Un Papa de sang / J. Hatzfeld. - Gallimard, 2015. - (Blanche)

Vingt après…

Une fois encore l’auteur creuse le sujet du génocide des Tutsis au Rwanda (800.000 morts coupés à la machette en trois mois). Il change son angle d’attaque braquant cette fois-ci le projecteur sur les enfants des victimes et les enfants des bourreaux.

La construction est assez classique et répétitive. Jean Hatzfeld remet chaque fois brièvement les personnes dans leur milieu avant de leur laisser la parole. Les témoignages de jeunes hutus et tutsis, âgés de 16 à 22 ans, se présentent en alternance puis arrivent ceux des parents, avant de revenir aux enfants pour un regard sur l’avenir. Il est un peu difficile de mettre en parallèle les témoignages des enfants et des parents qui sont éloignés dans le livre, et c’est dommage.

On découvre des jeunes hutus n’osant blâmer leur père tout en le sachant indéfendable, des Tutsis, chez qui le malheur paraît avoir renforcé la foi, interrogeant leurs parents pour savoir mais sans tout vouloir entendre, deux ethnies qui, entre elles, zigzaguent pour ne pas aborder les sujets qui fâchent… Des jeunes qui vont sur Youtube écouter de la musique, regarde des films sur smartphone, ont leur page Facebook, se demandent si la réconciliation et les mariages interethniques sont possibles alors que les souvenirs sont encore si proches et douloureux.

D’ailleurs, on est un peu surpris par l’exceptionnel calme des propos même s’il n’empêche pas une certaine rancœur. En filigrane, on devine l’important travail fait par les enseignants pour informer sur les faits en restant dans une grande neutralité et en incitant leurs élèves à se souvenir par des visites au mémorial. C’est un ouvrage sociologiquement important d’un passionné.

Avis : **

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