Dans de beaux draps / M. Colot. - Alice, 2015. - (Tertio)

Ils sont six enfants, issus de plusieurs mariages. Jade, 14 ans, nous raconte cette famille loufoque avec un ton blasé ou agacé, très rarement enthousiaste. Jusqu'à ce qu’arrive un septième frère par alliance dont elle ignorait l'existence et qui cette fois la ravit. Il a vingt ans, est si beau, si sympa... Ravie, elle poste son statut Facebook « Trop contente d'avoir un nouveau venu dans ma p'tite vie ! »
Le début d'une méprise car le beau Rodolphe devient aux yeux des internautes le nouveau petit copain de Jade, qui ne trouve rien à y redire... Ajoutons à cela que Rodolphe joue l'ambiguïté, Jade se retrouve dans un imbroglio somme toute agréable à vivre puisqu'elle se sent enfin exister. Mais les commentaires curieux et encourageants changent vite de ton, jusqu'à devenir menaçant.
La narration est intéressante puisque Jade raconte son histoire deux ans après les faits, en joignant les  copier-coller des fils de discussion. De l'euphorie à la catastrophe, jusqu'à l'apaisement, nous assisterons aux joies et ravages des réseaux sociaux.
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Lièvre et Ours / E. Gravett. - Kaléidoscope, 2015

Il neige ! Euphorie de Lièvre, l'enthousiasme, pour Ours, est plus mitigé. Il suit Lièvre pour tous les jeux qu'on fait habituellement dans la neige mais sa réserve se lit sur sa mine timidement effrayée. Qu'à cela ne tienne, Lièvre saura l'embarquer dans son bonheur communicatif, et nous avec.
Un format carré au papier épais, des joies simples et une complicité expressive, Emily Gravett réussit à nous faire ressentir l'excitation joueuse que peut provoquer la neige !
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Miss pain d'épices / A. Cassidy. - Nathan, 2015

Quand on a été un « enfant solitaire et persécuté », cela laisse des traces. Mais pour Cannelle, pas question de s'attarder sur ce cauchemar : un seul chapitre, pour expliquer son calvaire mais cette époque est révolue et rien ne doit le lui rappeler. Aujourd'hui elle est amie avec Shannon, profite de son aura et fait partie des filles plutôt populaires. Lorsque Sam arrive, fantasque et un brin révolté, Cannelle est intriguée mais en acceptant son amitié, elle risquerait de craquer le vernis de sa nouvelle personnalité. Elle se contentera donc de le trouver charmant hors de l'école. Une situation difficilement tenable...
Cathy Cassidy est douée pour installer des ambiances et encore plus pour décrire les personnalités avec leurs qualités, leurs failles et leurs complexes. Pas de manichéisme, des personnages nuancés en devenir : Cannelle hésite entre se fondre dans la masse et prendre le risque d'être en accord avec sa personnalité profonde.
« Il est illusoire de penser qu'on peut se réinventer. La vie est un voyage, une lente découverte de notre personnalité. »
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Victor Hugo vient de mourir / Judith Perrignon. - L’Iconoclaste, 2015

Ce roman s’attache uniquement aux tout derniers jours de Victor Hugo et aux funérailles d’Etat, à montrer comment le tout Paris s’enfièvre et cherche à récupérer à son profit le grand homme. Oui mais en réalité de quel bord était-il ? « Il vivait en bourgeois, oui mais si soucieux des déshérités, il n’était pas une voix de l’insurrection de la Commune, oui mais il gronda pour sauver Louise Michel de la mort et pour qu’on la sorte du bagne. » Il refusa jusqu’au bout les secours de l’Eglise mais revendiqua de croire en Dieu. Anarchistes, communistes, anciens communards... s’interrogent : doit-on défiler ? sortir les drapeaux (noirs, rouges…) ?, la police est sur les nerfs, craint l’émeute, les mouchards sont hyperactifs. La République cherche à étouffer en Hugo l’homme révolté et déplace les funérailles du dimanche au lundi non chômé pour s’assurer de l’absence des travailleurs, choisit le parcours en évitant les quartiers populaires. En un bel hommage à Hugo, Judith Perrignon creuse les dessous de cette journée.
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Avis : **

Le monde est derrière toi / M. De Smet. - Actes sud, 2015. - (Romans ado)

Elle est aussi volubile qu'il est silencieux, aussi joyeuse qu'il est triste. Elle l'a pris en stop, direction Paris. Tabby et Eppo vont ainsi passer quelques jours ensemble. Ils s’agacent, s’attachent, se fâchent, brisent leurs mécanismes de défense. Tous deux finiront par se livrer.
Tabby veut briser sa solitude d'une manière toute particulière, Eppo lutte contre l'envie d'en finir après la mort de son frère adoptif, qui était tellement plus.
Maarten avait le choix entre « avoir une grande gueule et être l’objet des paroles blessantes des autres », Eppo avait réussi à obtenir sa confiance et lui permettre d'être lui-même. Dorénavant, c'est un combat qu'il doit mener pour lui seul. Avec l'aide de l'envahissante Tabby.
Eppo nous raconte cette histoire comme anesthésié, refoulant un passé trop douloureux et refusant de se projeter, le récit n'en est que mieux construit, distillant les informations au rythme du deuil d'Eppo. L'auteur nous attache à ces deux personnages très émouvants, si différents, liés pour quelques jours par un pacte de solidarité bienveillante.
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L'après-midi d'une fée / A. Bouchard. - Seuil, 2015

Dans un jardin public, Hortense et Margot jouent à faire semblant. Margot, dans son costume de fée, fait mine de « tout transformer en n'importe quoi. » Cette chaise de jardin ? Abracadabra, citrouille ! Mais chose incroyable, la transformation est réelle, suivie d'autres !
D'abord grisante, la magie devient inquiétante lorsque Hortense reste changée en crapaud. Comment se sortir de ce mauvais pas ?
Faisons confiance à André Bouchard pour ne pas faire durer l'inquiétude, à la transformer en joyeuse surprise. D'ailleurs, tout son univers graphique aux détails cocasses ne laisse guère place à autre chose qu'une fantaisie légère.
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Lenny et Lucy / P. C. Stead ; E. C. Stead. - Kaléidoscope, 2015

Peter n'est pas du tout enchanté de déménager, qui plus est dans cette maison en lisière de forêt. Il est même très inquiet et construit une solide créature de chiffons et de coussins pour les protéger, lui et son chien Harold. Mais Lenny, le patin protecteur, n'a-t-il pas peur lui aussi, seul dehors ? Lucy le rejoindra, renforçant la sentinelle de surveillance.
Changer d'environnement n'est pas facile. Solitude, sentiment de flottement, de peur... L'atmosphère est très bien rendue (par exemple avec le papier peint envahissant). Mais l'enfance s'adapte, trouve des subterfuges, et avec quelques bonnes compagnies animales, imaginaires et humaines, la vie joyeuse reprendra ses droits.
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Germaine aux oiseaux / A. Lambert. - Lirabelle, 2015

Germaine vit seule comme on dit, mais il y a continuellement des oiseaux chez elle, « dans son jardin, dans sa maison. » Mais « aucune cage, juste des nids. » Et puis il y a ce petit garçon, le narrateur, qui lui rend visite et nourrit avec elle ces volatiles. Touts les jours, sauf un soir... Tout est calme, Germaine se serait-elle envolée ?
La solitude, la vieillesse, la perte de repères, tout cela est évoqué avec une légèreté poétique grâce au regard de l'enfant qui perpétuera la générosité et le rêve de l'aïeule. L'album étant issu d'un projet réalisé dans le cadre d'un master à l’académie des Beaux arts de Bruxelles, le livre est d'un esthétisme créatif et apaisant.

Bestiarius t.1 et t.2 : M. Kakizaki. - Kaze Manga, 2015. - (Shônen Up)

Nouvelle série de Masasumi Kakizaki, auteur des séries : Rainbow et Green Blood où il mélange habilement histoire et heroic-fantasy. L’histoire se déroule au Ier siècle après J.C sous l’empereur Domitien. L’empire romain est à son apogée et cherche à soumettre les dernières contrées où vivent en paix humains et monstres. Criminels, innocents, orphelins, demi-humains deviennent alors des esclaves guerriers. Parmi ces derniers se trouvent les Bestiari : humains qui affrontent des créatures légendaires.
Histoire très bien montée. Dans le 1er tome on suit deux histoires : Celle de Finn, esclave humain et de son protecteur la wyverne Durendel qui se retournent contre Rome par refus de s’affronter ; et celle de Zenon humain, fils adoptif du Minotaure et de son demi-frère Talos.
Dans le 2ème tome, c’est l’histoire d’Arthur parti à la recherche de son amie Eliane devenu Bestiari. A travers l’intervention de wyvernes, minotaure, manticore, Masasumi Kakizaki utilise des héros de la mythologie antique pour faire aussi de son manga, un manga d’heroic-fantasy.
Le dessin est de toute beauté, très dynamique. Par cette série Masasumi Kakizaki nous prouve une fois de plus qu’il est devenu un très grand mangaka.
Voir les notices : tome 1 et  tome 2


Alors, ça mord ? / J. Gourounas. - Atelier du poisson soluble, 2015

On ne peut pas dire que la discussion soit passionnante et pourtant elle attire les foules ! Morse, phoque, lapin, renne, ours et autres animaux curieux se demandent si ça mort (Non) et pourquoi ça ne mord pas. Dialogues en boucle, arguments absurdes en renfort, jusque dans la chute.
Jean Gourounas a l'art de l'humour décalé, du dessin minimaliste efficace, on le retrouve ici aussi en forme que dans Opéra bouffe [un frigo vide à craquer].
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De la part du diable / A. Basso. - Thierry Magnier, 2015

Dorothe, tout juste 15 ans, va se marier à un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Elle redoute ce passage à l'âge adulte d'autant qu'elle doit quitter le Danemark et sa famille pour la Norvège où son mari exercera sa nouvelle fonction de procureur : « Maîtriser ce peuple sans Dieu et la sorcellerie qui prolifère. »
Parallèlement nous suivons l'histoire d'Elen, fille de Marja. Certains qualifient cette dernière de catin mais elle ne fait qu'offrir « chaleur et réconfort aux nécessiteux, et les plus nécessiteux étaient les hommes. »  Elle a aussi le don de soigner les êtres, d'apaiser les souffrances, d'arrêter le sang. Tel est l'héritage qu'elle lègue à Elen. 
Le destin de ces deux jeunes filles vont se croiser lors d'un événement critique...
Elen et Dorothe se partagent les chapitres de ce roman, nous donnant à entendre les mentalités de l'époque. Le maléfice est à l’œuvre et l'on sent souvent « la puanteur des émanations de l'enfer. »
Ce qui est troublant c'est qu'il n'y a pas d'intervention extérieure de l'auteur qui rationaliserait les événements.
Il faut attendre la toute fin de roman pour voir se jouer le mécanisme de la chasse aux sorcières. Le roman est ambigu et fin, jouant sur le fantastique tout en montrant le rôle sous-jacent de la psychologie (notion évidemment étrangère à l'époque) dans les motivations des personnages persécuteurs ou persécutés.
Au cours du 16e et 17e siècle, entre vingt mille et quarante mille personnes ont été exécutées pour sorcellerie en Europe, principalement des femmes parce qu'elles sont -naturellement- plus faciles à séduire que les hommes par le pacte démoniaque...
La liberté se paie dans le sang.
« Ce sont les plus faibles qui se marient Elen, ceux qui n'y arrivent pas tout seuls, incapables de tenir tête à la vie. Les plus forts restent libres et vivent mieux. Ils ne veulent être régentés par personne et ne veulent régenter personne. Penses-y et ne l'oublie pas quand un jour, ce sera à ton tour de faire ces choix. Car tu as le choix. C'est le plus important. »
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Vladimir Vladimirovitch / Bernard Chambaz. - Flammarion, 2015

Vladimir Vladimirovitch Poutine est un conducteur de tramway à la retraite à tendance dépressive. Il se sent sous l’emprise de son parfait homonyme qui dirige le pays (la Russie) et qui, de surcroît, a le même âge que lui et lui ressemble physiquement. Alors notre personnage entreprend d’écrire sur des cahiers rouges (communiste ?), gris (désillusion ?), noirs (dépression ?), tout ce qu’il sait et apprend de l’autre Poutine. Il n’est pas sans se rendre compte que le communisme a été un gigantesque mensonge. Tatiana l’a quitté, heureusement Galina lui apporte un peu de la force vitale qui lui manque décidément de plus en plus. On revisite beaucoup d’évènements de l'histoire russe, certains bien connus d’autres moins. On croise moult personnages de premier rang, Lénine, Staline, Eltsine…, bizarrement jamais Gorbatchev, et d’autres de second rang. Les chapitres sont courts, c’est très bien documenté (au point que l’on se demande parfois si le roman n’est pas un alibi à l’érudition), un peu long, un peu « ruminatoire » (à l’image du personnage). Peine à être emballant même si bien fait.
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Avis : **

La bulle / T. de Fombelle ; E. Scherrer. - Gallimard, 2015

Quand est-ce apparu, de quoi s'agit-il précisément, Misha ne le sait pas. Sa seule certitude : l'omniprésence de ce « mystérieux ennemi ». Il est d’abord représenté comme un nuage noir accroché à Misha, puis comme un monstre terrible à affronter. Car oui, il faudra du courage à cette petite fille pour se confronter à sa peur, ses parts d'ombre, sa tristesse, ses démons... ou quel que soit le nom que l'on donne à ce qui nous habite clandestinement.
Cette quête pour mieux se connaître et s'accepter s'illustre comme une aventure d'héroïc fantasy et se clôt paisiblement. Même si cela n'est qu'un répit...
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Animaux / I. P. Arrhenius. - Marcel et Joachim, 2015

Ingel P. Arrhenius renouvèle le concept d'imagier des animaux avec ce format gigantesque (46 cm) au graphisme splendide. Couleurs douces et harmonieuses, lignes rondes, jeux de typographie, mines souriantes des 32 animaux, tout flatte l’œil, on en prend plein les mirettes avec ces illustrations, ou plutôt ces affiches !

Betty voit rouge / S. Antony. - Milan, 2015

Betty la petite gorille se réjouit de manger sa banane mais n'arrive pas à l'éplucher. Alors Betty voit rouge, hurle et s'énerve. La situation n'évolue évidemment pas côté banane... « Tu n'as pas besoin de faire tout ce cirque » lui dit le toucan, préférant la pédagogie à l'énervement.
Cet album cartonné est un miroir efficace pour l'enfant, apporte humour et distance, avec les mimiques expressives, pour faire prendre conscience de la stérilité de la colère.


Le loup dans le livre / M. Lavoie. - Hélium, 2015

Tout commence par un « Hé ! Hé ! Hé ! » que l'on devine sardonique... Le loup saute dans le livre du Petit chaperon rouge, d'où s'échappent ses personnages. Ils trouvent refuge dans le conte des Trois petits cochons, refuge tout relatif puisqu'il faut à nouveau fuir. La ribambelle, par accumulation, s'étoffe de plus en plus. Comment tout cela finira-t-il ? Dans la surprise assurément !
Trait simple mais éminemment dynamique pour un hommage joyeux au loup dans le conte.
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Le chevalier d'Eon t.2 : Charles / A. Maupré. - Ankama, 2015

Esprit éclairé et libertaire, fine lame, le chevalier d’Éon est une icône de l’ambiguïté sexuelle ("du genre"). Son histoire n’a de glamour que le commencement. Il a bien été l’espion androgyne aussi à l’aise en jupe qu’en uniforme de capitaine des Dragons, sillonnant la Russie et l’Angleterre pour le compte de Louis XV, mais son dévouement pour ce roi capricieux lui vaudra plus d’ennuis que de bonnes fortunes. Il sera condamné par le roi à porter le costume féminin, de ses cinquante ans jusqu'à sa mort. Un destin marqué de mystères et d'intrigues.
Après Milady de Winter, Agnès Maupré revient avec l'incroyable histoire de Charles de Beaumont, dit Le Chevalier d'Eon, qui passa plus de 30 ans habillé en femme. Dessin et mise en couleur très originaux, très fluides. Fin du diptyque.
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Haïda, l'immortelle baleine / S. Gauthier, Y. Dégruel. - Delcourt, 2015. - (Jeunesse)

Ce matin-là, le village se réveille et chaque habitant constate que la marée a fait monter l'eau particulièrement haut. Personne ne sait ni ne comprend ce qui se passe, c'est comme si l'immortelle baleine, s'était enfoncée. Au cours d’un périple onirique, deux enfants indiens la soignent, pour éviter qu’elle inonde leur monde.
Cette adaptation d'un conte amérindien lyrique est originale. Le dessin est superbe. BD intelligente.
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Le Piano Oriental / Z. Abirached. - Casterman, 2015

Zeina Abirached nous propose ici de revivre l'histoire de l'inventeur et musicologue Abdallah Kamandja. Celui-ci a consacré sa vie à la mise au point du "piano oriental" afin de rapprocher traditions musicales d'Orient et d'Occident. Mais, malgré ses efforts et toute son énergie déployés pour toucher le monde musical et vendre en nombre suffisant ce piano, Abdallah Kamandja échoua. Ainsi le "Piano oriental" fut l'unique piano.
A travers cette histoire, Zeina Abirached retrace une partie de sa vie faite d'allers et venues entre le Liban et la France, jusqu’à la guerre civile. Vie empreinte d'une double culture : arabe (libanaise) et française.
Roman graphique, autobiographique de toute beauté.
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Tungstène / M. Quintanilha. - Ça et là, 2015

L'action se déroule au pied du fort de Notre-Dame du Montserrat à Salvador de Bahia. On y croise les chemins de Mr Ney, ancien militaire, de Richard, policier réputé qui entretient des rapports conflictuels avec sa femme Keira et enfin de Cajù, dealer. Ceux-ci se retrouvent indirectement impliqués dans un incident qui va dégénérer : une pêche à l'explosif.
La BD montre une fois de plus le quotidien du Brésil d'aujourd'hui. Elle est le reflet d'une société gangrénée par la violence et décrit la réaction de chacun au sein d'un groupe d'individus.
L'atmosphère graphique retranscrit avec réalisme ce très bon polar.
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Burn out / Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah. - Seuil, 2015

Djamal Chaar adore le théâtre et le cirque, il veut être clown. A 37 ans, il vit encore chez sa mère. Naviguant sur Internet, il rencontre sur un chat (avec webcam) une française dont il tombe amoureux. Il quitte son Algérie natale, la rejoint en France et l’épouse très vite, c’est le grand amour. Mais vivre en France n’est pas simple. Il en vient à abandonner sa passion pour avoir de quoi (sur)vivre. Il remplit beaucoup de tâches difficiles et souvent de nuit. Il se voyait en tenue de clown mais c’est une blouse tachée de sang qu’il porte pour découper de la barbaque dans un entrepôt frigorifique. Il se voyait avec un nez rouge mais c’est un casque qu’il a sur la tête lorsqu’il travaille dans une usine de sidérurgie. Ah il ne manque pas de volonté ! Avec la fermeture de l'usine, il est désormais au chômage, il s’épanche sur les ondes radio, chez un psy, mais arrive le bout de son chemin : n’en pouvant plus, le 13 février 2013, cinq ans après son arrivée en France, sans laisser aucun mot à sa femme, Djamal Chaar s’immole devant l’agence Pôle Emploi de Nantes Est. C’est cette histoire tragique et ordinaire que racontent, à travers ce roman choral d'une lecture très facile, deux jeunes qui se sont rencontrés au Lycée de Saint-Ouen. Saint-Ouen où, deux jours après les faits, un chômeur en fin de droits tentait à son tour de s’immoler en public, en réchappant "seulement" avec de sérieuses brûlures grâce à l’intervention des passants. Un bel hommage rendu à ceux qu’on broie.
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Avis : **

Cette ville te tuera t.1 : Anthologie 1 (1969-1979) / Y. Tatasumi. - Cornelius, 2015. - (Collection Pierre)

Cette anthologie de Yoshihiro Tatsumi présente les premières œuvres réalistes du maître de l'image dramatique ou théâtrale : le Gekiga. Publiées sous forme de feuilleton, à la fin des années 60, dans les revues "Garo" et "Gekiga Young", ces histoires privilégient le réalisme et la dimension psychologique des héros. Pessimiste, Yoshihiro Tatsumi fait le portrait des rejetés de la modernité, de l'homme japonnais marginalisé. Il s'attache à décrire de façon très juste la déculturation du peuple japonais. Il rend compte, dans ses nouvelles, de la dérive par le capitalisme, de la mort du désir sexuel et de la civilisation en proie à une urbanisation grandissante.

Enfantillages / G. Dubois. - Rouergue, 2015

Dessin rétro pour des saynètes d'humour grinçant, un brin cruel, quelques fois à la lisière du macabre mais qui toujours suscite la surprise !
A l'instar de Nikolas Heidelbach dans Que font les petits garçons aujourd'hui / Que font les petites filles aujourd'hui, Gérard Dubois amène le décalage dans un quotidien apparemment classique et présente l'enfant comme un être joueur, imaginatif, loin de tout angélisme...

Meslama la sorcière / J. Dalrymple ; J. Wauters. - Cambourakis, 2015

Que fait-on de sa colère, que fait-on du sentiment criant d'injustice lorsqu'on est face à une intransigeance hautaine et odieuse ? Meslama s'est vu refuser de prendre quelques brindilles dans le bois du seigneur pour réchauffer sa grand-mère malade, et puis, alors qu'elle tentait l'apaisement, de guérir son fils malade. Tandis que le seigneur persiste dans son mépris, sa colère bouillonne, enfle, la dépasse... « Graine venimeuse lorsqu'elle se transforme en haine, elle devient le plus terrible des poisons. » Sans cesse, sa grand-mère la tempère : « Combien encore peux-tu détruire (...) Il ne restera bientôt plus que toi-même. » « RIEN DE BON ne peut germer de la haine. »
Il faudra à Meslama l'aide de son aïeule, beaucoup de patience et de douceur pour qu'advienne le temps de l'apaisement réciproque. Les illustrations sont peu nombreuses mais très percutantes dans le rouge colère et la dualité puissant/petit.

Cette nuit-là / R. Courgeon. - Mango, 2015

La lune accompagne les insomnies, les rêves ou les activités d'hommes et d'animaux. Le livre est en format demi cercle, alterne noir et croissant variant de lumière, pour un hommage très tendre à cet astre mystérieux et magnifique.
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Chantiers / M.-H. Lafon. - Editions des Busclats, 2015

Cette collection des Editions des Busclats demande aux auteurs de faire un pas de côté. On découvre donc Marie-Hélène Lafon sous un jour assez personnel. On y rencontre sa famille et aussi sa famille littéraire (Michon, Millet, Bergounioux, Claude Simon, Flaubert). Elle nous livre les compositeurs qui lui donnent l’impulsion pour écrire (Beethoven, Bach, Schubert). Nous explique, pour elle, l’importance de la relecture à haute voix. Pétrie de lettres classiques et de culture agricole, elle nous décrit ses chantiers d’écriture comme un travail de terrassier dont les outils seraient la grammaire et l’orthographe. Née au moment de la mort d’un monde ancestral, elle s’arrache par l’école à ce milieu pour mieux y revenir par l’écriture comme pour régler une dette. On comprend infiniment mieux le projet littéraire assez émouvant de cette romancière qui dit avoir la province en héritage.
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Avis : **

Moabi / M. El Fathi. - La palissade, 2015

Il n'était qu'une petite graine et a frayé son ascension vers la lumière. Branches, racines, fruits, l'arbre s'est développé, entouré « d'autres plantes, d'autres, fleurs, d'autres arbres ». Le voilà élément d'une forêt, qui accueille animaux, oiseaux et hommes. Mais cet homme poussé par la peur, « devint l'ami du feu et l'ennemi de tous les autres »...
L'arbre étant narrateur de cette histoire de l'évolution, la puissance de la nature est évoquée avec une fierté qui lui confère une force protectrice et bienveillante. Tellement bienveillante qu'il attend que l'homme retrouve la raison et revienne « non pour couper mon bois mais pour faire la paix avec la forêt. »
L'illustration, entre pointillisme et art aborigène, parachève cet hommage à une nature magnifique, généreuse et sereine.
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Aussi loin que possible / E. Pessan. - École des loisirs, 2015. - (Médium)

Une foulée, puis une autre, sans réfléchir à la suite et une semaine plus tard, ils ont parcouru des centaines de kilomètres. Tony et Antoine n'ont rien prémédité, se sont rejoints sur une envie de fuir leurs soucis. Pour le premier, la menace d'expulsion vers un pays qu'il ne connaît même pas, l'Ukraine. Et pour Antoine, le narrateur, le ras le bol d'un père qui ne s'exprime que par les coups et d'une mère démissionnaire. Alors si au départ, leur course n'a pas de motivation, de but conscientisés, elle deviendra au bout du compte et de l'épuisement le symbole d'un destin à maîtriser.
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Les coulisses du livre jeunesse / G. Bachelet. - Atelier du poisson soluble, 2015

En 20 points, les ingrédients d'un livre jeunesse réussi. Casting de personnages, visite chez le psychanalyste, aspects plus contingents ou commerciaux, le livre jeunesse est un monde que Gilles Bachelet nous présente animé par les stars de la littérature enfantine. Ce sont donc d'illustres personnages de contes et d'albums de l'enfance qui font vivre les coulisses de ce livre singulier, mémoire de nos lectures.
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Dysfonctionnelle / A. Cendres. - Sarbacane, 2015. - (Exprim')

Ils sont 7 dans la famille : Dalida, princesse à n'en point douter, a été « larguée ici » par erreur ; Alison raffole des Bad Boys ; Marilyn déteste toute forme d'injustice et milite sans relâche ; Fidèle, Fifi, Bouboule, la narratrice si proche de son père, a été séparée de sa famille durant 7 mois dans un bunker au Liban et compte bien rattraper le temps perdu loin de sa famille.
Viennent ensuite les garçons : JR est aussi beau qu'il est con ; Jésus croit être le vrai Jésus et pardonne toutes les offenses ; et enfin Gregorio le dernier-né, bagarreur invétéré, grandit le plus souvent sans ses parents. Car ils disparaissent souvent, ces parents : le père kabyle tenancier de bar est coutumier de séjours en prison et la mère polonaise survivante des camps de concentration sombre dans la confusion à chaque nouvelle guerre dans le monde. Il y a encore la chaleureuse grand-mère Zaza et l'oncle, très fort en sychologie qui sauve tant de situations difficiles. Il ne faut pas oublier les clients du bar Au bout du monde.
Une belle famille dysfonctionnelle dont Axl Cendres n'approfondit pas la psychologie. Elle préfère démontrer qu'aussi lourds soient les bagages de l'enfance, il est toujours possible de se construire un avenir et que les drames ne sont en rien déterminants face à l'amour, la joie de vivre et la solidarité. C'est donc un beau tableau de famille, drôle, émouvant, fantasque, à la fois sombre mais surtout lumineux, avec ses personnages forts et ses brebis galeuses. Glissées au sein de cette fresque familiale, quelques réflexions très justes, mine de rien, sur les religions, les guerres, le spécisme, l'amour...
« Même avec une chose que tout le monde croit perdue, 
on peut faire quelque chose de merveilleux. »
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Bonne nuit / C. Zolotow ; V. Bobri. - Albin Michel ; BNF, 2015

Chaque animal a sa façon de dormir. L'album égrène, sous forme de randonnée, les positions de sommeil surprenantes de 14 espèces animales, dans une illustration aux contours simples, sur fond bleu nuit.
L'album de 1958 réédité ici n'a pas pris une ride et invite efficacement les enfants à s'enfouir « dans leur lit douillet bien au chaud sous la couette. »
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Cinq minutes et des sablés / S. Servant ; I. Bonacina. - Didier, 2015

La Petite Vieille s'ennuie tellement qu'elle décide d'attendre Madame la Mort. Aussi est-elle fin prête lorsque cette dernière frappe à la porte mais en hôte polie, lui offre un thé de Chine et des sablés au gingembre. « Cinq minutes de plus ou cinq minutes de moins, quelle importance ? » Mais durant ce délai, c'est la vie toute entière qui se met en mouvement, emplie d'appétit, de jeu, de musique et de danse... Une vie qui entraîne derrière elle un cortège de gens heureux.
« Est-ce déjà l'heure d'y aller ? » La réponse en page de garde finale, avec une recette de sablés !
Un hymne à l'appétit de vivre qui n'a pas d'âge mais s'entretient dans la convivialité.
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Patte de velours, œil de lynx / Maria Ernestam. - Gaïa, 2015

Sara et Björn vont s’installer à la campagne. Sara en rêvait, elle est paysagiste et s’enthousiasme à l’idée du jardin qu’elle va réaliser. Le couple d’en face chez eux, Lars et Agneta, leur font un cha(t)leureux accueil. Mais les tensions vont vite apparaître d’abord entre Michka, la chatte de Sara et Björn, et Alexander, le chat de leurs voisins, puis entre les deux couples eux-mêmes.
Un très court roman aux relents hitchcockien. Prenant mais qui aurait pu être encore bien mieux ficelé, la fin notamment me laisse sur ma faim.
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Avis : **

Là où tombent les anges / C. Bousquet. - Gulf Stream, 2015. - (Electrogène)

Solange, à la veille de la première guerre mondiale, quitte un père violent pour la capitale qui doit accueillir ses rêves de liberté, aussi flous soient-ils. Lorsqu'on a vécu dans l'insécurité matérielle et affective, la perspective d'un mariage avec un banquier, même sans amour, est attirante. « Que lui arrache-t-il en échange ? Un peu de liberté. Presque rien en regard de ce qu'il lui offre. Sa protection. Une sécurité. Un rempart contre son passé. » Mais son mari devient excessivement jaloux et refuse « qu'elle existe hors de son regard », le contrat s'effiloche et Solange ne reste plus que pour la vieille tante aigrie mais attachante « qui l'ancre en elle-même et au monde». Lorsque la guerre est déclarée, le départ de Robert sonne comme une libération.
C'est un récit qui s'étire sur près de dix ans, avec donc des raccourcis dans les faits, mais qui évoque très clairement la guerre et l'émancipation des femmes (« la France est en guerre. La France a besoin de ses généraux pour gagner, de ses hommes pour se faire tuer et de ses femmes pour fabriquer des armes. C'est un mécanisme bien huilé »). En revanche, l'évolution psychologique des personnages et des mentalités prend son temps, traquant les ambiguïtés des êtres, dans leurs coups de fougue et leurs hésitations. L'amitié des femmes, houleuse, navigue entre vérités qui font mal et attachement inaltérable.
Grâce à ce conflit monstrueux, les femmes existent enfin en dehors de leur vocation historique de repeuplement. Et c'est un très beau portrait d'elles, tout en nuances, que nous offre Charlotte Bousquet.
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La Brigade du rire / Gérard Mordillat. - Albin Michel, 2015

Naguère ils formaient une sacrée bonne équipe de hand et une fameuse bande de copains, alors Dylan décide de les réunir. Il manquera Bob à l’appel, le gardien. Ils ont bien changé durant le long temps qui les sépare de leur gloire éphémère et la vie les a marqués. Ils sont tous un peu en rogne contre cette époque guère à la mesure de leurs espoirs de jeunesse, qui méprise les classes populaires, le bien public, le partage des richesses. Alors que faire ? Agir et se marrer ! Les Brigades du rire viennent de naître. Ils enlèvent Pierre Ramut, un journaliste qui entérine tous les reculs sociaux au nom du capitalisme triomphant et en voudrait encore plus par souci de compétitivité avec les Chinois. Enfermé dans un bunker, il va devoir travailler durement et en cadence à percer des trous dans une pièce de duralumin, au rythme des 3 huit et pour un salaire dérisoire, question de tester lui-même la condition ouvrière et ses préconisations pour celle-ci. A vouloir changer ce grotesque Ramut, c’est paradoxalement chacun des membres du groupe qui va voir sa vie évoluer et prendre du sens. « Nous ne voulions pas n’être que de la chair à vivre, un simple combustible pour la mort. (p. 386) »
Des dialogues savoureux, des situations drôles, des personnages bien campés dans leurs démêlés psychologiques, une petite musique récurrente autour de la critique d’une société qui part en vrille. 500 pages dans lesquelles on s’immerge avec un authentique plaisir.
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Avis : ***

Ava s'en va / M. Bernard. - Syros, 2015

Dernier tome d'une saga atypique. Rewind...
Ava préfère les fantômes : Ava, en vacances, est amenée à résoudre une affaire de meurtre. Elle doit surtout se faire à l'idée d'être une consolatrice dont le rôle est de faire accepter sereinement aux fantômes leur mort définitive.
Ava préfère se battre : Ava, après avoir digéré cette vérité, doit la faire accepter, à tout juste 15 ans, à tous les fantômes des Îles Anglo-normandes dont elle est référente.
La mort préfère Ava : être une consolatrice n'empêche pas l'amour mais ne le simplifie pas !
Ava préfère l'amour : à force de jongler entre le monde des vivants et des morts, l'heure des révélations a sonné, Ava ne peut plus avancer masquée vis à vis de ses proches...
Ava s'en va : Dans ce dernier tome, Ava entre dans l'âge adulte. Elle se demande de quoi son avenir sera tissé, entre devoir de consolatrice et carrière d'humain terrestre à mener. Une opportunité s'offre à elle : on lui propose d'incarner une marque. Dévoiler l'existence des consolateurs -et donc des fantômes- permettrait de créer un commerce qui favoriserait le lien entre vivants et morts. Ava n'est pas prête à cela. Une sombre histoire de meurtre et de trésor diffère ses projets d'avenir.
Tractations immobilières, branding, présence digitale... ce dernier titre est résolument ancré dans une réalité mercantile qu'Ava ne pourra totalement ignorer. Mais l'amour, encore, viendra la troubler, et sa diplomatie légendaire sera encore à l’œuvre. Si l'intrigue nous convainc moins que dans les précédents tomes, l'héroïne est réellement très attachante, s'affirmant de titre en titre, guidée par une éthique altruiste.
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On ira voir la mer / F. Quatromme ; E. Mary. - Lirabelle, 2015

Difficile d'imaginer ce qu'est l'horizon lorsqu'on habite derrière un mur, même s'il est peint de rêves d'ailleurs. Il faut dire que le narrateur habite en Palestine.
Il apprend un jour qu'il va faire « un voyage de l'autre côté du mur », « aller voir la mer (avec) des enfants palestiniens et israéliens. » Les checkpoints, l'attente et enfin, « la mer, en vrai ».
« En maillot, c'est bizarre mais on ne sait plus vraiment qui est Palestinien et qui est Israélien. » Les joies et les douleurs sont semblables...
Si la fin est amère, de retour derrière le mur de béton, l'horizon s'est invité, durablement, dans un espoir de paix.
Un lexique clôt l'album, apportant une partie plus documentaire à l'histoire.
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Les Portes de l'enfer / Harry Crews. - Sonatine, 2015

Fan d’Harry Crews comme je suis, j’ai été agréablement surpris de voir débouler aux éditions Sonatine un puis deux inédits de cet auteur génial dont je croyais avoir à peu près tout lu.
Ce fut d’abord « Nu dans le jardin d’Eden » paru en 1969 aux États-Unis (2013 en France), excellent livre avec une fin dantesque, et puis voilà donc Les Portes de l’enfer paru en 1970 aux États-Unis, deux inédits parmi ses plus anciens romans publiés dans l’édition américaine.
L’histoire se déroule à Cumseh, une petite ville de Géorgie et essentiellement autour d’une maison de retraite. On y traite de vieillesse, de misère sexuelle, de sentiment de solitude… Et ça serait absolument sordide sans cette ironie dévastatrice. Comme à son habitude, Harry Crews fait se rencontrer, voire se télescoper, les personnages les plus improbables : Junior Bledsoe, un type habillé tout de vert et qui rôde dans les lieux en cherchant à vendre des concessions funéraires, Carlita Rojas Mendez, une femme énorme aux pratiques vaudou, Sarah Nell, une femme d’1m83 tombée amoureuse par correspondance du masseur de la maison de retraite qu’elle imagine faisant 1m98 alors qu’il s’agit d’un nain d’à peine plus d’un mètre… Nous sommes à n’en pas douter dans l’univers déjanté d’Harry Crews, on se plonge avec délice dans ce tableau saisissant même si, à mon sens, ce n’est malgré tout pas l’un de ses livres les plus efficaces. Vivement le prochain inédit qu'on puisse y retourner.

Avis : **

Les Ménines : un autre regard sur le roi des peintres : Diego Vélasquez / S. Garcia. ; J. Olivares. - Futuropolis, 2015

Durant des siècles, le tableau représentant la famille de Philippe IV d'Espagne a été le centre d'attraction du Musée du Prado à Madrid. Il a inspiré les artistes et les écrivains, à l'instar de La Joconde au Louvre. Cependant, Diego Vélasquez est l'un des peintres les plus mystérieux de son époque. Son chef-d'œuvre Les Ménines, peint en 1656, est un sommet de la peinture baroque espagnole. Il est peut-être le plus étrange des tableaux de la peinture occidentale.
Après avoir passé sa vie à la cour, au service de Philippe IV, Vélasquez est enfin nommé chevalier en 1658, malgré les protestations de la noblesse qui considère qu'un artiste ne peut être pareillement distingué.
A cheval sur plusieurs siècles, décrypté par les plus grands peintres, ce long roman graphique (180 p.) sur l’un des tableaux les plus célèbres de Diego Velasquez est de toute beauté. Le travail de recherche effectué par Santiago Garcia est impressionnant.

L'homme montagne / S. Gauthier ; A. Flechais. - Delcourt, 2015. - (Jeunesse)

"Grand-père" ne peut plus voyager. Les montagnes qui ont poussé sur son dos tout au long de sa vie sont devenues trop lourdes. L'heure est venue pour lui de penser à son dernier voyage, mais c'est un voyage qu'il doit faire seul. L'enfant lui fait alors promettre de ne pas partir tout de suite. Il va aller chercher pour lui le vent le plus puissant qui soit, celui qui peut soulever les montagnes.
Cette BD est un conte initiatique tendre qui a pour but d'aider les enfants à supporter la perte d’un proche.
Tome unique, intelligent, au beau dessin, cette BD ne prend pas les enfants pour des idiots !
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Un certain Cervantès / C. Lax. - Futuropolis, 2015

Mike Cervantès, pour éviter les ennuis avec la police, s'engage dans l'armée et devient GI en Afghanistan. Fait prisonnier par les talibans, il est amputé d'un bras. Comme Miguel de Cervantès, auteur de Don Quichotte, qui perdit l'usage de sa main gauche.
De retour au pays, Mike devient irritable voire violent, avec des moments de dépression. Révolté contre la société injuste pour les faibles, il se retrouve, après un accès de violence, en prison. C'est là qu'il découvre l'œuvre de son  homonyme, Miguel de Cervantès. Il en sera transfiguré, deviendra le Don Quichotte des temps modernes.
Roman Graphique très original. Le parallèle entre la vie de Cervantès et un ex-soldat est fort intéressant.
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Emmett Till : derniers jours d'une courte vie / A. Floc'h. - Sarbacane, 2015

Quand Emmett Till, jeune adolescent noir de quatorze ans venu de Chicago passer ses vacances chez son grand-oncle Moïse, descend le 24 août 1955 du train en gare de Money dans le Mississippi, il ne sait pas encore qu’il va vivre les cinq derniers jours de sa courte vie. Il aura eu la malchance de pénétrer dans une épicerie réservée aux Blancs et de se comporter de ‘’manière provocante‘’ vis-à-vis de Carolyn, épouse de l’épicier, Roy Bryant. Roy, accompagné de son demi-frère Milan, part dans une chasse à l’homme qui finira tragiquement. Après avoir kidnappé Emmett, ils le tortureront avant de le jeter dans l’eau de la rivière. Ils seront plus tard acquittés et se vanteront de leur exploit dans la presse.
Chronique du racisme et de la haine ordinaires en 1955 au sud des États-Unis. L'ouvrage comprend également un cahier pédagogique de 8 pages sur Emmett Till et sur l'évolution des droits civiques des Noirs aux États-Unis. Une BD édifiante, salutaire et nécessaire pour ne pas oublier.
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Le grand et le petit / C. Leblanc ; J.-F. Martin. - Seuil, 2015

Ils n'ont pas de nom, l'accent est mis sur leur relation : le petit et le grand. Une relation faite de jalousie, d'admiration, de rivalité, de fierté, de honte, de complicité, de complexes, de toutes ces petites choses qui font qu'on peut se fâcher très fort sans pour autant que ne durent les griefs.
Une description nuancée des relations fraternelles servie par des illustrations délicieusement rétro, entre ombres chinoises et couleurs crépusculaires.
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L’Atelier des morts / Daniel Conrod. - Buchet-Chastel, 2015

Daniel Conrod s’adresse à ses morts et n’est pas avare en rancœur. Ce n’est pas règlements de compte à O.K. Corral mais c’est tout de même proche du « famille, je vous hais » d’André Gide. Il y a le frère aîné, Jean-Marie, qui paraît perpétuellement absent de sa vie, la mère, la très pieuse Marie, décédée alors que l’auteur n’était qu’un petit bout de chou, et le père, Léon, un tyran domestique dépourvu d’affection pour ses enfants et avec lequel il est difficile de régler l’addition d’une vie. « Guérit-on jamais de son père ? », à lire les derniers livres de Sorj Chalandon, de Yann Quéffelec…, on peut se poser la question. Il y a aussi l’oncle, René Jean-Marie, un prêtre au comportement franchement dérivant durant l’Occupation. La seule à trouver grâce aux yeux de Daniel Conrod est sa demi-sœur, Odile, qui n’a vécu qu’une poignée d’heures et qu’il rebaptise Iphigénie comme s’il s’agissait d’une victime expiatoire.
C’est une chose étrange que cette espèce de chronique familiale franc-comtoise (le terme fort juste de radiographie a été employé par un critique littéraire) mais qui vaut le détour.
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Avis : **

Une Forêt d’arbres creux / Antoine Choplin. - La Fosse aux ours, 2015

Bedrich, accompagné de sa femme Johanna et de son fils Tomi âgé de 2 ans, sont déportés au ghetto de Terezin (République Tchèque) en 1941. Nommé responsable de la salle de dessin des services techniques, il essaye de trouver chaque jour du plaisir à son travail même si sa finalité est parfois déconcertante, tantôt élaborer le nouveau crématorium et tantôt tromper la Croix-Rouge par des représentations du ghetto qui viseraient presque à l’assimiler à un camp de vacances. Mais la nuit, espace de liberté et de résistance, le petit groupe se réunit et représente la réalité de Terezin, les dessins sont ensuite cachés dans un mur, le but étant de les faire sortir clandestinement du ghetto pour témoigner. Même si l’auteur ne s’attarde pas sur la promiscuité des dortoirs, la faim, le froid, l’angoisse, le texte est empreint d’une continuelle tristesse, d’une certaine monotonie, rendues à travers de courts chapitres relatant les petits évènements de la vie quotidienne du ghetto. Un bon livre.
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Avis : **