Après-toi / Jojo Moyes.- Milady, 2016

On retrouve Lou plus d'un an et demi après la mort de Will. Celle-ci vit seule dans un appartement à Londres, travaille comme serveuse dans un aéroport. On sent que Lou n'a toujours pas fait son deuil puisque elle est isolée, n'a aucun ami et ne voit plus sa famille. Sa vie est fade, morose et sans intérêt. Elle n'a pas réussi à respecter sa promesse faîte à Will : celle de « vivre à fond » et cela la déprime. Jusqu'au jour où fait irruption dans sa vie Lily. Cette dernière est liée à Will et demande à Lou son aide, ce que Lou ne peut refuser. Leur relation va devenir très forte, presque fraternelle, même s'il y aura beaucoup de complications… En parallèle, Lou suit un groupe de soutien pour le deuil. Les échanges entre les membres du groupe sont parfois drôles, parfois émouvants. Le thème du deuil et de la reconstruction de soi sont donc au rendez-vous. Sans s'en rendre compte, Lou se fait des amis.
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Avis : *****

Le contrepied de Foe / L. Galandon. ; D.Vidal. - Dargaud, 2016

Cette BD traite du problème des rêves des enfants dans le football. Ici la BD nous raconte l'histoire de jeunes camerounais : Urbain et son ami Ahamdou repérés par "Boss", un agent français de la FIFA véreux. Dès lors, pour eux leur rêve de suivre les traces de leur idole camerounais Marc-Vivien Foé devient accessible. Pour cela, ils doivent débourser une somme considérable au vu de leur situation. Mais arrivés en France, c'est la désillusion. Privés de leur passeport, ils deviennent des footballeurs sans clubs, des sans-papiers. Urbain va alors tout faire pour ne pas rester dans cette situation.
La face cachée du football et le quotidien des footballeurs africains exploités par des agents véreux sont mis en lumière par cette très bonne BD. Les auteurs décortiquent avec justesse le fonctionnement du recrutement. Le tout est servi par un trait sobre.

Le petit chaperon rouge n'en peut plus / S. Meschenmoser. - Minéditions, 2016

« Quand tu es triste, disait sa grand-mère, mange un clown, ça met de bonne humeur !  Et sinon, dévore un enfant, c'est tendre et tu seras rassasié. » Les enfants, ça se trouve en forêt bien sûr et le loup ne tarde pas à trouver... le Petit chaperon rouge. Grognon, très grognon, car il lui faut se rendre chez sa grand-mère qui « n'a plus toute sa tête » et va lui faire perdre toute sa journée. Or le dimanche c'est sacré. Un temps normalement à soi, rien qu'à soi. Et voici ce loup qui, voulant la mettre dans la casserole, tente un plan long comme un jour sans pain. Le petit chaperon rouge sombre de plus en plus dans la mauvaise humeur.
Au final, ce loup épicurien rencontrant plus épicurien que lui en la personne de Grand-mère, en oublie le Petit chaperon rouge. Et ce dernier, voyant son dimanche ruiné, en tirera des conséquences radicales !
A lire, ne serait-ce que pour l’opposition du duo bon vivant et la trogne du chaperon rouge.
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Vive la danse / D. Levy ; M. Le Huche. - Saracane, 2016

Hector ? « Une vraie pile électrique ! » Qui épuise ses parents ! Pourquoi ne pas l'envoyer à la danse ? Il se fatiguera un peu, laissera un répit à ses parents. Pour Hector, c'est la révélation et sa vie ne sera plus que dansée. Qu'est-ce que les gens vont penser s'inquiètent maintenant les parents. Il faut tout arrêter ! La réaction d'Hector sera pour le moins étonnante et radicale : lors de son dernier cours de danse, dans un saut particulièrement motivé, il reste suspendu dans les airs, lévite. Décidément, cet enfant est épuisant... Comment le faire redescendre ? Mais la question ne serait-elle pas : comment le rejoindre ? Une mise en page variée, une illustration tonique, des personnages très expressifs, l'histoire toute entière est dynamique, avec un message de la plus haute importance : qu'importe le regard des autres, épanouissez-vous !  Et c'est l'enfant, persuasif, qui convaincra ses parents. L'émancipation de toute une famille, diantre, quelle puissance !  
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Ils et elles ont changé le monde / P. Favaro ; P. Godard. - La Martinière jeunesse, 2016

Dans le mouvement incessant du monde, des hommes et des femmes ont eu une influence particulière, dans l'espoir de « rendre l'humanité meilleure, plus juste, plus équitable, plus libre ». Patrice Favaro et Philippe Godard, deux auteurs particulièrement engagés dans la marche du monde, ont mis l'accent sur 50 de ces personnalités qui « ont forcé notre admiration par leur intelligence, leur courage, leur générosité. » Il y a des noms fort connus (Einstein, Mandela, Yourcenar...), d'autres beaucoup moins (Thomas Sankara, Renzo Piano, Mary Quant...), dans les domaines de la politique, la musique, les sciences, la littérature, le design etc... Les auteurs leur consacre une  biographie succincte mais claire, avec en marge un encart signalétique, une anecdote significative, une contextualisation plus globale et, pour poursuivre l'information, une invitation à consulter des références bibliographiques, filmiques ou de lieux à visiter. 
Autant d'hommes et de femmes qui ont mis en application ce précepte de Gandhi : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde. »

A la place du coeur / A. Cathrine. - R. Laffont, 2016

Caumes vient d'avoir 17 ans. « Dix-sept ans, c'est... c'est tout ce qui m'attend devant. » Des rêves d'ailleurs, d'aventures, de « vraie vie » à Paris. En attendant, lui et ses potes, adeptes de blagues grivoises et plus globalement obsédés par leur première expérience sexuelle, se taclent gentiment, passent le temps comme ils peuvent. Caumes pense sans cesse à Esther et s'interroge : « c'est hyper-engageant d'être amoureux : tu parles, tu parles ; autant de choses intimes qui pourraient se retourner contre toi. Je dois avoir méga-confiance en elle. »
En somme une vie quelque peu banale, légère, dans l'inconséquence de leur âge. Mais le 7 janvier 2016 : Charlie Hebdo. Stupeur, « silences tantôt incrédules, tantôt sidérés. » Les jours suivants, l'assaut à Dammartin, la prise d'otage au supermarché de Vincennes, et les réactions, très différentes : les uns sont saisis, d'autres crient au complot, d'aucuns ne cachent plus leur racisme. Le monde perd ses contours habituels et confortables, les personnes que l'on croyait connaître se révèlent si différentes.
Nous avons réellement l'impression de revivre ces instants effroyables, racontés sur 6 jours et sur le vif ; Arnaud Cathrine les retranscrit avec une justesse et une émotion comme toujours remarquables. Et pose cette question qui reste valable pour tous les âges : « J'ai dix-sept ans, la vie devant moi et de la mort partout.  » Alors comment résoudre cette « saloperie d’équation », que faire face à toute cette absurdité terrible ? A nous de répondre, en attendant la saison 2...
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Mamie coton compte les moutons / X. Liao ; C. Zhu. - HongFei, 2016

On donne bien trop de crédit aux moutons, ils n'ont pas le pouvoir d'endormir tout le monde ! Pas Mamie coton en tout cas, qui laisse vagabonder ses pensées. De fil en aiguille, elle se lève pour rectifier telle chose, peaufiner telle autre et n'en finit plus de s’activer dans la maison. 
Si les moutons échouent à emmener Mamie coton dans le sommeil, Papi coton y parviendra. Quant à nous, observer Mamie coton dispenser des soins à chacun dans la nuit sereine d'une campagne chinoise nous apaise de la plus efficace des manières.

Chien des villes / A. Garibal ; F. Benaglia. - Gallimard, 2016

Ce chien rouge n'est que colère. « Rouge colère, roule brûlure. Rouge sang. » L'est-il devenu à force d'être rejeté ? C'est le pressentiment de cette petite fille, elle ne pense pas qu'il est méchant, ne le chasse pas, reste à ses côtés. Et revient à plusieurs reprises. « Toi, tu as quelque chose qui ne va pas. » Un pari sur lui et sur l'avenir qui fera la différence : la colère est apaisée, puis chassée totalement.
Le pouvoir immense du regard bienveillant de la fillette teinte toute cette histoire d’une grande douceur malgré la violence inaugurale.
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Aquarium / David Vann. - Gallmeister, 2016. - (Nature writing)

Caitlin, douze ans, vit seule avec sa mère. Leur situation est modeste. La gamine s’évade à travers la fréquentation de l’aquarium de Seattle. Elle adore examiner l’incroyable richesse et variété du vivant que nous fait d’ailleurs partager le roman à travers des dessins en noir et blanc. C’est là qu’elle rencontre un vieux monsieur avec lequel elle se lie d’amitié et que les poissons fascinent également. Mais le bonhomme n’est pas n’importe qui et, lorsque la mère de Caitlin apprend sa présence, le passé ressurgit et avec lui la colère, l’esprit de vengeance, une plaie qui s’ouvre, une réémergence des profondeurs, du monde du silence, ce qui va déboucher sur une cruauté psychologique inouïe, un huis clos abominable entre mère et fille. Peut-on tout pardonner ? Laver le passé de ses impuretés ? Comme d’ordinaire, un David Vann bien sombre mais de grande qualité (et non dénué d’espoir). On n’est pas obligé de le croire lorsqu’il affirme qu’il s’agit de son premier roman non autobiographique tant il y a manifestement des choses personnelles dans le livre.
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Avis : ***

Une Mort qui en vaut la peine / Donald Ray Pollock. - Albin Michel, 2016. - (Terres d’Amérique)

Le Diable, tout le temps avait été un tel coup de massue que nous attendions avec impatience le second roman de Pollock. En 1917, les trois jeunes frères Jewett, des miséreux qui vivent le long de la frontière entre la Géorgie et l’Alabama, décident à la mort de leur père, influencés par un roman à quatre sous, de devenir des braqueurs de banque. Autour d’eux, déjà très mal dégrossis, s’agitent une belle brochette de personnages au psychisme détraqué, parmi d’autres : Jasper Cone dont le métier est de contrôler les fosses à merde et dont le sexe pathologiquement long provoque chez lui un complexe traumatisant, Pollard, le barman du Blind Owl, derrière lequel se cache un serial killer, Sugar qui n’est pas très regardant sur les femmes du moment qu’elles lui offrent la possibilité de vivre à leurs crochets… Plusieurs histoires se déroulent en parallèle avant de se rejoindre autour de la principale, l'équipée sauvage des frères Jewett qui ne sont pas sans rappeler les Dalton. Ce type de construction permet un roman plus riche, assez foisonnant, mais la tension sur l’histoire principale s’en trouve un peu amoindri. Moins puissant que son premier roman mais néanmoins un univers et un talent de conteur qui nous happent littéralement.
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Avis : ***

La différence invisible / J. Dachez. ; Mademoiselle Caroline. - Delcourt, 2016 - (Mirages)

Marguerite, jeune femme de 27 ans exerce une profession, vit en couple, adore les animaux, semble avoir tout pour être heureuse. Mais pour son entourage, elle reste une personne étrange. En effet, cette jeune femme a de multiples manies, éprouve des difficultés à communiquer avec ses collègues, ne supporte pas les bruits, préfère rester seule... Consciente de sa différence, elle lutte néanmoins pour garder les apparences. Cherchant des réponses à son mal-être, Marguerite découvre qu'elle est atteinte du syndrome d'Asperger, forme d'autisme. Cette hypothèse confirmée par un psychologue et par les tests qu'elle subit lui permet enfin de "revivre".
Très belle BD-témoignage puisqu'à travers le personnage de Marguerite, c'est l'auteure qui témoigne. Le scénario nous montre avec force les difficultés rencontrées par les personnes atteintes de ce syndrome, l’ignorance ou l'indifférence de la population. Cette BD est par ailleurs superbement bien dessinée. La mise en couleur joue un rôle majeur. Les couleurs sombres et le rouge (pour exprimer ce qui agresse) dominent la première partie. Mais après avoir eu confirmation de son diagnostic, les couleurs sont plus vives, plus chaudes et suggèrent la renaissance. BD pédagogique qui donne de nombreuses informations utiles pour la compréhension de cette forme d'autisme.
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Marcher droit, tourner en rond / Emmanuel Venet. - Verdier, 2016

« En esprit fort, on croit élégant de considérer la mise en ménage comme dictée par des mobiles pragmatiques : une économie d’échelle, une assurance contre la frustration érotique et une façade sociale destinée à rassurer les enfants et les voisins. » p. 115
Le narrateur âgé de 45 ans est atteint du syndrome d’Asperger, proche de l’autisme, maladie qui le rend à peu près incapable de se plier à l’arbitraire et la duplicité des conventions sociales. Il consacre ses journées en solitaire à ses deux passions : le scrabble et l’étude des catastrophes aériennes. A l’occasion des funérailles religieuses de sa grand-mère, il s’étonne qu’elle, si cruelle et qui n’a pas mis les pieds à l’église depuis son baptême, soit décrite comme une sainte. Alors il s’emporte et refait la chronique familiale, dévoile les secrets, dénonce dans une charge furieuse des bricolages affectifs qui n’ont mené qu’à des divorces, à mari humilié ou femme battue. Alors que lui est d’une franchise absolue, d’une grande probité amoureuse. Il est tombé amoureux au lycée de la belle Sophie Sylvestre (d’un amour platonique il va sans dire) et depuis l’attend. L’attend c’est beaucoup dire, en fait lui envoie des mails par dizaines au point que la justice lui interdit désormais d’entrer en contact avec elle. Une façon de s’insurger qui rappelle un peu L’Atelier des morts de Daniel Conrod paru en 2015.
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Avis : **

Les Corps fragiles / Isabelle Kauffmann. - Le Passage, 2016

« Et si savoir vivre sa propre vie semble difficile, comment savoir vivre la mort des autres ? » p. 26
Marie-Antoinette a 86 ans. Elle raconte comment à six ans seulement, à la vue de la douleur d’une voisine souffrant de polyarthrite rhumatoïde, est née sa vocation d’infirmière. Petite bonne femme d’1m60, son enfance à la campagne et l’harmonie de la nature lui donne solidité et entrain pour le reste de sa vie. Pionnière, elle s’installe à son compte à Lyon en 1957 comme infirmière à domicile. Le roman livre des anecdotes, donne à voir l’humanité en souffrance et la difficulté d’un métier où l’on est confronté à de nombreuses situations difficiles et variées, dépassant souvent le cadre médical. Pour prolonger, on pourra regarder le DVD La Vie des gens d’Olivier Ducray qui est d’ailleurs en partie à l’origine du livre. Reste que l’intérêt romanesque, en dépit de quelques belles pages, est limité.
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Avis : **

Vivre près des tilleuls / L’AJAR. – Flammarion, 2016

« Je suis un convoi funèbre à moi toute seule » p. 47
La romancière Esther Montandon est décédée. Le drame de sa vie fut le décès à 3 ans de Louise, la fille qu’elle avait eu tant de mal à avoir. Le responsable de ses archives trouve un texte inédit concernant le dramatique décès de la gamine et l’impossible deuil qui s’ensuivit. Dix ans d’attente avant que ce magnifique cadeau arrive, dix ans pour en faire son deuil. Curieux projet collectif que ce livre écrit par 18 jeunes auteurs romands en une nuit. Sympathique mais tout de même pas beaucoup plus.
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Avis : **

Frères d'exil / Kochka. - Flammarion jeunesse, 2016

La pluie, sans discontinuer, depuis des jours. L'île menace inexorablement de sombrer. Il faut fuir, vite, tout laisser derrière soi. Nani et ses parents préparent le départ, se résignent à laisser derrière eux Ipa le grand-père handicapé trop fier pour être porté et Moo qui « l'aime plus que le verbe aimer. » Ils ont « bravé la fureur de la mer et du ciel » mais savent que leur épreuve n'est pas terminée. Ils n'arrivent pas « comme les touristes avec beaucoup d'argent à dépenser » mais sont « maigres et gelés comme de pauvre naufragés. » 
Durant cette épreuve d'exil et de découverte d'un nouveau pays, Nani est accompagnée des lettres de son grand-père qui lui prodigue tant de pensées et de sagesse. Et puis il y a les rencontres, fondatrices -Semeio qui deviendra le frère adoptif de Nani- ou plus ponctuelles mais qui rappelleront à  ces nomades le sens de l’accueil et de la solidarité.
Puissions-nous accueillir de façon aussi évidente ces réfugiés que la famille de Nani accueillit Semeio après la mort de son grand-père. Et regarder ces personnes d'ailleurs comme autant de graines qui essaiment dans le monde. Nous pouvons aussi avoir en tête que « c'est de la faute des pays développées si avec leurs industries, il ont changé le climat (...) c'est justice qu'ils nous accueillent à  bras ouvert sur le continent. »
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La vie des mini héros / O. Tallec. - Actes sud junior, 2016

Vous saurez tout sur les mini héros après avoir lu ce petit album qui en répertorie les us et coutumes.
« Il est fréquent que le mini-héros fasse des blagues qui ne font rire que lui. » Et pas les parents, voyant par exemple leur enfant suspendu.
« D’ailleurs lui-même n'aime pas les surprises. » (Mais que se profile derrière ce ventre arrondi ?!?)
Les scènes quotidiennes rehaussées par l'imaginaire de ces enfants qui se rêvent plus courageux, plus forts, plus sociables provoquent des ruptures de ton, introduites par le rapport texte image astucieux. Surprises, humour, et plaisir sans lassitude garantis sur la durée, tant Olivier Tallec a su varier les situations !
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Le bain de Berk / J. Béziat. - Ecole des loisirs, 2016. - (Pastel)

Berk, le doudou du narrateur, est tombé dans la baignoire, et à sa suite, tous les jouets croyant qu'il était sur le point de se noyer. Non sans quelques dégâts au passage : tout le monde a pris la tasse ! C'est à ce moment précis que Berk fait une révélation redonnant tout son sens à son nom.
Aucun doute, les enfants ne resteront pas insensibles à cette chute aussi inattendue que drôle, à moins que ne prime le dégoût ! Quoi qu'il en soit, ils auront vécu une aventure mouvementée et bonne enfant.

Le monstre du placard existe et je vais vous le prouver / A. Dole ; B. Salamone. - Actes sud, 2016

A quoi bon ranger, nous dit ce petit garçon, puisque le monstre passera derrière pour remettre le bazar... Sa mauvais haleine ? Le monstre (qui met des croûtes de fromage dans sa bouche). Son apparence débraillée ? Le monstre. Les blagues scabreuses ? Là encore, et toujours, le monstre du placard... Pourquoi s'acharner à faire des efforts ?
Ne nous étonnons pas donc que le petit garçon refuse de prendre des bains, emmagasine du chocolat, fasse le chahut... tout cela en fonction du monstre bien sûr. Figurez-vous qu'il existe également un petit humain de la chambre...
Petites démonstrations de mauvaise foi, qui ne portent visiblement pas à conséquence puisque tout le monde en joue ! Le texte est un peu long mais à voir les illustrations de Bruno Salamone, nous ne pouvons qu'avoir de l'empathie pour ces pauvres victimes de créatures contrariantes...

Boucle d'or au musée / A. Khaldi-Bonnaud. - Actes sud, 2016

Voici une adaptation du conte si connu de Boucle d'or. L'inventivité, l'ingéniosité de cet album est de l'accompagner, pour chaque scène clé, de peintures de toutes époques, de tous styles. L'effet de surprise garantie une lecture enrichie qui nous fait redécouvrir à la fois le conte, (légèrement modifié en fonction des œuvres) et les peintures. Ainsi, les chaises des 3 ours empruntent aux œuvres de Van Gogh, Hammershoi et Picasso. Boucle d’or poursuit son exploration : « impossible de goûter au plus grand bol. Il y avait des cheveux sur la soupe ! » En regard, le Déjeuner en fourrure de Meret Oppenheim...
Une lecture artistique et sensorielle étonnante et fort plaisante. 

En grève ! / M. Pierloot. - Ecole des loisirs, 2016. - (Médium)

3000 suppressions de poste dans l’Éducation Nationale, c'est ce qu'a annoncé la ministre de l’Éducation Irène Blanchot. Les professeurs se mettent en grève. Antoine et ses amis pourraient rejoindre les rangs des lycées heureux d'avoir quelques jours de vacances imprévues mais ils ressentent dans cette annonce une profonde injustice et décident de le faire savoir. Réunions militantes, discussions mouvementées, organisation de manifestations, la conscience politique naît chez ces jeunes malgré un pessimisme ambiant (« La vie est injuste. L'amour est une salope. On va tous mourir. »). Dans la lutte, par-delà les injustices et le sentiment d'inanité, ils font l'expérience de la colère, à garder vivace pour se révolter lorsque « le fascisme, le libéralisme, l'écologie, la dette de l'Afrique, le sort réservé aux immigrés » exigent que l'on se dresse, que l'on résiste.
Un roman très court sur un sujet trop rare.

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Bonne nuit Lolotte ! / C. Delacroix. - Ecole des loisirs, 2016. - (Loulou et compagnie)

Ça ronfle à droite, à gauche, mais Lolotte n'arrive point à fermer l’œil. A force de gigoter, elle réveille ses voisins qui lui suggèrent de compter les moutons. Va pour les moutons. Mais l'imaginaire convoqué n'est pas celui attendu...
Un peu d'imagination, de l'humour et du rêve, le tout mâtiné d'une douceur aérienne, il est temps de refermer le livre et de sombrer dans le plus tranquille des sommeils...

Songe à la douceur / C. Beauvais. - Sarbacane, 2016. - (Exprim')

« Pourquoi remplir en vain notre vaine existence ?
Pourquoi se dépenser en futiles efforts
Dans une monde acculé au couloir de la mort ? »
Eugène, à 17 ans, c'était cela. Un ado désenchanté continuellement guetté par l'ennui et le sentiment de non-sens. Mais auprès de Tatiana, 14 ans, il se sent presque « spleen free ». Et elle, lorsqu'il est là, a l'impression d'être là où elle doit être. Une histoire d'amour serait-elle en train de naître ? 
L'auteure prend les rênes de cette idylle contrariée, entre passé et présent, entre non-dits et vérités accouchées. Elle nous tient en haleine, interpelle ses lecteurs et ses personnages, diffère sciemment les révélations, nous laisse échafauder nos scénarios. Que s'est-il passé 10 ans plus tôt pour que leur chemin se séparent ? Et l'amour peut-il reprendre là où il s'était interrompu ? Leur vision de la vie, nihiliste contre idéaliste, peuvent-elles se réconcilier maintenant que l'âge des outrances est consumé ?
Librement inspiré d'Eugène Onéguine, ce roman à la prose libre et poétique se libère du drame pour introduire une note d'humour et de légèreté en laissant élargis les champs de possibles. Quitte à nous laisser -un peu- sur notre faim...

L’Echange / Eugenia Almeida. - Métailié, 2016. - (Bibliothèque hispano-américaine)

« Il y a des gens qui ne supportent pas de ne pas comprendre et cela les tue. » p. 213
Nous sommes en Argentine en 2008. Une trentenaire attend un homme à la sortie d’un bar. Lorsque celui-ci arrive, elle pointe sur lui une arme à feu. Tranquillement, il la regarde puis passe son chemin. Elle retourne l’arme contre sa poitrine et se tue, lui, impassible, s’éloigne sans un regard en arrière. Guyot, un journaliste, s’intéresse de plus en plus à ce suicide, jusqu’à l’obsession, veut le comprendre, enquête. Rapidement, bien qu’il demeure aveugle à ce qui se passe, entre en jeu une organisation secrète tentaculaire avec de nombreuses ramifications dans la police et l’armée et qui a manifestement beaucoup de choses à cacher. Des choses à cacher et prête à user de tous les moyens pour cela. Les avertissements et les cadavres s’accumulent mais Guyot persiste à jouer les fouille-merde. Une histoire très alambiquée, ambiance de roman d’espionnage, dialogue qui témoignent d’une certaine vivacité tandis que l’histoire, elle, met bien du temps à se décanter. La chute finale aura donc toute son importance. Je la trouve un peu décevante et tout cela peine à atteindre le stade de la crédibilité.

Avis : **

La Vie idéale / Jon Raymond. - Albin Michel, 2016. - (Terres d’Amérique)

« Rien n’est plus fondamental pour les humains que manger. Alors si on n’est pas fichus de faire ça bien, on ne mérite pas vraiment d’exister. » p. 30
Depuis deux ans, le couple que forment Damon et Amy se distend. Ils se disputent souvent et individuellement leur vie ne les épanouit pas. Los Angeles les étouffe. Lui travaille dans une agence de pub, elle dans un studio de doublage. Amy a la fibre écolo et, pour vivre autre chose, revenir à des valeurs essentielles et tenter de sauver leur couple, ils plaquent tout et cherche l’endroit de leur rêve. Ce sera Rain Dragon, une grande ferme bio au personnel soudé où il va falloir se faire une place. L’apiculture sera rapidement le domaine d’Amy tandis que Damon, ne sachant rien faire de ses dix doigts, apparaît tout aussi vite comme un boulet. L’auteur a bien calé son sujet, on adhère et c’est prenant. Pourtant, surprise !, dès la seconde saison (le livre est divisé en quatre saisons), Damon devient le responsable relation publique, puis le vice-président management et l’intrigue change du tout au tout. Rain Dragon se lance dans la conquête de marchés d’entreprises autour du développement personnel, de l’art de la réalisation de soi, ce qui nécessite de jouer des coudes et d’utiliser des méthodes parfois à la limite. Certes il s’agit en partie de gagner de l’argent pour développer les activités de la ferme mais quel éloignement de la pureté du projet d’origine ! Amy et Damon se sont séparés mais Damon, indécrottablement amoureux, demeure d’un aveuglement sans borne quant à l’espoir qu’il a de son retour. Cette vie idéale restera une chimère. Un peu désarçonné par la tournure qu’a prise l’histoire, les personnages sont attachants. La couverture est franchement moche.


Avis : **

Le fils de l'Ursari / X.-L. Petit. - Ecole des loisirs, 2016. - (Médium)

Ciprian vit avec son père, sa mère, sa sœur Vera qui « a à peu près l'âge de chercher un fiancé », son frère Dimetriu qui « a à peu près l'âge d'aller en prison si les policiers l'attrapent ». Lui a à peu près l'âge d'entrer au collège, sauf que lorsqu'on est Rom à Tamasciu, pays de l'Europe de l'Est, la scolarité est rare, autant que la considération de la population. Alors lorsque la famille est une fois de plus sommée de déguerpir, l'idée d'aller en France se fait séduisante. « On va aller ailleurs. C'est notre destin. Nous sommes les derniers descendants des pharaons et les fils du vent. Le monde est notre maison. » Il faut laisser Mammada qui « a à peu près l'âge de mourir », Gaman, l'ours qui les a accompagnés jusqu'alors, tout quitter, y compris son identité d'Ursari, pour tenter de vivre mieux.
Mais à Paris, l'argent n'est pas si facile à gagner, d'autant moins lorsqu'on est pris en tenaille par des escrocs de filières de passages des clandestins. Il faut mendier, emprunter, trouver des combines pour survivre. Ciprian lui a très vite d'autres priorités, happé par lèzéchek, ce jeu qui réunit tant de passionnés à Lusquenbour. C'est là qu'il rencontre Madame Baleine et Monsieur énorme, c'est là que  va se jouer sa destinée. 
Xavier-Laurent Petit a toujours ce talent de nous plonger dans des univers, de nous emporter, tout en sensibilisant à des sujets d'actualité, nous invitant à réfléchir pour davantage d'ouverture. En nous proposant l'idée par exemple qu'une autre justice peut trouver légitimé en marge de la justice d'état.

June et Joe : le rire des oursons / S. Vidal ; A. Graux. - Gallimard jeunesse, 2016

June et Joe ont bien du mal à s'entendre aujourd'hui. Et plus particulièrement à rire ensemble. De petits agacements en début de dispute, ils en viennent à discuter de l'humour et arrivent à cette conclusion : rire aux dépends des autres, ce n'est pas drôle. Mais rire dans une vraie complicité, il n'y a rien de meilleur !

Le Rouge vif de la rhubarbe / Audur Ava Olafsdottir. - Zulma, 2016

« Comme l’a dit un sage : Le seul vrai voyage consiste à surmonter ses propres obstacles, à atteindre la cime de sa propre montagne. » p. 36
Agustina est une adolescente qui n’a pas l’usage de ses jambes. Son père, marin de passage, a disparu et sa mère est toujours en voyage à étudier les oiseaux migrateurs aux antipodes. La jeune fille vit donc sur une île islandaise entre les courriers de sa mère et Nina, une célibataire, sa mère de substitution. Malgré son handicap, elle est téméraire, tenace, brillante dans bien des matières et a pour petit ami/ange gardien le jeune Salomon. Son rêve ? Armée de ses deux béquilles gravir seule la montagne qui culmine à 844 mètres d’altitude. Rien ne paraît pouvoir la détourner de son but, la perturber, pas même l’annonce de la naissance d’un petit frère. Le roman se déroule sur un rythme lent, incroyablement paisible, autour des petits évènements du quotidien. Il y a de belles scènes et c’est aussi un très beau personnage que celui d’Agustina. Pas mal du tout ce premier roman de l’auteure qui a tardé à être traduit.
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Avis : **

Les Derniers jours de Mandelstam / Vénus Khoury-Ghata. - Mercure de France, 2016

« Superflue la poésie quand le ventre est vide et que les cadavres sont lancés dans la fosse commune du même geste que le boulanger qui enfourne son pain. » p. 85
Trahie probablement par un ami, le poète Mandelstam va payer très cher d’avoir osé écrire quelques vers non publiés où il critique Staline. Traqué, arrêté, déporté, empêché de vivre à Moscou, de publier, il va sombrer avec sa femme Nadejda dans une misère extrême puis dans la paranoïa. Ce sont plusieurs centaines de milliers de morts par an qui résultent des perquisitions, arrestations, exécutions. Sa difficulté pour créer n’est pas sans rappeler celle, plus tard, de Soljénitsine racontée dans ce livre fascinant qu’est Le Chêne et le Veau. Soljénitsine y explique qu’il noircissait de son écriture minuscule des bouts de papier, apprenait par cœur le texte à chaque fin de journée, avalait ensuite le tout et retranscrivait des centaines de pages de mémoire à la sortie des camps d’internement. Mandelstam termine tragiquement sa vie au camp de Vladivostok qui est décimé par le typhus. Errant comme une folle sur les voies ferrées, sa femme recherche un mot de lui, lancé depuis un wagon lors d’un hypothétique transfert vers la Sibérie. Le récit de Khoury-Ghata, petit livre hommage, a la chronologie un peu bouleversée comme si nous suivions la pensée d’un cerveau détraqué. Les curieux liront pour en savoir plus Contre tout espoir, les souvenirs de Nadejda Mandelstam.
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Avis : **

Les Cosmonautes ne font que passer / Elitza Gueorguieva. - Verticales, 2016

L’enfance d’une gamine en Bulgarie qui, à 7 ans, pour faire plaisir à son grand-père, un communiste pur et dur, rêve de devenir Iouri Gagarine. Mais sa mère travaille, elle, pour une radio illégale et se réjouit avec le père de la chute du mur de Berlin et, dans la foulée, après 35 ans de bons et loyaux services, du limogeage du secrétaire général du comité central du Parti communiste bulgare et président du conseil de l’État de la République populaire de Bulgarie, le camarade Todor Jivkov. Le grand-père est déprimé et la grand-mère substitue la foi religieuse à la foi au parti. Kurt Cobain remplace comme idole Iouri Gagarine et la gamine se voit désormais en punk-grunge-rockeuse. Le nouveau système capitaliste génère l’inflation et la misère. La mafia prospère. Intéressant de voir comment ce monde bascule et comment aussi, en quelques années, une enfant shootée au patriotisme et au communisme évolue, écartelée entre la fidélité aux idéaux du grand-père et l’arrivée du premier Mac-Do. Pour le reste, rien d’extraordinaire, malgré l’humour bien présent le style est assez froid, surtout au regard de l’excentricité connue de l’auteure. A noter le choix du « tu » au lieu du « je » comme si l’auteure s’adressait à la petite fille qu’elle a été. Je suis un peu resté sur ma faim… Premier roman.

Avis : **