Les fragiles / C. Roumiguière. - Sarbacane, 2016. - (Exprim')

Le récit est composé en kaléidoscopes, morceaux de passés et de présent qui retracent la vie éclatée de personnes qui ont tant mal à s'aimer. Ces personnes, ce sont Drew et son père, qu'il n'arrive pas à détester totalement parce que ce père l'aime indubitablement, à sa manière des plus maladroites, voire dangereuses. Pourtant les griefs s'amoncellent. Depuis « Ernest le "sale négro" que son père a dégommé un jour sans même s'arrêter. » Ou les remarques racistes répétées, jusqu'à polluer Drew qui dans ses moments de faiblesse abonde dans le sens de son père pour le flatter. Mais comment plaire à quelqu'un qui ne vous accorde pas la liberté d'exister ?
Le puzzle se composera lentement, difficilement et dans une douleur indéniable. Surmontable ? Le roman, de par sa forme narrative, est réservé aux lecteurs aguerris. Quant au fond, mieux vaut avoir l'optimisme chevillé au corps...
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A dada sur mon bidet / F. Maupomé ; S. Sénégas. - Frimousse, 2016

Attention ! bien suivre les recommandations préliminaires avant la lecture de l’album : « Ne pas utiliser ce livre juste après le repas… » à la manière des consignes de sécurité pour monter à bord d’un véhicule. Le ton est donné, l’humour sera de la partie… L’album reprend bien sûr la célèbre comptine : « A dada sur mon bidet, quand il marche, il fait des pets, au pas, puis au trot et bien sûr au galop, au galop… » Le rythme s’accélérant, le chevalier perché sur son destrier tente vainement de tenir sur sa monture, dans des effets hilarants… Album visuel, on prend plaisir à observer attentivement chaque double page dans ses moindres détails et les réactions des petits personnages qui apparaissent au fur et à mesure de la comptine. Un album à chanter sans retenue, pour rire avec les petits…
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En attendant Bojangle / O. Bourdeaut. - Finitude, 2016

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères. Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte. L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom. L’optimisme des comédies de Capra, allié à la fantaisie de L’Écume des jours.
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Jan / C. Desmarteau. - T. Magnier, 2016

Le père, au chômage, peine à sortir de son alcoolisme malgré l'aide des « alcooliques inconnus » ; la mère « se prend double dose d'adulte et elle en a plein le cul à force. La situation précaire dérape un jour, Jan et son petit frère se retrouvent en foyer, en famille d'accueil, en déroute.
Mais on peut faire confiance à Jan, avec son caractère bien trempé et sa verve à la syntaxe très personnelle, pour ne pas se laisser imposer les événements. Et si quelques fois le doute et le découragement l'envahissent... « Je vais reprendre le poil de ma bête. »
Une cavale sous le contrôle d'Antoine Doinel, jusqu’à la fin, ouverte...
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Un ours sur ma chaise ! / R. Collins. - Gautier-Langereau, 2016

Un horrible ours malotru squatte la chaise de Souris. Elle s'indigne, tente l'intimidation, la menace, s'offusque, tempête... et renonce : elle quitte son domicile. Et comme de bien entendu, Ours est moins intéressé par la place... 
Les ours et les souris forment décidément, en littérature jeunesse, des duos improbables mais dynamiques et fort plaisants. Avec une situation en miroir en guise de chute.
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Lucky Luke vu par... t.1 : l'homme qui tua Lucky Luke / M. Bonhomme. - Lucky comics, 2016

On a volé l'or des mineurs. C'est Lucky Luke qui est chargé de mener l'enquête. Mais il est pris dans une machination qui met sa vie en danger. Assisterons-nous à la mort du héros solitaire ? 
Excellente BD hommage réalisée par Matthieu Bonhomme. Le scénario est très prenant. Le graphisme nous plonge dans un western à multiples rebondissements, plus réaliste. Les personnages sont fouillés et attachants. 
Cet album ne manque pas d'humour : facéties de Jolly Jumper, addiction au tabac, Lucky Luke super-star. Le tout servi par de très belles planches.

Le Mystère Henri Pick / David Foenkinos. - Gallimard, 2016. - (Blanche)

Bon c’est vrai l’idée alléchante d’une bibliothèque des manuscrits non publiés ne pouvait qu’attirer l’œil du bibliothécaire mais n’est-ce pas là simple prétexte à une comédie (un peu parisienne qui plus est) consacrée à l’analyse des difficultés amoureuses de ses personnages ?
De plus, pour ce qui est de l’originalité, signalons que trois semaines plus tôt était publié « Au Paradis des manuscrits refusés » d’Irving L. Finkel, un roman bien médiocre traduit de l’anglais et sur la même thématique.
Notre Foenkinos place ladite bibliothèque sur la très belle presqu’île de Crozon, lieu ici pourtant totalement désincarné et qui pourrait se trouver à peu près n’importe où ailleurs. A aucun moment, il ne se saisit de ses paysages, ne créé une ambiance…
Les notes de bas de pages sont assez inutiles et parfois même pénibles. Si c’est bien ficelé, peut-être trop, on a beaucoup de mal à imaginer que l’auteur puisse être celui qui raflait les prix il y a quelques mois avec le surprenant « Charlotte ». Mais que fait-il dans la Blanche de Gallimard ? Encore un petit effort et il pourrait même rejoindre la cohorte de ces auteurs qui font dans l’insipide, l’inodore et caressent dans le sens du poil leurs lecteurs afin de s'assurer le monopole du haut des classements des meilleurs ventes.
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Avis : *

Groupes lecture

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1er février : Compte-rendu
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Cumbe / M. D'Salete. - Ca et là, 2016

Marcello D'Salete nous plonge à travers quatre histoires dans le Brésil esclavagiste du XVIII° siècle. Les esclaves essayent par tous les moyens de fuir leur condition et la répression exercée par les Blancs. Mais ils subissent aussi le poids de leurs traditions africaines.
Très beau roman graphique qui nous éclaire sur la face cachée de l'histoire du Brésil, sur l’influence de la culture africaine dans la société brésilienne. 
Le choix du noir et blanc n'est pas anodin car il nous plonge dans une atmosphère pesante. Les images parlent d'elles-mêmes.
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Sauveur & fils / M.-A. Murail. - Ecole des loisirs, 2016. - (Médium)

Sauveur Saint-Yves est psychologue, reçoit à domicile de nombreux patients et patientes, de tous âges et avec des profils variés. « Sa clientèle de dépressifs, hyperactifs, phobiques, scarificatrices, anorexico-boulimiques...» défile et Sauveur tâche d'écouter chacun avec son flegme et son fairplay légendaires. Parmi ses devises : ne « jamais passer l'occasion d'un compliment » ; « Ferme ta gueule, ouvre ta porte. »
« Tous les trois quart d'heure, Sauveur changeait de drame et d'univers tandis que le niveau de sa boîte de Kleenex baissait. » Son fils Lazare, 8 ans, tapi dans le couloir, ne manque jamais, après l'école, le feuilleton des échanges entre son père et ses patients.
Y aura-t-il quelqu'un pour écouter ses problèmes à lui ?
Sauveur va être confronté à ses limites : il ne peut pas sauver le monde entier ; et il s'avère bien compliqué de sauver son propre monde.
Si les romans de Marie-Aude Murail sont si délectables à lire, c'est que le monde, aussi violent soit-il avec ses souffrances et ses horreurs, est viable, devient même engageant sous sa plume, parce que chacun trouve le chemin pour surmonter ses blessures. Aussi malgré les troubles psychologiques nombreux et variés, malgré les maux de la société tels que le chômage, les attentats, le racisme... la chaleur humaine, l'empathie et l'humour l'emportent. On referme le livre apaisé et confiant en l'avenir. Pour un temps. Chapeau bas et merci Madame Murail.
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A signaler Sauveur et fils : saison 2, où nous retrouvons avec bonheur notre « thérapeute faillible » préféré, son -ses- fils, ses patients, son amoureuse... 

Harold McDuffee, l'ambitieux chamois des montagnes / Pog ; F. O. Lambert. - Chours, 2016

Le jour même de sa naissance, Harold bondit des bras de sa maman pour se joindre à la course entre ses frères. Course qu'il gagna haut la main et cul nu. « Harold Mc Duffe décida qu'il ne se contenterait jamais de la deuxième place » et viserait l'excellence, dans tous les domaines. Jusqu'au jour où il frise la mort. Un virage s'impose dans son mode de vie. 
Il y a une vie après la folle jeunesse, et pas des plus reposantes ! Démonstration faite par ce chamois à la mine irrésistible.

J'attends maman / I. Motoshita ; C. Okada. - Nobi Nobi, 2016

Maman tarde à venir chercher Kana, qui imagine avec son Nounours ce qui peut la retarder. Un retard de train ? Une surprise à passer chercher pour elle ? Toutes ces hypothèses sont embellies par l'imagination de la fillette. L'attente se déroule ainsi sans angoisse, jusqu'à l'arrivée de Maman. L'illustration ne propose que des planches très douces, portées par un imaginaire riche et serein.
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Alpha bêta / G. Bracqemond. - Atelier du poisson soluble, 2016

Un raton laveur tente d'aider un renard à empiler les lettres de l'alphabet. Le soutien n'est pas des plus efficaces...
Voici un abécédaire original à plus d'un titre : les lettres -représentées sur des cubes - sont personnages, se cachent et s'assemblent ; elles participent de la narration en terminant les phrases (« Patatras ! A / Tout est tombé ! B / Rien de cassé ? C »...) ; et enfin le tout constitue une histoire dynamique, rigolote et ingénieuse, pour apprendre l’alphabet de façon phonétique.

Boris, petit cochon / Mathis. - T. Magnier, 2016

On se demandait si Boris était un ours, un cochon... Voilà que la question se pose pour les jouets de Boris qui ne le reconnaissent pas sans son accoutrement habituel. Les négociations sont serrées, Boris défend son identité férocement : « Mais puisque je vous dis que Boris, c'est moi ! » Pas de doute alors, «il n'y a que Boris pour s'énerver aussi vite ! » 
Ours mal léché ou caractère de cochon, Boris fait partie inconditionnellement de nos personnages préférés !
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Didoune / A. Prigent. - Didier, 2016

Petite scénographique dans le lit, chaque doudou et peluche est bien installé. Papa peut venir et se glisser à son tour dans le lit. Didoune, ses 6 compagnons, papa... « Vite, on se cache, Maman arrive ! »
Didoune ou l'art de se construire un cocon dans la nuit, en harmonie.

Ma fugue chez moi / C. Pierré. - Rouergue, 2016. - (DoAdo)

Anouck a décidé de fuguer. Parce que sa mère, climatologue, est toujours au loin. Parce que son père ne sait pas forcément écouter. Parce que son ex-meilleure amie est devenue une garce. Parce que « les gens malheureux devraient s'autoriser à fuguer de leur vie ». 
Alors elle se prépare pour partir... avant de réaliser que vivre dehors n'est pas pour elle. Sa fugue aura donc lieu à domicile, bien à l'abri dans le grenier. Elle entend l'inquiétude de son père et de sa sœur, les recherches qui s'organisent mais rien ne la décide à sortir tandis que passent les semaines.
Prendre le temps de faire une pause dans sa vie lorsque tout vous échappe devrait être une solution de salubrité publique. Anouck le fait avec un certain humour, et une distanciation étonnante.

Grand-Mère Crevette / M. Zimmer ; I. Drago. - Atelier du poisson soluble, 2016

Elle a la dégaine lointaine de la reine d'Angleterre, « a un nom à coucher dehors. Ce qu'elle fait d'ailleurs. Sa maison, c'est la rue. » Elle vit de la solidarité des commerçants du coin et se désole quelques fois d'être seule. Son chien l'a quittée, de même que son « amoureux tout fou pendu à son coup » .
« Pourquoi tout le monde s’en va autour de moi ? »
C'est un album qu'on lit la gorge nouée, le cœur serré mais à voir la faculté de cette Grand-Mère Crevette de savourer de petits instants heureux et quelques rêves éveillés, on ressent avec elle des bulles de légèreté.
L'illustration au crayon bic, dans les teintes bleues/roses, confère à l’album une empreinte aussi unique et décalée que son héroïne.
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Nos incroyables petites bêtes / Y. Zommer ; B. Taylor. - Glénat jeunesse, 2016

Un beau documentaire qui explique l’environnement et le mode de vie de chaque catégorie d’insectes ou de bestioles, ceux qui vivent la nuit, ceux qui élisent domicile dans nos maisons, les bébés, leur rôle dans la vie et la croissance des végétaux, etc. Quelques conseils sont donnés à la fin du livre pour permettre d’accueillir les petites bêtes dans un jardin biologique.
Ce livre interactif s’adresse aux enfants curieux qui s’intéressent aux insectes ou sont passionnés par la nature, les animaux et la science, il leur donne les clés pour reconnaître chaque petite bête, les incite à respecter et à préserver la nature.
Album intéressant pour apprendre aux enfants à explorer de façon ludique le monde des petites bêtes. Le texte est plein d’humour et les belles illustrations de couleur pastel dégagent une atmosphère agréable qui contraste avec l’idée plutôt répugnante qu’on a des insectes.
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Les volcans / A. Guérin ; M. Itoïz. - Milan, 2016. - (Mes p’tites questions)

Questions/réponses sur le phénomène volcanique, les lieux où se situent les volcans, l’influence des volcans sur le climat, les volcanologues, le rapport entre volcan et agriculture, etc. Album très intéressant, les explications sont claires et adaptées au niveau des enfants pour lesquels est conçu le livre, il n’y a pas de tromperie. De plus, c’est un sujet qui passionne les enfants.
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Les deux grenouilles à grande bouche / P. Delye ; C. Hudrisier. - Didier

Imaginez-vous bloqués sur une arche, sous la pluie, depuis 240 jours. Dans le bateau, « les beaux animaux, normal (...), les terribles, pas le choix (...), les pénibles, c'est ainsi. » « Et on fait entrer les pires » : deux grenouilles qui chantent en continu et ne s’interrompent que pour faire et refaire cette blague douteuse : « Terre ! Terre ! » La patience de tous à des limites et il faudrait donner une bonne leçon aux chipies. Le capitaine du bateau propose de faire un sacrifice pour faire cesser la pluie...
Avec le texte tonique de Pierre Delye et l'illustration fouillée et astucieuse de Cécile Hudrisier, la traversée est mouvementée et la tension palpable. Mais nos grenouilles auront plus de peur que de mal. Normal, il pleut il mouille, c'est la fête à la grenouille !

N'y pense plus, tout est bien / P. Maret. - T. Magnier, 2016

Ils s'apprêtent à fêter un prochain voyage en famille aux États-Unis, champagne pour tout le monde ! Martin ne se sent pas bien, monte dans sa chambre. Lorsqu'il en redescend, tous les membres de sa famille sont morts, tués par le père.
Nous retrouvons Martin 5 ans plus tard, majeur. « Je flottais dans l'existence comme une espèce d'ectoplasme, tâchant de faire croire que j'étais bien vivant mais je me savais sans consistance et par là-même incapable d'entrer en résonance avec ce qui m'entourait ». Son petit héritage lui permettra de partir à la recherche de son père, en Patagonie, accompagné d'un détective débonnaire et d'un traducteur dévoué. Avec Bob Dylan en BO. 
Autour d'un évènement qui évoque fortement l'affaire Dupont de Ligonnès, Pascale Maret imagine le chemin d'un survivant qui devra à nouveau se confronter à l'horreur pour envisager de reprendre le cours de sa vie.

On regrettera plus tard / A. Ledig. - Albin Michel, 2016

C'est un soir d'orage. Eric et sa fille de sept ans, Anna Nina, frappent à la porte de Valentine, institutrice au village. Sans réfléchir et sous le coup, Valentine leur ouvre sa maison et plus tard son cœur... Très beau roman, dans la continuité de ce qu’elle a déjà écrit avec Juste avant le bonheur et Pars avec lui. Un roman qui donne de l’espoir, on a envie d’y croire. Très belle écriture.
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Petite Pépite / N. Matta. - Mémo, 2016

« Quel âge a-t-elle ? Neuf ans, mais »... « Oui, elle est différente ! Aucune étoile, aucune forêt, aucun galet n'est pareil à un autre. » D'une sobriété énigmatique, ce texte raconte la différence d'une petite fille vue par sa mère. Texte et illustration témoignent au départ d'une certaine réticence puis s'épanouissent, se libèrent pour exprimer enfin la joie.
En fin d’ouvrage, l'auteur et mère de cette Petite Pépite explique le chemin parcouru pour accepter que sa fille soit différente de celle dont elle avait rêvé. Mais elle n'en demeure pas moins un vrai bonheur, dès lors qu'elle sera prête à l’accueillir comme tel.  

Un amour de petite soeur / A. Desbordes ; P. Martin. - Albin Michel, 2016

« Je ne me souvenais pas le leur avoir demandé », telle est la réaction de surprise de ce tout jeune narrateur lorsqu'il apprend de ses parents qu'il va avoir une petite sœur. Il y a d’abord l'attente, la surprise de la naissance, puis à nouveau l'attente qu'elle grandisse pour gagner enfin un compagnon de jeu. Il y a aussi un brin d'inquiétude, vite balayée par la formule imagée de maman  : « Dans le cœur des parents il n'y a jamais de problème de place. C'est grand comme le ciel ».
Après Mon amour, Astrid Desbordes et Pauline Martin poursuivent leur vision bienveillante d'une famille qui s'agrandit pour le bonheur de tous. 

L'arbre et le fruit / J.-F. Chabas. - Gallimard, 2016. - (Scripto)

« Je t'ai dit de prier, petite saloperie ! » Dit-il à sa fille aînée. À sa femme : « sous humanité ».
D'aussi loin qu'elle s'en souvienne, son père n'a été que violence. À la maison, les coups, les insultes. Pour le cercle des relations extérieures, la haine, le racisme. Tout cela en secret bien entendu car officiellement, il faut afficher le visage de notaire respectable.
Pour sa femme Grace, le parcours est chaotique : hôpital psychiatrique, tentatives de suicide, velléité d'arracher ses filles à cette « atmosphère démoniaque », hôpital psychiatrique...
Pour Jewel, la fille aînée, il faut résister tenir bon, ne pas se laisser envahir par la haine.
Le récit se raconte en trois époques, par la mère et la fille aînée. 35 ans de violence systématique et ses ravages.  Avec cette question sous-jacente : Est-il possible d'être un fruit qui tombe loin de l'arbre ?

La véritable histoire du petit chaperon rouge et de son chat Marcel / B. Perrier ; Jules. - Gautier-Languereau, 2016

Le petit chaperon rouge, petite fille effrontée a un chat à la maison, dénommé Marcel, « un bon gros chat qui passait…son temps à ne rien faire. Et ça, Marcel, rien faire, il le faisait bien ! ». Comme dans le conte traditionnel, sa mère l’envoie porter la galette et le petit pot de beurre à sa grand-mère souffrante, mais accompagnée du chat Marcel. Le ton est donné, notre petit chaperon rouge, accompagnée de son gros matou ne va pas s’en laisser compter. Lorsqu’elle rencontre le loup, elle a tôt fait de se débarrasser de lui. Les dialogues sont truculents et les illustrations d’un trait incisif rendent compte à merveille de l’humour de l’album. Rassurez-vous le chat Marcel, certes paresseux, gourmand et lascif, va enfin prouver qu’il a bien toute sa place dans ce conte détourné et son dénouement…

L'incroyable histoire de la vie sur terre / C. Barr ; S. Williams ; A. Husband. - Nathan jeunesse, 2016

L’album s’ouvre sur une planète en plein mouvement, les volcans crachent des geysers de lave, des pluies de météorites arrosent la Terre, c’était il y a environ 4.5 milliards d’années. De ce bouillon originel est née la vie. C’est cette histoire que propose cet album documentaire, très narratif dans sa forme. On suit ainsi toute l’aventure de la vie sur Terre, de l’apparition des premières cellules à celle des premières plantes et des premiers animaux. Y sont évoqués la destruction des dinosaures, le développement des mammifères et des hommes. Un documentaire richement illustré, abordable pour les jeunes lecteurs à partir de 7 ans.

Popopipo tissu de mensonges / D. Levy ; J.-B. Bourgois. - Sarbacane, 2016

Oups ! L’hippopotame en porcelaine de maman est cassé. Sûr qu'il aurait été préférable de jouer au ballon dehors. Clovis ramasse les morceaux avec son mouchoir. Ni vu ni connu. « Les morceaux ont disparu ; plus précisément, ils se sont fondus, comme par magie, dans le tissu. » Le petit miracle se répète avec les légumes, les mauvaises notes... les problèmes sont absorbés par le tissu devenu «  GIGANTESQUIMMENSE », et même envahissant. Tous ces petits secrets et mensonges finissent par peser sur la conscience de Clovis qui devra trouver le moyen de s'en libérer. 
Jolie métaphore du mensonge que ce tissu pratique puis encombrant. Le graphisme est lui aussi judicieux, d'abord épuré puis foisonnant.
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Devinettes en herbe / C. Armellini. - Joie de lire

Elles apparaissent éparpillées, éclatées, énigmatiques, avant de se présenter en page suivante en bonne et due forme.
« Baies rouges vermillon, feuilles pointues comme des flèches, 
un peu guerrier, un peu buisson, dans le bois a poussé... 
Le petit houx piquant. »
L'album est simple, splendide, une réussite alliant aspects ludique, esthétique et documentaire. 

Une pierre moins une pierre... / G. Ferri. - Minedition, 2016

En voulant cueillir une fleur, une petite souris fait tomber une brique du mur. Une brique, puis une seconde... la souris aidée par d'autres animaux découvre, au-delà du mur, un ailleurs verdoyant et une île, comme un miroir. Et si toutes ces briques servaient à construire ensemble et non plus contre ?
Un petit carré cartonné tout simple pour démontrer l'ineptie des murs frontières.

Célestin / Pog ; B. Mésange. - Cépages, 2016

Célestin porte bottes et parapluie lorsqu'il fait beau mais se découvre lorsqu'il pleut. Plaisirs sensoriels. Les passants s'interrogent -Quel est cet olibrius ?- avant de l’imiter en secret. La pluie a désormais un goût bien plus riche. 
Célestin, personnage discret et puissant, a osé la singularité et ouvert la voie à une certaine liberté pour des êtres enfermés dans leurs préjugés. 

Une grosse faim de loup / Y. Nakamura. - Albin Michel, 2016

Un loup affamé, des chatons sans leur mère, une ruse pour les attirer dehors, « Loup jubilait. Son plan fonctionnait... » A vouloir améliorer son repas, il diffère le moment de croquer les mignons. Surveiller 5 chatons n'est pas de tout repos. « Il avait presque envie de pleurer, Loup. » Mais il faut croire qu'il se débrouille bien puisque des mamans viennent le solliciter pour garder leur petit. Objectif de départ : aux oubliettes !
Soyons francs, l'illustration n'est pas des plus attirantes mais elle gagne en tendresse dans les détails et nous offre au final une histoire bien vivante !

Fourmidable / J. Hoestland. - T. Magnier, 2016. - (Petite poche)

La vie des fourmis est régie par quantité de règles et de contraintes, dont celle de ramener les pucerons lorsqu'elles en trouvent. C'est ce que fait donc la fourmi 68 en bonne ouvrière obéissante et consciencieuse. Mais le puceron en question n'est pas du tout d'accord avec ce qu'on attend de lui et se languit du monde extérieur. En l'évoquant, il contamine la fourmi 68 qui voit désormais d'un tout autre regard ce qui l'entoure.
« Ce n'est facile pour personne de penser », de se laisser envahir par « un tourbillon de pensées vertigineuses » mais lorsqu'on touche du doigt la liberté, peu importent les risques et les doutes, l'émancipation est un chemin sans retour. 

Devant ma maison / M. Dubuc. - Casterman, 2016

Bonne nouvelle que la réédition  de ce petit album cartonné (1ère ed. 2010). Il débute ainsi : « Sur une petite colline, derrière une clôture brune, sous un grand chêne, il y a… ma maison. Devant ma maison… un rosier etc… ». Plus qu’un simple imagier, cet album propose une véritable narration, d’abord assez classique, avec une mise en abîme, « dans ..., il y a …. », qui est interrompue par des éléments imprévus, qui créent la surprise et font tout l’attrait du livre. Sans dévoiler les ressorts inattendus de l’histoire, on y découvrira toutes sortes d’animaux, de personnages fabuleux, ou tirés des contes, dans des situations réelles et parfois fantaisistes. L’interaction entre le texte et l’image sur la double-page est très réussie, enrichie elle aussi d’effets de surprise. Un album à lire et relire sans fin, comme une ritournelle, dès 2/3 ans. Nul doute que les enfants s’accaparent eux-mêmes l’histoire, après plusieurs lectures. Une réussite assurément…

Le domaine / J. Witek. - Actes Sud junior, 2016. - (Romans ados - Thriller)

Gabriel, jeune homme solitaire a toujours vécu au contact de la nature, passionné d’ornithologie, il aime arpenter la lande pour observer les oiseaux et répertorier les différentes espèces qu’il peut croiser. L’été de ses dix-sept ans, sa mère accepte de se faire embaucher comme domestique dans un vaste domaine, dirigé par un couple de châtelains. Gabriel accompagne sa mère, dans l’espoir de profiter des espaces naturels qui entourent le domaine. Mais Gabriel se sent tout de suite mal à l’aise dans cette demeure et surtout au contact de ses habitants, percevant les tensions et les rapports de domination qui existent entre les maîtres et le personnel. L’arrivée des petits-enfants de la famille, tous adolescents, va bouleverser le séjour de Gabriel. Ce dernier tombe amoureux au premier regard d’Éléonore, jeune fille aussi troublante qu’inaccessible. Il est bien décidé à attirer l’attention de la belle, même si c’est au prix de toutes les imprudences. A partir de ce moment-là Gabriel va être confronté à divers troubles, angoisses, cauchemars terrifiants…
La passion amoureuse est au cœur de ce thriller psychologique dont le suspense est soutenu jusqu’au bout. Le roman témoigne de la fragilité de cet adolescent, des ravages de l’amour à cet âge, des excès dans lesquels il est prêt à sombrer pour vivre sa passion. Jo Witek décrit avec précision le moment où tout peut basculer, dans la violence contre soi, contre les autres… Elle restitue très bien une ambiance de huis-clos, dans cet univers aristocratique, où tout n’est que mensonges et faux-semblants. Une histoire romantique et sombre, dont la fin vous déconcertera…

La nébuleuse Alma / L. Blanvillain. - Ecole des loisirs, 2016. - (Médium)

Alma est tellement heureuse de partager la grande nouvelle avec Jade : après des semaines d'approche et d'attente, elle a enfin embrassé Robin ! Mais l'euphorie ne sera pas partagée, Jade lui annonce qu'elle ne peut plus être son amie. Si l'on schématise, Jade lui reproche d'être superficielle et égocentrique, plus préoccupée par ses baskets neuves que par l'état du monde. La mise en cause et rude, violente et heureusement qu'Alma peut compter sur Robin et sa famille pour garder le cap. Il n'empêche, Jade a pointé du doigt une vérité et Alma accepte la remise en cause. Ses premiers pas dans une conscience politique se feront dans une association d'alphabétisation aux sans-papiers. Viendra le moment où Alma pourra s'expliquer avec Jade de cette accusation aussi soudaine qu'agressive. Et celle-ci pourrait bien révéler des motifs moins altruistes.
Alma est une nébuleuse de moi, des moi arriéré, godiche, dynamique, spirituel, rieur... des « Moi tarés prospérant encore dans mon être fragile ». Et il faudra qu'elle ait un peu plus de lucidité sur ses multiples moi avant de pouvoir se tourner vers les autres.  
« La pensée, c'était comme le sport. Douloureux au début et de plus en plus agréable ensuite. 
Mon cerveau se débarrassait progressivement de sa mauvaise graisse. »

Je suis qui je suis / C. Grive.- Rouergue, 2016. - (DoAdo)

Raph éprouve du chagrin depuis quelque temps, incompréhensible mais tenace. Des amis, de bons résultats scolaires, des parents aimants, bientôt un bébé pour eux, tout va bien, en apparence. Mais il y a des signes qui ne trompent pas : pourquoi voler le courrier de ses voisins ?
Une de ses premières amies fille lui donne ce conseil : pour éloigner le chagrin, il faut en comprendre l'origine, interroger les gens autour d'elle. Car oui, Raph est une fille mais on ne le découvrira qu'après de nombreuses pages. La perception que l'on a d'elle a depuis toujours été incertaine. Fille ? Garçon ?
Le texte évoque la notion de genre, l'impact de l'inconscient sur l'identité et la nécessité de mettre des mots sur ce qui nous empêche d'avancer. Il relate adroitement l'errance passagère d'une narratrice tout en retenue et gentillesse, déterminée à comprendre qui elle est réellement.  

Petit point / G. Macri ; C. Zanotti. - Nuinui, 2016

Petit point n'est pas tout seul, il a même beaucoup d'amis. Tous ces points sont organisés en société et « la vie est belle ». Un autre petit point occupe la page en vis à vis, un tout petit point évidé. Lui aussi est bien entouré mais pour eux tous, « la vie est triste : sans nourriture, ni jeux, ni maisons. » Ils aimeraient rejoindre l'autre page, l'autre pays où tout est plus facile. « D'accord ! Venez, mais pas trop. » Bientôt, tout le monde est bien trop serré. Que faire ? 
C'est un album qui est indéniablement intéressant parce qu'il évoque les réfugiés, la solidarité, le modèle d'une société de partage, dans un graphisme simple, abordable dès 4-5 ans. Mais il suscite des interrogations : ce partage, de quelle nature est-il ? Quel dommage que l'échange soit unilatéral, que les petits points évidés apportent si peu, comme si seul l'aspect matériel entrait en ligne de compte.
Alors la solidarité oui, le métissage oui, mais nous aurions aimé que la richesse soit valorisée de part et d'autre.

Ma dernière chance / L. Rosmorduc. - Magnard, 2016

Victor a des difficultés de compréhension et surtout de concentration. A 12 ans, il se désespère donc d'être toujours au CM2. Mais cette rentrée pourrait être différente car Sidonie est dans sa classe. Elle lui a tout de suite plu car elle a posé sur lui un regard bienveillant. Ils pourraient s'entraider : lui pour se déplacer avec son fauteuil, elle pour lui expliquer les leçons.
Victor est peut-être lent, décalé mais il a pour lui une grande gentillesse et un sens de la justice qui le rendent très sympathique. Sidonie ne s'y trompera pas. 
La narration est assumée par Victor, censé être "limité" mais le talent de l'auteur est de faire en sorte que chacun de ses mots exprime une sensibilité juste et profonde.
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Little Sister / B. Séverac. - Syros, 2016

Difficile, voire impossible à assimiler pour Lena : son frère Ivan est un islamiste fondamentalisme qui a tué, en Syrie. Mais les faits sont là, elle et ses parents ont dû déménager, changer de nom, se faire discret pour échapper à la haine rancunière. Lorsque son frère la contacte après plusieurs mois, la petite voix qui espère son frère innocent lui dicte d'accepter le rendez-vous. Même s'il a lieu en Espagne et même si elle doit le garder secret. Théo, l'ami d'enfance d'Ivan -et davantage si affinité bien sûr- sera mis au courant et l'accompagnera. Les retrouvailles n'auront rien du rêve espéré. 
Quatre personnages se partagent le récit, pour mieux servir l'intrigue : Léna, Théo, Joan le vieil activiste aguerri et Tambon, policier français. Et le suspense est bien là, au détriment peut-être des psychologies des personnages. Dommage aussi que le personnage du frère ne soit pas davantage fouillé, interrogé.

La théorie du grand tout / J. J. Johnson. - Alice, 2016. - (Tertio)

Il y avait le monde avant la mort de Jamie. Et il y a celui d'après. Tout ce qui subsiste de cette période heureuse, c'est Stenn, le petit ami de Sarah, assez héroïque pour supporter ce qu'elle est devenue, une « boîte à sarcasmes » qui tient tout le monde à distance. 
« Parle nous suffisamment pour qu'on pense que tu vas bien 
mais ne dis pas ce que tu penses vraiment. 
Ça nous met mal à l'aise. 
Et Dieu sait qu'il ne faudrait pas que nous soyons mal à l'aise. »
Entre chaque chapitre, des graphiques, des tableaux comme pour mieux cartographier une vie en perte de repères cherchant désespérément un sens. Comment serait-ce possible d'ailleurs lorsqu'on mesure que tout peut cesser d'une seconde à l'autre, qu'on peut perdre sa meilleure amie sans que rien ne nous y ait préparés. Et qu'on se sent responsable qui plus est.
La patience de ses parents est à bout : ils menacent de la séparer de sa chienne adorée. Quant à son frère, il ne la voit que comme une fille égocentrique. Il faut que les choses changent. Et pour cela, Sarah doit sans doute laisser sa chance à ceux qui veulent l'approcher.
Sarah est une narratrice très attachante parce qu'elle se débat sous nos yeux pour sortir de sa colère, de sa peine, de son incompréhension d'un grand tout qui peine à trouver sa cohérence. Cette lutte intestine sonne extrêmement juste, entre rires caustiques et gorge nouée.