Macaroni ! / V. Zabus ; T. Campi. - Dupuis, 2016 - (Repérages)

François, jeune garçon de 10 ans est envoyé par son père chez son grand-père à Charleroi. Celui-ci habite une maison de mineur (briques rouges). D'abord froides, les relations entre François et son grand-père s'apaisent. Le garçon, intrigué, finit par apprendre petit à petit le passé de "ce vieux chiant". La parole est enfin libérée.
Macaroni ! est une Bande dessinée touchante qui traite d'un sujet méconnu : celui de l'immigration des italiens en Belgique, employés comme mineurs. Elle raconte aussi de manière implicite la vie difficile de ces derniers, leur accueil par la population locale.
Très bonne BD servie par le dessin chaud, réaliste de Thomas Campi et par un scénario très bien ficelé. On s'attache rapidement aux personnages.
Avec en préface le témoignage et l'histoire de la famille du chanteur Salvatore Adamo.

Bronson / Arnaud Sagnard. - Stock, 2016. - (Bleue)

Karolis Dionyzas Bucinskis alias Charles Bronson, son père est un Lituanien venu travailler dans les mines de Pennsylvanie, sa mère est d’origine russe et aura quinze enfants. Le jeune Charles descendra au fond de la mine, ce monde mortifère qui emportera son père et plusieurs de ses frères. Mobilisé en 1943, mitrailleur dans un B-29, il sera de nouveau confronté à l’expérience de la mort. Maçon, serveur, boulanger, facteur, employé d’un casino…, il fera tout pour ne pas retourner à la mine. Pourtant taiseux et pas bien doué, il se lance au théâtre puis au cinéma pour faire la carrière incroyable que l’on sait. C’est qu’il a une gueule et qu’on semble y deviner le poids des souffrances passées. Le livre est assurément érudit mais poursuit une idée fixe à travers un déluge de films qui ne seront évocateurs que pour les afficionados, avec des apartés, ainsi que l’intrusion pas toujours bienvenue d’épisodes de la vie de l’auteur. Pour couronner le tout, celui-ci ne daigne pas traduire les passages en anglais. Je n’ai rien contre Bronson mais je ne suis pas fan au point de supporter aussi longtemps son exégèse, un poil grotesque à la longue. L’auteur paraît d’ailleurs en avoir un peu conscience par moment :
p. 165 : « J’ai sacrifié une partie de ma vie à un homme ne disant rien et se foutant de tout, plus particulièrement des fous croyant voir sur l’écran autre chose que ce qui est montré, et pire encore de ceux qui l’écrivent noir sur blanc. »
C’est certes une mine d’informations mais attention au coup de grisou. Premier roman.
Voir la notice

Avis : *

Au coeur de Fukushima : Journal d'un travailleur de la centrale nucléaire 1F t.1 / K. Tatsuta. - Kana, 2016. - (Made in)

Après le manga très controversé Colère nucléaire de Takashi Imashiro, voici un autre manga témoignage sur l'après Fukushima. Ce manga est certainement le meilleur qui soit sur ce sujet.
En effet, sans parti pris, l'auteur, volontaire en tant que travailleur-déblayeur à la centrale sous un pseudonyme, raconte son expérience. Il y décrit avec force, réalisme et multiples détails le site de la centrale, les différentes fonctions et tâches qu'il occupait (dans la salle de repos, la salle de décontamination...), les équipements vestimentaires des ouvriers ainsi que le matériel utilisé.
On y découvre aussi le rôle de la société TEPCO et l'utilisation par celle-ci de multiples sous-traitants mais aussi la difficulté des ouvriers, venus des quatre coins du Japon, à trouver par exemple un logement.
Manga percutant, qui interpelle sur les conséquences des catastrophes nucléaires en terme de décontamination, de reconstruction.

Lady Killer t.1 : A couteaux tirés / J. S. Rich ; J. Jones. - Glénat, 2016. - ( Glénat Comics)

Faut-il se méfier des femmes au foyer ? A en croire les auteurs de ce comics la réponse est oui. En effet, ce comics narre l'histoire de Josie, épouse, mère de deux enfants. Femme au foyer, elle est aussi à ses heures une tueuse à gages pour le compte de commanditaires. Mais très vite, elle devient la cible à abattre. Pourra-t-elle protéger sa famille ?
Très bon comics qui se déroule dans les États-Unis d'après guerre mis en lumière par un graphisme vintage. Le scénario est très bien construit. Il est rare qu'une Bande Dessinée traite des tueuses en série. Ce comics n'est pas sans rappeler indirectement la série Dexter.
Voir la notice

The cut girl network / G. Means, M.K Reed ; J. Flood. - Glénat, 2016. - (1000 feuilles)

Alors qu'elle fait une chute en skateboard, Jane se voit proposer un rancard par le vendeur ambulant du stand de soupe : Jack. Touchée par la maladresse de Jack, Jane garde plutôt une bonne impression du premier rendez-vous. Mise en garde par des filles du quartier où elle habite, qui font tout pour que cette amitié finisse au plus vite, Jane est alors confrontée au "The cut girl Network". Celui-ci est un réseau alimenté par des filles afin de partager leurs expériences -surtout mauvaises- avec les garçons. Ainsi, Jane saura tout de la vie sentimentale de Jack. Qu'adviendra-t-il alors de leur amour naissant ?
Ce bon roman graphique où l'humour est présent est agréable à lire. Les dessins sont expressifs, maîtrisés, parfois denses.
"The cut girl network" est aussi une BD qui questionne. A l'heure du numérique, elle interroge sur la pertinence des réseaux sociaux et sur ses conséquences : ici l'atteinte à la dignité de la personne suite à la réputation virtuelle.

Batman : Des Cris dans la Nuit / A. Goodwin ; S. Hampton. - Urban Comics, 2016. - (DC Deluxe)

Dans le Gotham où règnent l'horreur et la violence, on suit l'enquête du jeune commissaire James Gordon sur des crimes liés à la maltraitance infantile, où le nom de Batman apparaît très vite comme celui de l'agresseur. Or rien n'est simple à Gotham !! 
Publiée à l'origine en 1992, Batman : des Cris dans la Nuit est une œuvre sombre, prenante. S'inscrivant dans la lignée de Arkham Asylum de Grant Morrison et de Dave McKean, ce roman graphique se caractérise par un dessin voire une peinture hyperréaliste qui fait apparaître des ambiances sombres et contrastées. 
Très belle réussite, Batman : des Cris dans la Nuit fait partie des meilleurs albums consacrés à l'homme chauve-souris.

L’Indolente : le mystère Marthe Bonnard / Françoise Cloarec. - Stock, 2016. - (Bleue)

En 1893, le peintre Pierre Bonnard rencontre dans la rue une jeune femme dont il tombe éperdument amoureux. Elle travaille dans une boutique où elle fabrique des fleurs artificielles. Il s’agit de Marthe de Méligny, âgée de 16 ans, orpheline, fille d’un comte ou d’un baron italien. Elle devient non seulement sa compagne mais son égérie, son modèle presque unique. Ce n’est que 32 ans plus tard, à l’occasion de l’officialisation de leur couple par un mariage très tardif, que Bonnard apprend qu’elle lui a menti sur son prénom, son nom, son âge et ses origines (elle est fille d’un menuisier et d’une couturière du Berry). Cela ne change d’ailleurs pas grand-chose pour lui qui la connaît de bien d’autres manières infiniment plus profondes. Peintre sans maître et sans élève, à la fois bourgeois et bohème, artiste effacé, taciturne, refusant les honneurs, toujours un peu en marge, difficile à assimiler, il poursuit sa quête picturale dans une obsession de la couleur et de la lumière (une trajectoire que même les deux guerres mondiales ne modifieront qu'accessoirement). Mais elle qui vit de l’image qu’il lui renvoie commence à mal vivre son vieillissement et l’intérêt de son mari pour d’autres modèles. Au final, le mensonge originel de Maria Boursin alias Marthe de Mérigny sèmera un joli pataquès lors de sa succession et de celle de Bonnard. Le couple présenté est à l’évidence moins haut en couleur que, par exemple, celui composé de Diego Rivera et Frida Kahlo, sa vie pas franchement palpitante. Les traces laissées par Maria Boursin sont faibles mais c’est ici un beau travail de reconstitution, parfois d’imagination, qui permet de la sortir de l'ombre, et si les notes et les sources sont nombreuses et précises, on y verra plus une biographie romancée relativement grand public qu’un essai à proprement parler.
Voir la notice

Avis : **

Nora Webster / Colm Toibin. - R. Laffont, 2016. - (Pavillons)

 Irlande 1968-1972, après le décès de son mari Maurice Webster, Nora se retrouve seule à élever ses quatre enfants, les deux grandes qui commencent à prendre leur autonomie et Donal et Conor ses deux jeunes garçons. Pour vivre, il faut vendre la résidence secondaire, ce qui revient à brader les souvenirs, reprendre son travail de bureau abandonné il y a plus de vingt ans et supporter le regard des gens, leur insupportable commisération. Pas simple de gérer la situation et des enfants eux-mêmes perturbés par le décès de leur père. Nora est habituée à se soucier de ce que pensent d’elle les autres et à être économe. Pourtant petit à petit, elle commence à s’affranchir osant une teinture de cheveux, la prise de cours de chant, l’achat d'une chaîne stéréo, de disques, de robes, à revendiquer inconsciemment son droit à ne pas rester éternellement dans un deuil convenable, voire à avoir des activités qui n’auraient pas intéressé son défunt mari, qui l’éloignent de lui mais la rapproche de ce qu’elle est elle. L’évocation très réussie d’une tranche de vie par un auteur dont le précédent livre, Le Testament de Marie, ne m'avait pourtant guère emballé.
Voir la notice

Avis : ***

Drôles de vacances ! / G. Soffer. - Circonflexe, 2016

La mer, le soleil, une plage déserte... à part Canard, heureux de profiter du calme. Mais quelqu'un a tourné la page et chamboulé le parfait ordonnancement. Ce quelqu'un, c'est nous lecteur, que Canard tance vertement à chaque nouveau trouble, à chaque nouvelle page tournée. Nous voilà donc complices des vacances gâchées de Canard, dans un jeu de plaisir trouble. 
Mais rassurons-nous, la postface de l’album nous informe  que « Canard n'a pas été blessé pendant le création de ce livre » !
Une sympathique mise en abîme, aux imaginaires variés.
Voir la notice

Jungle Park / P. Arnaud. - Sarbacane, 2016. - (Exprim')

L'Afrique, en 2050, est toujours le vivier et le dépotoir des pays occidentaux, des États-Unis en particulier. Mais le pillage est d'un autre ordre, d'une autre envergure.
En 2050, on ne peut plus respirer sans un masque et l'on doit avaler des pastilles pour digérer ce qu'on mange tandis qu'une infime partie de la population a préparé sa survie dans un plan machiavélique qui délaisse le reste du monde et sacrifie le continent africain.
A la fois critique d'une civilisation décadente qui voit « l'homme blanc (...) s'autodétruire en embarquant la planète dans sa chute » et plaidoyer pour une solidarité et une lutte contre l'injustice, ce roman touffu dit la nécessité du respect de la nature et de la vigilance envers le virtuel.

Possédées / Frédéric Gros. - Albin Michel, 2016

Exaltée par l’exemple de Sainte Thérèse d’Avila, Jeanne de Belciel qui a l’épaule difforme entre dans les ordres puis devient en 1627, à 25 ans, la Mère supérieure du couvent de Loudun sous le nom de sœur Jeanne des Anges. C’est pour elle une espèce de revanche sur la vie et elle se transforme en être de plus en plus méchant, se réjouissant même du malheur des autres.
Pendant ce temps, Urbain Grandier, curé de Loudun, dans une ville où les tensions entre catholiques et huguenots sont fortes, s’adonne au libertinage. Malheureusement, il met enceinte la jeune fille de son ami Trincant, le procureur du roi. Celui-ci furieux obtient qu’il soit enfermé dans les prisons de l’Église. Soutiens contre soutiens, le curé libidineux revient victorieux à Loudun malgré la mise en garde de l’archevêque : « La haine se nourrit du temps qui passe, l’amour s’y use. »
Au couvent, se déroulent des choses étranges. La Mère supérieure épie les propos sur Grandier au parloir et finit par être obsédée par ses pulsions sexuelles. Mignon, le confesseur du couvent, pour innocenter une religieuse qu’il aime bien, prétend que c’est le diable qui est entré dans les lieux. La possession maléfique est un beau paravent pour une dérive personnelle. Alors c’est la contagion et rien ne va plus : on fait venir moult exorcistes et l’affaire remonte même jusqu’au roi. Jeanne des Anges en vient à accuser le curé de Loudun qu’elle ne connaît pas d’avoir passé un pacte avec le diable pour détruire le couvent. Superbe occasion pour la bande à Trincant de prendre sa revanche sur Urbain Grandier.
C’est passionnant, il y a une vraie force d’évocation dans chaque scène décrite et quels personnages ! Premier roman.

Avis : ***

Vintage / Grégoire Hervier. - Au diable vauvert, 2016

Thomas Dupré, le narrateur, est un jeune homme de 25 ans, ex-guitariste dans un groupe, pigiste dans d’obscures revues de musique et remplaçant dans un magasin de ventes de guitares électriques. Et justement le magasin a réussi à trouver un acheteur pour sa plus belle pièce, une somptueuse guitare de 1954. Une condition : la remettre en main propre à son nouveau propriétaire dans un manoir écossais. Sur place, Lord Winsley se lie d’amitié avec Thomas et l’informe qu’on lui a volé la Moderne, une guitare tellement mythique que beaucoup pense qu’elle n’a tout simplement jamais existé. Pour que l’assureur veuille bien verser les 10 millions de dollars de dédommagement, Thomas est chargé d’en prouver l’existence, 10 % de la somme à la clef pour lui, de quoi voir venir. Il se retrouve ainsi chez un collectionneur japonais en Australie puis à Memphis chez un sosie de Presley… à essayer de faire le tri de piste en piste entre le vrai du faux, l’authentique de l’ersatz.
C’est un roman emballant, rythmé où l’auteur sait partager avec maestria sa passion pour le rock et fait preuve d’une belle érudition. Tout cela donne envie d’aller voir (écouter) de plus près un certain nombre de références et, parmi d’autres, celles concernant le proto-rock.
Voir la notice

Avis : ***

La Suture / Sophie Daull. - P. Rey, 2016

Après son magnifique Camille, mon envolée sur la mort soudaine de sa fille à 16 ans, Prix du meilleur roman français Lire 2015, Sophie Daull poursuit son travail d’introspection. Cette fois-ci elle part à la recherche de sa mère décédée tragiquement lorsqu’elle n’avait que 19 ans. C’est donc à un pèlerinage généalogique, une déambulation à travers la France (Seine-et-Marne, Indre, Vosges, Franche-Comté) auquel nous sommes conviés dans ce que l’auteure appelle elle-même une fiction-reconstitution. Camille y apparaît encore parfois jusqu’à finir par se superposer à l’image de la mère. Moins percutant sans doute que son premier opus, néanmoins très intéressant, on y retrouve ce don de la formule lapidaire qui fait mouche : « J’ai fait le lit des morts, afin qu’ils nous engendrent. »
Dans une démarche qui peut faire penser un peu à celle de Jean-Louis Fournier, Sophie Daull brasse une matière riche qu’elle est loin d’avoir encore épuisée, d’avoir achevée de respirer, puisqu’elle évoque des pollens généalogiques. Allergisants manifestement.
Voir la notice

Avis : **

L’Administrateur provisoire / Alexandre Seurat. - Le Rouergue, 2016. - (La Brune)

A l’occasion du décès tragique de son frère, un frère hanté par la Shoah, le narrateur tente de soulever la chape de plomb qui pèse sur la famille. Raoul, l’arrière-grand-père, issu d’une famille parisienne, catholique et partisane de l’ordre, faisait partie sous Vichy du Commissariat général aux questions juives à un poste d’administrateur provisoire. Fonction peu reluisante qui consistait à recenser les entreprises dont les propriétaires étaient juifs, d’en prendre le contrôle avant d’en provoquer la vente par la contrainte et qui était souvent exercée par des personnes peu scrupuleuses en profitant, l’occasion était trop belle, pour pratiquer quelques petits détournements.
Autant La Maladroite en 2015 était « d’une pièce » (même s'il s'agissait d'un assemblage de témoignages) autant L’Administrateur provisoire est protéiforme, un peu déconstruit ou en cours de reconstruction, kaléidoscope d’images et de souvenirs, imbrication de rencontres, de documents originaux, de scènes imaginées (dont le procès de l’arrière-grand-père par exemple), autant dans La Maladroite l’auteur comme le lecteur savent où ils vont, autant L’Administrateur provisoire, au rythme de l’enquête menée, est balbutiant. Cependant les deux sujets convergent vers le thème de la responsabilité collective. Difficile de ne pas penser à Modiano (celui de Dora Bruder notamment) ainsi qu’à Alexandre Jardin (celui Des gens très bien), les deux étant d’ailleurs évoqués sans être nommés (le premier p. 94, le second p. 32).
Voir la notice   

Avis : **

Sous la vague / Anne Percin. - Le Rouergue, 2016. - (La Brune)

Mars 2011 tsunami et catastrophe nucléaire à Fukushima. Le marché japonais des produits de luxe s’effondre et notamment les ventes des cognacs Berger-Lafitte qui ont intégré une holding et dont le plus gros débouché a toujours été le Japon. Bertrand Berger-Lafitte est l’héritier d’une grande tradition qu’il défend et refuse catégoriquement de s’adapter à la nouvelle situation, il s’oppose mordicus à la dénaturation de son produit par la création de dérivés pour écouler les stocks. Il a 56 ans, est divorcé, cauchemarde abondamment, trouve depuis l’enfance, même s’il accepte de jouer son rôle dans la comédie sociale, que l’existence manque de piment et s’absorbe durant les conseils d’administration dans la contemplation d’une estampe japonaise représentant la mort. Sa franche camaraderie avec Eddy, son chauffeur, un tatoué qui l’initie au cannabis, le maintient à flot. Sa fille, sans le prévenir, l’inscrit sur un site de rencontres tandis qu’elle-même se retrouve enceinte d’un improbable jeune syndicaliste. Quand la vie humaine devient aussi carnassière autant se réfugier dans la chaleur animale et c’est ainsi que les vrais évènements paraissent être l’apparition d’une biche, une corneille bloquée dans le conduit d’une cheminée, un carlin disparu dans les vignes ou un chaton coincé dans le tableau de bord d’une Mercedes.
C’est un roman sur le temps qui passe, les caresses de la femme aimée auxquelles il a fallu renoncer, la gamine qu’on chérissait qui s’est transformée brutalement en femme, l’évolution d’un monde professionnel dévoré par l’obsession d’un rendement dépourvu d’éthique, la recherche d’un évanescent écho d’un bonheur passé pour ne pas rester sous la vague.
Voir la notice


Avis : **

Et la vie nous emportera / David Treuer. - Albin Michel, 2016

Nous sommes en 1942 dans le Minnesota, Frankie Washburn s’est engagé dans l’armée de l’air. Avant de rejoindre sa base, il va dire au revoir à famille et amis à la résidence d’été de ses parents qu’il a toujours un peu déçus, son père parce qu’il ne le trouve pas assez viril et sa mère parce qu’elle l’aurait voulu plus artiste. En face de chez eux, de l’autre côté du fleuve Mississippi a été installé un camp de prisonniers allemands et justement l’un d’entre eux vient de s’enfuir. Jouant les matamores, Frankie décroche un Winchester 101 et s’enfonce dans la forêt accompagné de Félix, un vieil indien, de Billy, un métis, son ami de toujours, tous deux au service de ses parents et enfin Ernie, un autre ami. Le quatuor va au-devant d’un drame qui sera l’objet principal du livre. C’est une histoire où il est difficile de démêler le vrai du faux, des versions différentes se succèdent et les personnages jouent un jeu de dupes marqué par le remord et des sentiments amoureux ambigus.
Pas mal, un peu tarabiscoté tout de même, l’auteur tire le maximum de son évènement de départ au point que l’on termine le roman en ayant le sentiment de ne pas avoir compris la totalité du puzzle reconstitué de l’histoire.

Avis : **

Le Pactole / Cynthia d’Aprix Sweeney. - Fleuve, 2016

Leonard Plumb, le père, a fait fortune en développant une affaire spécialisée dans l’absorption (couches culottes, produits féminins…) Il a préparé sa succession en laissant une somme modeste à ses enfants, Leo, le dragueur, Jack, l’homosexuel, Beatrice, la célibataire, et Melody que ceux-ci ne pourront toucher que lorsque la benjamine aura 40 ans. Bien placée, la somme est entretemps devenue un joli pactole dont tout quatre ont besoin et convoitent. Leo, dragueur invétéré, a un accident de la route au moment où, tripoté par une jeunette de 19 ans, et sous l’effet de la cocaïne, il éjacule. La jeune fille est amputée d’une jambe. Pour étouffer l’affaire, la mère de Leo utilise sa procuration et allège de 90 % le pactole. Les héritiers exigent de Leo qu’il les rembourse.
Agréable roman qui fait un peu penser pour la forme aux succès populaires d’un Yves Beauchemin mais sur la durée cela manque un peu de puissance, la construction, stricte, devient un peu routinière.
Voir la notice

Avis : **   

Hiver à Sokcho / Elisa Shua Dusapin. - Zoé, 2016

Sokcho, ville de Corée du sud au bord de la mer du Japon, proche de la lourde présence de la frontière avec la Corée du Nord. Une jeune femme, franco-coréenne (comme l’auteure), gère avec le vieux Park une très modeste pension dans laquelle arrive Yan Kerrand, un Normand auteur de bandes dessinées en recherche de calme et d’inspiration. Elle consacre beaucoup de temps à la cuisine, entretenant pourtant des rapports particuliers à son corps : elle paraît maigre mais se goinfre jusqu’à l’absurde en présence de sa mère. Bien que fiancée à Jun-Oh qui rêve de s’installer dans la capitale, elle ressent une attirance pour ce dessinateur et son art, lui qui vient de l’autre bout du monde, de la patrie d’un père qu’elle n’a pas connu. Mais quelle réalité a cette rencontre de deux êtres, de deux mondes, de deux cultures différents ? Et quelle issue peut-elle avoir pour elle prête à sacrifier études, carrière, amour, pour rester près de sa mère fusse au prix d’une vie maussade ?
Beaucoup de délicatesse dans l’écriture et la description d’un monde de petites gens. Premier roman.
Voir la notice

Avis : **

Avenue nationale / Jaroslav Rudis. - Mirobole, 2016

Vandam, le narrateur, peintre en bâtiment tchèque, a un penchant héréditaire pour la dive bouteille. Par le passé, il s’est aussi shooté et est passé par la case prison. Il est séparé de sa femme, voit son fils en cachette et se targue d’avoir donné le premier coup lors de la Révolution de Velours de novembre 1989 qui a porté Vaclav Havel à la tête de la Tchécoslovaquie. Il faut dire que monsieur, dans son bistrot préféré, a souvent les poings qui le démange car, s’il souhaite la paix, il est pour l’ordre et la politesse, se prépare à la guerre et fait fi des demi-mecs en plastique. Deux cents pompes par jour et des abdos voilà le programme des vrais hommes, des mecs en acier, qu’il voudrait imposer à son fils trop gras, obsédé par son portable et ses SMS, bien davantage que par se battre ou baiser (une autre forme de combat). Alors, le roman tournicote autour des obsessions et des difficultés relationnelles et même tout simplement à vivre le présent du protagoniste.
C’est à la fois triste, drôle et non dépourvu d’une certaine tendresse, le curieux personnage de Vandam apparaît un peu comme le reflet d’une société dont la boussole identitaire a du mal à indiquer le nord.
Voir la notice

Avis : **

Quelqu'un qu'on aime / S. Vidal. - Sarbacane, 2016. - (Exprim')

Matt a de grands projets pour cet été, avec son grand-père Gary, il va refaire la tournée de l'idole préférée de son grand père : Patt Broone. Parce que les souvenirs de Gary s'envolent petit à petit, Matt tient énormément à cette tournée mais rien ne se passe comme prévu. Il apprend qu'il est père d'une petite Amber, 18 mois, et entre temps Antonia une trentenaire et Luke un adolescent qui veut fuir, rejoignent le voyage à bord du van... Ensemble, ils remarchent sur les pas de Patt Broone et ensemble ils se créent de nouveaux souvenirs…
Ce roman, c'est l'histoire de plusieurs vies qui se croisent, de liens familiaux qui se tissent, d'amitiés qui se forment. C'est un roman sur la vie, sur l'espoir, sur la souffrance et la maladie aussi. Mais surtout, c'est un roman qui fait du bien quand on le lit.
Voir la notice

Flora veut un chien / A. Swerts ; E. Van Lindenhuizen. - Nord Sud, 2016

Lorsque Flora rencontre Moka, c'est une évidence, un coup de foudre. D'abord en catimini, puis en accord avec ses parents -mais uniquement en attendant de retrouver son maître- elle accueille le chien à la maison. Malgré ses subterfuges pour faire échouer l'identification dudit maître, il se présente un jour à la porte. Flora et Moka sont à deux doigts d'avoir le cœur brisé. 
Personnages et lecteur craqueront pour cette petite Flora qui met tout en œuvre pour être à la hauteur de la responsabilité de vivre avec un chien.
Voir la notice

Tu me racontes tes tatouages ? / A. McGhee ; E. Wheeler. - Rue du monde, 2016. - (Coup de coeur d'ailleurs)

Le moment préféré de P'tit bonhomme, c'est lorsque son père lui raconte, le soir venu, l'histoire de ses tatouages. De l'enfance à l'amour en passant par les voyages initiatiques, ces souvenirs encrés sur son corps forment la cartographie d'une vie. 
Moment de complicité, d’intimité entre un père et son fils, ouvert sur l'évocation des moments les plus forts d'une vie. Avec en point culminant, bien sûr, la naissance de l'enfant.
Voir la notice

Envie de mandalas nature / M. Milliéroux ; M. Pouyet. - Plume de carotte, 2016

Ce magnifique documentaire, riche en illustrations propose de réaliser des mandala en Land art. De l'hiver à l'automne, de la mer à la montagne, dans votre jardin ou en forêt, vous glanerez dans ce livre de multiples idées pour créer au fil des saisons.

Les Beaux étés t.2 : La Calanque / Zidrou ; J. Lafebre. - Dargaud, 2016

Nous sommes en été 1969. Tout va pour le mieux dans la famille belge Falderault : La maman a retrouvé du travail et est enceinte, les enfants sont en pleine forme, le papa a terminée sa série de BD. La famille décide alors de partir en vacances en Méditerranée. Après quelques péripéties, les Falderault font la connaissance de Rufus et de son épouse et,  sur le conseil de ce dernier, décident d'aller dans les calanques de Marseille...
Excellente BD, rafraichissante où l'humour et la tendresse sont omniprésents. Cette BD est aussi une ode à la vie familiale. Très agréable moment de lecture.
Voir la notice

Albertus : l'ours du grand large / L. Gillot ; T. Rassat. - Milan, 2016

Un vieux nounours qui fait pouet sur le pont d'un navire abritant exclusivement des gros bras, ce n'est pas banal ! Lorsque le capitaine tente de trouver son propriétaire, l'ambiance tourne à la galéjade et aucun des marins ne réclame l'ours borgne. Le temps passe, le capitaine mène une enquête discrète : observation, déductions, approches diplomates... Son obstination ne suffira pas, un grand gaillard viendra lui expliquer le fin mot de l'histoire. Place à l'émotion...
L'ours trouvera dès lors le chemin vers une autre personne, une petite fille indienne.
Ces gros durs affrontant la solitude et la mer qui laissent entrevoir leur fragilité, leurs failles, nous touchent droit au cœur.

Un maillot pour l'Algérie / Kris, B. Galic ; J. Rey. - Dupuis, 2016. - (Aire Libre)

Un maillot pour l'Algérie est une Bande Dessinée historique, documentaire qui raconte à travers le destin de Rachid Mekloufi (joueur des Verts, la première équipe algérienne) celle du FLN (Front de Libération National).
A la veille de la coupe du monde 1958, des joueurs algériens décident de quitter clandestinement l'équipe de France pour rejoindre le FLN. Ils constitueront l'ossature de la première équipe nationale algérienne. Celle-ci deviendra l'ambassadrice de la cause algérienne jusqu'à son indépendance en 1962 à travers les matchs contre d'autres équipes nationales.
Très bonne BD bien documentée, avec en bonus une interview de Rachid Mekloufi.

Alice et Lisa / M. Norin ; E. Adbage. - Cambourakis, 2016

Alice et Lisa peuvent jouer ensemble pendant des heures, chez l'une ou chez l'autre : elles sont inséparables. Lorsqu'Alice oublie sa poupée chez Lisa, il est évident pour cette dernière qu'elle lui rapportera le lendemain. Mais... « il fait un peu froid dehors... » Lisa laisse donc Louna à la maison sans prévenir son amie qu'elle a trouvé la poupée. Les jours passent, les non-dits s'interposent entre les deux amies et rien n'est plus comme avant. 
Mais un brin de jalousie ne saurait venir à bout d'une amitié solide, Lisa reviendra à la raison et Alice pardonnera. 
Le dessin n'est pas des plus harmonieux mais les attitudes, les réparties et les gestes sonnent justes.
Voir la notice

Le diable de monsieur Wai / J.-F. Chabas. - Ecole des loisirs, 2016. - (Neuf)

Kin et Jen, les deux frères inséparables, n'ont jamais connu que leur petite île de Yun. « L'amour de Père, celui de Mère nous avaient, depuis notre naissance, appris à fermer les yeux sans crainte sur un joli monde que nous retrouverions au réveil. » Mais la pauvreté de leurs parents les contraint à envoyer les deux frères sur le continent, pour être domestiques chez Monsieur Wai. Tout ce qu'ils y découvrent les plonge dans une frayeur sans cesse renouvelée : l'électricité, les chevaux et chats, l'ivresse publique et... le diable qui semble emprunter tant de formes et donne « sa pleine mesure sur le continent ». Particulièrement effrayant lorsqu'il prend possession de Monsieur Wai... Ils font aussi l'expérience de la cruauté et de l'indifférence, tout leur monde est profondément bouleversé. 
Dans ce chaos, Jen, qui « avait un grand don pour se mettre à la place des autres » saura identifier, désigner le diable de monsieur Wai et ainsi le faire s'évanouir. Le diable de la souffrance ira tourmenter d'autres pauvres hères...
Ces deux frères, entre candeur, intelligence et solidarité, sauront traverser les épreuves avec une générosité contagieuse. 
 « Jamais je ne me suis tout à fait habitué à l'amour de Jen. Lorsque j'étais petit, j'en éprouvais déjà de la joie. Un sentiment de bien-être. Mais en grandissant j'en ai également saisi la splendeur, en même temps que la rareté. C'était un défi que de répondre à tant d'affection. » 
Voir la notice