L'Odyssée de la peur / Bernard Benyamin. - First, 2016

« S’imagine-t-on une vie future brisée dans les yeux d’un enfant rescapé ? » p. 270
Allemagne hitlérienne, 1ère phase du nettoyage ethnique : les nazis terrorisent les Juifs allemands (Nuit de Cristal, emprisonnements de quelques semaines dans des camps…) afin de les pousser à quitter d’eux-mêmes le pays. Le 13 mai 1939, environ 900 d’entre eux, dont 200 enfants, montent à Hambourg sur un paquebot de luxe allemand, avec papiers en bonne et due forme, pour se rendre à Cuba. Quelle joie en arrivant à La Havane ! Mais ils déchantent vite : la législation cubaine en matière d’immigration vient de changer et les autorités ne les autorisent pas à descendre du bateau lors même qu’une partie des leurs est déjà à Cuba et leur fait des signes depuis des petites embarcations qui tournent autour du paquebot. Longues palabres pour rien, le bateau reprend la mer, rôde autour de la Floride, tente même une entrée en force sur le territoire américain. Rien à faire, on ne veut pas d’eux. Même réponse au Canada. Le Honduras fait preuve de plus d’humanité en acceptant des réfugiés mais veut d’abord l’aval des États-Unis, qui ne vient pas. La compagnie maritime ordonne de faire demi-tour et de rentrer à Hambourg où la Gestapo a prévu de servir de comité d’accueil. A bord, le capitaine Schröder, antinazi, toujours en empathie avec ses passagers, jure qu’il ne les ramènera pas à Hambourg. Il a même secrètement prévu un plan B absolument fou. L’angoisse est à son comble au fur et à mesure qu’on se rapproche de la vieille Europe et on ne croit plus guère aux tractations en cours. Pourtant un miracle arrive, quatre pays s’entendent pour se partager les réfugiés. Ce ne sera néanmoins pas le paradis : aux Pays-Bas ils sont parqués dans un camp ceint de barbelés, en France les enfants de plus de 10 ans sont séparés de leurs parents et placés dans des orphelinats. Et le pire est à venir : une large part de ceux qui n’ont pas choisi l’Angleterre comme destination vont être déportés dans les camps ou 254 d’entre eux finiront. Sauvés pour mieux retomber dans les griffes de leurs bourreaux. L’auteur, bien connu des fidèles de l’émission Envoyé spécial, a rencontré une dizaine de personnes parmi les survivants, jeunes enfants au moment des faits, pour revivre ce moment douloureux, cet épisode peu glorieux pour nombre de nations. Cependant le passé est finalement aisé à juger nous suggère-t-il, interrogeons plutôt à tout hasard notre propre humanité aujourd'hui vis-à-vis des migrants syriens. Une façon de raconter l'Histoire que nous plébiscitons.
Avis : ***

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