Fils du feu / Guy Boley. - Grasset, 2016

 « Jacky avait dû naître d’un ventre de fer en fusion entre deux cuisses de lave au temps des grandes fissures cambriennes tandis que les volcans projetaient dans les nues quelques myriades d’enclumes phosphorescentes. » p. 22
Le narrateur, Jérôme, peintre à Arles, se penche sur son passé familial. Nous sommes dans un quartier populaire et ouvrier de Besançon dans les années 60. Le père, et son ouvrier, Jacky, travaillent comme ferronniers d’art. Devant cet univers de feu, ces hommes (ou bien ces dieux ?) besogneux et taciturnes, torses nus, le petit Jérôme est fasciné et se crée une véritable mythologie personnelle. La mère gère ses incessantes lessives dans l’eau chauffée, le linge étendu qu’il faut retirer d’urgence quand le vent est à l’Est et qu’il rabat le suif en provenance du dépôt de locomotives voisin. La grand-mère dépèce et dépiaute les grenouilles sur le muret de la cour. Et puis il y a les pittoresques voisins dont Marguerite au cul de jument comtoise (sic !) qui se promène avec une assiette de purée-jambon en appelant son fils, mort il y a bien longtemps, pour qu’il vienne manger avec que ce ne soit froid. Il y a tout cela et bien plus encore. La véritable magie d’une enfance racontée dans un style extraordinaire (et je ne galvaude pas le qualificatif) à travers les yeux émerveillés d’un enfant imaginatif.
Mais un jour, le petit frère, Norbert, décède à la clinique. Le père se met à boire, la sœur aînée fuit le domicile, la mère continue à vivre exactement comme si son enfant était encore en vie, poussant sa folie de mère aimante jusqu’à bout. Le monde change, la modernité arrive, il faut laisser partir Jacky et se reconvertir, la boule au ventre et la honte au front. Le père ne rentre plus toujours le soir. L’enfance est compressée entre chagrin du père et folie de la mère, la magie n’existe plus, les dieux sont morts. Le style est plus lisse comme si on ne pouvait plus retenir le temps, au temps suspendu de l’enfance se substitue un temps qui fuit inexorablement, sans réelle consistance et qui mène où l’on sait puisque l’éternité n’était qu’une illusion.
C’est un texte vraiment m.a.g.n.i.f.i.q.u.e. Difficile en le lisant de ne pas s’arrêter pour relire une seconde fois une page ou l'autre. Premier roman et coup de cœur en ce qui me concerne.
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Avis: ***


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