Le champ d'amour d'Anton / C. Lovera Vitali ; M. Duval. - Casterman, 2015

C'était un champ parfait, de pastèques parfaites, parfaitement alignées. Mais il en manque une, une seule, volée, qui brille cruellement par son absence : Anton ne pense plus qu'à ça, désespéré et obsédé par le vide laissé.
Mais les chats sauvages passent par là et sèment joyeusement un désordre cataclysmique. Dans quel état va être Anton ?
L'ordre et le désordre sont des notions relatives et il suffit de changer de perspective pour apprécier différemment une situation. Le texte, sans ponctuation, jouant sur les champs lexicaux et les oxymores, contribue à balayer les frontières. Plaisant à lire à voix haute, superbe graphiquement, déroutant mais indéniablement intéressant.
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Franz, Dora, la petite fille et sa poupée / D. Lévy ; T. Romanin. - Sarbacane, 2016

« Soleil et douceur » règnent dans ce parc où aiment à se promener Franz et Dora. Mais en ce jour, l'instant est terni par les pleurs d'une fillette qui a perdu sa poupée. « Elle n'a pas disparu ta poupée (...). Elle est juste partie en voyage. » Et pour mieux la convaincre, Franz enverra à Ingrid des lettres de la disparue. Manœuvre répétée, le temps que la poupée grandisse et que la fillette se réjouisse de son émancipation. Mais l'inquiétude change de visage car aujourd'hui, c'est Franz qui va mal...
C'est un album pour le moins atypique, d'une grande douceur et d'une générosité incarnée mais où la mélancolie affleure, jusqu'à la révélation finale : ces personnages ont véritablement existé et Franz, à la santé fragile, n'est autre autre que Franz Kafka mort prématurément. Ce Franz « jamais content de ses livres» mais néanmoins content d'avoir ici « réussi quelque chose avec ses mots. »
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Kiss le serpent s'ennuie tout le temps / C. Saudo ; M. Grandgirard. - Auzou, 2016

Kiss le serpent n'est pas de tout repos pour sa mère auprès de qui il vient sans cesse demander de nouvelles idées pour éloigner l'ennui. Et comme « il n'aime pas du tout faire la même chose deux fois », il lui faut à chaque fois de nouvelles activités. Non content de savoir ramper, nager, voler, tisser... il tanne sa mère une énième fois alors que celle-ci aimerait faire une sieste. Elle l'expédie d'une ruse... contestable. Mais rien ne saurait altérer la belle relation de ce Kiss avide d'apprentissage et de sa mère somme toute très patiente.
Bonne surprise que cet album tonique et tendre.
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Dans le désordre / M. Brunet. - Sarbacane, 2016. - (Exprim')

Ils sont 7, se sont rencontrés lors d'une manif contre l'austérité et décident de s'installer ensemble dans un squat. « Ils se sont choisis », partagent malaise et sentiment d’injustice vis-à-vis « d’une vie calibrée et d’un système dégueulasse. » A opposer à cela, l’autogestion, « une vie collective basée sur des principes libertaires (...où) il n'y a pas de possession privée. » Comment accepter qu’« un quart du monde bouffe sur le dos du reste » ? Bien sûr, les idées divergent. Certains voudraient la révolution, d’autres plus pragmatiques souhaiteraient « recréer des îlots de résistance un peu partout ». Tonio, le doyen « aime bien quand ça pète. Le chaos, le joyeux bordel, les émeutes. » Chacun cherche sa voie, individuellement et collectivement pour vivre mieux ensemble, de façon plus juste. Et au milieu, il y a Jeanne et Basile qui s’aiment d'un amour incandescent…
C’est un roman qui bouillonne, de révolte, d’idées altruistes, de doutes aussi parce que comment échapper au sentiment d’impuissance ? Mais quelle autre issue, lorsqu’on ne se satisfait pas du monde, que la lutte et la résistance ?
« Si tu peux pas changer le monde, tu peux toujours essayer d'en construire un à ta mesure, même petit. » C’est ce que font ces personnages, envers et contre toutes les abominations. Rester debout.
Un livre très fort à mettre entre toutes les mains.

Deux drôles de bêtes dans la forêt / F. Roberton. - Circonflexe, 2015

Deux parties, deux voix pour cette histoire de rencontre.
Une fillette trouve dans « la forêt sombre et profonde », « une étrange petite bête » gémissante. Vite, il faut la secourir, l'emmitoufler, l'emmener à la maison !
Mais en deuxième partie, ladite bête donne sa version des faits et ce qu'elle a vécu ressemble davantage à un kidnapping.
« Il y a deux facettes à toute histoire, et puis il y a la vérité » nous dit Mark Twain et cet album en est une parfaite illustration : les scènes presque similaires à quelques détails près expriment deux réalités bien différentes. Mais alors, où est la vérité ? Quelque part entre la volonté maladroite de bien faire de la petite humaine et les besoins viscéraux et légitimes de la petite bête. Dans tous les cas, cette vérité ne saurait s'exprimer hors du doute et de l'ouverture à l'autre.
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Voyage à Auschwitz, récit d'un jeune Rom / N. Angelov ; M. de Muizon. - A dos d'Ane, 2015. - (Un monde pas à pas)

C'est un texte court aux phrases percutantes pour aller à l'essentiel : en 2015, le racisme s'exprime toujours ouvertement, les Roms en sont des victimes séculaires. L'auteur, Nikolaï Angelov, a quitté la Bulgarie où aucun avenir n'est envisageable lorsqu'on est Rom. Là-bas, « tuer un Rom, c'est tuer moins qu'un chien. » En France, il travaille beaucoup, fait tout pour "s'intégrer" même si cela prend du temps. Puis, à l’occasion de la commémoration des 70 ans de la libération des camps de concentration, il découvre Auschwitz, en mesure la réalité. « J'ai peur que ça recommence. » Une peur à prendre au sérieux lorsqu'on sait qu'« en Bulgarie, certaines personnes disent qu'Hitler n'a pas fini le travail avec nous »... Est-ce différent en France ? « Je regarde dehors. Je vois la haine contre nous. Le racisme. »
Un dossier documentaire complète ce témoignage, sur les Roms dans le monde et en France, le génocide et quelques associations de lutte contre l'exclusion.
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Huit saisons et des poussières / S. Vidal ; A. Montel. - Les P’tits Bérets, 2015. - (A grands pas)

« Depuis qu’il est rentré, le père d’Amos reste la plupart du temps assis dans le grand fauteuil du salon. (…) Il ne parle presque pas, il est là c’est tout. » Après deux ans d’absence, le père d’Amos et Sarah est rentré à la maison. De retour des camps, il est là, mais tellement absent en même temps. Amos, son fils, parle, parle, pour combler le silence de son père. Il prend la défense de son père à l’école quand deux camarades se moquent de lui. Lorsque le chagrin le submerge, Amos se réfugie dans un arbre du jardin et ne veut plus en descendre. Son père décide alors de s’installer avec lui dans l’arbre et d’y aménager une cabane. Un dialogue timide va enfin s’engager entre père et fils.
Un album sensible sur un sujet douloureux. L’auteur évoque, sans le nommer, le sort de ces rescapés mais aussi l’incompréhension de l’entourage. Tout est subtilement évoqué par de petits indices, par des non-dits. Les émotions prennent le pas sur les discours. Enfin les aquarelles, d’une grande sobriété, illustrent parfaitement la finesse de l’album. Un bel album touchant et profond.
Album sélectionné pour le prix des Incorruptibles 2016, catégorie CM/6ème.

Ce matin / J. Nakamura. - MeMo, 2015

Ce matin commence un nouveau jour pour l’ours et son chien. Les petits rituels du réveil, se lever, s’étirer, se laver, déjeuner, ne pas oublier de se dire bonjour, sont l’occasion pour nos deux personnages de partager des moments de bonheur simple et de douce complicité. Puis après s’être préparé, on sort à l’extérieur, découvrir le monde…
Le graphisme des illustrations, inspiré des années 60, nous montre un intérieur de maison coloré et chaleureux. L’ours, qui ressemble à un nounours, apporte lui aussi un côté rassurant à l’histoire. Grâce à ses illustrations colorées, qui remplissent chaque double page, cet album tendre et joyeux peut être lu et partagé avec des tout-petits.

Mirlificochet méchant sorcier / F. Morel ; D. Di Gilio ; A. Guillerey. - Syros, 2015

Imaginons un sorcier… il doit être méchant… vilain…et sentir mauvais ! Quel nom lui donner ? Gargamel ? Ah non, déjà fait… Alors ce sera Mirlificochet ! Mirlificochet trouve un grain de blé, qu’il range soigneusement dans sa sacoche. Il lui vient une idée « Que ce qui est petit devienne plus gros ! ».
Il se rend dans une ferme, demande à la fermière de garder sa sacoche jusqu’à son retour avec l’ordre de ne pas l’ouvrir. La curiosité étant un vilain défaut, la fermière ouvre la sacoche, découvre le grain qu’elle oublie quelques instants sur la table de la cuisine, la poule en profite pour le gober. La fermière, bien ennuyée, offre sa poule en guise de compensation au terrible sorcier. La devise serait-elle exacte ? Mirlificochet va aller ainsi de ferme en ferme, terroriser les fermières et récolter de plus en plus gros butin jusqu’à… l’irruption d’une fillette...
Ce livre-cd est un régal pour les yeux, grâce aux illustrations pétillantes d’Aurélie Guillerey. Les deux conteuses Fabienne Morel et Debora Di Gilio, connues sur le duo Huile d’olive et beurre salé, racontent dans une langue truculente les (mes)aventures de ce sorcier. Ce conte de randonnée, enrichi de comptines malicieuses égaiera les enfants dès 3-4 ans.

Le Plouf / G. Olive ; H. Zhihong. - Ed. des éléphants, 2015

Tout commence au bord de la rivière, par un Plouf retentissant, qui effraie le lapin. Celui-ci s’enfuit, entraînant dans sa course folle, le renard, le singe, le zèbre, l’éléphant et ainsi de suite. Tous les animaux paniqués courent, tous sauf un, le tigre, qui lui, en digne sage, demande la raison de toute cette agitation… Le format à l’italienne donne toute la mesure de la course poursuite. Les illustrations sont de très belles peintures sur papier de riz, exécutées dans la tradition chinoise. Ce conte malicieux ravira même les plus petits par le recours aux répétitions et à l’humour. Enfin les enfants comprendront aisément qu’il vaut mieux réfléchir plutôt que de courir… Une belle fable sur la peur, la rumeur et surtout le libre arbitre !
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Le grand méchant Graou / I. Chabert ; Guridi. - Samir, 2015

Graou... « La simple évocation de son nom suffit à faire frémir de peur les cœurs les plus endurcis. » Pour Graou, tout cela est plutôt une bonne affaire, il peut faire la sieste tranquillement sans subir l'hystérie de ces humains.
Mais une fillette de rouge vêtue vient briser sa quiétude. Nulle peur dans ses yeux, juste l'envie d'être amie avec lui, de lui faire un cadeau. Que faire de cette intruse ?
Pour qui ose braver les préjugés et la peur, les possibles sont réjouissants ! Traits noirs et rouges sobres, pour un tango autour de la peur.
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Demain les rêves / T. Cazals ; D. Petrilli. - Motus, 2015

« La crise, la crise, la crise. » Elle a tout envahi, les corps et les cœurs ; les usines ferment, les hommes sombrent. Agathe assiste à une atonie généralisée. Ses parents ont été avalés, son oncle Jean passe d'un rythme de travail effréné au chômage soudain. Il se débat en vain et Agathe se mine. Jusqu'à ce qu'elle rencontre un garçon. « Agathe et lui avaient beaucoup de choses en commun, beaucoup de choses à partager. Aussi ils se turent. »
A eux trois, ils vont devenir « écouteurs de rêves », guettant le moindre signe de vie, de souhait, d'utopie pour encourager la ville entière à sourire et rependre confiance. Bien sûr, « la crise allait tout faire pour réveiller la peur qui verrouille tout » mais « l'équipe de choc » veille désormais.
Pas de solution miraculeuse dans cet album esthétiquement très soigné mais un appel à la solidarité dans le rêve et contre la gangrène de la peur.
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La légende du chien noir / L. Pinfold. - Little urban, 2015

« Il y a un chien de la taille d'un tigre devant chez moi » s'affole le père, et toute la famille après lui. Panique à bord, il faut se calfeutrer, se protéger ! Petite choisit une optique différente et sort de la maison sous les hauts cris des siens. Dans les paysages enneigés, elle entraîne à sa suite l'énorme chien noir qu'elle encourage gaiment, avec un brin de provocation, à rétrécir, maigrir, s'affiner pour mieux l'accompagner. Au terme de leur course, la peur n'est plus de mise et le chien a une taille standard...
L'illustration est magnifique, saisissante sur les gros plans en pleines pages, drôle dans les détails des petites vignettes sépia, le tout créée une belle énergie pour mieux dynamiter la peur qui a atrophié le reste de la famille Hope. Hope comme l'espoir de ne plus laisser les peurs phagocyter nos vies...

La lumière allumée / R. Marnier ; A. Maurel. - Frimousse, 2015

Uniformité, voilà le maître mot de cette ville. Mêmes façades pour toutes les maisons, on ouvre et ferme les volets, aux mêmes heures, « comme cela doit être fait. »
« Mais une nuit... quelqu'un a laissé la lumière allumée ! » C'est un choc et cela jase... C'est aussi le début d'un grand chambardement, d'une fantaisie communicative.
La mise en page, ingénieuse, suit le vent de folie d'une architecture qui a refusé la perfection pour une imagination en mouvement.
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La chose ; La belle journée / A. Desbordes ; M. Boutavant. - Nathan, 2015

Il arrive toutes sortes d'aventures à Edmond l'écureuil et à ses amis, l'ours Édouard, Georges Hibou et quelques autres.
Dans La chose, une créature incongrue et inconnue met nos amis en émoi. Après la peur et le rejet, l'empathie (« Ça ne doit pas être facile tous les jours d'être la chose »), une communication timide puis l'adhésion !
La belle journée avait mal commencé : Édouard invite Edmond à la plage mais ce dernier est ronchon. Ce n'est pas l'averse qui arrangera les choses... Encore que ! Pour sauver la journée, Edmond ravale sa mauvaise humeur.
Deux petits albums colorés et enlevés !

Les aventuriers du soir / A. Brouillard. - Editions des éléphants, 2015

Gaspard, Lapinus le doudou et Mimi le chat explorent la nature alentours. Le soir tombe, Gaspard observe la maison illuminée depuis l'orée du bois, rassuré de la rejoindre bientôt. Mimi est restée dehors, Gaspard s'inquiète...
Anne Brouillard n'a pas son pareil pour installer des ambiances. Après les jeux et les découvertes, le crépuscule procure son lot d'émotions, dans une opposition intérieur/extérieur et un jeu de cadrages, d'ombres et de lumière, qui verra sa réconciliation dans la scène finale tellement apaisante...
On aura plaisir à se refaire le film de cette succession de visions et de sensations fortes.
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Mais papa... / M. Lavoie ; M. Dubuc. - La Martinière, 2014

Papa a l'air pressé de coucher ses moutards, « Bonne nuit les cocos ! » répète-t-il. Mais ses enfants le rappelle à l'ordre : « Mais papa, tu as oublié » les pyjamas, les doudous, la veilleuse etc etc. Un papa décidément bien distrait et des enfants très patients...
Un album tout sourire et tendresse avec une chute qui, sur un thème souvent traité, joue la surprise.
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Le hareng rouge / G. Moure ; A. Varela. - Les p'tits bêrets, 2015. - ( Sur la pointe des pieds)

Il y a un monde fou dans ce jardin public ! On ne sait plus où donner de la tête d'ailleurs. Et ça tombe bien pour prolonger le plaisir : il faut lire et relire, observer et revenir pour suivre l'histoire de tous ces personnages. Une dame fatiguée se cogne au lampadaire, un chien d'aveugle fausse compagnie à son maître, un buisson protéiforme laisse des indices...
L'album carré est cartonné, sans un mot, et laisse libre court à l'imagination du lecteur. Un livret en fin d'album apporte des mots, une histoire plus construite à celui qui voudrait un cadre.

Je t'ai rêvé / F. Zappia. - R. Laffont, 2015. - (R)

Alex lutte depuis des années -depuis son diagnostic de schizophrénie- pour maintenir une stabilité dans sa vie. Puisqu'elle n'a jamais la garantie de ce qui est réel et ce qui ne l'est pas, elle cartographie le quotidien avec son appareil photo, pour mieux mettre à distance ses hallucinations et sa paranoïa.
Il y a un beau souvenir qui pourtant échappe à cette mesure de contrôle, c'est la rencontre avec un garçon, lorsqu'elle était enfant, devant un aquarium de homards. Ce souvenir qui la poursuit prend une envergure accrue lorsqu'elle fait la connaissance de Miles dans son nouveau lycée. Est-il ce petit garçon ou a-t-elle tout rêvé ?
Alex émeut le lecteur : si tout adolescent se débat avec la volonté d'une normalité et le désir d'appartenance, cette lutte est évidemment décuplée pour elle, avec la terrible menace de l'hôpital psychiatrique si elle dérape. Taire ses doutes à ses amis, à ses parents qui devraient la soutenir mais contribuent à ses troubles (c'est une des révélations du livre), la vie d'Alex est synonyme de peur et de solitude. Miles pourrait être celui avec qui partager une nouvelle vie et échapper au chaos. Ce qui pourrait l'aider également, c'est la découverte qu'elle n'est pas la seule, loin s'en faut à avoir des troubles psychologiques et à flirter avec la folie.
« Va te faire foutre, cerveau. »
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Camille est timide / G. Baum ; T. Dedieu. - Seuil, 2015

C'est Camille qui a la parole mais l'illustration laisse à voir la vision que les autres ont d'elle : transparente. Pour le jour de la photo de classe, Camille s'est préparée mais on l'a oubliée sur le côté. « Et si je n'étais personne ? »
A l'occasion de sa petite fugue, c'est une autre question qu'elle est amenée à se poser : Et si l'on mésestimait le regard que les autres portent sur nous ?
Une héroïne d'une modestie touchante qui se révèle grâce à son courage et au soutien inattendu de ses camarades.
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Les chiens / A. Stratton. - Milan, 2015

Pour la quatrième fois, Cameron et sa mère doivent fuir de toute urgence. Son père, très violent, les a encore retrouvés. Nouvel endroit, nouvelles habitudes à prendre pour réinventer une sécurité illusoire.
Pas facile dans une ferme reculée et délabrée, où rodent l'étrange et l'inquiétant. Cameron apprend d'ailleurs qu'il y a eu des disparitions mystérieuses, des meurtres ? «  Rien n'est secret dans cette ville, à part les assassinats ». Alors Cameron mène son enquête, extrapole. Heureusement, le petit Jacky est là pour lui apprendre, par bribes, ce qui s'est passé. Jacky ? Un petit garçon disparu depuis des années, 50 ans plus tôt précisément. Cameron serait-il devenu fou à force de vivre dans l'angoisse de ce père menaçant ? Comment discerner les faits réels de ceux créés par son imagination et son angoisse ?
Un thriller très efficace qui embrouille son personnage et son lecteur rendant diffuse la menace. Sa mère est-elle paranoïaque ou les protège-t-elle réellement ? Son père est-il obsessionnel ou veut-il juste retrouver son fils ? Lui-même perd-il la mesure du réel ? La narration assurée par Cameron et ses voix intérieures parachève d'introduire un doute aussi angoissant que prenant.
« Rien de tel que les certitudes pour avoir l'esprit tranquille. » Mais ne comptez pas sur Allan Stratton pour cette quiétude !

La folle rencontre de Flora et Max / M. Page ; C. Pierré. - Ecole des loisirs, 2015. - (Médium)

Flora est incarcérée. Max ne sort plus de chez lui. Tous deux vont entamer une correspondance timide puis libre. L'enfermement partagé les invite à expliquer ce qui les y a conduit.
Flora s'est révoltée violemment contre celle qui la harcelait depuis des semaines. Quant à Max il ne supporte pas « la violence psychologique des rapports humains habituels » et a développé une phobie de l'extérieur.
Ils vont devoir trouver des moyens pour juguler la violence, celle qu'ils retournent contre les autres ou contre eux-mêmes, mais également pour que le monde devienne supportable, et pourquoi pas motivant.
Martin Page et Coline Pierré composent une correspondance apaisée et pleine d'empathie entre deux adolescents qui affrontent leurs démons intérieurs pour leur opposer une réalité aux accents de révolution utopique.
Flora : « J'en ai marre de bouillonner chaque fois que je suis confrontée à une injustice. (...) Je ne veux pas devenir une fille agressive. »
Max : « Ma décision est insupportable pour les adultes (mes parents, les profs, le principal, mon psy...) parce que je m'autorise une liberté qu'ils aimeraient se donner : se soustraire au jeu des relations sociales peu satisfaisantes offertes de par le monde. »

L'ours qui n'était pas là / O. Lavie ; W. Erlbruch. - La Joie de lire, 2015

C'est l'histoire d'une gratouille qui à force de se gratter devient un ours. Et « plus le gratouillement grattait, plus c'était un Ours. » « Es-tu bien moi ? » se demande-t-il ? La « vache complaisante », le « lézard paresseux », le « pingouin pénultième » et d'autres encore lui viendront en aide dans sa quête identitaire. Mieux vaut, si l'on veut se définir correctement, compter sur l’altérité.
Un conte philosophique jubilatoire, aux dialogues aussi étranges qu'absurdes, qui interroge l'identité de cet ours qui n'était pas là. L'humour est indéniable, la poésie affleure, les inventions pimentent davantage encore ce texte à l'incongruité décidément irrésistible.
« - Sommes-nous encore perdus ?
- Certainement, dit la Tortue.
- Oh tant mieux, dit l'Ours. »
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Dans la rue / T. Meirink. - Le Diplodocus, 2015. - (La rue est un livre)

Dans la rue, autour de soi, il suffit d'observer, de laisser divaguer son imagination pour transfigurer le quotidien. Une fissure dans le mur devient, page suivante, océan agité qu'affronte un bateau dessiné par l'auteur ; un tuyau d'arrosage se transforme en chevelure blonde ; un sapin vert devient oiseau géant...
Photographies et dessins alternent, dans ce petit album carré cartonné, pour un voyage imaginaire auquel le lecteur participe activement en faisant sa propre proposition. Regardons, imaginons !
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Ma soeur n'a plus goût à la vie ; la dépression des ados / C. Deroin. - Oskar, 2015. - (Pas de panique, c'est la vie !)

Lilou cherche à comprendre pourquoi sa sœur est dans le coma, pourquoi elle a tenté de se suicider. Dans un cahier, à la façon d'une enquête, elle note les indices, l’évolution du comportement d'Emma. Elle veut comprendre bien sûr, mais également lutter contre la tristesse, la colère et le sentiment d'impuissance qui l’accablent. Alors même si « c'est fouillis, normal pour une fille qui fouille », la situation se précise peu à peu. 
Les propos de la petite sœur paraissent quelquefois trop matures et trop organisés mais les réflexions sonnent assez justes. Il est intéressant aussi de voir le fossé qui se creuse entre enfants et parents à la période de l'adolescence, mais la nécessaire alliance en cas de coup dur. « Il n'y avait plus de clans : les parents contre les enfants. Il y avait ma sœur à sauver et le besoin d'être ensemble. » Malgré tout, il n'est pas facile de trouver sa place pour une cadette face à l'énorme angoisse que représente une ado dépressive. Être entouré, parler, la clé est dans le partage...
Un dossier rédigé par un pédopsychiatre à l’attention des adultes complète la fiction.
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Petit ventre ; Petites mains / E. Adbage. - Cambourakis, 2015

Petits formats cartonnés qui s'attachent à une partie du corps. Avec les mains et autour du ventre, on peut faire toutes sortes d'activités, éprouver divers sensations et sentiments.
Phrases courtes, graphisme simple, les personnages très expressifs aux silhouettes dégingandées passent une journée bien remplies jusqu'à la scène finale apaisée.
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