Moi, Présidente : sotie / Gérard Mordillat. - Autrement, 2016

« Vous savez, j’ai fait des choses très dures dans ma vie. J’ai gardé des dindons. Essayez donc de garder des dindons ! Les Français, c’est facile : hop, un coup de pied au cul et ils défilent en rang ! Mais les dindons… » p. 44
TV Près De Chez Vous a obtenu la permission pour séjourner au Palais présidentiel et suivre partout (vraiment partout…) la nouvelle Présidente entourée de ses valets, le ministre du Racisme Efficace, le ministre de la Précarité Raisonnable… Les mesures qu’elle veut mettre en place sont, comme qui dirait, assez radicales : retour à l’esclavage pour libéraliser le monde du travail, mariage obligatoire et incitation à la polygamie pour lutter contre la solitude et résoudre la crise du logement, suppression de la culture, de la justice, de la liberté de la presse, immunité totale de la police et autorisation de la torture… Outre ses brillantes idées, la Présidente a un langage très vulgaire et scatologique (très caca prout). Son compagnon, en tant que première dame, se meut dans une robe tricolore froufroutante. Toute ressemblance avec une candidate aux élections présidentielles ne serait évidemment que pur hasard. C’est une farce, une sotie dit Mordillat, reste que ce délire est assez pesant, lourdingue, même assez affligeant. De l'humour bien gras. Il sera prudent de ne pas découvrir l’auteur par cet opus un peu bizarre.
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Avis : *

Maman ours / R. T. Higgins. - Albin Michel, 2016

Fâcheuse déconvenue : Michel s'apprêtait à cuisiner les œufs usurpés chez l'Oie et voici qu'ils éclosent. C'est bien connu, les oisons s'identifient à la première personne rencontrée. Pas de bol donc que ça tombe sur l'ours le plus grognon que la terre ait porté. « Michel voulait des œufs durs, pas de oisons » et il ne se gène pas pour le leur dire : « Je vous aimais mieux quand vous étiez des œufs. » Pas de quoi décourager les 4 petits qui le collent indéfectiblement, au grand dam de notre bougon indécrottable.
Les ronchons font d'excellents héros de littérature jeunesse, d'autant plus lorsqu'ils sont croqués comme ici avec démesure. Ainsi plus les oies s'incrustent, plus l'ours ronchonne, et plus on rit à gorge déployée.
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La Danse des vivants / Antoine Rault. - Albin Michel, 2016

« Mais qui a le sort le plus enviable : cet homme sans visage ou moi sans mémoire ? Charles s’entend répondre : Je donnerais tout pour avoir une femme à mes côtés, une famille… » p. 212
Juillet 1918, un jeune officier français amnésique est retrouvé sur le champ de bataille coincé dans un trou d’obus, enseveli dans la boue. Il est envoyé à la station neurologique de Salins-les-Bains considérée comme le dépotoir de ceux dont plus personne ne veut. La psychiatrie et la torture se ressemblant alors comme des sœurs jumelles, on y obtient de bons résultats. C’est-à-dire que les soldats, parfois pour fuir des traitements inhumains, retournent rapidement dans les tranchées dans 98 à 99 % des cas. Mais nous avons affaire à un sujet rétif à tout traitement et, pour éviter la contagion de ce mauvais exemple, il est placé à la chartreuse de Bonlieu (Jura), autre station neurologique, destinée aux malades de longue durée. On croit avoir réussi à l’identifier, pourtant son père adultérin qui le hait nie l’évidence. Alsacien d’origine, maîtrisant parfaitement le Français comme l’Allemand, connaissant le Russe grâce à Olga qui fut sa nourrice, cet homme sans passé, véritable aubaine, est récupéré par les services secrets qui l’infiltrent dans l’armée allemande sous une fausse identité pour s’assurer du respect des accords de paix. N’est-ce pas un pacte faustien sans retour possible ? L’auteur reconstitue la vie des gens de 1919-1920, les difficiles débuts de la République de Weimar, marqués par les souffrances de la guerre, l’esprit de revanche, la misère… On se laisse promener dans cet univers et la vie errante du protagoniste durant 500 pages, en se fichant pas mal de savoir s’il s’agit d’un roman d’aventure, d’espionnage ou de guerre. D'une lecture aisée, c’est agréable, bien documenté, éveille la curiosité historique. Citons par exemple l’attentat sur la personne de Clemenceau en 1919 ou encore ce héros anglais de la guerre, Henri Tandey, qui épargna le 28 septembre 1918 un jeune soldat allemand blessé dont il aura des nouvelles plus tard puisqu’il se nommait Adolf Hitler.
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Avis : **

Pas une / G. Printemps ; F. Peissl. - Chat d'orties, 2016. - (Les coquelicots sauvages)

Ne pleure pas, pleurer rend idiot, ne chiale pas devant tout le monde, couiner n'est pas une solution... Autant de sentences que cet enfant a dû intérioriser au plus profond de lui car « pas une larme, pas une, jamais. Il gardait ses yeux secs et le cœur serré. » Les parents fous d'inquiétude consultent frénétiquement mais loin de résoudre le problème, les médecins rajoutent au malaise : l'enfant s'inquiète à son tour, imagine le pire. Et puis un jour c'en est trop. Finis les médecins, finis les diagnostiques de mauvaises augures, on se pose ensemble, on se prend dans les bras et tout devient limpide. Les larmes abondent, libération.
Un album d'une grande finesse, sensible, à l'imagerie poétique mais un peu long dans le texte. Il est en tout cas un joli plaidoyer pour l'expression libre de ses sentiments, de ses émotions.

Super cagoule / A. Louchard. - Seuil jeunesse, 2016

Qui n'a jamais eu à sortir attifé d'une cagoule ou autre vêtement grotesque qui EN PLUS gratte horriblement... Cette immonde cagoule, « c'est sûrement un instrument de torture inventé au Moyen Age pour punir les enfants pas sages. » Et comme un calvaire n'arrive seul, voici le loup bien décidé à avaler notre poulet grognon, sans la cagoule évidement. Mais ce dernier est rusé et entourloupe le loup avec une aisance jubilatoire pour le lecteur.
Merci Antonin Louchard, pour ces histoires facétieuses parfaites à lire à voix haute grâce aux réparties saillantes !
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Babylone / Yasmina Reza. - Flammarion, 2016

« Quelle importance ce qu’on est, ce qu’on pense, ce qu’on va devenir ? On est quelque part dans le paysage jusqu’au jour où on n’y est plus. » p. 12
Pierre et Elisabeth Jauze forme un couple de sexagénaires petit-bourgeois, routinier, conformiste, un peu guindé. Elisabeth veut faire une fête de printemps dans leur appartement. C’est une première, elle n’a guère d’expérience en la matière. Elle se creuse la tête pour savoir qui elle pourrait bien inviter, ce qui donne un patchwork d’amis approximatifs, leur fils, sa sœur (qui vit une relation sado-maso avec un homme marié), des collègues, Jean-Lino Manoscrivi et Lydie Gumbiner, leurs voisins du dessus. Quarante personnes dont plus de la moitié n’honorent pas l’invitation. Les conversations ne sont guère détendues, Jean-Lino réussit cependant à faire rire au détriment de sa femme. Lorsque la soirée se termine, et de retour chez eux, les Manoscrivi se disputent et Jean-Lino étrangle Lydie avant d’aller prévenir ses voisins du dessous de son forfait. Comme Pierre, après avoir constaté les faits, se rendort, Elisabeth cède à la tentation d’aider Jean-Lino à évacuer le corps. Personnage qui déteste son enfance, Elisabeth est dans une espèce de mélancolie du temps qui passe, ce que vient confirmer son livre de chevet, un album photos de portraits d’Américains de 1955, reflet de gens seuls, le livre le plus triste de la terre dit-elle. Elle semble lutter contre sa non-consistance mais au bout du compte que s’autorise réellement Mme Jauze ? Ce qui m’embête c’est que je ne vois pas trop où Yasmina Reza veut en venir. Prix Renaudot 2016.
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Avis : **

Zim bam boum / F. Stehr. - Ecole des loisirs, 2016. - (Pastel)

Casseroles, timbales, cuillères et autres ustensiles de cuisine, tombés entre les mains de nos joyeux lascars, forment une belle cacophonie. Pardon, une belle musique. Zim bam dzong boum clang... Grand hibou subtilise habilement le tout, amène un gros gâteau et récolte un tout autre concerto...
« Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? » Réponse malicieuse en image, ça promet...
Album cartonné simple, efficace et drôle pour les tout-petits.
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Nos âmes la nuit / Kent Haruf. - R. Laffont, 2016. - (Pavillons)

« Je parle de passer le cap des nuits. Et d’être allongés sous les draps, de manière complice. D’être allongés sous les draps ensemble et que vous restiez la nuit. » p. 11
Addie Moore, veuve de 70 ans, décide d’aller toquer à la porte de l’un de ses voisins, Louis Waters, lui aussi veuf. Mais que diable lui veut-elle ? Elle lui demande simplement s’il accepterait de venir la nuit chez elle pour partager son lit et discuter sous les draps. Un peu surpris, on l’imagine, Louis accepte. Ils s’apprêtent chacun de leur côté pour ces rendez-vous, ils sont un peu empruntés. Alors ils parlent, se racontent côte à côte et vont jusqu’à oser se tenir la main. On jase alentour et ils s’en fichent. Le petit-fils d’Addie est laissé à sa garde car l’ambiance n’est pas au beau fixe chez ses parents. Qu’à cela ne tienne il est englobé dans le cercle d’amour qu’ils forment, tout comme la vieille Ruth, une voisine, ce n’est pas l’imprévu qui va les perturber, l’amour en se partageant ne fait que se multiplier. Il y a ce simple plaisir animal d’être ensemble, il y a ce refus d’exiger quoi que ce soit de l’autre, juste l’acceptation du bonheur comme il vient et juste l'envie de remercier quand il s'en va, même pas la colère contre ceux qui séparent au nom de la morale ceux qui s'aiment. Ou comment réussir à écrire simplement une histoire simple, en délicatesse. Ce n’est pas le style qu’il convient de mettre en avant mais la beauté et la grandeur de ces personnages. Le roman de Kent Haruf, écrit peu avant sa mort en 2014, est vraiment très très émouvant, subtil et tout en finesse. C'est beau comme du Jacques Poulin ou la Jocelyne Saucier de Il pleuvait des oiseaux.
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Avis : ***

Caballero / L. Major. - Samir, 2016

Genaro 13 ans était l'intello de la classe avant de filer un mauvais coton, jusqu'à terminer « en apothéose par un coma éthylique en pleine rue. » Ses parents prennent des mesures radicales : il est envoyé en Espagne chez un lointain cousin, Pepito des chiens. Le séjour ne s'annonce pas comme les vacances espérées : le cousin  gère en réalité un refuge pour chiens maltraités, galgos et podencos victimes de la bêtise insondable des galgueros et de leur imagination sans limite en matière de cruauté. Chaque journée, dans le meilleur des cas, est une succession de corvées et de soins apportés aux chiens. Les mauvais jours, des animaux dans un état effroyable viennent remplir les rangs d'un refuge déjà saturé. Genaro se révèle Strombo « comme le Stromboli, parce que la première semaine, je vomissais à chaque fois que je voyais les blessures horribles de chiens ». Avec Pepito, il faut avoir le sens de l'humour car les « plaisanteries débiles », les « blagues et l'ironie » sont ses seuls remparts contre un tonneau des Danaïdes qu'alimente continuellement la maltraitance animale. Face à cette misère, Genaro/Strombo doit faire face, travailler dur, inventer des solutions et surtout apprendre à avoir confiance en lui. Sa relation avec la belle Lucy et avec la chienne Tonka, rescapée d'une pendaison, l'y aideront.
Roman dense aussi difficile à lire, dans les passages de maltraitances, que riche en émotions et en énergie militante.

Le petit livre qui dit C'est à moi ! / S. Meralli ; C. Crouzet. - P'tit Glénat, 2016. - (Vitamine)

Quelle peste cette gamine ! Vitupérante, possessive et égoïste : « C'est à moi » répète-t-elle à son cousin haut comme trois pommes, lui confisquant tous les jouets lui passant entre les mains. Mais le bambin ne se laisse pas impressionner et continue de jouer avec les moyens du bord, lui renvoyant au final la monnaie de sa pièce. 
Pas de message moralisateur dans cet album qui préfère la démonstration par l'image (cette bouche éructante !) : A refuser de prêter, on pourrait bien finir par s'ennuyer...

Merci pour ce roman / Guillaume Prévost. - F. Bourin, 2016

« Fessenheim, donc, une épine atomique dans son talon présidentiel. Il avait promis la fermeture de la centrale en 2012 et n’avait cessé d’en repousser l’exécution. 2016, 2017… C’était son truc, ça, repousser. » p. 15
Le Président Hollande annonce lors d’une visite à Fessenheim la fermeture de la centrale nucléaire. Michel Gravier, un grand gaillard syndicaliste qui travaille pour un sous-traitant, serre la main de François Hollande et lui fait part de son mécontentement. Un rejet de gaz dû à la défaillance d’une soupape aurait eu lieu. A la suite de cette rencontre, curieux phénomène ou cauchemar, chacun d’entre eux se retrouve dans le corps de l’autre. Michel Gravier est à la tête du pays et François Hollande dans une famille ouvrière avec une femme institutrice, une belle-fille, ado gothique, et Pépi, le père de Michel, atteint de la maladie d'Alzheimer. Michel déguste des mets excellents tandis que François découvre les joies de la nourriture du Midl (sic !). Michel fait la connaissance de la belle Jolie (resic !) Gayet tandis que François doit répondre aux avances de Béatrice, amante de Michel, infirmière du père de Michel et femme du meilleur ami de Michel. Michel est en voyage officiel en Iran, François lui est soupçonné d’avoir commis un homicide sur une prostituée de l’Est à Fribourg (Allemagne). L’auteur, trouvant à ce point nul notre Président Hollande, semblerait presque supputer que nous ayons réellement un usurpateur en France au sommet du pouvoir depuis quelque temps. C’est une gentille fable politique, amusante, pas beaucoup plus qu’une aimable distraction. Il en faut… Cependant, il paraît évident qu’avec une telle situation de départ un Gérard Mordillat, celui de La Brigade du rire par exemple, aurait fait quelque chose de bien plus nourrissant, plus piquant. Dommage…
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Avis : *

Si c'est la fin du monde / Tommy Wallach. - Nathan, 2016

Un astéroïde se rapproche dangereusement de la terre et c'est bientôt la quasi certitude de l'impact. Peter, Eliza, Andy et Anita vont voir leurs trajectoires et leurs sentiments se croiser puis se percuter dans ce cadre digne d'une fin du monde. Peter souhaite se défaire de son costume de beau gosse populaire et se rapprocher d'Eliza dont il a terni la réputation par lâcheté. Anita veut échapper au chemin de réussite tracé par ses parents afin de se lancer dans sa passion, le chant. Elle entraîne dans son sillage Andy, le suiveur du dealer du quartier qui va ainsi voir sa vie chamboulée. Chacun cherche à se défaire des étiquettes et des pressions extérieures. Mais le monde autour d'eux change, devient de plus en plus violent au fur et à mesure que le compte à rebours s'égraine et que les hommes perdent confiance et foi en l'avenir. Tout est-il désormais permis ? Mais n'est-il pas déjà trop tard pour réaliser tous ses rêves ?
Un roman kaléidoscope qui offre quatre visions différentes d'une société qui se délite. Chaque chapitre fait entendre une voix différente tout en rembobinant le récit légèrement en arrière comme pour souder les histoires en une seule. Ces légers déraillements sont à l'image de l'avenir de ces jeunes, des moments où le temps peut encore changer de direction... où une autre version est encore envisageable. Un livre qui propose des visions variées de ce que l'on peut choisir de faire lorsque, à l'orée de la vie, on se rend compte, qu'il ne reste plus beaucoup de temps.

Drôle d'oiseau / A. Reynolds ; M. Davies. - Le Génévrier, 2016

Drôle d'oiseau est résolument différent. De par son physique, de par ses occupations : il aime les livres tandis que ses pairs chassent, paradent, terrorisent. « Ne pas être un oiseau cool lui valait d'être horriblement seul. » Jusqu'à ce qu'une bande d'oiseaux ringards l'invite à se joindre à elle. Après tout, « être cool est épuisant » alors pourquoi s'acharner... Qu'il est agréable ce sentiment d'appartenance ! Lorsqu'un nouvel oiseau bizarre se présente, Drôle d'oiseau pense pouvoir le convier à son tour mais bizarre n'est pas ringard et la bande refuse. Drôle d'oiseau ne comprend plus car s'il sait une chose : « c'est vraiment terrible d'être seul. »
Pas question alors de le rejeter. Au diable les étiquettes et les différences, l’essentiel n'est-il pas de s'apprécier ?
Quel modèle d'ouverture et de tolérance que ce Drôle d'oiseau ! Le trait broussailleux de Matt Davies renforce l'attachement à ces personnages décalés cernés par la solitude. Mais pas de gravité ici, l’humour rôde, l'emporte même dans un final prônant l'accueil de l'autre.

Légende / Sylvain Prudhomme. - Gallimard, 2016. - (L’Arbalète)

« Il s’était dit je viens de là. Cela pensé avec fierté, orgueil presque : je suis fils de ça. » p. 287
La Crau, un désert de pierre aux portes d’Arles, paradis du vent et des brebis. Nel est issu d’une famille de bergers mais son père a renoncé à ce dur métier et a tout fait pour en détourner son fils. A force de n’être que spectateur, celui-ci est devenu photographe. Matt, un ami anglais, aime réaliser en amateur des documentaires et voudrait en faire un sur la Chou, une célèbre boîte de nuit, l’utiliser comme miroir d’une époque, celle des années 1970-1980, la racontant à travers le destin d’hommes et de femmes qui fréquentaient l’établissement. Rapidement pourtant son sujet se concentre uniquement sur l’histoire tragique de deux frères, Fabien et Christian, le premier aussi lumineux que le second est ombrageux, qui s’avèrent être les cousins fantasques de Nel. Nel et les interviewés vont donc devoir creuser profond le sillon des souvenirs, jusqu'à entrapercevoir les deux frères dans leur réalité reconstituée. Mais au-delà c’est aussi un livre qui s’interroge discrètement sur l’exercice de la liberté, sur l’appartenance à un lieu, à un milieu, sur l’identité. De très belles pages sur les bergers et sur l’amitié aussi.
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Avis : **

Chanson douce / Leïla Slimani. - Gallimard, 2016. - (Blanche)

« La nuit, dans le confort de leurs draps frais, le couple rit, incrédule, de cette nouvelle vie qui est la leur. Ils ont le sentiment d’avoir trouvé la perle rare, d’être bénis. » p. 35
Paul Massé s’épanouit dans une carrière liée à la production musicale. Sa femme, Myriam, ne laisse à personne le soin d’élever sa fille, Mila, et y prend même du plaisir. Pourtant, un peu plus de deux après son premier enfant, quand naît Adam, elle souhaite reprendre son activité d’avocate. L’un et l’autre sont dévorés par leur travail, il faut donc trouver une nounou de qualité. C’est une fée du logis qu’il dégotte : elle garde les enfants, jouent avec eux et, sans qu’on le lui demande, fait le ménage, la cuisine, la vaisselle, change les draps, plie le linge… Au départ tout le monde est satisfait, elle est si indispensable qu’on l’emmène même en vacances en Grèce !, mais sur la durée elle commence à être envahissante et parfois étrange. Nul suspense puisque, à la façon de L'Analphabète de Ruth Rendell (adapté au cinéma par Chabrol sous le titre La Cérémonie) ou de la série télévisée Columbo, nous comprenons dès la première page que la nounou a tué les deux enfants du couple. D’une lecture facile et sans grande surprise ensuite, le roman déroule ces vies pour revenir à son point de départ. Particulièrement celle de la future criminelle, cette femme grignotée par l’ennui, la solitude collée à la peau, souffrant de connaître l’intimité et le bonheur des autres qu’elle ne peut partager un peu qu’un temps puisque inéluctablement les enfants grandissent. Elle rêve de ne plus s’occuper de personne mais n’a de vie qu’en s’occupant des autres. Pas mal mais sans sortir pour autant du lot à mon sens. Prix Goncourt 2016.
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Avis : **

Bonjour pompier / M. Escoffier ; M. Maudet. - Ecole des loisirs, 2016

Pas de répit pour ce pompier qui éteint l'incendie d'une cabane, puis d'une forêt, venant au secours d'un chien et d'un castor. Ouf, la journée est finie, il est temps de tomber le casque. Surprise ! Ce pompier est une fille ! Et pourquoi sommes-nous surpris ? Dans cet album en tout cas, rien de plus naturel et l'histoire poursuit son cours vers une issue rigolote.
Petit album cartonné pour les petits qui légitime tout naturellement et subtilement la place des filles dans les rôles habituellement incarnés par des garçons.

On aurait dit / A. Marois ; G. Dubois. - Seuil, 2016

« Soyez sages » dit-elle. Les 2 charmants bambins le promettent et grimpent dans leur chambre. « A quoi tu veux jouer ? » Lorsqu'il s'agit d'inventer des histoires et des univers, les idées ne manquent pas, l'énergie non plus. Toutes les pièces de la maison en feront les frais. Lorsque maman rentre du jardin, le jeu prend une autre tournure...
Album au trait délicieusement désuet, hommage efficace à l’imagination. Et l'issue cataclysmique n'y changera rien de rien !
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Il était trop de fois / M. Zürcher ; R. Badel. - Thierry Magnier, 2016

Il était une fois... Encore un conte ? C'est sans compter sur un personnage extérieur qui s'immisce dans la narration. Il rejette chaque proposition de rebondissement : trop violent, dégoutant, pas assez sain, ni éducatif... Rien ne lui convient, il tance les auteurs et l'histoire piétine. La fin de l'histoire arrive sans que l'intrigue n'ait évolué -avec une constatation : rien n'égale les contes classiques- mais tous ces soubresauts ont assuré notre divertissement ! 
On reprend : « Il était une fois un loup, grand et méchant...»
Idées farfelus de Muriel Zürcher et dessins jubilatoires de Ronan Badel pour des lecteurs friands d'histoires en abîme !
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Le Cri / Thierry Vila. - Grasset, 2016

« Mais tous avaient fait le même constat : la femme médecin n’offrait aucune prise à la « sympathie » normale. » p. 204
Même si l’on pratique ce métier depuis plusieurs années, pas évident d’embarquer comme médecin à bord d’un bateau qui fait de la prospection de pétrole lorsque le personnel est presque exclusivement masculin. Lil est la fille d’un père britannique et d’une mère rwandaise tuée durant le génocide de 1994 au Rwanda. Elle-même, à 15 ans, aurait été violée sur le cadavre de sa mère. Elle embarque au Suriname pour trois mois et la vie avec tous ces hommes de nationalités variées va être difficile. Haute d’1m85, ce qui en fait une des personnes les plus grandes, lectrice des grands auteurs, pas très bavarde, elle maintient une distance infranchissable avec la plupart. C'est qu'elle a effectivement une psychologie très particulière, elle est dans une espèce de renoncement total qu’elle inscrit dans ses errances maritimes, dans un anéantissement de toute volonté d’être et de posséder, juste vivre et disparaître parfois dans l’acte chirurgical ou ses lectures par exemple. Avec Robert Cazal, le chef mécanicien, elle forme une curieuse alliance fraternelle asexuée, les autres louvoient vis-à-vis d'elle entre attirance et répulsion. Les séquelles de son passé se manifestent à travers un cri répété qu’elle pousse en privé puis, par la suite, en public. L’atmosphère sur le bateau, comme dans le roman, est étouffante et on se demande souvent si on s’achemine vers une fin heureuse ou une tragédie. Avouons que cela est somme toute assez bien fait même si mon enthousiasme est resté modéré.
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Avis : **

Fils du feu / Guy Boley. - Grasset, 2016

 « Jacky avait dû naître d’un ventre de fer en fusion entre deux cuisses de lave au temps des grandes fissures cambriennes tandis que les volcans projetaient dans les nues quelques myriades d’enclumes phosphorescentes. » p. 22
Le narrateur, Jérôme, peintre à Arles, se penche sur son passé familial. Nous sommes dans un quartier populaire et ouvrier de Besançon dans les années 60. Le père, et son ouvrier, Jacky, travaillent comme ferronniers d’art. Devant cet univers de feu, ces hommes (ou bien ces dieux ?) besogneux et taciturnes, torses nus, le petit Jérôme est fasciné et se crée une véritable mythologie personnelle. La mère gère ses incessantes lessives dans l’eau chauffée, le linge étendu qu’il faut retirer d’urgence quand le vent est à l’Est et qu’il rabat le suif en provenance du dépôt de locomotives voisin. La grand-mère dépèce et dépiaute les grenouilles sur le muret de la cour. Et puis il y a les pittoresques voisins dont Marguerite au cul de jument comtoise (sic !) qui se promène avec une assiette de purée-jambon en appelant son fils, mort il y a bien longtemps, pour qu’il vienne manger avec que ce ne soit froid. Il y a tout cela et bien plus encore. La véritable magie d’une enfance racontée dans un style extraordinaire (et je ne galvaude pas le qualificatif) à travers les yeux émerveillés d’un enfant imaginatif.
Mais un jour, le petit frère, Norbert, décède à la clinique. Le père se met à boire, la sœur aînée fuit le domicile, la mère continue à vivre exactement comme si son enfant était encore en vie, poussant sa folie de mère aimante jusqu’à bout. Le monde change, la modernité arrive, il faut laisser partir Jacky et se reconvertir, la boule au ventre et la honte au front. Le père ne rentre plus toujours le soir. L’enfance est compressée entre chagrin du père et folie de la mère, la magie n’existe plus, les dieux sont morts. Le style est plus lisse comme si on ne pouvait plus retenir le temps, au temps suspendu de l’enfance se substitue un temps qui fuit inexorablement, sans réelle consistance et qui mène où l’on sait puisque l’éternité n’était qu’une illusion.
C’est un texte vraiment m.a.g.n.i.f.i.q.u.e. Difficile en le lisant de ne pas s’arrêter pour relire une seconde fois une page ou l'autre. Premier roman et coup de cœur en ce qui me concerne.
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Avis: ***


Louis Soutter, probablement / Michel Layaz. - Zoé, 2016

« Pantin décharné qui allait, avec sa mine de moribond, du néant à l’abîme, vivotant avec tristesse sa vie de fils indigne. » p. 34
Louis Soutter (1871-1942) est né de parents suisses protestants pudiques et sévères. Bon élève, même si son comportement bizarre lui vaut sur ses bulletins de notes la mention « mauvaise conduite ». D’abord lancé dans des études d’ingénieur puis d’architecte, il se forme finalement à la peinture à Lausanne, Genève, Paris. Marié à une Américaine, il est propulsé Directeur du Département des Beaux-Arts de Colorado Springs où il enseigne le dessin et aussi la musique, étant un excellent violoniste. Il ne se sent pas bien dans le carcan de son travail, dans son art apprécié (trop académique pour lui), dans sa vie de couple et est terrifié par l’idée de la procréation. Le divorce est prononcé. Louis fuit les États-Unis, vit à Paris quelque temps puis, à 32 ans, rentre chez lui à Morges (Suisse) dans un état misérable, sans énergie et offrant des signes évidents de déséquilibre mental. Il réussit à se remettre à la musique, durant 15 ans il sera une espèce de violoniste mercenaire, jouant parfois avec le plus grands mais lassant par ses excentricités : il peut brutalement entrer en extase et s’arrêter de jouer. Comme chez les Van Gogh, son frère subvient à ses besoins tandis que sa belle-sœur trépigne. Il est mis sous tutelle puis, à 52 ans, placé à l’Asile de Ballaigues où il vivra jusqu’à sa mort. On sait peu de choses sur sa production avant Ballaigues, en revanche, subissant l’humiliation de la dépendance, infantilisé, dans un lieu où il est permis de se demander s’il était adapté à son cas, privé de liberté, il crée paradoxalement une œuvre gigantesque et extrêmement libre, sincère, profonde, sombre, sans les contraintes qu’impose le statut d’artiste. Dans sa totale solitude, il aura les encouragements de son cousin, Le Corbusier, et les soutiens plus ou moins fidèles d’autres comme les romanciers Jean Giono, Ramuz et quelques très rares peintres. Utilisant une encre noire, directement avec ses doigts les dernières années, il produit par centaines des dessins/peintures qui souvent choquent, scandalisent, perturbent ou suscitent l’indifférence, le rire, la moquerie. Michel Layaz fait revivre de façon très vivante la vie de cet artiste troublant, d’une grande intelligence, à la figure osseuse, qui fait penser par bien des aspects à Antonin Artaud (maigreur, horreur de la procréation, internement, sautes d’humeur…), qui était tout sauf un tiède, ne connaissant que les extrêmes : gueux toujours élégant, adepte des hôtels de luxe et des meules de foin… Layaz donne envie de se plonger dans cette œuvre méconnue et inquiétante.
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Avis : ***

Molécules / François Bégaudeau. - Verticales, 2016

« 99 % des assassins appartiennent à la catégorie non dangereux. » p. 67
Jeanne travaille pour une association de loisirs qui intervient au Centre de santé mentale d’Annecy. Elle y a une tendresse particulière pour Didier, un jeune qui s’asperge le dessus de la tête de jus de fruit ou de lait lorsqu’il sent la pluie venir afin de n’être pas mouillé par elle et qui aime aussi étreindre les arbres. Une fin d’après-midi, le 27 septembre 1995, rentrant chez elle plus tôt que de coutume, elle est tuée au cutter en sortant de l’ascenseur de sa résidence. Un fou ferait un bon coupable mais qui n’est pas fou ? Le Capitaine Brun, une femme fan de Radio Nostalgie, et le Brigadier Calot, un célibataire à la calvitie précoce, obsédé de statistiques et qui absorbe une pastille Vicks à chaque désaccord, mènent l’enquête. Celle-ci est vite résolue. Le reste du livre est donc consacré aux aveux, à la reconstitution des faits, au procès puis au devenir des principaux protagonistes de l’affaire : le coupable, Charles, le mari de la victime et Léna, sa fille, passionnée de biochimie et qui rêve de créer de nouvelles molécules plus que de reprendre la pharmacie familiale. La première moitié du roman est vraiment excellente, on se croirait de retour, quarante après, dans l’humour pince-sans-rire et absurde de Les Vécés étaient fermés de l’intérieur de Patrice Leconte (adapté de Gotlib) où sévissait le duo Rochefort/Coluche, les répliques sont absolument savoureuses mais la suite en regard paraît un peu fade.

Avis : **

Le Sanglier / Myriam Chirousse. - Buchet Chastel, 2016

« Est-ce le destin de tous les couples de devenir un jour une maison abandonnée où ne bruisse que le vent de l’habitude ? » p. 101
Il a quitté sa femme, elle a quitté son compagnon. Après un coup de foudre mutuel, ils se sont mis en couple. Christian et Carole logent en location, au milieu de nulle part, dans une maison décrépite qui prend l’eau, en compagnie de Martin, le chien (on notera la suprême originalité qui a dû présider au choix du nom de l’animal). C’est un samedi matin ordinaire de décembre, ils se rendent en ville pour ce qui constitue les aventures de leur vie : déposer un chèque à la banque, acheter un ceinturon pour monsieur, des culottes pour madame (bleu et gris les culottes), manger chez Mamivette, la grand-mère de Carole, qui a préparé son spécial gratin oubliant que sa petite-fille amenait le repas, faire les courses, passer à la station-service et retour au bercail. Quelques imprévus palpitants viennent entraver la journée : Carole et son envie de faire pipi confrontée à l’absence de lumière dans les toilettes du centre commercial ou la carte bleue de Christian avalée par le distributeur de billets. L’anxiété permanente et maladive de Christian va compromettre un si riche programme. Un tout petit roman qui se lit sans déplaisir mais dont on aurait du mal à faire l’un des romans importants de la rentrée littéraire et qui n’atteint évidemment pas l’intérêt des livres de Marie-Hélène Lafon chez le même éditeur.

Avis : **

La Sainte famille / Florence Seyvos. - L’Olivier, 2016

« Il y avait si longtemps aussi qu’elle voulait expérimenter ce qu’éprouve leur mère quand elle les gifle. » p. 29
Plongée dans une famille, dans l’enfance d’une gamine de 10 ans, Suzanne, et de son frère Thomas, 7 ans. Lors des vacances, dans le Sud, il y a dans la maison l’aïeule qui agonise, la grand-mère sans cœur et puis la sœur de celle-ci, Odette, un peu simplette, vraie mère-poule toujours un peu inquiète pour ses protégés même si incapable de gestes de tendresse. Il y aussi parfois l’oncle accro à la dive bouteille et un peu pervers. Au quotidien, à l'Est, il y a la mère, pas tendre non plus la mère, qui bat ses enfants cul nul avec une laisse de cuir, un père un peu absent qui va bientôt demander le divorce, et Wild, un instituteur sadique (les autres enseignants ne valent pas mieux). C’est une enfance avec des petits bonheurs mais également beaucoup d’humiliations, de hontes, de contraintes, de mensonges. C’est la découverte des jeux de pouvoir, de l’exercice de la violence des plus forts sur les plus faibles, une violence qui finit par imprégner un peu inconsciemment le comportement de Suzanne. Une Suzanne qui associe d’ailleurs désormais la force au monde des adultes au point d’être totalement déroutée lorsqu’elle voit son oncle pleurer et se conduire comme un enfant, Wild le tortionnaire qui semble un timide vagabond en dehors des cours ou son propre père, déboussolé, s’excusant pitoyablement auprès de sa fille d'avoir divorcé. Il s’écoule un quart de siècle entre le début du roman et sa fin, le temps du recul sur sa propre histoire, mais il n’y a pas d’indication de date. Le narrateur est un peu troublant, il s’agit en effet au départ de Suzanne, parfois de Thomas et le plus souvent ni de l’un ni de l’autre. Le texte est dans une langue simple et agréable, limpide, par une romancière bien connue des plus jeunes.

Avis : **

Le Petit pays / Gaël Faye. - Grasset, 2016

« L’opinion publique pensera qu’ils ont fui l’enfer pour trouver l’Eldorado. Foutaises ! On ne dira rien du pays en eux. La poésie n’est pas de l’information. » p. 16
Gabriel, 33 ans, vit à Saint-Quentin-en-Yvelines. Il est né au Burundi (où il vit jusqu'à 13 ans) d’un Français venu du Jura et d’une mère rwandaise. Le père pense surtout à développer ses affaires tandis que la mère qui a déjà fui son pays enfant est surtout en quête de sécurité et ne détesterait pas vivre à Paris. C’est pourtant une enfance paisible et heureuse que celle que passe Gabriel à Bujumbura au côté de sa petite sœur et d’un groupe de copains tous habitants de la même impasse où résident des expatriés aisés. L’auteur prend largement son temps pour raconter les rigolades au quartier général (une épave abandonnée d’un Combi Volkswagen dans un terrain vague), les orgies de mangues, les baignades, la fête d’anniversaire, le cadeau de Noël… comme pour mieux marquer la rupture, la perte de l’innocence. Car surgissent la découverte de la violence, de la peur, de l’antagonisme hutu et tutsi, l’instauration de l’insécurité permanente liée au contrecoup du génocide rwandais (1994) sur le sol du Burundi. Ses parents s’étaient déjà séparés et voilà maintenant que c’est l’amitié qui se détraque, chacun qui semble perdre la raison. Tout se délite. Grâce à une voisine grecque, Mme Economopoulos, il trouvera un refuge provisoire inattendu (les livres) et la capacité de mettre des mots sur les maux. Le roman se présente comme un long flash-back, un retour sur une enfance perdue à jamais (le vrai pays quitté) que seuls les mots permettent de retrouver… un peu. Gaël Faye colle incroyablement à son sujet et pour cause ! Premier roman. Gaël Faye né au Burundi, arrivé en France en 1995 vient de s'installer au Rwanda. Prix Goncourt des lycéens 2016.
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Avis : ***

Police / Hugo Boris. - Grasset, 2016

« On est plus efficace quand on n’a pas trop d’empathie. » p. 61
Les étrangers interdits de séjour regroupés au Centre de rétention administrative ont mis le feu au bâtiment. Le personnel est débordé et fait appel à la police pour une reconduite à la frontière. C’est ainsi que trois policiers se retrouvent à l’intérieur de leur véhicule de fonction dans un huit clos avec un Tatjik qui ne comprend pas un mot de français, direction l’aéroport Charles-de-Gaulle pour un vol pour Istanbul. Il y a là Aristide, un beau mec musclé mais assez immature, instable, un boute-en-train macho, Virginie qui, bien qu’ayant un tout jeune enfant, est bouffée par son métier et ne fait plus l’amour avec son mari et puis Erik qui passe pour être l’incarnation de la probité professionnelle. Virginie a eu une aventure avec Aristide, elle en est enceinte mais lui a annoncé qu’elle allait avorter et garde désormais ses distances avec lui. Il le vit très mal. L’escorté, le débouté, qui aurait dénoncé un réseau de traite humaine (travail forcé) risque peut-être la mort à son retour dans son pays. Virginie se débat avec sa conscience, dans un parallèle osé avec le fœtus qui serait lui-même en rétention avant expulsion forcée. Elle va pousser à l’illégalité et la désobéissance ses deux collègues. Un petit roman psychologique au sujet grave, assez bien fait quoique peut-être pas très vraisemblable ( ?)  
 
Avis : **

A tombeau ouvert / Bernard Chambaz. - Stock, 2016. - (Bleue)

« Etre un héros, c’est être voué à la gloire mais, en même temps, à la mort dans l’éclat de la jeunesse. » p. 41
Des duos sportifs mythiques ont marqué notre jeunesse : Ice Borg contre le teigneux Mc Enroe ou Prost dit Le Professeur contre Magic Senna. Je n’attendais pas grand-chose d’un roman sur Senna si ce n’est de me remémorer de très bons souvenirs (en dépit de sa fin tragique), un peu de souffle pour faire revivre la légende. En fait, de nombreuses digressions en font plus un livre sur les nombreux accidentés du sport automobile que sur Senna lui-même. Un roman qui plombe et fait finalement peu revivre la si brillante carrière (quelques jalons seulement) du génial pilote. On connaîtra toutes ses fiancées mais l’historique rivalité avec Prost est évacuée en quelques lignes seulement. L’auteur fait aussi de façon pénible et désormais très courante dans la production éditoriale, quelques analogies avec sa propre vie. Est-ce donc inéluctable à l’air du selfie, cette mode du « T’as vu mon nombril ? Il est beau, hein ? ». Même le choix des trois phrases en exergue vire au ridicule. C’est affreusement décevant. Si vous ressentez de la passion là-dedans tant mieux, moi pas.

Avis : *

Le sel de nos larmes / Ruta Sepetys. - Gallimard, 2016. - (Scripto)

Ils sont 4 à partager en alternance la narration de cet exil, fuite en avant pour échapper aux Russes à la fin de la seconde guerre mondiale. 4 adolescents de nationalité, de profils différents, tous tenaillés par la culpabilité, la peur, la honte, le destin qui s’acharne. 
Joana s'évertue à sauver tous ceux qu'elle croise, il lui faut expier sa faute. Florian est en mission, que rien ne doit venir troubler. Mais Emilia, enceinte de 8 mois, persiste à le considérer comme un chevalier, sauveur de son errance. Ajoutés à cette troupe de réfugiés, « un cordonnier plein de bonté, un petit orphelin, une jeune aveugle. »
Et puis il y a Alfred, héros fantasmé qui se voit comme le sauveur de l'Allemagne destiné à recevoir les honneurs, bientôt, très bientôt. 
Ils vont tous se trouver réunis sur le Wilhelm Gustloff, navire gigantesque censé les ramener vers l'Allemagne en déroute.
C'est l'histoire d'une tragédie maritime réelle qui est racontée ici ; elle dépassa le nombre de victimes du Titanic mais reste fort méconnue, hécatombe parmi les hécatombes. Ruta Sepetys l'incarne grâce à 3 personnages épuisés par les abominations de la guerre, voulant croire néanmoins en un avenir possible. Et par un soldat allemand socialement handicapé, aveuglé jusqu'à la haine, symbole d'une Allemagne endoctrinée et hagarde.
« Au moment même où l'on croit que la guerre nous a pris tout ce qui nous était le plus cher au monde (...) on rencontre quelqu'un et on se rend compte qu'on a toujours plus à donner. »