Là où tombent les anges / C. Bousquet. - Gulf Stream, 2015. - (Electrogène)

Solange, à la veille de la première guerre mondiale, quitte un père violent pour la capitale qui doit accueillir ses rêves de liberté, aussi flous soient-ils. Lorsqu'on a vécu dans l'insécurité matérielle et affective, la perspective d'un mariage avec un banquier, même sans amour, est attirante. « Que lui arrache-t-il en échange ? Un peu de liberté. Presque rien en regard de ce qu'il lui offre. Sa protection. Une sécurité. Un rempart contre son passé. » Mais son mari devient excessivement jaloux et refuse « qu'elle existe hors de son regard », le contrat s'effiloche et Solange ne reste plus que pour la vieille tante aigrie mais attachante « qui l'ancre en elle-même et au monde». Lorsque la guerre est déclarée, le départ de Robert sonne comme une libération.
C'est un récit qui s'étire sur près de dix ans, avec donc des raccourcis dans les faits, mais qui évoque très clairement la guerre et l'émancipation des femmes (« la France est en guerre. La France a besoin de ses généraux pour gagner, de ses hommes pour se faire tuer et de ses femmes pour fabriquer des armes. C'est un mécanisme bien huilé »). En revanche, l'évolution psychologique des personnages et des mentalités prend son temps, traquant les ambiguïtés des êtres, dans leurs coups de fougue et leurs hésitations. L'amitié des femmes, houleuse, navigue entre vérités qui font mal et attachement inaltérable.
Grâce à ce conflit monstrueux, les femmes existent enfin en dehors de leur vocation historique de repeuplement. Et c'est un très beau portrait d'elles, tout en nuances, que nous offre Charlotte Bousquet.
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