La Cour des grands / Jacques-Etienne Bovard. - Campiche, 2010

L'Escapade

A la suite d’une méprise, d’une erreur de tri informatique, trois vulgaires auteurs de romans de gare sont invités par Francophones sans frontières (FSF) à participer, parmi d’autres représentants des écrivains de Suisse romande, à une série de manifestations culturelles à travers un parcours en car qui va de Strasbourg à Paris.

Parmi nos trois usurpateurs, tels des Pieds Nickelés des temps contemporains, il y a Xavier Chaubert, alias Alexis Berchaut, ancien champion de judo reconverti dans le roman sportif bas de gamme (série « Effort »), une belle quadragénaire brune qui écrit, sous le nom de plume de Charlène Mohave, des récits de voyage interchangeables (série « Horizons »), et enfin, le Ribouldingue du trio, Roger Borloz, alias Armand Duchêne, obèse et peu ragoûtant, qui après avoir tourné dans quelques films peu recommandables s’est spécialisé dans le roman porno (série « Sans tabous »).

La promiscuité des genres est très mal vécue notamment par le fameux Pierre Montavon, auteur reconnu, traduit, couronné, nobélisable, imbu de sa personne et de son art, et que révoltent les scribouilleurs des éditions Weekend. Nous suivons les personnages dans leur périple et leurs différentes étapes : Verdun qui nous vaut un hommage aux Poilus et, parmi eux, à Blaise Cendrars, Château-Thierry qui nous vaut un hommage à Jean de La Fontaine…

A travers de multiples péripéties et accrochages verbaux avec Montavon, se dessine pourtant pour nos auteurs de sous-littérature la possibilité de s’éveiller peu à peu au fait que l’écriture pourrait être pour eux une recherche d’une certaine vérité, d’une certaine authenticité et non une fabrication artificielle composée de clichés, de stéréotypes, d’un canevas reconductible à l’infini et de satisfaction des bas plaisirs de leur lectorat. Roger Borloz est manifestement irrécupérable, les deux autres entrevoient un autre avenir littéraire possible ou en tout cas la capacité à le provoquer, à affronter les véritables affres de l’écrivain.

L’idée est sympathique, des passages drolatiques, le livre pas déplaisant, mais au final cela n’excite tout de même pas beaucoup les méninges ! Les personnages et les scènes sont assez caricaturaux, le roman se veut apparemment un pastiche du roman de gare : le héros, champion de judo, qui tombe dans l’opprobre du roman de gare avant de se régénérer par la littérature, la vraie. Du coup, l’histoire de Chaubert, ressemble aux romans d’alpinisme, de rafting, de football, de tennis, de motocross… qu’a écrits Berchaut, plus exactement à celui de judo qu’il n’a jamais écrit et qui serait celui que nous tenons en main, une première version en quelque sorte de sa volonté d’aller progressivement vers une autre littérature.

Avis : **

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire