Camarades / S. Cassim. - Ecole des loisirs, 2016. - (Médium)

Ils sont 4, que l'on suit alternativement.
Eulalie « se sent dépossédée de son avenir. » Alors qu'elle se revendique anarchiste, là voilà dans la perspective d'hériter des terres de sa grand-mère. Colère.
En Russie, Evguéni lui a hérité, à leur mort, des années de bagne de ses parents.
Gisèle subit chaque jour les coups de son père et se demande : « pourquoi personne ne proteste du sort qui lui est fait ? »
Eddie rêve de quitter son pays de Galles natal pour découvrir le monde et vivre l'imprévu, l'inattendu.
Chacun des 4 protagonistes tente de s'affranchir tout en sauvant le monde à sa façon, luttant contre la misère.
« Une chose admirable leur est commune sans qu'ils en aient vraiment conscience. 
Le courage d'imaginer un horizon et d'avancer à leur allure blessée et sensible ».
La convergence des luttes et des personnages se fera à Paris, en mars 1872. Mais le constat est amer, la commune « n'a pas su se fédérer pour que naisse un monde plus juste ». Toutes les luttes auraient-elles été vaines ?
C'est un roman qui ne joue pas sur l'attachement, sur l'identification aux personnages, à l'instar du concept de camarades défendu ici : il ne s'agit pas de s'aimer, de s'apprécier mais de s'unir avec loyauté pour des causes communes. Pas de mère, de père, d'amis mais des camarades de lutte !
« Il n'y a qu'une promesse qui vaille entre camarades : celle d'être loyal, droit, honnête.
Toute trahison, même anodine, vous exile immédiatement du rang.
C'est une armée douce et belle. Sa seule violence est de ne tolérer aucune tricherie. »
Néanmoins, c'est Garaï militant de toujours qui clôt le roman. Il prouve qu'en définitive, la lutte politique ne semble avoir de sens qu'ancrée dans l'amour.
La Commune est peu évoquée, comme un décor, peut-être pour mieux mettre l'accent sur la nécessité universelle de justice sociale et de lutte intemporelle pour y parvenir.
Si la roman est un peu froid, la langue est vraiment belle et les personnages louables dans leur volonté de trouver une place juste dans la monde. Quelque part « à équidistance des hommes, des plantes et des bêtes. »
« Les êtres humains (...) sont bien étranges. Ils adorent les grilles de leur prison. Ils n'aiment pas l'incertitude des rêves, ni la liberté provisoire qu'ils nous offrent »

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