Sothik / M. Desplechin ; S. Hok. - Ecole des loisirs, 2016. - (Médium)

Pas même 100 pages pour ce récit biographique mais une vie incroyablement dense. Sothik est tout petit lorsque le Cambodge est bouleversé par la guerre voisine du Vietnam, puis la guerre civile et la dictature communiste des Khmers rouges. Son père voulait pour ses enfants une obéissance sans faille, une instruction poussée, mais les Khmers rouges substituent aux destins personnels une vision sociétale normative : l'égalité pour tous, sans argent ni propriété. Les parents de Sothik, propriétaires et considérés comme intellectuels, seront envoyés aux champs. Puis Sothik sera séparé de sa famille -puisque cette dernière « entraîne des attachements et des préférences » et menace donc l'esprit de groupe. Il faut survivre malgré la faim, la vermine, la violence aveugle -« Vous garder en vie ne nous rapporte rien, vous supprimer ne coute rien »- et l'isolement affectif. Sothik devient donc une « sorte de fou à deux personnalités : le brave enfant révolutionnaire d'un côté et le voyou individualiste de l'autre (... qui doit à la fois) savoir obéir sans réfléchir, et réfléchir sans cesse au moyen de désobéir. » 
Les enfants ne peuvent pas espérer la protection des adultes qui « ne sont que des esclaves de l'Angkar », comme eux. Aussi, lorsque la libération adviendra, « l'enfance confisquée par les khmers rouges » et les émotions si longtemps endormies, Sothik devra réapprendre la vie en famille. 
Mais s'il est un héritage indéfectible, c'est celui de l’importance de la culture : Sothik est devenu, adulte, responsable d'un organisme militant pour les bibliothèque dans les écoles, les usines, les prisons. Un parcours cohérent, par-delà le chaos.
« Nous vivons dans un monde à l'envers, où le faux est devenu le vrai, 
où le mensonge est devenue la vérité »
Voir la notice

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire