que Papi « tombe sur sa bonne amie », plus moyen alors pour Henri d'attirer son attention. Heureusement qu'un élan lui propose de prendre le relais ! Et c'est reparti...
Vous aurez rarement vu un enfant aussi motivé pour se rendre à l'école. Et son impatience joyeuse est contagieuse dans cet univers à la fantaisie légère, aux détails inattendus plein d'humour. 

Il a neigé ! / R. Curtis ; R. Cobb. - Nord Sud, 2016

Il a neigé toute la nuit, tout est bloqué, personne ne sort. Pas d'école donc ! Sauf pour le malheureux Danny et Monsieur Trapper, son professeur, qui n'ont visiblement pas été prévenus. Pas de chance que « le plus mauvais élève de tout le pays » et le professeur « le plus sévère de toute l'école » se retrouvent coincés ensemble. Même pendant la récréation, M. Trapper continue la leçon en apprenant à Danny à consolider son bonhomme de neige.
Le sérieux de la situation dégénère rapidement, pour le plus grand bonheur des personnages et des lecteurs. 
Parenthèse enchantée d'une relation privilégiée entre un cancre et son professeur, favorisée par des conditions météo exceptionnelles. Vivement les prochaines neiges !
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Châteaux de sable / S. Henrich. - Kaléidoscope, 2016

2 enfants en vacances au bord de la mer construisent des châteaux de sable sous l’œil attentif de leur père. Après les regards en coin entre eux et les mimiques de rivalités, place à l'action, leur honneur est en jeu !
Chacun construit donc SON château, tandis que les enfants, qui ont déserté la bataille, font leur vie en arrière plan, ENSEMBLE ! 
Le bonheur des enfants et l'air dépité des pères disent beaucoup de ces 2 façons d'aborder la vie. Tout est dit sans un mot, mais avec un langage corporel très expressif !
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En route pour la Chine / R. Courgeon. - Bayard, 2016. - (Les belles histoires)

Même s'il est en vacances au bord de la mer, Tom est de méchante humeur ce matin, au point de vouloir partir. Pas de demi-mesure, il veut rejoindre la Chine ! Armé d'une pelle, d'un sac et de son doudou, il creuse, creuse encore, pendant « peut-être mille millions de minutes. » Il croise même des crabes « terriblement agressifs ». Serait-il enfin en Chine ?
Peu importe, ce petit voyage lui a définitivement redonné le sourire !
Petit périple pour un voyage intérieur : un peu de temps, d’imagination et la vie se transforme !

Petit poussin, ne joue pas à la guerre / A. Robard ; M. Béal. - Mouck, 2016

Piou s'ennuie ferme dans la basse-cour et ne trouve rien de mieux à faire que de jouer à la guerre. Super Piou, « le valeureux guerrier solitaire » tente de dégommer tout ce qui bouge. Un leitmotiv : Pan ! Raté. Pas très doué Super Piou... Une «  ombre gigantesque » se profile, cette fois il n'a pas droit à l'erreur...
Une grosse frayeur pour une bonne leçon de vie. « C'est méchant et c'est triste, la guerre. » Et on a toujours mieux à faire...
Petit carré cartonné antimilitariste bienvenu, vif et efficace.
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Un enfant de pauvres / C. Honoré ; G. Le Gac. - Actes sud, 2016

Enzo est devenu un enfant de pauvres. En comprenant petit à petit que l'appartement se vidait, qu'il n'allait plus au centre aéré non parce qu'il devenait mature mais parce que ses parents n'avaient pas le choix. Il découvre aussi qu'il ne suffit pas de travailler pour être plus à l'aise. « Même si ma mère travaillait, même si je disais "non" à tout, l'argent continuait à manquer. » Enzo aurait pu "mal tourner" mais dans son infortune, il s'empare d'une planche de surf, se découvre un talent étonnant. Le début de la gloire ? Avec ce parcours, Enzo ne pourra jamais prendre la grosse tête. « Je resterai méfiant. »
Un roman sur la précarité d'une concision percutante. 
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L'enfant et le bonsaï / J. Campanari ; L. Lozano. - Belin, 2016

Yoshi aime à penser qu'il fonctionne comme un bonsaï. Avec beaucoup de soin et de délicatesse, tous deux grandissent, s'épanouissent.
Mais à la réflexion, c'est encore mieux de s'identifier aux arbres qui poussent tout seuls. Lui aussi veut être indépendant et ne plus avoir besoin de maman !
Sous son regard attentif et bienveillant, Yoshi pousse...
Ambiance japonaise plaisante pour une autonomie revendiquée.

La clochette du mandarin / A. Laroche ; M. Truong. - Sarbacane, 2016

Wei et sa femme Fang vivent pauvrement, sont à bout de force. Un ami conseille à Wei de se rendre chez le sage Chen pour améliorer leur condition. La richesse est à porter de main mais avec une contrepartie assez radicale. Le couple est-il prêt à assumer ce contrat ?
Un conte qui questionne la responsabilité, l'intégrité et le courage de l'effort. 

Meunier, tu dors / M. Brosset. - Atelier du poisson soluble, 2016

Ce n'est pas tout à fait la chanson qui nous est racontée ici mais une version plus tonique et ... expéditive. Le meunier voudrait dormir et chasse tous les inopportuns. « Du vent ! J'ai dit. » Et vent il y aura ! Mais pas tout à fait dans le sens où l'entendait le meunier.
Un petit carré cartonné vivifiant !

Taupe a un souci / S.-K. Kim. - La Pastèque, 2016

Préoccupée, Taupe ressasse, rumine. Elle ne voit pas, d'abord, le petit tas de neige qui s'amoncelle sur sa tête. Puis se souvient des mots de sa grand-mère : « Si tu as du souci, roule une boule de neige en exprimant ce qui ne va pas et tu verras, tout disparaîtra. » Taupe roule sa boule, amasse, et exprime : « Pourquoi n'ai-je pas d'amis ? » La boule grossit, grossit, mais n'est-elle que de neige ?
L'histoire s'enrichit soudainement, comme la vie de Taupe, au cours de cet hiver rude par la température mais si doux dans sa conclusion.
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Samedi 14 novembre / V. Villeminot. - Sarbacane, 2016. - (Exprim)

Le 13 novembre, Pierre est mort à la terrasse d'un café, dans les bras de son frère B.
L'initiale B. parce que ça aurait pu arriver à n'importe qui.
L'initiale B. parce qu'il est, depuis, un individu qui n'a plus d'identité, empli tout entier du désir de vengeance. Car par un hasard improbable, B. a croisé, en sortant de l'hôpital, un des terroristes présent la veille et le suit.
Le frère de la victime, l'assassin et sa sœur vont se retrouver en huis clos dans le même appartement. C'est d'abord la haine qui parle, chez B. Et la peur, en face (Il y a peu à espérer de l'assassin, lâche et aveuglé). Puis une prise de conscience de ce qu'implique sa rage : « Tu voulais me défigurer ? Me rendre semblable à toi ? »
Place alors à la discussion avec Layla, la sœur, ignorante des faits avant le 14 novembre.
Tous deux ressentent le besoin de s'arrêter. « Comprendre ce qui a foiré. Étudier, lire. Pardonner ce qui doit et peut l'être. Devenir meilleur. » Et non pas revivre, « continuer comme avant. »
Alors, dans le dialogue avec Layla, B. redeviendra Benjamin parce qu'il refuse d'être altéré, de devenir semblable aux assassins.
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« Juste de se tenir chaud, se donner l'illusion de maîtriser les choses. 
Mais les choses, elles s'en vont, elles fuient entre nos doigts, 
quelque chose est parti pour toujours hier soir... 
Une confiance, ou bien une innocence ? »



Le renard Tokela / Pog ; M. Alexandre. - Des ronds dans l'O, 2016

Dans cette tribu indienne, il faut respecter les traditions. L'une d'elles consiste à tuer un animal totem pour entrer dans l'adolescence. Winona ne peut pas faire honte à ses parents, elle doit « s'emparer d'une peau pour s'en parer ». L'idée même la révolte mais le fait de se retrouver face au renard Tokela achève de la convaincre : cette tradition n'a pas de sens. Elle sera assez forte, avec l'aide de Tokela, pour asseoir cette idée : « Les traditions sont faites pour être dépassées. »
Pourquoi choisir d'être guerriers lorsqu'on peut être alliés ?
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Un amour de zombie / K. DiPucchio ; S. Campbell. - Little Urban, 2016

Pauvre Morty... Avec sa dégaine de zombie, il peine à trouver l'âme sœur. Et pourtant, son cœur déborde d'amour et ses efforts font preuve d'imagination, mais rien n'y fait. Son sourire édenté, son haleine putride et ses vêtements déchiquetés font fuir toutes les jeunes filles.
Mais les auteurs ne sont pas cruels et permettront à Morty d'enterrer sa vie de garçon. Ce qui est la moindre des choses pour un zombie.
Cupidon en mode Halloween : contrastes et humour garantis !

Un grand jour de rien / B. Alemagna. - Albin Michel, 2016. - (Zéphyr)

Revenir dans la maison de vacances sans son père, par jour de pluie, tandis que sa mère est absorbée, l'ennui guette. Et le désespoir n'est pas loin. Comble d'infortune, le jeu vidéo du garçon tombe à l'eau !  Ce n'est plus un drame, c'est une tragédie ! Sauf à contempler la nature et y déceler un monde insoupçonné. 
La luminosité s'éclaircit, l'enfant sourit, maman s'adoucit. Même la mise en page se pare d'une énergie nouvelle et transforme ce « jour de rien » en moment inoubliable et magique. Apaisant et bienfaisant.

752 lapins / F. Blais ; V. Boivin. - Les 400 coups, 2016. - (Grimace)

« Une princesse très belle, très gentille, très riche et qui sentait très bon » est très attachée à ses lapins. Très. Aussi lorsqu'un des 752 lapins s'enfuit dans la forêt, la princesse éprouve un très grand chagrin. Très grand. Autour d'elle, on la prie d'être raisonnable, d'oublier le lapin fugueur et de se consacrer aux 751 restants. Aberration pour la très affligée princesse qui aime chacun de ses lapins comme s'il était le seul et unique.
La vieille femme dans la forêt pourra sans doute l'aider à retrouver le lapin fugueur... Effectivement, elle lui dresse une succession d'épreuves à affronter et lui promet en retour la réussite de sa quête. La chute sera pour le moins étonnante. Décevante, cynique ou réaliste selon les points de vue. De quoi susciter les passions en tout cas, et débattre des notions d'amour, de responsabilité, de principe de réalité, de lucidité sur soi-même et bien d'autres encore.
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C'est pas du gâteau / C. Jourdy. - Actes Sud BD, 2016

Cet adorable petit ourson a la mission d'apporter le gâteau tout juste sorti du four à un couple de renards. Mais l'ourson flâne, batifole, s'émerveille de la nature et de ses habitants. Et comme le gâteau est décidément très appétissant, les animaux le goûtent les uns après les autres. Arrivée à destination, la pâtisserie a fondu...
Un petit format à l'italienne pour une aventure sans texte mais très enlevée, avec une chute espiègle à souhait. Délicieux.

Les voisins d'en dessous / I. Simon ; I. Charly. - Frimousse, 2016

Petit tour des rites funéraires de par le monde, à la fois documentaire (un peu) et fantaisiste (beaucoup plus). Au Mexique, la mort est une farce ; les morts, « à Madagascar, on prend un grand soin d'eux, leurs parents leur refont une beauté et les promènent. »... Autant de cultures qui évoquent la mort et disent beaucoup du vivant aussi. 
L'album est en tout cas résolument gai, les squelettes sont tous souriants, les couleurs vives, et mort et vie se combinent sur une même page sans réelle dichotomie.
Une bonne façon d'apprivoiser nos voisins les morts et, en creux, la mort elle-même. 
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Un drôle de Père Noël / D. Underwood ; C. Rueda. - Circonflexe, 2016

« C'est bientôt Noël, as-tu été gentil... ou vilain ? » Comme Chat est à peu près certain de pencher dans la balance des vilains, il se déguise en Père-Noël pour s'offrir un cadeau à lui-même. 
Nous découvrons ce qui se trame dans la tête de Chat, muet, grâce aux questions d'un interlocuteur invisible. Chat ne répondra qu'en mimiques et actions plus ou moins pertinentes à l'auteur qui va tout faire pour le ramener à des sentiments moins égoïstes.
Tout l'enjeu était de le faire moralisation excessive, pari réussi avec cet album qui nous offre une séquence d'échanges malicieux.

Joyeux Noël, MOG ! / J. Kerr. - Albin Michel, 2016

Revoici Mog avec son air ahuri qui ne comprend pas ce qui se trame autour de lui. Tout est différent, la famille est affairée, un sapin s'avance dans la maison... non vraiment, il y a trop de bouleversements pour Mog, il court se réfugier sur le toit, au chaud sur la cheminée.
En bas, les Thomas s'inquiètent de l'absence de Mog, que serait Noël sans la famille au complet...
Une chute (dans tous les sens du terme) parfaite pour un noël parfait.
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MOG oublie tout / J. Kerr. - Albin Michel, 2016

Mog, personnage imaginé par Judith Kerr à partir de son propre chat, est né en 1970. Et c'est un réel plaisir de le (re)découvrir en français, tant les mimiques de ce chat pataud, paumé et débonnaire, sont intemporelles. La relation du chat avec la famille -ceux qui radotent « pénible chat » (les parents) et ceux qui le comprennent (Debbie surtout)- est pleine de rebondissements, nous offrant un album espiègle et irrésistible.
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La mésaventure / I. Chmielewska. - Editions Format, 2016

La narratrice repasse « la nappe préférée de maman, celle que ma grand-mère avait brodée, un souvenir ». Distraite, elle s'attarde avec le fer à repasser... C'est le drame ! 
La marque de la brulure deviendra le support de tous les possibles. « Et si j'accusais mon petit frère ? » « M'enfuir à l'autre bout du monde » Alors la tâche devient tête d'enfant, bateau... Comme une métaphore du champ de nos réactions face à un évènement, d'idées paniquées devant un accident. Et si l'enfant est encline à imaginer le pire, sa maman aura l'imagination plus clémente. 
Un album épuré à la créativité ingénieuse. 

La monture de Castor-Têtu / J. Leroy ; A. Poussier. - Ecole des loisirs, 2016

Castor-têtu veut un cheval. Il part en quête... mais c'est un troupeau galopant de bisons qu'il croise. A peine le temps de se remettre de ses émotions qu'un gigantesque feu se déclenche, il faut fuir ! Fuir en abandonnant un jeune bison pris au piège ? Ce serait mal connaître notre jeune héros, têtu certes, mais altruiste !
De l'aventure, du courage, un brin d'humour et de la générosité, pour un album enlevé !
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L'étoile de tante Fanny / B. Weninger ; F. Oral. - Minedition, 2016

Tante Fanny vieillit, elle vient habiter à la maison de la grande famille lapin ; il faut lui laisser une chambre. « Ça commençait mal ! » « Mais beaucoup de choses devinrent plus belles et plus drôles qu’auparavant » car Tante Fanny est très présente auprès des enfants. Tant dans la transmission de savoirs que dans les bêtises à inventer ! Mais bientôt, Tant Fanny ne se lève plus...
Un album de facture très classique mais juste et doux dans cette étape de vie où le deuil se guérit dans le souvenir. Le fait que l'ascendance ne soit pas directe (Tante Fanny est la grande tante des enfants) amène une distanciation bienvenue pour le lecteur. 
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Quand il fait nuit / A. Miyakoshi. - Syros, 2016

Les rues se vident, chacun rentre chez soi, se prépare au sommeil en effectuant divers rituels. « Prendre un bon bain », « lire quelques pages du livre commencé hier »...
Les vignettes teintées de couleurs nuit délivrent un rythme decrescendo, de la ville jusqu'au cocon de la chambre, jusqu'à la conclusion apaisante. « Bonne nuit ».

Ouvre-moi / Muka. - Alice, 2016

Un ours frappe à la porte et demande l'hospitalité... il y a de quoi s'inquiéter, surtout lorsqu’on est un petit garçon. « Mais s'il reste dehors, il va mourir gelé. » Voici comment débute une cohabitation.
L'enfant s'agace bientôt de ses maladresses, le trouve décidément trop envahissant. Une gaffe de trop et l'ours est mis à la porte. Regrets, culpabilité... réconciliation !
Ce petit garçon empathique qui affronte ses responsabilités et reconnaît ses erreurs est décidément fort sympathique, autant que les animaux qu'il accueille.

Double faute / I. Pandazopoulos. - Gallimard, 2016. - (Scripto)


Ludovic  et Ulysse ont été élevés dans l'univers du tennis, et surtout dans l'esprit de la gagne. S'il est évident que les deux frères s'aiment, l'ambivalence des sentiments entre eux est bien réelle et ils combattent douloureusement une jalousie entretenue par leur père manipulateur et tyrannique.
Ludovic s'effondre un jour sur le court en pleine compétition.
Ulysse doit maintenant apprendre à vivre sans son frère paralysé, sans son père en pleine déroute, sans sa mère qui l'a confié à sa grand-mère. Ce cataclysme pourrait-il être une chance pour Ulysse d'apprendre à exister par lui-même ? 
Un roman quelque peu déroutant puisqu'il suit, entre passé et présent, le fil d'une identité en construction, fissurée, laissant coexister deux personnalités, l'une soumise peureuse et obéissante (Ulysse, qui a « un grand prénom pour une toute petite place » est un « gentil petit garçon sage qui met tout son énergie à ne contrarier personne, qui s'efface, recule et disparaît devant la perspective d'un conflit »), et l'autre, libre et forte.
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Björn, six histoires d'ours / D. Perret. - Les Fourmis rouges, 2016

Drôle, délicat, poétique, décalé, tendre... ces 6 histoires d'ours et de ses acolytes, racontées dans une sobriété de mots et de traits, procurent un plaisir simple et évident. Celui du temps présent, de la joie de penser à l'autre et d'être ensemble.
Six histoires sur fond vert d'eau pour une pause zénitude.
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Le garçon qui parlait aux dauphins / G. Rorby. - Macha, 2016

Tous ont le sentiment qu'ils ne sont  que des « vies satellites » d’Adam. Adam, 4 ans, autiste profond, qui fait fuir toutes les nounous. Son père oncologue, a une vie professionnelle qui l'absorbe, d’autant plus parce qu'il se sent démuni face à son fils depuis la mort de sa femme. Lily sa demi-sœur, aime profondément Adam mais sa vie est entre parenthèse tant il accapare le temps et l'énergie de tous. Lorsqu'elle rencontre Zoé, sa vie s'allège. Zoé, aveugle, ne juge pas Adam, est même capable de le comprendre, de communiquer avec lui. Enfin, Lily va vivre autre chose : Adam, tous les samedis, se rend au parc aquatique avec des dauphins et les filles peuvent l’accompagner. Mais Lily n'aime pas ce que Zoé veut lui faire comprendre. Elle voudrait profiter du spectacle des dauphins, sans qu'on lui explique tout ce que cela sous-tend. Elle voudrait garder « l'image idyllique que le centre veut donner pour attirer le public », sans penser à l'enfermement, aux privations, aux humiliations faites aux animaux... Lorsqu'est évoquée la possibilité de la thérapie assistée par les dauphins (TAD) supposée aider Adam, le dilemme est terrible. Cautionner l’exploitation, pour Adam, ou faire libérer le jeune dauphin ? A moins que le débat soit biaisé. Cette jeune fille si présente pour son frère, loin de tout spécisme, aura la force de se battre et pour lui, et pour le dauphin, dans un bien-être forcément mutuel. 
« Maman disait que les créatures qui peuplent cette terre ont leurs propres raisons d'exister. »

Le dictionnaire des grosses bêtises à ne surtout pas faire ! / P. Jalbert. - Larousse, 2016

Il ne faut pas... « énerver les chiens », « défaire sa ceinture de sécurité », « jouer au coiffeur avec de vrais ciseaux »... autant de consignes de sécurité, de bon sens et de savoir-vivre illustrées, en vis à vis, en totale contradiction. Les petits lapins roses, victimes ou coupables de ces innombrables bêtises, sont très efficaces pour nous mettre en garde tout en garantissant une lecture franchement réjouissante.
Coloré, vif, drôle et utile donc !
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Bambi / Kochka ; S. Lebot. - Flammarion, 2016

Bambi fait partie d'une horde de chevreuils. Il apprend auprès d'eux « le parfum sucré des fleurs et la douceur des mousses et des feuilles ». Il apprend la vie en forêt mais aussi le danger, d'abord en théorie puis intimement : sa maman est tuée et bientôt, c'est lui-même qui souffre dans sa chair. Les chasseurs, toujours. Le prince de la forêt lui donnera la force de lutter.
Un bel album sur la transmission, les épreuves de la vie que l'on apprend à surmonter avec l'aide des aînés. 
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Le garçon qui voulait devenir un être humain : la trilogie / Jorn Riel ; Christel Espié ; Emmanuelle Beulque ; Bernard Saint Bonnet. - Sarbacane, 2015

Leif, 12 ans, vit paisiblement en Islande vers l’an mil jusqu’au jour où son père est assassiné par Thorstein par vengeance. Thorstein est alors chassé d’Islande pour trois ans par le Thing. Lui et la totalité de son clan embarquent sur l’océan. Leif est un viking, il doit à son tour venger son père. Il embarque donc clandestinement sur le drakkar, en direction du Groenland. Découvert en pleine mer, Leif sera pourtant élevé par Thorstein. Son aventure continue : à la suite d’un naufrage, il est sauvé par deux enfants Inuits… En langue inuk, inuits signifie « êtres humains ». Se pose alors rapidement cette question : Qui sont les plus sauvages ? Les inuits aux mœurs pacifiques ? ou les vikings, guerriers chrétiens aguerris ? Leif adoptera vite le mode de vie de ses nouveaux frères de cœur… 
Plus que les aventures d’un vikings au pays des êtres humains, c’est avant tout un récit de sagesse et d’initiation, de liberté et de respect de la nature qui resplendit dans ce magnifique roman de Jorn Riel. Édité en trois tomes, le roman se décline ici en un gigantesque album (32 x 22 cm) aux illustrations à couper le souffle.

La fabrique du monstre : 10 ans d'immersion dans les quartiers nord de Marseille, parmi les plus inégalitaires de France / Philippe Pujol. - Les Arènes, 2016

Partir du marché noir en passant par le trafic d’arme, la drogue, la corruption, le clientélisme politique, le milieu… Philippe Pujol, prix Albert Londres 2014, explore sa ville et décortique la fabrique d’un monstre. Sa méthode : l’infiltration. Son documentaire choc se lit d’une traite !

No Land's Song / A. Najafi. - Jour2Fête, 2016

Sara Najafi, jeune compositrice, décide de défier les autorités iraniennes en organisant un concert de femmes. Elle s’adjoint la participation de Jeanne Chéral, Elise Caron et Emel Mathlouthi, pour donner plus de poids à cette initiative, pont culturel entre l’Iran, la France et la Tunisie. Les réactions des théologiens et bureaucrates, face à la demande de Sara Najafi, défient l’entendement et la réussite finale n’en est que plus surprenante.
Les répétitions, les bribes de ce spectacle sont d’une beauté pure, entêtante, victoire magistrale de l’art contre l’ignorance. Un seul regret : ne pas avoir en bonus le concert dans son intégralité.

The Wolfpack / Crystal Moselle ; Danny Bensi ; Saunder Jurriaans ; Aska Matsumiya. - Luminor Films, 2015

6 frères vivent presque totalement reclus dans un appartement new-yorkais. Les années fastes, le père les autorise à sortir quelques fois. D’autres années, pas une seule sortie. Leur unique accès au monde : les films qu’ils visionnent sans cesse, et reconstituent fidèlement, dans les dialogues comme dans les costumes. Un jour, un des frères se révolte, ose sortir. Le début de tous les possibles… 

Ce sentiment de l’été / M. Hers. - Pyramide vidéo, 2015

Une jeune femme, Sasha, part à son travail. Tout paraît simple mais soudain Sasha s’effondre et décède. 
Comment survivre au deuil ? Ce film évoque la perte, le deuil, le chemin à parcourir pour revivre… avec délicatesse. Lawrence, le compagnon de Sasha et Zoé sa sœur, suivent chacun leur trajectoire, se croisent à Paris puis à New-York. Film de villes (Berlin, Paris, New-York…) et surtout, film très lumineux malgré le sujet traité.
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Les Hautes Montagnes du Portugal / Yann Martel. - Grasset, 2016

Trois histoires se déroulant dans les Hautes Montagnes du Portugal se succèdent. Dans la première, Tomas, un type qui marche à l’envers (pour manifester sa révolte contre Dieu), part en 1904, à bord d’une automobile dont il n’a pas franchement la maîtrise, à la recherche d’un crucifix révolutionnaire dont il a découvert l’existence dans le journal d’un missionnaire en Angola au 17ème siècle. Dans la seconde histoire, en 1939, un docteur qui réalise des autopsies reçoit la visite d’une vieille dame qui voudrait faire autopsier le cadavre de son mari qu’elle transporte dans sa valise. Enfin la dernière évoque en 1981 le compagnonnage entre un sénateur canadien et un chimpanzé. On observe des constantes dans ces histoires (comme le veuvage et le deuil de chaque protagoniste des trois histoires ou la présence récurrente du chimpanzé) qui au final se recoupent. C’est à la fois emballant voire envoûtant et totalement déroutant, un côté surréaliste. Certes l’auteur fait en sorte de laisser ouverte l’interprétation de son roman mais le pauvre lecteur a, il faut bien l'avouer, un peu du mal à s’en faire une au bout du compte.
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Avis **

Rouge bonbon / C. Cassidy. - Nathan, 2016

Que faire quand on est complètement désespérée et que personne ne s'en rend compte ?  Scarlett n'est que colère depuis que son père a décidé de refaire sa vie avec une autre femme. Toujours cette même attitude de défiance, de révolte et d'insolence : 5 établissements scolaires en 2 ans. Cette fois, c'en est trop, sa mère l'expédie en Irlande, chez son père forcément responsable de tout ! La colère de Scarlett s'enflamme mais difficile de l'alimenter face à la douceur de sa belle-mère, à la joie de vivre de sa demi-sœur... et au charme irrésistible de Kian. Serait-il enfin temps de baisser les armes, de grandir ? 
Cathy Cassidy, avec ses ingrédients habituels (artisanat gourmand, nature, psychologie des ados face à leur famille), compose un portrait de famille recomposée tumultueux mais empli d'amour. « Les familles ne sont jamais parfaites, mais il faut s'y accrocher. Elles font partie de nous. »
Un roman doux et positif à lire dès 9-10 ans. 
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