Einstein avait raison : il faut réduire le temps de travail / Pierre Larrouturou, Dominique Méda. - Ed. de l'Atelier, 2016

Ce plaidoyer pour la semaine de 32h sur 4 jours sans étape intermédiaire afin de créer un électrochoc dans le pays est une réflexion savamment étayée pas une élucubration. A rebours évidemment de tout ce qui est proposé par les leaders politiques français actuels qui voudraient ramener les conditions du contrat de travail un siècle en arrière, ou peu s’en faut, comme si la société n’avait pas évolué, comme si les mutations technologiques ne bouleversaient pas le monde professionnel, comme si la productivité n’était pas exponentielle, comme si nous n’avions pas 6,5 millions de demandeurs d’emploi et une jeunesse qui désespère (sans rien dire des plus de 50 ans…). C’est un projet englobant qui veut redonner du sens au travail (formation, polyvalence…) et à la vie dans la diversité de ses facettes. En cela, on rejoint l’utopie créatrice du Front populaire dont l’esprit s’est bougrement égaré même lorsque nous obtenions une semaine de congés payés supplémentaires ou les 39h. Les auteurs tordent le cou à des contrevérités patentes sur le modèle américain ou allemand, des pays où, contrairement aux idées véhiculées, les salariés travaillent en moyenne moins qu’en France, en raison de l’armada des emplois à temps partiel et des petits boulots. Ils affirment qu’ils restent des réservoirs d’emploi autour de la sauvegarde du climat, d’une véritable politique du logement, du service à la personne ou encore d’une réorientation de l’agriculture. Ils militent contre la flexibilité externe (faciliter les licenciements), le "Travailler plus pour gagner plus" de Nicolas Sarkozy ou la Loi El Khomri, pour défendre la flexibilité interne (réduction du temps de travail avec faible baisse des salaires), le "Travailler moins pour licencier moins" d’Angéla Merkel. Outre un bien être pour tous (salariés comme ex-chômeurs revenant à l’emploi), les chantres de la semaine de 4 jours en espèrent aussi un rééquilibrage hommes/femmes dans les tâches au domicile. En dépit de quelques passages pointus (détails des Lois Aubry), ou très techniques (analyse de la formule Larrouturou p. 206), tout cela est assez passionnant. Enfin, à tous ceux qui seraient tentés d’y voir une proposition très à gauche, les auteurs rappellent que des personnalités de Droite, comme Gérard Larcher, Michel Barnier voire Jacques Chirac, avaient fait des déclarations, il y a 20 ans, laissant clairement entendre leur emballement pour ce projet destiné à créer massivement de l’emploi (1,5 à 2 millions d’emplois attendus), contrairement à la loi sur les 35h malmenée lors de son instauration et qui sera amputée de sa part essentielle. Rappellent aussi que passer de 7 jours de travail à 6, ou de 6 à 5, avait aussi été jugé infaisable tandis que 400 entreprises sont déjà aux 32 heures en France et ne s’en portent pas plus mal.
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Avis : ***

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