La renarde / M. Blandin, S. Chrisostome. - Casterman ; Arte, 2015. - (Professeur Cyclope)

Amoureux des lapereaux mignons, des fermiers sympathiques ou des chiens de garde efficaces, cet album n'est pas pour vous. Car la Renarde, monstre de drôlerie, obtient toujours ce qu'elle veut, quoi qu'il en coûte à ses adversaires. Cette professionnelle de l'arnaque met sens dessus dessous la petite communauté rurale qui l'entoure. Elle mange les bébés de madame lapine (en les jouant au bonneteau !), bouffe les poules du fermier et les fait tous tourner en bourrique, même Kevin le cheval.
Les auteurs distillent un humour au cynisme implacable. Il ne faut pas se fiez à leur graphisme tout en rondeur. Cette BD est en fait une savante étude de mœurs qui aligne les gags et les grossiers personnages bien méchants. La maligne et manipulatrice renarde est toujours aussi perverse. BD issue de la revue Professeur Cyclope.
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Ms. Marvel t.1 : Métamorphose / G. W. Wilson ; A. Alphona. - Panini comics, 2015. - (Marvel Now !)

Kamala Khan est une jeune fille d’origine pakistanaise et de confession musulmane qui se découvre d'extraordinaires pouvoirs. Mais qui est vraiment cette nouvelle Miss Marvel ? Une adolescente ordinaire de Jersey City, une Inhumaine ou une fan de Carol Danvers ? Kamala va s'apercevoir que de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités !
Miss Marvel est le nom générique de plusieurs personnages de fiction et super-héroïnes appartenant depuis 1977 à l'univers Marvel . Carol Danvers étant  l'un des personnages, créé en 1967. Elle devient Miss Marvel ente 1977-1983 et entre 2005-2012. Variation originale sur les super-héroïnes, sujet intéressant.

Mettez des mots sur votre colère / M. Malès. - Glénat, 2015

L'action se passe aux États-Unis au début des années 1920. Owen Brady, photographe et enquêteur, s’est spécialisé dans la prise d’instantanés représentant des portraits d’enfants. Ils ont tous en commun le fait de venir de milieux défavorisés et d’être, malgré leur âge, obligés de gagner leur vie. Soutenu par le "National Child Labour Committee", voilà plus de quatre ans qu’il parcourt le pays dans le but de dénoncer le scandale de l’exploitation de ces jeunes travailleurs. Mais ce combat, il le livre aussi pour lui-même : Owen a été l’un de ces enfants. Ces cicatrices mal refermées ont fait de lui un écorché vif, en lutte contre toutes les formes d’injustices.
Marc Malès nous livre une histoire bouleversante et humaniste sur les conditions de vie des enfants travailleurs aux États-Unis au début du XXe siècle.
Tome au format à l’italienne Mettez des mots sur votre colère est le portrait d’un homme excédé. Vraiment très bien et intéressant de par le contexte historique. Le graphisme est original.
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Le rapport de Brodeck t.1 : L'Autre / M. Larcenet. ; d'après P. Claudel. - Dargaud, 2015

Manu Larcenet s'attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d’œuvre de Philippe Claudel paru en 2007 chez Stock (prix Goncourt des lycéens). L'ouvrage raconte le retour de Brodeck, après avoir été déporté dans un camp d'extermination, dans le village qui l'a dénoncé.
L'action se déroule dans un village de montagne, située près de la frontière allemande. Le narrateur, Brodeck, est chargé de rédiger un rapport sur la mort d'un étranger, der Anderer (l'autre en allemand), qui séjournait dans le village et a été exécuté par tous les hommes du bourg, sauf Brodeck...
Excellent Larcenet. Le dessin noir et blanc superbe retranscrit avec force la misère humaine, bêtise, lâcheté. Cette adaptation est prévue en 2 tomes.
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Paola Crusoé t.3 : Jungle urbaine / M. Domecq. - Glénat, 2015 - (Tchô, l'aventure...)

De nos jours, lors d’un voyage aux Seychelles, un paquebot de croisière rempli de touristes fait naufrage. Quatre membres de la famille Quillon en réchappent : le père Xavier, l’ainé adolescent Yoann, la fillette Paola et le bébé Bénédicte, ainsi qu’une jeune femme militaire, Rachel. Réfugiés sur une île déserte, ils se débrouillent pour leur survie, tandis que le monde entier les croit morts… Après des mois de survie oubliés sur l'île déserte, Paola et sa famille retrouvent enfin la civilisation… mais séparés les uns des autres !
Avec ce troisième album riche en péripéties, Mathilde Domecq conclut la touchante aventure de Paola Crusoé, le premier tome de cette série ayant été plusieurs fois récompensé et sélectionné au festival d'Angoulême. Toujours intéressant, sympathique, bien pour les enfants. C'est une variation réussie, contemporaine et axée jeune public, autour du célèbre roman de W. Dafoe.
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Nora / L. Mazé. - Editions de la Gouttière, 2015

Lors du déménagement de ses parents, la petite fille est confiée à son oncle Lucien, agriculteur. Mécontente, elle boude. Mais finalement, la vie à la ferme commence à lui plaire. Elle crée son univers à l’intérieur d’un grand chêne qu’elle partage avec une chatte enceinte et observe une petite mamie assise seule, sur un banc. De là, Nora se pose des tas de questions. Qu’attend la vieille dame ? Pourquoi est-elle seule ? À travers ces interrogations, on assiste à l’évolution d’une enfant qui avance dans l’apprentissage de la vie.
Première bande dessinée de la jeune auteure Léa Mazé, Nora aborde des thèmes universels tels que l’amour, la mort, la solitude ou encore la guerre. Roman graphique, cet album est aussi un conte initiatique à la lisière du rêve et de la poésie.
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La porte de la salle de bain / S. Beau. - Talents hauts, 2015. - (Ego)

Mia attendait la naissance de ses seins avec impatience, les voici enfin ! Mais elle n'avait pas imaginé les réactions que cela engendrerait. Notamment celles de Lloyd, son beau-père, qui rôde beaucoup trop à son goût autour de la salle de bain. Prendre une douche devient une angoisse qui l'obsède d’autant plus qu'elle n'ose se confier à sa mère.  
La porte de la salle de bain s'adresse à des ados plus jeunes que les autres titres de la collection mais rejoint le principe du texte au plus près d'un je en devenir. La puberté est ici une joie qui s'accompagne de la conscience de la transformation du regard de certains hommes, plus prédateurs qu'admiratifs. La présence des adultes se révélera déterminante pour contrer les dérives.
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Nous, quand on sera grands / J. Leroy ; M. Maudet. - Ecole des loisirs, 2015. - (Loulou & Cie)

Les trois petits cochons et le Petit chaperon rouge font des plans sur la comète : quand ils seront grand, le loup n'aura qu'à bien se tenir, avec énumération des punitions à venir ! Leurs projections dans l'avenir est interrompu par des pleurs : « Vous êtes que des méchants ! » Le loup lui, quand il sera grand...
Conte détourné court et drôle avec juste ce qu'il faut de cruauté pour une chute efficace. Encore une réussite pour le tandem Leroy/Maudet !
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Imagine, c'est tout blanc... / C. Dé. - Les grandes personnes, 2015

Le blanc est à l'honneur, dans diverses formes, textures, représentations et états physiques...
L'imagier format carré fait se succéder des photos en gros plan et éveille tous les sens avec une acuité impressionnante.
« Blanc comme un monde à imaginer», à observer, à ressentir.
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P'tit nez de cochon / Pog ; A. Boisnard. - Braques, 2015. - (P'tits braques)

Avoir un nez de cochon et un boucher pour père, il n'en faut pas davantage pour être le centre des moqueries, avec « des mots qui font plus mal que des coups de poing. » L'illustration rend palpables les complexes et la souffrance de cette fillette. Mais il suffit d'un regard bienveillant et même amoureux et s'accepter devient si facile ! « Du coup, ça m'est égal si les autres se moquent de nous. »
Petit album cartonné qui fournit une revanche à tous ceux qui ont subi les méchancetés du groupe.
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Même les tigres dorment / M. Logue ; P. Zagarenski. - Circonflexe, 2015

Ils ne sont pas rares les enfants qui rechignent à aller au lit et les parents qui ont développé l'art de la négociation. Ceux de cette histoire accordent à leur petite fille de ne pas aller se coucher mais l'invitent à faire sa toilette ; puis à s'étendre dans le lit : « Tu peux rester éveillée tout la nuit ». Mais le lit est « chaud et douillet » et en pensant à tous ces animaux dont ils ont évoqué la façon de dormir, la détente laisse place au sommeil profond et serein.
Contagion certaine avec cet album qui évoque si puissamment, dans l'image comme la richesse du vocabulaire, le confort d'être au chaud, dans une position d'abandon, pour puiser des forces pour demain...
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Une journée bien remplie : une histoire pour les frères et soeurs / L. M. Schaefer ; J. Meserve. - Circonflexe, 2015

Après le très réussi Une journée inoubliable, nous retrouvons ces frère et sœur grandis. « Léa veut faire quelque chose... n'importe quoi... avec son grand frère, Lucas. » Mais Lucas est « toujours trop occupé » alors Léa entreprend, seule, diverses activités.
De page en page on passe du réel à l'imaginaire et inversement, la magie opère, nous sommes embarqués dans l'univers de Léa ; Lucas ne résistera pas davantage. Ils seront alors « très très occupés... ensemble. »
Les pages de garde en témoignent : du grand frère agacé par sa sœur à la belle complicité qui les unit, il n'y a qu'un pas, que le jeu permet de franchir allègrement.
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Quelqu'un qu'on aime / S. Vidal. - Sarbacane, 2015. - (Exprim')


Matt s'est découvert père quelques jours auparavant d'une petite Amber, un an et demi. Cela n'empêchera pas son projet de départ : partir avec son grand-père Gary atteint d'Alzheimer pour réveiller ses souvenirs. Mais à l'aéroport, tous les vols sont annulés pour cause de tempête annoncée. Ils décident de louer un van et de prendre la route.
De fil en aiguille, le trio s'élargit avec Luke (l'ado fuit le mensonge d'une famille qui bénéficie du programme de la protection des témoins) et Antonia (qui  retrouve le goût de la liberté après des années en couple avec un grand jaloux).
Qu'ils aient un passé difficile ou redoutent l'avenir, les membres de cette famille réinventée sont bien décidés à vivre le présent, le plus joyeusement possible.
Au-delà de l'intrigue qui prend le parti de l'extravagance et du grand trait, apportant un humour certain, il y a quelques passages plus subtiles autour de Gary et sa difficile prise de conscience de ce qui l'attend. Ou Matt qui est passé en un an de « petit-fils adoré, choyé, étudiant vaguement glandeur» à celui de « chef de famille qui doit faire des choix pour les autres », sa fille et son grand-père.
Un roman rocambolesque et émouvant.

Je veux enlever la nuit / H. Gaudy ; S. Rea. - Cambourakis, 2015

Oskar, « la nuit, ça l'ennuie. » Alors tout plutôt que d'aller au lit. Hyperactif : « JE VEUX JOUER TOUTE LA NUIT ! »
Inquiet : « Maman, je veux enlever la nuit ! »...
La maman d'Oskar saura trouver les mots, les gestes et les solutions pour redonner du crédit à ce noir qui sait être si apaisant pour peu qu'on apprenne à l'envisager.
Les mots et les illustrations chinées sont justes et efficaces pour passer de l'ambiance d'angoisse à la plus grande sérénité.

La bestiole / I. Flas ; V. Pfeiffer. - Alice, 2015

Ça pourrait ressembler à une blague genre Paf le chien. Mais ce n'est pas une blague parce que « Paf ! Écrasé le moustique. (...) Paf ! Ratatinée, la mésange (...) Paf ! Aplati, le hérisson. »
C'est une hécatombe... Mais le vengeur masqué rôde pour rétablir la justice !
Du danger de la vitesse en voiture, sans concession mais sans traumatisme non plus, avec ce qu'il faut d'humour pour faire passer le message !

Anya et le tigre blanc / F. Bernard ; F. Roca. - Albin Michel, 2015

Les enfants disparaissent, sans traces, sans explications. Les parents s'inquiètent mais concluent à une malédiction plutôt que de creuser le mystère. Anya, qui joue « indifféremment à la poupée, à la guerre, à la dinette ou à la chasse », ne se laisse pas aller à la peur. Même lorsqu'elle est capturée à son tour, elle tremble « pour ceux qui ne savaient pas à qui ils avaient affaire ». Ainsi, Anya, qui n'est plus que force et détermination, libérera les enfants retrouvés à l'aide des animaux blancs puisque les adultes n'ont pas voulu l'entendre.
Quelle fougue dans cet album ! Une fougue assumée par le narrateur à l'identité surprise, par son personnage principal et par des illustrations grand format saisissantes.
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Zen / Maxence Fermine. - M. Lafon, 2015

Maître Kuro est au sommet de l’art de la calligraphie. C’est un sage qui suit la voie du zen, médite. Il vit seul dans sa modeste pagode au cœur d’une forêt d’érables, enseigne parfois pour assurer ses maigres besoins. Il s’accorde un jour de repos par semaine pendant lequel il va parfois voir un théâtre ambulant qui offre un kamishibaï, il s’autorise même parfois quelques brochettes et un verre de saké dans un restaurant. Rien ne semble pouvoir perturber cette vie simple voire ascétique, une harmonie proche de la perfection, et pourtant…
Maxence Fermine fait partie de ces auteurs comme Hubert Mingarelli ou Antoine Choplin vers lesquels on aime revenir régulièrement pour voir ce qu’ils font et se laisser reprendre par leurs écritures épurés et absolument envoûtantes.
Et nous faisons bien dans le cas présent. L’auteur renoue ici avec la façon de faire de ses premiers romans, « Neige » ou « Le Violon noir ». Avec Fermine toute chose devient belle, infiniment douce, légère et fragile. Que c’est beau !!!

Avis : ***

Journal de la canicule / Thierry Beinstingel. - Fayard, 2015

C’est un peu l’histoire de Monsieur Tout le monde. Il est employé comme dessinateur industriel au service de la voirie d’une ville de province. Il a acheté une petite maison puis s’est marié, tardivement. Sa femme qui étouffait dans cette maison est partie au bout d’un an sans lui faire l’enfant qu’il aurait aimé avoir. Il a 49 ans et est taciturne. Il occupe sa semaine en allant voir sa mère à la maison de retraite, qui lui a toujours préféré son cadet, et de courtes vacances dans des campings bon marché. Alors, cet été de la canicule 2003, lorsqu’on lui demande d’annuler une partie de ses congés pour des travaux urgents, cela ne le dérange absolument pas.
L’absence prolongée des occupants de la maison en face chez lui l’intrigue (puis l'obsèdera). Il réussit à s’y introduire et, trouvant un carnet vierge dans la chambre de la fille, il commence à écrire un journal intime pour coucher sur le papier ses nombreuses visites et ses hypothèses tragiques sur ces mystérieuses disparitions. « Ma vie se résume à une suite d’absences, finalement, jusqu’à la voisine qui a disparu. » Lui qui n’a jamais écrit plus que quelques cartes postales dans l’année, commence à se surprendre en écrivant. Se sentant un peu coupable d’effraction, il se dit de plus en plus que sa conduite pourrait paraître suspecte et son journal lui servir de justification. De fil en aiguille, il s’aperçoit que c’est peut-être bien lui-même qui est absent de sa propre vie et qu'il recherche à travers l'écriture.
C’est un très beau moment de lecture. Très agréable et intelligemment fait.

Avis : ***

L’Autre Simenon / Patrick Roegiers. - Grasset, 2015

1936-1937. Le Belge Léon Degrelle, 30 ans, fondateur du rexisme, un mouvement patriotique et catholique, joue les tribuns, les amuseurs publics, dans un véritable numéro de music-hall pendant lequel il n’hésite pas à s’envoler à plus de 20 mètres au-dessus de l’assistance. Christian Simenon, frère du célèbre Georges, se laisse séduire puis embrigader.
Lors de l’occupation de la Belgique, Degrelle prône sans hésitation une collaboration active avec les Nazis. Christian campe dans le rôle d’un petit fonctionnaire qui reçoit et trie froidement les lettres de dénonciation, la peau d’un criminel de bureau. Georges, réfugié en Vendée, mène la vie de château (dans tous les sens du terme). Très opportuniste, il cultive sa petite gloire littéraire, fait de l’argent et, sans cesse avide de sexe, se montre dans des bordels de luxe parisiens très fréquentés des Nazis et des collabos. Mais où tout cela finira ? Jusqu’où descendra-t-on dans l’abjection ?
27 chapitres comme les 27 fusillés rexistes de 1946, condamnés pour les massacres de Courcelles. L’auteur triture avec virtuosité la langue, parfois un peu trop. Comme si cela était encore nécessaire, il accable Christian Simenon en modifiant largement la réalité.
Un éclairage intéressant néanmoins sur une période et une personnalité de l’ombre.

Avis : **

Bran : une histoire de l'île d'Errance / F. Grimaldi ; M. Plenzke. - Glénat, 2015

Dans un monde imaginaire, une partie de l’île est peuplée d’humains, l’autre de créatures interdites. Un prince méchant, Bran, tue une biche aux cornes d’or qui le maudit : il est transformé en corbeau. Il rencontre une femme qui se transforme en renard. La nuit, il devient humain, mais coasse comme un corbeau, le jour il est humain.
BD d'heroïc-fantasy pleine de rebondissements, de méchants. La fin est ouverte. On aimerait bien qu’il y ait une suite.
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Premier matin / F. Oury. - Les Fourmis rouges, 2015

Qu'il est dur de se lever, surtout pour la rentrée des classes ! Petit ours raconte sa nuit de cauchemars et sa maman lui oppose calmement le déroulement de la journée à venir.
L'illustration au feutre (trait enfantin) installe une nature accueillante, une atmosphère de tendresse, de calme, de réconfort, les couples d'animaux parent/enfant n'ont plus d’inquiétude à avoir sur le chemin de l'école.
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Tous nos jours parfaits / J. Niven. - Gallimard, 2015

Violet et Finch ne pouvaient pas se rencontrer de manière plus incongrue puisqu'ils s'apprêtaient tous deux à sauter du toit de leur lycée. Violet a perdu sa sœur, son amie, sa complice quelques mois plus tôt ; Finch se bat depuis des années « pour rester dans ce monde merdique », pour ne pas se laisser happer par le « Grand Sommeil », par le « sombre trou noir qui est toujours là (...) tournant sans fin ».
Leur rencontre est comme une trêve enchantée : Violet découvre avec Finch la fantaisie, l’impulsivité et retrouve le goût de vivre, plus fort et plus vrai ; Finch se sent exister dans ses yeux au-delà des étiquettes qu'on lui colle (fêlé, bipolaire, cinglé...) (« L'avantage, dans cette vie, c’est qu'on peut être quelqu'un de différent aux yeux de chacun. ») Elle voit « jusqu'au plus profond de moi, le vrai moi que je ne connais pas moi-même. » Une trêve oui, en tout cas pour Finch. Pour Violet, la sincérité et la solitude de Finch consolideront à jamais son rapport à la vie, regorgeant désormais de mille possibles.
Un texte pour jeunes adultes qui ne pourra laisser indifférent. Le mal être, qu'il soit conjoncturel ou plus profond, est décrit ici avec une grande sincérité et sans facilité de happy end. Finch est toujours à l'orée des pensées les plus sombres, ponctue ses pensées de statistiques sur les différentes façons de se suicider mais possède également en lui une faculté exceptionnelle de vivre éperdument.
Ce n'est pas du tout un texte désespéré et glauque, juste la démonstration que la vie peut paraître trop lourde à porter. Jennifer Niven nous laisse cependant imaginer à quelle point l'issue aurait pu être différente si Finch avait été davantage entouré par sa famille. Quoi qu’il en soit, elle n’assomme pas avec la culpabilité : « Que vous le vouliez ou non, vous êtes une survivante et cela implique que votre survie - votre survie émotionnelle - va dépendre de comment vous encaissez le choc. La mauvais nouvelle : survivre à cela sera la deuxième pire épreuve de votre vie. La bonne nouvelle : le pire est derrière vous. »

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Traquemage t.1 : Le serment des pécadous / W. Lupano ; Relom - Delcourt, 2015 - (Terres de légendes)

BD héroico-rural qui met en scène Pistouli, jeune berger qui s'est juré d'éliminer les mages responsables des conflits impactant les hommes. Accompagné de son seul "pécadou" (race de brebis), Myrtille, il part à la recherche de la fée Paturage. Cette dernière, devenue alcoolique, doit l'aider dans sa quête de devenir le "nouveau Traquemage" et ainsi accomplir le serment des pécadous.
BD particulièrement savoureuse. Le scénario de Wilfrid Lupano (auteur de Les vieux fourneaux et d' Un océan d'amour) fait mouche. Il tourne en dérision l'univers de certains livres d'héroic-fantasy. Le dessin très expressif de Relom ajoute à cette BD une touche supplémentaire.
A découvrir.
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Mon amour / A. Desbordes ; P. Martin. - Albin Michel, 2015

« Dis, maman, est-ce que tu m'aimeras toute la vie ? »
Égrenée tout au long de l'album, la réponse, qui exploite à merveille le rapport texte/image, convaincra sans nul doute l'enfant et nous séduit par l'intelligence et la poésie des mises en situation.
« Je t'aime parce que tu es mon enfant, mais que tu ne seras jamais à moi. »
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Mes chers Samedi / M. Quintanilha - Ça et là, 2015

A travers cette BD réunissant quatre nouvelles, Marcello Quintanilha met en lumière la condition souvent misérable des classes populaires. Ces nouvelles, se déroulent entre les années 50 et la fin des années 70.
La première nouvelle raconte l’histoire d’un passionné de foot, habitant dans un bidonville de Rio, superstitieux utilisant de tous les subterfuges possibles afin de voir son équipe gagner.
La deuxième nouvelle raconte l’histoire d’un manutentionnaire déséquilibré mental travaillant dans un marché de fruits et qui risque d’être licencié.
La troisième celle d’un paysan de "Nordeste" qui, pour les beaux yeux d’une jeune femme, s’improvise professeur d’histoire.
Enfin la dernière histoire, celle d’un employé de cirque travaillant dans la région de Sao Paulo.
BD brésilienne intéressante au graphisme original accentué par des couleurs chaudes.

Changer d’air / Marion Guillot. - Ed. de Minuit, 2015

Premier roman. Le jour de la rentrée des classes, après avoir vu une femme tomber dans l’eau du port, l’enseignant Paul Dubois, « l’homme au nom le plus commun du monde », décide de quitter son épouse, qu’il aime pourtant beaucoup, ses enfants, d’abandonner son travail, de fuir Lorient à bord de sa voiture pour aller s’installer à Nantes et reprendre sa vie en main. Là, parmi les moments les plus palpitants qu’il est amené à vivre, le décès d’Henri, son poisson rouge qui a sauté hors de l’eau (ne voulons-nous pas tous sortir de notre élément au risque d'en mourir ?) ou l’installation de l’évier dans son nouvel appartement. Angoissé, attiré par un changement qu’il ne trouve pas, Paul est un personnage dépressif, et tout de même pas très net, au sein d’une histoire bizarroïde. Mouais… S’il y a des amateurs tant mieux, je suis pour ma part resté un peu coi.
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Avis : **

Mais où es-tu petit Poussin ? / P. Hutchins. - Circonflexe, 2015. - (Aux couleurs de l'Europe)

Rosie a pondu un œuf, l’œuf est sorti de sa coquille, mais où est passé le poussin ? Rosie parcourt la basse-cour à sa recherche, ignorant et le poussin et les dangers qui le guettent...
Illustration rétro, plaisir de l'image à observer, voilà une belle balade pleine d'humour pour les petits !
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La chambre de la fille / M. Sylvander ; P. Barrier. - Ecole des loisirs, 2015

Madame Souris aborde la vie maritale selon un plan établi : un garçon, une fille, dans cet ordre. Quand la cigogne apporte un deuxième garçon, puis un troisième, puis un vingt-cinquième, Madame Souris explose et demande à voir le directeur en chef des naissances. « Elle veut aussi une fille. Rien, qu'une. » Mais il semblerait que cela soit impossible...
On ne peut pas décider de tout dans la vie, Madame Souris va en faire l'amère expérience ; mais la formidable et nombreuse fratrie, désolée de voir leur mère attristée et curieuse de savoir ce qu'est une fille, va forcer la nature...
La chute est à la hauteur, surprenante et astucieuse, et surtout loin des archétypes. L'illustration, famille nombreuse oblige, regorge de détails et d'expressions étoffant l'histoire principale. Ne pas louper également la liste des prénoms de tous les souriceaux !

Quand je dessine, je peux dépasser.... - Actes sud, 2015

4 éditeurs et 50 illustrateurs s'associent pour un manifeste, dont les bénéfices sont reversés à Charlie Hebdo : le dessin, qu'il permette d'illustrer, d'inventer, de ressentir, de graver, de se moquer, de réfléchir... doit rester un moyen de liberté d'expression.
50 notions (illustrées en noir et blanc) et davantage encore, que le lecteur pourrait imaginer à la suite des artistes.
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Diable d'où viennent-ils ? / D. Ivar ; M. Hanania. - Gallimard

Qui sont-ils, de quels lieux sombres viennent-ils, que veulent-ils, combien sont-ils ? Des questions, uniquement des questions, et jamais de réponse, si ce n'est celle, en image, d'un cerveau en effervescence.
Le texte est très énigmatique, servi par une illustration en noir et blanc d'où émergent quantité de silhouettes à Calavera, têtes de morts mexicaines colorées. Le tout créé un univers poétique, inquiétant, déroutant et au final fascinant, sondant les pensées humaines, dans leurs parts d'ombres et leurs angoisses.
David Ivar, chanteur d'Herman Dune, clôt l'album avec le texte en anglais, nous donnant furieusement envie de l'écouter en chanson...
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Nous, les enfants sauvages / A. de Poncheville. - Ecole des loisirs, 2015

Imaginez un monde où les animaux ont entièrement disparu... Où seules quelques images, quelques films subsistent. Quelques rares spécimens vivants aussi, que l'on se hâte d'exterminer...
Ce monde est celui que nous projette Alice de Poncheville. Après une épidémie contaminant les animaux, puis les êtres humains, « un tiers de la population humaine périt (...) Les animaux survivants furent abattus. » Il en résulte, outre ce monde amputé du vivant animal, que le nombre d'orphelins a explosé, ces derniers étant accueillis au sein de Maisons des enfants.
C'est dans ce contexte que Linka et sa petite sœur grandissent, avec pour Linka un questionnement grandissant sur la société qui l'entoure. Davantage encore depuis qu'elle a trouvé Vive, créature mouvante à laquelle elle est étrangement connectée. « Linka se demanda si l'on ne pouvait pas trouver un moyen de laisser une place aux animaux, à la vie même, sans rien lui demander en échange. »
Au fur et à mesure des rencontres et des événements, Linka creuse le rapport homme/animal, découvre la responsabilité de l'homme sur l'origine du virus, avec les « pratiques insensées » des « fermes intensives remplies de milliers d'animaux de boucherie » niés dans leurs droits les plus élémentaires. Fortes de cette prise de conscience, Linka et sa sœur rejoindront le mouvement des Enfants sauvages déterminés à redonner une place aux animaux, à la vie : « Chaque génération a une nouvelle guerre à mener » ; « Le courage c'était ça, opposer sa fragilité à la laideur du monde. »
C'est un récit incroyablement sensoriel, très beau dans les passages décrivant la découverte des animaux par les enfants ; la symbiose entre les animaux humains et non humains génère une sensation de bien-être alors palpable.
« Le regard des oiseaux, c'est ... c'est comme si mille questions te tombaient dessus en même temps. Et mille réponses aussi ! Et pas forcément les réponses qui vont avec les questions. »
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Ma mère du Nord / Jean-Louis Fournier. - Stock, 2015. - (Bleue)

Voilà donc Jean-Louis Fournier qui creuse encore le sillon familial, après notamment les très bons Où on va, papa ? sur ses fils (en 2008) et Veuf sur son épouse (en 2011). Suite à la disparition prématurée de son père, ex jeune médecin brillant devenu une sorte d’épave alcoolique, il s’intéresse à la mère, artiste dans l’âme, obligée de tenir seule le volant de la vie, de jouer la mère courage, avec quatre enfants à élever. L’auteur apparaît ici moins fanfaron que dans les deux titres cités ci-dessus, et pas dans la rancœur de La Servante de Dieu sur sa fille (en 2013), son ton est même nettement empreint de tristesse, de mélancolie. Fournier, sans terriblement innover d’un livre à l’autre, réussit toujours à nous embarquer dans son histoire personnelle. Un beau portrait assez émouvant de sa mère.
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Avis : **

Jacques a dit : récit autobiographique/ Susie Morgenstern. - Bayard, 2015

Ceux qui connaissent Susie Morgenstern comme écrivain pour les enfants en découvriront une autre ici. Une femme qui traverse en 1967 l’océan Atlantique pour vivre avec son mari, un mathématicien français, une curieuse histoire d’amour en milieu juif et former un couple improbable. C’est aussi l’histoire d’une amerloque qui épouse avec une certaine difficulté la France et aussi la langue française. Elle est follement amoureuse de son Jacques, cet intellectuel taciturne, et ne se sent souvent pas à la hauteur de son imposante stature qui l’écrase. Elle l’admire et a parfois l’impression qu’elle n’est pas grand-chose face à lui, qui ne semble pas avare de ses piques humiliantes. Lorsqu’elle gagne un prix pour l’un de ses livres, il lui balance : « Ils pensent que tu es la culture alors que tu n’es que Disney. » Elle apparaît étrangement dépourvue d’ambitions, d’envies : « Je ne sais pas si j’avais un autre but que d’attraper un homme et de faire des petits, mais je savais qu’il fallait adhérer aux aspirations de Jacques. », bizarrement soumise, puisque « Jacques a dit… » ! Une petite fille lui demande ce qu’elle ferait si son mari lui demandait d’arrêter d’écrire et elle répond sans mal : « J’arrêterais ! »
Pour ma part, j’ai ressenti un certain malaise à l’encontre de Jacques, de Susie, et du couple formé par Jacques et Susie.
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Avis : **

Ma mère, le crabe et moi / A. Percin. - Rouergue, 2015. - (DoAdo)

Tania, 14 ans, est une ado dans les clous : elle rabroue régulièrement sa mère, râle après ses profs, peste contre le sport, est fan de Twilight, et a « un faible pour les trucs un peu glauques, voire carrément gothiques. »
Mais il est évident que le jour où elle découvre que sa mère a un cancer du sein, demain ne ressemblera plus jamais à hier. C'est une guerre qui s’engage alors, contre la maladie et contre les réactions nocives : il faut « dégommer les pensées négatives dès qu'elles pointeraient le bout de leur nez », les leurs comme celles des autres. Mère et fille bouleversent leur quotidien, leur relation, leur vision de la vie, il se pourrait même que Tania se mette au sport...
Aucune morosité dans ce roman, on retrouve l'humour tonique d'Anne Percin qui même au service d'un sujet aussi douloureux fait mouche. Et sous les mots d'esprit, une grande tendresse qui se niche par exemple dans les petits noms de Tania pour sa Momolle, Moms, Mum, Mammouthe...
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Maman à l'école / E. Veillé ; P. Martin. - Actes sud, 2015

La rentrée des classes, tant que c'est un concept abstrait, ça va. Mais quand on découvre tous ces enfants en larmes, abandonnés de leurs parents, panique ! Alors tout est bon pour émouvoir maman : « technique de la moule... puis celle du bébé orang-outan... la position du chat sauvage... la chauve-souris » et en dernier recours « la technique du chiot écrasé ». Juste pour l'illustration de cette double page, l'album vaut le détour. Mais ce serait dommage de s'arrêter là car on découvre ensuite une mère qui, ayant cédé au chantage émotionnel de sa fille, reste à l'école et s'adonne aux activités de maternelles. Mère et fille tomberont bientôt d'accord : l'école sans maman, c'est tout à fait jouable, et même préférable...
Tonique et malicieux, de quoi évoquer la rentrée scolaire de façon décontractée !

Petit Dino veut tout faire tout seul / L. Climo. - Milan, 2015

C'est une histoire toute simple mais efficace et bien adaptée aux petits.
Petit Dino ne veut pas déranger papa et part seul à l'aventure. C'est du moins ce qu'il croit parce que papa est là à chaque étape, à chaque difficulté. Il est là en creux, laissant croire à son dinosaure de fils qu'il se débrouille comme un grand.
Livre grand format, entre album et BD, qui évoque sereinement l'autonomie du petit en douceur et en sécurité.
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Le ventre du crocodile / O. Bardoul ; M. Janin. - Atelier du poisson soluble, 2015

L'enfance, c'est le royaume de l'imagination, des déambulations fantasmagoriques, des expérimentations. Mais il se peut que l'aventure tourne mal, que la peur s'invite, qu'on se retrouve dans le ventre du crocodile...
Un texte tout en hypothèses et en conditionnel avec néanmoins un repère, une certitude, un rempart : en attendant d'être grand, en vrai, maman est là.
Un texte à lire et relire, une illustration au trait à observer dans ses détails et à contempler pour sa beauté, une atmosphère à apprivoiser pour se laisser porter et charmer.
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Le chien et la lune / A. Barberini. - Ane bâté, 2015

Nous sommes au cirque. Le chien, personnage central de l'histoire, est épris d'une lune, élément de décor. Lorsqu'elle est jetée, le chien ne peut se résoudre à l'abandonner et tous deux traversent la nuit, la ville et le froid, jusqu'à trouver refuge, qui auprès d'un enfant, qui dans l'univers d'un adulte.
L'album est un hommage au Voyage dans la lune de Méliès, se raconte à la manière d'un film muet, images grisées entrecoupées de cartons de texte, et varie les plans et les cadrages (avec notamment deux magnifiques planches sur le regard du chien). Mais on est touché également par la valeur défendue par cette histoire : l'attention portée aux autres, même abimés, même au bout du rouleau. Une autre vie est possible après l'abîme. 

Un secret de petit cochon / P. Jalbert. - Seuil, 2015

Qu'est ce qu'il se fait prier, ce cochon ! Mais rien n'y fait, il ne veut confier son secret à aucun des animaux le suppliant, le soudoyant, le manipulant. Plus ils insistent, plus Petit Cochon se ferme. Mais devant Loup indifférent et distant, il se pourrait qu'il ait enfin envie de divulguer son secret. Allons-nous enfin le découvrir ?
Ce que nous apprendrons en tout cas, c'est qu'il faut se méfier de l'eau qui dort...
Album qui joue sur les contrastes : l'illustration colorée et gaie, très fine, tranche avec la chute qui joue subtilement la surprise, la double surprise même... Jubilatoire et cruel donc.
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146298 / R. Corenblit. - Actes Sud junior, 2015. - (D'une seule voix)

Pour comprendre, Elsa a posé des questions à sa grand-mère qui lui a répondu : « C'est pas imaginable (...). N'essaie pas d'imaginer.  » Alors Elsa a essayé de s'astreindre aux mêmes réalités impossibles : ne pas manger, ne pas boire pendant 4 jours, faire ses besoins dans un seau... Mais tout cela est tellement dérisoire, ne permet pas même de toucher du doigt les douleurs inouïes qu'a vécu sa grand-mère durant la guerre. Alors Elsa décide d'imprimer dans sa chair l'histoire de son aïeule, tandis que celle-ci commence « à zozoter pas mal de la cervelle », soulagée de sombrer dans l'oubli. Elle se tatoue son numéro d'immatriculation, et sur le principe de la collection, nous fait vivre d'une seule voix, chiffre par chiffre, l'encrage -l'ancrage- de son héritage, en tentant de donner un sens à cette « succession froide ».
146298 ou l'appropriation d'une histoire,  au seuil d'une horreur impossible à surmonter. Et pourtant...

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Nelson, le coffret / M. Perrin. - Les Grandes personnes, 2015

Voici un très joli coffret cartonné qui regroupe 4 titres autour du fox terrier Nelson : avec lui le petit lecteur pourra compter, expérimenter les notions contraires, rencontrer ses acolytes ou encore jouer.
Dans tous les cas, il le fera en version bilingue et appréciera l'esthétisme précis, coloré et ravissant.

Wild girl / Audren. - Albin Michel, 2015. - (Litt')

Milly, 19 ans, a entrepris un voyage périlleux pour atteindre le Far West où elle exercera le métier d'institutrice. Ce qu'elle recherche par-dessus tout, c'est l'aventure, l'absence de routine, la liberté. De fait, elle ne sera pas déçue car elle trouvera dans l'ouest américain des pionniers, des chercheurs d'or, des justiciers improbables, des bandits... des aventuriers qui sont « enivrés par ce trop-plein de possibilités, enivrés par cette totale prise en charge d'eux-mêmes. »
Par voie de conséquence, « les gens meurent pour rien ». Les gens et l'homme dont elle s'était éprise. Mais Milly est bouillonnante d'aspirations et ne se laissera pas abattre, d'autres aventures, d'autres amours l'attendent.
C'est un roman un peu long dans sa mise en place et qui n'évite pas certaines répétitions mais l'ambiance du Far West est assez vivante et les personnages bien campés. La place des indiens y est moindre mais les dernières pages laissent présager une suite.
« On devenait obligatoirement plus curieux, plus ouvert, plus tolérant. »

Le loup et la petite fille / Y. Jaffrennou ; E. Mary. - Rue du monde

Dans la forêt, un loup très méchant rencontre une petite fille très gentille.
« Tu ne peux pas être méchant puisque je suis gentille !  
- Et toi, tu ne peux être gentille puisque je suis méchant. »
Il suffit d'oublier les étiquettes et la vie s'enrichit d'une amitié aussi forte qu'improbable. 
Mais ce qui est possible dans les bois ne saurait l'être dans la vallée, règne des adultes, des étiquettes, de la peur de l'autre...
Une histoire magnifique et tragique, que ce soit dans le texte et les gravures.

Macadam : nouvelles / Jean-Paul Didierlaurent. - Au Diable Vauvert, 2015

Toutes ces nouvelles sont un peu sombres mais aussi presque systématiquement drôles. Nous nous retrouverons au confessionnal, dans les arènes, en forêt, dans une maison de retraite, au marché couvert et jusque dans les pissotières. C’est remarquablement écrit, très finement fait. Juste du grand art. Un vrai plaisir. Un très bon départ pour découvrir ce genre de la nouvelle trop souvent négligé.

Avis : ***

Love is Power : nouvelles / A. Igoni Barrett. - Zulma, 2015

L’amour au sens large semble être le fil conducteur de ce recueil de nouvelles nigérianes. Ce n’est pas toujours flagrant comme dans cette nouvelle où un jeune homme « qui pue de la gueule » doit prendre le bus. On découvre Samu’ila, 15 ans, un garçon qui sèche l’école pour tchater sur le Web sous diverses identités féminines afin d’escroquer des gogos occidentaux en mal d’amour, Dimié Abrakasa, 14 ans, dont la mère alcoolique est obligée de se résoudre à coucher avec le propriétaire pour régler l’arriéré de loyers, un trentenaire amoureux de sa cousine qui a la moitié de son âge, un type de passage qui doit animer un séminaire de cinq jours sur le leadership et qui aimerait bien réussir à utiliser sa force de conviction pour « se taper une femme »… On le voit les rapports humains ne sont guère simples ici. Les deux premières nouvelles étaient plaisantes et à vrai dire, même si l’ensemble n'est pas mal, j’espérais un peu mieux des suivantes. Le rendu du langage populaire dans la cinquième nouvelle est un peu pénible à la lecture. Quelques notes de bas de page n’auraient pas été superflues à la compréhension générale.

Avis : **

L’Eté contraire / Yves Bichet. - Mercure de France, 2015. - (Bleue)

La maison de retraite de Vals-les-Bains ras-le-bol ! Clovis Barbanson, ancien militaire, Vignaud, ancien employé de banque, aujourd’hui en fauteuil roulant à la suite d’un accident vasculaire et Gigi Louvain, diabétique et simple d’esprit, se font la belle. Ils sont accompagnés dans cette équipée improbable de Clémence Portalier, une infirmière qui vient d’être virée pour son laxisme avec les résidents de ladite maison de retraite, et de Douss Blida, un grand et jeune black en intérim, dans une situation similaire puisque son contrat ne doit pas être renouvelé. Tout ce petit monde va se transformer en Robin des Bois des maisons de retraite dans une déambulation motorisée à travers la France. En pleine canicule, ils volent dans les supermarchés boissons fraîches et brumisateurs pour les distribuer aux vieux et leur rendre un peu de goût à la vie. Ils les emmènent aussi, à leur grande joie, faire un tout dans le caisson frigorifique de leur véhicule. C’est marrant. Pas hyper-novateur cependant ni très riche stylistiquement parlant mais bon ne boudons pas notre plaisir.
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Avis : **