Bouche cousue / M. Muller-Colard. - Gallimard, 2015. - (Scripto)

Le sempiternel dimanche en famille n'aura pas le déroulement habituel aujourd'hui. La tension est palpable, prête à éclater. Et le drame dans cette famille si parfaite et si propre -comme les professionnels de blanchisserie qu'ils sont- c'est que le fils Tom a embrassé un garçon. L'annonce fait basculer Amande, tante et narratrice, à l'époque de ses 15 ans...
La scène initiale du repas dominical forme en elle-même une nouvelle parfaite, à la fois par le style et l'ambiance, sur la représentation immuable que savent se donner les familles.
« Nous formions ce musée qui contraint chacun à rester éternellement celui qu'il a été un jour. Nous formions une famille. »
La suite est toute aussi prenante, dans l'évocation d'une période troublée et troublante pour Amande qui découvre la puberté et le désir sexuel. Elle trouve un soutien extraordinaire chez Marc et Jérôme, couple attentif et compréhensif qui prend le relais d'une famille sclérosée. C'est bien grâce à eux qu'elle pourra aussi surmonter sa première expérience amoureuse. « À 15 ans quand on n'a pas les codes, on a sa sincérité.(...)  Mais la sincérité est un oiseau aussi piailleur que fragile. Si on lui donne trop de liberté, elle risque de s'égarer et de nous égarer avec elle. »
Un roman très fin dans l'analyse psychologique, pudique, émouvant, avec en toile de fond Didon et Enée de Purcell. Les aspirations d'une jeune fille basculant dans l'âge adulte, malmenée par la vie, trouveront une issue, aussi douloureuse soit-elle. Le contrepoint temporel en début et fin de roman montre à quel point les blessures originelles laissent des traces.

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