Ma meilleure amie s'est fait embrigader / D. Bouzar. - La Martinière, 2016

Sarah et Camille ont grandi ensemble, possèdent une complicité à toute épreuve. C'est du moins ce que croyait Sarah avant que Camille ne prenne ses distances jusqu'à même cesser de lui parler. Sarah comprend que son amie s'est enfermée dans une pensée radicale qui considère que tout mécréant n’adhérant pas à la pensée islamiste est un ennemi. Les chapitres alternent les points de vue des deux amies.
On trouve légitime le dégoût de Camille d'une société violente, injuste et égocentrique ; beaucoup moins, toujours moins au fil des pages, la manifestation de cette révolte.
« Quand on n'a plus de grille de lecture politique, on se réfugie dans le divin. »
Quant à Sarah, musulmane, elle donne une lecture historique du coran et de l'islam, mettant à mal les interprétations de son amie et de ses "frères".
Autre aspect intéressant du livre :  « L'identité du groupe remplace sa propre identité », groupe qui s'organise en tribu numérique dans laquelle Facebook joue un rôle de facilitateur d'embrigadement. Un embrigadement individualisé, sur mesure, la stratégie consistant à isoler les jeunes de la famille, de leurs amis, à les valoriser comme faisant partie d'une grande mission divine.
Il faudra donc comprendre comment Camille a été "hameçonnée" pour pouvoir l'aider. « Pour détricoter ce processus, il faut bien l'identifier. » Et comme « on ne peut toucher leur cerveau pour le moment, touchons leur cœur et leur inconscient » en se comporter avec eux comme dans leur enfance.  Une « chaîne humaine » doit se mettre en place, patiente et persévérante, pour déconstruire le carcan de haine. 
A travers l’histoire de Camille et Sarah, Dounia Bouzar donne à voir, à comprendre une réalité qui nous est étrangère. Elle se fait l'écho des jeunes revenus de Daesh qui témoignent d'une réalité bien différente de celle vendue par les "frères". Ce qui est louable dans ce réquisitoire, c'est l'appel à la compréhension, à l'empathie pour lutter contre un phénomène qui provoque facilement la haine. N'oublions pas qu'avant d'être embrigadés, ces jeunes étaient des ados comme les autres.
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