Les Derniers jours de Mandelstam / Vénus Khoury-Ghata. - Mercure de France, 2016

« Superflue la poésie quand le ventre est vide et que les cadavres sont lancés dans la fosse commune du même geste que le boulanger qui enfourne son pain. » p. 85
Trahie probablement par un ami, le poète Mandelstam va payer très cher d’avoir osé écrire quelques vers non publiés où il critique Staline. Traqué, arrêté, déporté, empêché de vivre à Moscou, de publier, il va sombrer avec sa femme Nadejda dans une misère extrême puis dans la paranoïa. Ce sont plusieurs centaines de milliers de morts par an qui résultent des perquisitions, arrestations, exécutions. Sa difficulté pour créer n’est pas sans rappeler celle, plus tard, de Soljénitsine racontée dans ce livre fascinant qu’est Le Chêne et le Veau. Soljénitsine y explique qu’il noircissait de son écriture minuscule des bouts de papier, apprenait par cœur le texte à chaque fin de journée, avalait ensuite le tout et retranscrivait des centaines de pages de mémoire à la sortie des camps d’internement. Mandelstam termine tragiquement sa vie au camp de Vladivostok qui est décimé par le typhus. Errant comme une folle sur les voies ferrées, sa femme recherche un mot de lui, lancé depuis un wagon lors d’un hypothétique transfert vers la Sibérie. Le récit de Khoury-Ghata, petit livre hommage, a la chronologie un peu bouleversée comme si nous suivions la pensée d’un cerveau détraqué. Les curieux liront pour en savoir plus Contre tout espoir, les souvenirs de Nadejda Mandelstam.
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Avis : **

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