Louis Soutter, probablement / Michel Layaz. - Zoé, 2016

« Pantin décharné qui allait, avec sa mine de moribond, du néant à l’abîme, vivotant avec tristesse sa vie de fils indigne. » p. 34
Louis Soutter (1871-1942) est né de parents suisses protestants pudiques et sévères. Bon élève, même si son comportement bizarre lui vaut sur ses bulletins de notes la mention « mauvaise conduite ». D’abord lancé dans des études d’ingénieur puis d’architecte, il se forme finalement à la peinture à Lausanne, Genève, Paris. Marié à une Américaine, il est propulsé Directeur du Département des Beaux-Arts de Colorado Springs où il enseigne le dessin et aussi la musique, étant un excellent violoniste. Il ne se sent pas bien dans le carcan de son travail, dans son art apprécié (trop académique pour lui), dans sa vie de couple et est terrifié par l’idée de la procréation. Le divorce est prononcé. Louis fuit les États-Unis, vit à Paris quelque temps puis, à 32 ans, rentre chez lui à Morges (Suisse) dans un état misérable, sans énergie et offrant des signes évidents de déséquilibre mental. Il réussit à se remettre à la musique, durant 15 ans il sera une espèce de violoniste mercenaire, jouant parfois avec le plus grands mais lassant par ses excentricités : il peut brutalement entrer en extase et s’arrêter de jouer. Comme chez les Van Gogh, son frère subvient à ses besoins tandis que sa belle-sœur trépigne. Il est mis sous tutelle puis, à 52 ans, placé à l’Asile de Ballaigues où il vivra jusqu’à sa mort. On sait peu de choses sur sa production avant Ballaigues, en revanche, subissant l’humiliation de la dépendance, infantilisé, dans un lieu où il est permis de se demander s’il était adapté à son cas, privé de liberté, il crée paradoxalement une œuvre gigantesque et extrêmement libre, sincère, profonde, sombre, sans les contraintes qu’impose le statut d’artiste. Dans sa totale solitude, il aura les encouragements de son cousin, Le Corbusier, et les soutiens plus ou moins fidèles d’autres comme les romanciers Jean Giono, Ramuz et quelques très rares peintres. Utilisant une encre noire, directement avec ses doigts les dernières années, il produit par centaines des dessins/peintures qui souvent choquent, scandalisent, perturbent ou suscitent l’indifférence, le rire, la moquerie. Michel Layaz fait revivre de façon très vivante la vie de cet artiste troublant, d’une grande intelligence, à la figure osseuse, qui fait penser par bien des aspects à Antonin Artaud (maigreur, horreur de la procréation, internement, sautes d’humeur…), qui était tout sauf un tiède, ne connaissant que les extrêmes : gueux toujours élégant, adepte des hôtels de luxe et des meules de foin… Layaz donne envie de se plonger dans cette œuvre méconnue et inquiétante.
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Avis : ***

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