La Succession / Jean-Paul Dubois. - L'Olivier, 2016

« Le monde est un bordel mal éclairé, un trou noir vertigineux qui depuis sa création a avalé 108 milliards d’humains espérants et vaniteux au point de se croire pourvus d’une âme. » p. 224
Paul Katrakilis a une lourde ascendance. Il a vécu son enfance autour de quatre personnes : Spyridon son grand père, ancien médecin russe au nom grec qui aurait participé à l’autopsie de Staline, il a d'ailleurs volé un bout du cerveau qu’il conserve précieusement dans le formol (il se suicide en 1974), Anna Gallieni sa mère toulousaine, qui répare des montres avec son frère, Jules Gallieni, et vit avec lui une relation très équivoque (Jules provoque sa mort au printemps 1981 en fonçant volontairement avec sa moto dans un mur tandis qu’Anna à l’été de la même année se termine au gaz d’échappement dans le garage), et enfin Adrian, le père, médecin également. Paul a fui à Miami en 1983 ce milieu déplorable, malade de la relation et de la vie, et connaît depuis quatre ans un parfait bonheur avec sa vieille bagnole rouillée, son petit bateau, Watson, un chien qu’il a sauvé de la noyade, en se consacrant à la cesta punta pour un salaire ridicule, pelotari professionnel alors qu’il a terminé ses études de médecine. Mais un évènement va le contraindre à revenir en France à la fin de l’année 1987. Je vous le donne en mille : son père, après sa dernière visite à un malade, s’est jeté dans le vide du haut d’un immeuble et s’est écrasé en bas sur un scooter. Sur son visage ont été retrouvés des tours de scotch entourant ses lunettes (pour bien voir tout jusqu’à la fin ?) et sa mâchoire (pour s’empêcher de hurler ?). Paul, après avoir connu un bref et grand amour à la fin tragique, se consacrera faute de mieux à la médecine, une façon de rentrer dans le rang. Mais y a-t-il une fuite possible à cette espèce de malédiction familiale qui pèse sur lui ?
Je ne me joindrai pas à certains pisse-vinaigre de la critique littéraire (ceux du Masque et la Plume notamment) car c’est vraiment un bon livre avec bien des choses brillantes. Nous aimons beaucoup et depuis longtemps les romans de Jean-Paul Dubois et nous sommes habitués à ses personnages déprimés voire dépressifs. C’est cependant ici sans aucun doute son roman le plus morbide, le plus désespéré (et pourtant non dépourvu d’humour). L’auteur a peut-être plus de mal à tenir la ligne de son roman que d’ordinaire, il digresse peut-être parfois un peu trop, cela s’accordant néanmoins avec ce personnage en errance mais quelle force il a pour nous faire partager la solitude infinie de son protagoniste !
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Avis : ***

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