Eclipses japonaises / Eric Faye. - Seuil, 2016. - (Cadre rouge)

Voici un roman qui se penche sur ce qu’on pourrait appeler les évaporés. A la fin des années 1970 sur la côte japonaise, un ensemble de disparitions mystérieuses (un archéologue, une infirmière…) se produisent sans que cela n’inquiète outre mesure les autorités. Noyades ? Suicides ? Peut-être… En réalité, la Corée du Nord enlève, pour ses propres besoins des citoyens japonais, afin de les utiliser à divers usages (formation à la langue japonaise des membres des services secrets, futur monnaie d’échange…) Ils y rejoignent parfois des citoyens d’autres pays comme ce soldat américain qui en 1966 franchit le no man’s land entre les deux Corées pour ne pas risquer d’être embrigadé dans la guerre du Vietnam. Eric Faye nous raconte la vie de ces fantômes mais aussi celle de jeunes Coréens endoctrinés et incorporés (faute d’avoir le choix) dans les services secrets de la Corée du Nord pour commettre attentats et assassinats et qui sont tout autant victime de ce régime monstrueux. Plus de vingt ans après les enlèvements, un journaliste sur le point de prendre sa retraite remarque des concordances bizarres dans les fait-divers des années 77, 78, 79… Pourrait-on réussir à obtenir le retour dans leur pays de quelques-uns des disparus ?
Après un roman décevant l’année dernière, Eric Faye renoue avec la veine de Nagasaki (2010), il s’empare de nouveau d’un sujet nippon passionnant tiré du réel, il en extrait toute la richesse avec cette espèce de goût qu’il a pour le fantomatique, l’impalpable, et aborde notamment toutes les implications identitaires (mariage américano-japonais en pays étranger et naissances d'enfants typiquement coréens, ce qui ne rend pas vraiment simple un retour dans un pays d'origine qui a lui-même beaucoup changé entretemps). Ses personnages sont hyper-attachants, c’est efficace en diable. Très très bien !

Avis : ***

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