Défaite des maîtres et possesseurs / Vincent Message. - Seuil, 2016. - (Cadre rouge)

Les humains, dans un avenir inventé par Vincent Message, sont devenus les esclaves d'une espèce extraterrestre indéterminée ; ces Démons ont classifié nos descendants selon trois catégories hermétiques : « ceux qui travaillent pour nous ; ceux qui s'efforcent de nous tenir compagnie ; ceux que nous mangeons. Nous les traitons, tous, comme des êtres à notre service, que nous utilisons pour combler autant que faire se peut nos désirs et avec lesquels nous pouvons en user comme bon nous semble, pour peu que cela contribue à améliorer notre sort, ou l'agrément que nous prenons à la vie ».
Certains des humains de compagnie revendiquent le droit de prolonger leur vie. Le projet de loi, défendu par Malo le narrateur, est discuté en assemblée. Les arguments des opposants, utilitaristes, pragmatiques, réalistes, dénués de tout sentimentalisme, appliqués aux humains, nous choquent, nous heurtent  :
« Pourquoi les choses sont-elles ainsi, et à bon droit ? Mais parce que nous leur sommes de beaucoup supérieurs et s'il y a des gens, parmi nous, qui ont oublié à quel point, c'est qu'ils ont développé une forme d'empathie folle. » 
Ce qui est troublant, c'est que les humains, asservis par les démons mais néanmoins résistants, utilisent des arguments (« leur intelligence redoutable, leur maniement fin du langage, leur créativité ») qui ne peuvent convaincre tant leur inconséquence, égoïsme et spécisme d'hier jouent en leur défaveur. Tant la situation actuelle est le miroir de celle qu'ils ont infligée à d'autres humains et à tous les animaux. « Réduire de force plusieurs milliards de leurs propres congénères à une vie de quasi esclaves pour qu'une minorité concentre les richesses, c'était l'indice certain de leur inventivité exceptionnelle. »
« Pourquoi nous faudrait-il prendre des gants avec cette espèce qui, elle, n'a jamais cherché à moraliser ses rapports avec les autres ? Car vous savez bien que les hommes, en leur temps, ne faisaient pas autant de manière avec les animaux. Pourquoi mettrions-nous, à notre propre détriment, un point d'honneur à nous montrer moraux avec cette espèce immorale ? » Riposte : « La préservation de la vie, la réduction de leur souffrance devait primer sur ce qui n'était pour nous que des plaisirs. »
Les débats abordent les notions de supériorité et d'infériorité, de droits et de devoirs, de capacités spécifiques à chacun à découvrir, à respecter. Car dans ces découvertes, c'est soi-même que l'on explore, dans un élargissement de conscience et de connaissance qui donne « le sentiment d'exister plus, et mieux. » Malo en a fait lui-même l'expérience avec Iris, humaine clandestine destinée à l'abattoir mais échappée de son camp. La façon dont elle a transformé sa vie, sa relation aux autres vivants, sa philosophie, le marquera durablement et profondément, lui apportera une « proximité avec les hommes et les autres animaux » normalement mise à mal par « des barricades de tabous orgueilleux ».
Nos différences de nature, loin de nous opposer, devraient élargir nos horizons, nos perceptions, participer de nos richesses respectives. A méditer, à expérimenter.
 « J'espère que ta génération fera mieux. 
Que vous saurez forger une autre sensibilité, 
construire une sorte de communauté avec les autres vivants de cette terre. 
Cela va être si difficile. 
Nous partons de si loin. Nous vous laissons un tel désastre. »

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