Pinicho / T. Dedieu. - Seuil, 2015. - (Bon pour les bébés)

Sur le même principe que Oulibouniche, Thierry Dedieu développe ce virelangue, autour d'autres oiseaux. Une pinicho, une oinichba, libounich... tous ces volatiles, représentés en noir et blanc avec des mines ahuries, nous enchantent dans la forme et dans la langue et ne manqueront de séduire les tout-petits.
N'oubliez pas de vous entraîner pour une lecture à voix haute qui, maitrisée, sera forcément jubilatoire !

L’Algérie, c’est beau comme l’Amérique / O. Burton ; M. Grant. - Steinkis éditions, 2015

Petite fille de pieds noirs, Olivia a toujours entendu parler de l’Algérie. Après le décès de sa grand-mère, elle tombe sur ses mémoires. 10 ans plus tard, Olivia décide d’aller sur place. Djaffar sera son guide…
Très beau roman graphique en noir et blanc sur la quête des origines, l'histoire de l’Algérie.
BD émouvante, pleine d'humour. On ressent le pays et les quelques irruptions de couleurs de temps en temps ne gâchent en rien cette très belle surprise.

La Petite barbare / Astrid Manfredi. - Belfond, 2015

Elle a 20 ans et est condamnée à 7 ans de prison. Elle est née dans un milieu pauvre. Le père ne fait rien que se vautrer à longueur de journée dans le canapé et la mère, soumise, fait encore, pour peu de temps, des ménages. Ensuite elle chômera et se consacrera à la picole. La gamine qui ne veut pas de cette vie minable apprend très vite que « tout s’achète de la machine à laver jusqu’au désir ». Alors on vole, on fait la pute, on boit, on sniffe et à l’intérieur d’un petit gang constitué on monte encore d’un cran jusqu’à l’ultra-violence. Elle ne participe pas directement aux violences si ce n’est comme rabatteuse. On ne peut pas dire qu’elle atteint le bonheur dans ce mode de vie : « Nos poches sont pleines et nos sourires vides ». Celle qu'en prison on nommera La Petite Barbare revisite son court mais chargé passé en attendant sa libération.
Le ton est cru, c’est un roman brut, non dépourvu de qualités, il m’a remis en mémoire le « Lila dit ça » de Chimo (Plon, 1996) où Lila était une parfaite allumeuse de banlieue. Il y a des choses intéressantes, je suis loin pour autant de partager l’emballement d’une partie de la critique littéraire.

Avis : *

La seule façon de te parler / C. Ytak. - Nathan, 2015. - (Mes années collège)

Seule la présence d'Ulysse permet à Nine de supporter le collège. Hormis ce rayon de soleil, le bruit et l'agitation qui y règnent lui sont insupportables. Mais Ulysse est assistant d'éducation et elle ne peut croire raisonnablement à la romance fantasmée. Ce qui ne l'empêche pas de tenter sa chance en se rapprochant de Noah, son petit frère. Il est sourd ? Aucun problème, Nine apprend en tâtonnant la langue des signes, fascinée par « la beauté de ses mains qui dansaient dans l'air. »
Au fur et à mesure des progrès réalisés et de la communication grandissante, Nine  se rapproche de Noah, oublie un peu Ulysse...
Jolie histoire d'amour bien sûr mais aussi très beau roman sur la surdité qui n'est pas ici présentée comme un handicap. « Ils ont une langue, une culture, ils se sentent juste différents, voilà. » Nine avec sa phobie scolaire et Noah, dans sa difficulté de s'intégrer au monde des entendants, se rejoignent dans leur différence qui a forcément moins de poids maintenant qu'elle est partagée...

Juste avant l’oubli / Alice Zeniter. - Flammarion, 2015

Franck est par vocation infirmier. Il vit depuis huit ans avec Émilie et il aimerait bien avoir un enfant avec elle. Émilie, elle, cherche toujours un peu sa place et au lieu de faire un bébé se lance dans une thèse sur Galwin Donnell, célèbre écrivain écossais, maître du polar, mystérieusement disparu. Franck encaisse tant bien que mal leurs différends, plutôt mal que bien d’ailleurs. Afin de mener à bien ses recherches, Émilie séjourne sur Mirhalay, une île de l’archipel des Hébrides, où elle doit aussi organiser des journées d’études consacrées à Donnell qui y termina sa vie, vingt-deux ans après son installation. Tandis qu’ils s’étaient quittés sur une dispute, Franck l’y rejoint trois mois plus tard avec la ferme intention de la demander en mariage. Mais, sur cette île loin du monde, inquiétante, où un peu du passé semble toujours présent, avec cet écrivain disparu et qui pourtant prend toute la place, les choses vont-elles se passer comme prévues ? Un roman très agréable et sacrément intelligent et maîtrisé.

Avis : ***

Camille, mon envolée / Sophie Daull. - Philippe Rey, 2015

« J’écris comme on dépollue des sols rendus infertiles par une catastrophe industrielle »
Il s’agit censément d’un premier roman mais on sera libre d’y voir un récit sous forme de témoignage et non un roman. Il n’y a en effet et hélas rien d’imaginaire dans ce livre dont le thème est la mort soudaine de Camille, 16 ans, la fille unique de Sophie Daull, la veille de Noël, après quatre jours d’une fièvre inexplicable.
Le livre entrecroise le récit de ces jours terribles jusqu’à l’enterrement et une espèce de tendre correspondance post-mortem avec Camille. Comment dire ? C’est pudique, limpide, beau, émouvant, courageux, salvateur. Comme une épitaphe rédigée dans une écriture remarquable (« Comment finir d'écrire ta fin ? »), avec ces petits détails qui ne peuvent s’inventer. Que j’aime ces « rires emmouchoirdés » au cimetière ou cette « joue tout abricotée de sommeil » ! Belle et très appropriée couverture que ces nuages blancs d’Eugène Boudin. A lire absolument. Un texte m.a.g.n.i.f.i.q.u.e. Sûrement l’un des incontournables de la rentrée littéraire 2015.

Avis : ***

Camille, mon envolée / S. Daull. - Philippe Rey, 2015

C’est un hommage bouleversant comme on aimerait être en mesure d’en porter à chacun de nos envolés. L’hommage d’une mère à sa fille de 16 ans qui en 4 jours cède le statut de grippée à celui de décédée. De façon irrémédiable et incompréhensible. Sophie Daull nous convie à sa peine insondable, tellement familière pour qui a vécu le deuil, nous invite dans son intimité en interpelant sa fille (« Tu t’es couchée avec 38° et la tête lourde. Tu ne t’es jamais relevée»), en évoquant Papa (« Papa est hanté, je le sens, par l’absence de réponse»).
Le ton est juste, qu’il exprime la peine insondable, l’hébétude de continuer à vivre, même s’il s’agit d’une « vie mimée », d’une « vie talée » ou encore les « mauvaises pensées (…) du sarcasme indigent. De l’humour aigre. » Heureusement, il y a «  les larmes des autres qui tapissaient notre douleur, la matelassaient en quelques sortes » et ce livre, qui loin de donner un sens à cette perte sidérante, permet de prolonger le souvenir, en nous le faisant partager. « Écrire, c’est te prolonger ».

Mes parents sont dans ma classe / L. Blanvillain. - Ecole des loisirs. - (Neuf)

Fanny a tellement souhaité que ses parents comprennent quel calvaire elle vivait au collège, que la voici prise au mot : ses parents se réveillent en ayant gardé toute leur personnalité mais en retrouvant une enveloppe extérieure d'enfants de  11 ans. Tous trois se retrouvent à l'école -dans la même classe !- avec la complicité du proviseur.
Quel rêve d'être un enfant avec l'assurance et les connaissances d'un adulte ! On peut remettre en cause un professeur aux méthodes pédagogiques douteuses, avoir le recul pour cerner la personnalité difficile d'une élève, on peut même sauver un professeur ! Pour Fanny, l'expérience est plus mitigée...
L'exercice de régression temporelle est vraiment réussi, sans les facilités dont abusent souvent les auteurs dans cet exercice.
Les enfants dès 8-9 ans bien au-delà riront beaucoup aux nombreux clins d’œil qui leur sont adressés, dressant un tableau assez tendre des relations parents-enfants.

Lettre à Line / A. Billon. - Alice, 2015. - (Tertio)

Louise écrit à Line. Line fut sa meilleure amie et un jour, à 14 ans, n'a plus eu faim ; elle est devenue le squelette. Louise l'a défendue, un peu, mais elle appréciait tellement d'être enfin appréciée, intégrée au groupe... Alors elle a laissé Line s'éloigner, dériver, s'évaporer.
Cette lettre est un mea culpa, un déroulé des évènements, de l'inconscience au déni, et enfin à la prise de conscience tardive et alors inutile. Un texte court  et dramatique sur l'adolescence et ses amitiés, sur l'anorexie et l'impossibilité de se rattacher au monde.
« Je veux juste fermer mon corps, si c'est possible.  »

Sans état d’âme / Yves Ravey. - Ed. de Minuit, 2015

Un touriste américain débarque près de Dammartin-les-Templiers dans le Doubs. Il y tombe amoureux de Stéphanie qui est employée dans un bar de nuit. Gustave Leroy dit Gu connaît bien Stéphanie, c’est une amie d’enfance, sa voisine, et il en est aussi amoureux. Depuis que Blanche, la mère de Stéphanie, a parlé à Gu d’un grand projet immobilier qui nécessite son expropriation les rapports se sont tendus. Et voilà que l’américain, qui avait promis un mariage aux States en bonne et due forme à sa belle, disparaît. La dernière chance de Stéphanie ? Que Gu accepte d’enquêter. Mais confier l'enquête à l’assassin n’est peut-être pas une si bonne idée.
 Que dire de ce nouvel opus du Bisontin Yves Ravey ? Il est assurément dans la lignée des précédents, toujours un texte ciselé, efficace, tout en tension et en rancœurs au sein d’un groupe de proches, flirtant avec le roman noir. C’est un moment de lecture agréable mais peut-on espérer que l’auteur, très rôdé sur ce type de roman, nous surprenne un jour en décalant un peu les lignes ?

Avis : **

Mauvais fils / R. Frier. - Talents hauts, 2015. - (Ego)

Longtemps, il a tout fait pour être le fils parfait de ses parents. Celui qui correspondrait à leurs espérances. Mais Ghislain doit finir par reconnaître ce qu'il est : un jeune homme absolument pas intéressé par l'électricité. Et attiré par les hommes. Oui, un pédé. A qui son père ne dira plus « mon fils » mais  « Dégage ! Fous le camp. Je t'ai pas élevé comme ça. »
Ce pourrait être le début d'une dérive mais après une nuit passée dehors, le mauvais fils demande de l'aide. En ayant la curiosité et le courage de devenir ce qu'il est, en comprenant qu'on ne se définit pas un étant un « vrai mec » mais une « vraie personne »,Ghislain trace son chemin et grandira, dans l'amour, bien plus fort que son père.

Le Cœur du problème / Christian Oster. - L’Olivier, 2015

Un soir, Simon, conférencier en histoire, rentre chez lui et découvre le cadavre d’un homme sur le ventre dans son salon, tombé de la mezzanine où se trouve la chambre. Sa femme, Diane, gastro-entérologue à l’hôpital, ne lui dit pas grand-chose, sortant de son bain, elle s’habille et quitte le domicile en lui laissant entendre qu’en quelque sorte il serait bien aimable de gérer la situation. Voilà un cadavre bien encombrant, et si on ne saura jamais vraiment s’il s’agit de celui de l’amant de sa femme, il est en tout cas le révélateur d’une relation de couple qui se délitait sans que Simon, le narrateur, en ait eu une nette conscience.
Histoire un peu inquiétante, d’une lecture agréable, où l’on observe un ton et une façon de faire qui n’est pas sans rappeler les éditions de Minuit, ce qui évidemment est une faible surprise puisque Christian Oster est un ancien auteur de ces éditions.

Avis : **

Petit renard / Xiang Hua ; Studio One. - Editions Fei, 2015. - (Minorités)

Un vieux couple sans enfant trouve un renard transi de froid, qui s'éveille bientôt à la parole. « Le fils que nous n'avons jamais eu » se disent-ils. Mais Petit renard déplore de ne pas avoir une apparence humaine et décide de partir à la recherche de la déesse Ni-Sang, mère de tous les êtres vivants. En chemin, des adjuvants, des opposants, et Petit renard déterminé...
Si l'histoire est classique, l'originalité du conte réside dans l'illustration, irrésistible de tendresse, et dans l'aspect documentaire subtilement amené dans la collection, pour nous inviter à découvrir des Minorités, ici les Ewenkis, ethnie de Mongolie.
Beau, émouvant, instructif.

La Petite femelle / Philippe Jaenada. - Julliard, 2015

Voilà un livre absolument passionnant. Un pavé de 700 pages sur l’affaire Pauline Dubuisson (1951) que nous ne résumerons pas ici sauf pour dire que Pauline tue de trois balles son ami Félix qui s’est fiancé avec une autre. Le procès ressemble à un lynchage peu objectif et qui paraît reposer plus sur le fait que Pauline est considérée comme une femme de mauvaise vie, ses mœurs (notamment son passé durant l’Occupation allemande de Dunkerque), que sur son crime. Si on peut entendre le choix de l’humour fait par l’auteur, on mettra tout de même au chapitre des regrets :
- un peu d’inélégance d’entrée dans la critique du livre (pourtant superbe, même si dans une autre optique) de Jean-Luc Seigle (« Je vous écris dans le noir ») paru un an plus tôt sur le même sujet et sans lequel je n’aurais probablement pas lu celui-ci.
- des digressions nombrilistes, absolument superflues et souvent déplacées (sur le mot saucisse p. 31, sur une biture de l’auteur p. 216 à 222, sur sa femme qui l’a trompé p. 244 et encore p. 545…)
- un persiflage excessif : « Et le cul de ma tante, c’est du poulet basquaise » p. 411, « Ça va chier des bulles » p. 576
Malgré tout cela, qui peut être parfois horripilant, Jaenada se livre ici à un long et impressionnant travail de reconstitution, savamment documenté et digne d’admiration.
Enfin, on se demandera, une fois encore, alors que l'auteur affirme avoir voulu réaliser une parfaite non-fiction, comment celle-ci peut se retrouver au rayon "Romans".

Avis : ***

Cases blanches / S. Runberg ; O. Martin. - Bamboo, 2015. - (Grand Angle)

Vincent Marbier, auteur de BD, est en panne d’inspiration depuis plusieurs années après l’énorme succès qu’a eu le premier tome de sa série. Va-t-il arrêter sa carrière ? D’autant plus qu’il subit les pressions de l’éditeur. Il souffre du syndrome de la case blanche et s’engage dans une quête de l’inspiration retrouvée.
L'auteur nous livre ici le quotidien d’un artiste en prise avec ses incertitudes, face aux attentes du public. Par ailleurs, il montre parfaitement les dessous de la création de BD. C'est un constat réaliste, instructif et sans concession du métier. Le dessin sépia sert utilement un scénario très bien ficelé.

Enola et les animaux extraordinaires t.1 : La gargouille qui partait en vadrouille / J. Chamblain. ; L. Thibaudier. - Editions de la Gouttière, 2015

Enola est une vétérinaire un peu particulière. Accompagnée par son chat Maneki, elle s'occupe des animaux légendaires. Enola est donc sollicitée par le prêtre du village qui est fatigué de voir Monsieur Gargouille se déplacer sans arrêt.
Premier tome très réussi, plein d'énergie, très drôle. A suivre !
Par le scénariste des Carnets de Cerises.

New York Four / B. Wood ; R. Kelly. - Urban Comics, 2015. - (Indies)

Ce comics raconte l'histoire de quatre jeunes étudiantes : Riley (le personnage principal), Merissa, Ren et Lona vivant à New-York. Colocataires, elles passent par de nombreuses périodes difficiles. Périodes auxquelles toute jeune femme est confrontée : les difficultés scolaires, les conflits familiaux et les peines de cœur. Mais elles vivent aussi de bons moments de bonheur.
Ce comics est une véritable photographie de la jeunesse new-yorkaise. Destiné à un jeune public féminin, il est, à travers ces tranches de vie touchantes, une chronique sur le passage à l'âge adulte.
Très bonne surprise. Le scénario de Brian Wood (auteur de Northlanders et de DMZ), que l'on n'attend pas dans un tel registre est très bien ficelé. Il se marie parfaitement au dessin très fouillé de Ryan Kelly.

Tamara t.13 : Entre les deux, mon cœur balance / Zidrou ; C. Darasse. - Dupuis, 2015

Tamara sort toujours avec Diego mais il est loin dans son pensionnat. En revanche Kessi est là, toujours prêt à lui rendre service, beau, sympa, intelligent. Tamara se retrouve dans une situation nouvelle : incapable de faire un choix. Dans ce tome une problématique plus adulte est abordée : mentir.
Tamara reste donc une très bonne série pour filles. Les rapports entre les filles/garçons sont bien vus. Par ailleurs, on constate qu'avec le temps Tamara grandit au fil des numéros avec son public.

Premier Automne / Aude Danset et Carlos De Carvalho. - Melting Productions, 2015

Premier Automne est un court métrage d'animation en couleur et sans paroles, mettant en scène deux enfants terriblement solitaires, une fille et un garçon, évoluant chacun dans leur saison, l'été pour la première, l'hiver pour le second. La curiosité et la mort les pousseront à se confronter, puis à se rencontrer vraiment pour créer le premier automne du monde. La mise en animation et la musique originale (de Frédéric Boulard) sont d'une belle intensité et confèrent beaucoup de puissance à ce petit bijou de 10 minutes ! Une belle réussite !

La licorne : c'est pas toujours pratique d'être une créature fantastique / Sibylline ; M. Voyelle. - Des ronds dans l'O

Une licorne, c'est beau, rare, féérique... En tout cas si l'on se cantonne à l'image d’Épinal. Mais une licorne, vue par Sibylline et Marie Voyelle, a une vie bien plus problématique. Elles ont même « des tas de soucis. » Démonstrations à l'appui avec des situations des plus embarrassantes (pour elles) et des plus drôles (pour nous) : faire du sport, aller au cinéma, jouer à cache-cache, porter un chapeau, tout cela est diablement compliqué pour une licorne.
Dessins très colorés, humour absurde et efficace, un album sympathique pour les petits, dans cette série de bonne augure.
Une double page finale nous invite à suivre les instructions, formes improbables à l'appui, pour dessiner, une licorne.

Le grand méchant renard / B. Renner. - Delcourt, 2015. - (Shampooing)

Un renard développe une nouvelle stratégie pour assouvir sa faim : voler des œufs, élever des poussins puis les manger. Mais le plan tourne mal quand il se découvre des instincts maternels.
BD animalière humoristique où l'on rencontre un chien flemmard, des poules hystériques et un renard trop gentil pour croquer les poules. BD dynamique, très drôle. C'est plein de tendresse, de situations délirantes, de poésie, les dialogues sont savoureux.  Bref, un très bon moment de lecture pour les petits et pour les grands. A ne pas manquer. Il est aussi disponible en Turbomedia (procédé permettant aux lecteurs de contrôler la vitesse de lecture, de devenir acteur).

La fille et le cheval blanc : aux origines de la soie en Chine / C.-L. Yeh ; M. Lee-Diebold. - Hongfei, 2015

Pour combler l’absence de la mère, le père a offert un poulain blanc à sa fille. Ils grandissent ensemble, deviennent les meilleurs amis, d’autant plus lorsque le père est appelé à la guerre. Malgré cette complicité, son père lui manque... « Cheval, cheval, si tu pouvais ramener Père, je te prendrais pour époux. » Galvanisé par la promesse, le cheval réunit bientôt père et fille et attend sa récompense.
Un conte chinois étiologique illustré en tissus et coutures mêlés, pour mieux représenter la symbiose terrible entre la jeune fille et le cheval, origine imaginée des vers à soie. Une double page documentaire complète le conte.

Monsieur Hulot à la plage / D. Merveille, d’après J. Tati. - Rouergue, 2015

Nous sommes ravis de retrouver Monsieur Hulot, cette fois-ci en vacances. Même à la plage, il ne se sépare pas de son costume et de sa pipe, tente, avec sa gaucherie légendaire, de s’installer sur un transat. Mais le monde semble s’être ligué pour l’empêcher de s'installer et de lire son journal. Il réagit à ces aléas avec bonhommie, se laisse porter par les évènements, dériver vers d’autres eaux…
Un univers poétique à l’humour subtile, tout en nuances de noir et blanc, qui constitue un hommage toujours aussi réussi au personnage de Jacques Tati.

Kersten, médecin d'Himmler t.1 : Pacte avec le mal / P. Perna ; F. Bedouel. - Glénat, 2015. - (Grafica)

Juin 1941, Himmler ne peut se passer de son médecin Kersten qui le soulage de maux d’estomac. En guise d’honoraires, celui-ci obtient la libération de certains prisonniers de guerre. Ce pacte avec le diable commence à intriguer Heydrich, chef de la Gestapo et bras droit d’Hitler. Il soupçonne Kersten d'être agent allié infiltré.
Entre fiction et réalité, l’auteur raconte le parcours incroyable de ce médecin.
La BD est un mélange de thriller noir, d'espionnage et lutte de pouvoir où la tension est extrême. Le tome 2 est attendu avec intérêt.

L’île aux femmes / Zanzim. - Glénat, 2015. - (1.000 feuilles)

Céleste Bompard, as de la voltige, est également un grand séducteur auprès des femmes. Lors de la Grande Guerre, il est chargé de transporter les lettres que les soldats écrivent à leurs femmes. Au cours d’une mission, un tir ennemi crashe son avion sur une île paradisiaque. Céleste y découvre un jardin d’Eden peuplé de femmes. Elles le capturent pour remplacer leur « reproducteur » actuel. Il devient alors esclave et chaque soir, il leur lit une lettre de poilus. Va-t-il pouvoir s'échapper ? Par quel moyen ?
Album truculent et féministe, à lire absolument. Humour grinçant, dessin très sympa, trait sobre et élégant. 

Brainless / J. Noirez. - Gulf Stream, 2015. - (Electrogène Fantastique)

Jason est une « doigt d'honneur adressé à la réalité ». Un zombie, un mort vivant, un « subvivant », un « syndrome de coma homéostatique juvénile ». Ils sont 433 dans ce cas, à avoir été déclarés mort avant de revenir à la vie. Pour le reste, leur vie n'est pas si différente, si ce n'est que le corps doit être nourri au formol pour rester intact et que le cerveau est plus lent. Jason, avant et après sa mort, reste donc Brainless, « l'écervelé, le gentil crétin du bout de la rue ». Ce qui ne l'empêche pas de séduire la mystérieuse Cathy et de sauver une bonne partie des lycéens de Vermillion d'une tuerie de masse.
Voici un roman qui détonne ! Des scènes d'horreur crues, de l'humour qui s'immisce aux moments les plus impromptus (rire franc et nausée bataillent), une vision sans concession de l'adolescence et plus globalement de l'être humain, de la société. Les plus décérébrés, les plus Brainless, ne sont pas là où on les attend.
Avec ce texte de la nouvelle collection Electrogène, Gulf Stream a réussi l'exploit de me faire apprécier un genre qui a priori me rebute : l'horreur fantastique. Parce qu'il l'étoffe de propos sur la violence, la mort, dans une décontraction indolente qui rajoute à l'humour froid, grinçant.
« Que peut-il espérer des vivants, à part de la défiance, de la cruauté, des sarcasmes ? Jason n'a pas attendu de mourir pour se résigner. Il a toujours été résigné. »

Profession du père / Sorj Chalandon. - Grasset, 2015

Ah il en a fait des choses ce père ! Il aurait été chanteur ténor, gardien de but professionnel, militaire parachutiste, pasteur pentecôtiste en Amérique, professeur de judo au Japon et on en passe. Qui ne rêverait d’un tel père ?! Pourtant, c’est bien curieux car il passe ses journées à s’ennuyer au garage de son ami Legris et se paye une belle réputation de mauvais payeur dans divers commerces. Fervent gaulliste, quoique probablement du mauvais côté en 39-45, il fait de Salan son héros lorsque De Gaulle trahit l’idée d’une Algérie française. Peut-être bien que, profitant des silences de son épouse, il a une certaine tendance à travestir la réalité. Et le malheur c’est qu’il embrigade son fils, encore crédule, dans ses délires.
Un récit entre violence (physique et psychologique) et folie, le tout avec un auteur qui exerce avec brio la politesse du burlesque. C’est vraiment un bon livre !

Avis : ***

Monstres ! / G. Duarte. - Paquet, 2015. - (Perfectum)

Histoire du vieux Pinto qui face au désespoir des habitants d’une ville brésilienne et à la peur que les monstres suscitent en eux, décide d’intervenir. Pêcheur, il parvient à rétrécir les monstres. Mis dans des bocaux, ceux-ci deviennent alors ses trophées.
BD muette, très bien faite.

A silent voice t.1 / Y. Oima. - Ki-oon, 2015. - (Shonen)

Histoire de Shoko, jeune fille sourde qui malgré sa volonté de s’intégrer à la classe, est victime de «persécutions » de la part de la forte tête de la classe : Shoya. Celui-ci est alors dénoncé par le reste de la classe, lorsque Shoko est contrainte de quitter l’école. Il devient alors la tête de turc de ses anciens amis et camarades. Il va alors tout faire pour la retrouver et apprendre la langue des signes.
Manga qui a pour sujet l’acceptation du handicap par les jeunes enfants mais aussi et surtout la difficulté qu’ont les personnes handicapées à être pleinement intégrées, acceptées dans une classe « normale ».  Série en 7 tomes.

Sauvage : biographie de Marie-Angélique Le Blanc, 1712-1775 / A. Bévière, J-D. Morvan ; G. Hersent. - Delcourt, 2015. - (Mirages)

Depuis plusieurs jours, on aperçoit un être sauvage proche du démon dans la campagne de Saint-Martin-aux-Champs dans la Marne. Pourtant, après sa capture on réalise qu’il s’agit tout simplement d'une jeune fille … Recueillie dans une riche famille puis élevée dans un couvent, elle va se civiliser et deviendra une femme cultivée et brillante dans les salons de l’époque des Lumières. 
« Sauvage » est l’histoire romancée de Marie Angélique Leblanc. Le scénario se déroule entre flash-back et vie de Marie-Angélique à l’âge adulte. Les auteurs ont réalisé un véritable travail de recherche avec une réelle démarche historique. Le dessin aux tons sépia s’allie merveilleusement à cette réflexion sur le mythe du bon sauvage, car qui ? des indiens, des colons français, des animaux, des contremaîtres, des religieuses, qui est plus humain que cette jeune enfant survivant dans la forêt entre Marseille et la Marne ? 

L'étrange vie de Nobody Owens t.1 / P. Craig Russell ; S. Hampton, J. Thompson ; d'après N. Gaiman. - Delcourt, 2015. - (Contrebande)

Histoire d’un jeune bébé devenu garçon qui se réfugie dans un cimetière, afin d’échapper à l’assassin de sa famille. Là, il a la capacité de voir les morts. Ces derniers décident alors de le protéger. Il est d’ailleurs élevé par les défunts époux Owen et aura pour tuteur Silas, une sorte de vampire. Sa seule contrainte sera de ne pas sortir du cimetière. Mais l’assassin a toujours pour but de le tuer…
Très belle adaptation du roman fantastique de Neil Gaiman servi par des dessinateurs talentueux dont Jill Thompson (auteur de Bêtes de somme).
On est happé très rapidement par l’histoire. Vivement le tome 2.
 Voir la notice

Cassandra / Todd Robinson. - Gallmeister, 2015. - (Neonoir)

Premier roman. Potes depuis l’orphelinat, Boo et Junior, deux malabars, ont monté une agence de sécurité. Bref, ils sont videurs au Cellar, un bar où sont organisés des concerts. Un soir, après que Boo a défendu des ados contre un type agressif, une gamine aux cheveux rouges le trouble en l’embrassant sur la joue et en le qualifiant de « mon héros ». Peu de temps s’est écoulé lorsqu’on vient lui faire une proposition inhabituelle : retrouver contre un gros paquet d’argent la jeune Cassandra, fille du procureur de Boston, candidat à la mairie, qui a fugué. La somme est alléchante, Boo, depuis son enfance, ne supporte pas les brutes et il s’avère que Cassandra, qui n’est autre que la fille aux cheveux rouges, a de bien mauvaises fréquentations. Pourra-t-il la sortir de ce mauvais pas ? Être son ange gardien ? Boo et Junior, les gros durs au cœur tendre, contrairement à de nombreux duos, ne sont pas du tout antinomiques, ils se ressemblent même comme deux frères. Hardy et Hardy en quelque sorte... Des dialogues savoureux, un bon roman noir dans la grande tradition. Certains personnages auraient pu apparaître dans les extraordinaires romans d’Harry Crews.

Avis : **

2084 : la fin du monde / Boualem Sansal. - Gallimard, 2015. - (Blanche)

A travers ce roman, Boualem Sansal paraît vouloir marcher dans les pas de deux gigantesques chefs-d’œuvre de la littérature mondiale : « 1984 » de Georges Orwell et « Le Château » de Franz Kafka. Après une Grande Guerre sainte victorieuse, nous sommes en Abistan, un immense pays dont la population ne connaît les limites, qui tire son nom du prophète Abi. Y règne une espèce de régime relevant du totalitarisme religieux dont la puissance est liée à l’amnésie et la soumission savamment entretenues de ses sujets. Revenant d’un long séjour dans un sanatorium éloigné de tout, Ati, protagoniste du livre, ose, lui, se poser des questions et rejoint la capitale. Il découvre l’existence d’un groupe de renégats.
« 2084 : la fin d’un monde » est un grand coup de cœur de la rentrée littéraire 2015 pour pas mal de critiques littéraires, ils considèrent même qu’il s’agit du meilleur roman de l’auteur. Je dois vous faire un aveu : j’ai capitulé à la moitié du livre. Difficile donc d’avoir un jugement global, sans avoir été au bout de sa lecture, mais je me suis ennuyé ferme et le ton, parfois démonstratif, didactique, manquant de finesse, n’a pas manqué de m’agacer. Chacun se fera son propre jugement…

Avis : *

Le Printemps des barbares / Jonas Lüscher. - Autrement, 2015. - (Littératures)

Le nommé Preising, PDG suisse, et un autre individu se parlent lors d’une promenade qui semble se dérouler dans le périmètre restreint du parc d’un hôpital psychiatrique. Le premier raconte l’aventure, ou la mésaventure, qui lui est arrivée lors de ses vacances en Tunisie. A cette occasion, il s’était retrouvé dans un luxueux complexe hôtelier au milieu du désert, dans une palmeraie. Était également présent un groupe de richissimes londoniens, travaillant tous dans le milieu de la bourse, qui paradaient à l’occasion du mariage de l’un d’entre eux. En une nuit tout change, les banques anglaises font naufrage et la valeur de la Livre Sterling s’effondre.
Conte philosophique, étude de mœurs, roman de la crise du capitalisme, un peu de tout cela. En dépit de scènes hautes en couleur où se conjuguent panique et cocasserie, j’avoue ne jamais être vraiment rentré dans le roman, examinant tout cela avec une certaine froideur et un manque d’emballement.

Avis : *

Le crime du comte de Neville / A. Nothomb. - Albin Michel, 2015

Un aristocrate belge en difficultés financières et familiales apprend qu’il doit se séparer de son château, il décide d’organiser pour une dernière fois une garden-party. Mais il rencontre par hasard une voyante qui lui prédit qu’il s’apprête à organiser un évènement au cours duquel il assassinera un de ses invités. Tracassé par cette prédiction, il ne cesse de s’interroger sur l’identité de la personne qu’il devra éliminer, alors qu’il cherche sa future victime, sa fille cadette Sérieuse, une adolescente mal dans sa peau et qui désire en finir avec la vie, veut aider son père à accomplir sans dommage cette prédiction. Elle l’informe être au courant de la révélation de la voyante et se propose donc d’être cette victime. Le père bien sûr rejette cette idée, mais elle réitère mainte fois sa proposition, le père finit par l’accepter. Coup de théâtre, le jour de la garden-party, il n’y aura donc pas d’assassinat. Le suspense est maintenu jusqu'au bout, mais la chute est rapide. Cette histoire est calquée sur une nouvelle d’Oscar Wilde « Le Crime de Lord Arthur Savile». Ce roman sur l’adolescence, le mal-être, est farfelu et fantaisiste, enfin, je n'apprécie pas.

Délivrances / T. Morrisson. - C. Bourgois, 2015

Un couple de métisses met au monde une fille nommée Lula Ann, mais le grand bémol c’est que sa peau est trop noire ; l’incompréhension est telle que le père soupçonne la mère de l’avoir trompé et cela va les conduire droit à la séparation, il décide donc d’abandonner sa famille. La mère élève seule sa fille, cependant, elle le rejette et évite tout contact physique avec elle à cause de sa couleur de peau. Mais Lula Ann est prête à tout pour gagner l’affection de sa maman, elle ira jusqu’à faire un faux témoignage au tribunal pour arriver à ses fins. Devenue adulte, Lula Ann se fera appeler Bride, elle est d’une beauté sublime, sa vie professionnelle est une réussite : elle occupe un poste important dans la cosmétique et sa vie amoureuse avec Booker est comblée. Mais, les deux amants enfermés dans leur passé vivent dans le mensonge, le silence et les non-dits. Tout semble aller pour le mieux quand soudainement Booker la quitte sans explication, elle n’accepte pas ce nouveau rejet et se lance à sa recherche. L’histoire s’achève lorsque les deux compagnons réussissent à se libérer chacun du poids de son passé, commence alors un nouveau départ pour le couple.
Ce récit sur le rejet, le racisme et la violence m’a semblé un peu flou, au début on a l’impression d’être dans un brouillard jusqu’à ce l’auteur nous dévoile le fin mot de l’histoire dans la dernière partie du roman.
Très beau roman.

Un amour impossible / C. Angot. - Flammarion, 2015

Rachel et Pierre vivent une passion fulgurante, mais ils appartiennent à des milieux socioculturels différents, en effet, Rachel est secrétaire et vient d’un milieu modeste tandis que Pierre issu d’un milieu plutôt bourgeois occupe un poste de traducteur à la Cour européenne. De cette relation naît une fille nommée Christine, Pierre refuse de reconnaître l’enfant, il ne désire pas non plus épouser sa mère. Mais Rachel est une femme courageuse, elle élève sa fille seule, avec tendresse et affection. Rachel et Pierre entretiennent des relations très épisodiques, mais à l’adolescence de Christine, Pierre reconnaît officiellement sa fille, cette dernière subjuguée par l’intelligence de son père et par de nouvelles découvertes, s’éloigne de sa mère et leurs rapports deviennent conflictuels. Par la suite, Rachel apprend que Pierre viole Christine depuis des années, elle ne réagit pas. Au fil de la lecture, on assiste à la dégradation des relations entre Rachel et sa fille qui, lui reproche de ne pas avoir su la protéger de ce père manipulateur et méprisant, avec le temps elle se remet en question et abandonne ses accusations, se déroule alors à une réconciliation progressive entre mère et fille.
Les sujets traités sont difficiles, mais le texte est très beau et raconté avec simplicité. Ce récit sur l’inceste, la relation mère/fille est fort et touchant.

Le Testament de Marie / Colm Toibin. - Laffont, 2015. - (Pavillons)

Marie raconte la fin de son fils crucifié parce que soudain il s’est mis à prétendre être le Fils de Dieu : la résurrection de Lazare, les noces de Cana (avec la transformation de l’eau en vin), son fils marchant sur l’eau pour porter secours à un bateau pris dans la tempête, la libération de Barabbas et bien sûr le chemin de croix et la crucifixion. Pour elle, ses disciples n’étaient qu’une bande d’égarés qui, après coup, veulent réécrire l’histoire, fabriquer une légende colportable à travers le monde où Marie elle-même aurait un rôle plus honorable que celui qui fut réellement le sien. Son fils, selon eux, aurait sauvé le monde. Iconoclaste, elle répète trois fois : « Cela n’en valait pas la peine ». Une Marie femme et surtout mère avant d’être sainte ou Sainte Vierge et ne semblant pas croire une seconde que son fils puisse être le messie annoncé par les Écritures. On ne sait trop que penser de ce court roman ni de son intérêt. Ni de quoi on peut le rapprocher, j’ai pensé au Barabbas du Prix Nobel de littérature Pär Lagerkvist et aussi aux impressionnantes retranscriptions des visions mystiques de la Sœur Anne-Catherine Emmerich (retranscrites par Clemens Brentano). Je n’aime guère la couverture non plus.

Avis : *

Il faut tenter de vivre / Eric Faye. - Stock, 2015. - (Bleue)

Le narrateur qui pourrait être Eric Faye jeune s’attache à retracer le parcours d’une femme, Sandrine Broussard qu’il a rencontré vingt-trois ans plus tôt et qu’il considère comme son exact contraire. De qui s’agit-il ? D’une jeune femme qui a subi une mère à moitié folle, s’est mariée à dix-sept ans pour s’en libérer, a divorcé quelques années plus tard, ne lit que les magazines de mode (elle ne sait pas qui est le Premier ministre de la France !), rêve de ressembler à Sylvie Vartan, se fait remodeler le nez et les seins, se livre avec un nouveau compagnon à une remarquable série d’escroqueries astucieuses après avoir été en quelque sorte initiée par une grand-mère chapardeuse. La police étant sur ses traces, elle se fait oublier en Belgique sous un nom d’emprunt en attendant la prescription des faits, consommant amphétamines et alcool et pas loin de se transformer en pute. Donc malhonnête et remuante comme le narrateur, Pépito, serait exagérément honnête et un peu routinier. Eric Faye semble avoir mis quatorze ans pour venir à bout de l’écriture de ce roman. Nous avons parfois du mal à comprendre sa fascination, en tout cas nous sommes moins envoûtés par son récit qu’il ne semble l’être par son personnage. Moyennement enthousiasmant, beaucoup moins en tout cas que son « Nagasaki ».

Avis : **

Quand vous pensiez que j'étais mort : mon quotidien dans le coma / M. Blanchin. - Futuropolis, 2015

Jeanne va avoir 2 ans, son père Matthieu Blanchin, auteur de BD (Martha Jane Cannary avec Christian Perrissin), est victime depuis plusieurs mois de violents maux de tête. En ce jour d’anniversaire, il manque de mourir, victime de nausées, migraine et évanouissement. Il est conduit à l’hôpital. On lui découvre une tumeur au cerveau à opérer de suite. Conseillé par un de ses médecins, il raconte et dessine son quotidien, les visions qu’il a eues pendant son coma, mais également sa longue reconstruction. Un chemin pourtant magnifique pour lui et sa famille.
Matthieu Blanchin livre ici un témoignage intime et touchant, un souffle d’espoir.

La Clef sous la porte / Pascale Gautier. - Losfeld, 2015. - (Littérature française)

Quatre portraits, trois d’hommes et un de femme se déroulent en parallèle. Ils sont tous malheureux en amour et mal au travail. Il y a Auguste, un quinqua, prof de français célibataire, tendance communiste, qui se demande un peu à quoi il sert et souffre des rapports étouffants avec ses vieux parents, cathos tendance extrême droite, qui le considèrent comme un raté. Il y a Ferdinand, autre quinqua, qui se demande bien pourquoi il a épousé Martine qu’il méprise et qui le méprise et qui se fait insulter par Carla, sa fille de 16 ans, qu’il ne comprend plus depuis longtemps. Il y a José, qui s’est ennuyé toute sa vie dans son petit travail de fonctionnaire à la mairie, et s’ennuie à mourir désormais à la retraite, calé dans son fauteuil face à la télé, seul, immensément seul. Et puis, enfin, il y a Agnès qui hait les chemins tout tracés et la notion de réussite, aigrie contre tous, ne fréquentant que des hommes mariés pour ne pas s'engager, elle attend la mort de sa mère pour se sentir libérer d’un certain nombre de liens encombrants. Une belle brochette de gens mal dans leur vie, déconnectés, hors-jeu, que l’on suit en se demandant s’ils vont réussir à se libérer et comment. Le ton est résolument léger et caustique. Au final, on flirte un peu avec la mode du roman version bibliothérapie. C’est correct mais ça ne laissera pas nécessairement beaucoup de souvenirs.

Avis : **

Poison City / T. Tsutsui. - Ki-oon, 2015. - (Seinen)

L'histoire se déroule en 2020 lors des Jeux Olympique de Tokyo. L’auteur s’inspire de son vécu pour dénoncer les excès de la commission de censure avant la publication d'une œuvre. En effet, Mikio Hibino voit son manga d'horreur réaliste censuré puisqu’il a réalisé des planches pouvant choquer le public. Les ennuis commencent alors pour lui et son éditeur. Tetsuya Tsutsui, l'auteur de ce manga fait aussi référence à l’une de ses œuvres Manhole  qui a subi la censure au vu de certaines pages trop explicite (Exemple : un bras de mort-vivant sortant d’une plaque d’égouts.)
Histoire en 2 volumes (récompensée par le prix Asie de l’ACBD en 2015) qui montre une société japonaise marquée par un certain puritanisme. A découvrir.

Ad Astra : Scipion l’Africain & Hannibal Barca t.6 / M. Kagano - Ki-oon, 2015. - (Seinen)

Manga surprenant qui raconte de manière très fidèle « les guerres puniques » c’est à dire conflit entre Rome et Carthage. Ici l’auteur s’attache particulièrement à la rivalité entre le général carthaginois Hannibal et le romain Scipion l’Africain. On y voit les débuts de Scipion l’Africain, les victoires éclatantes d’Hannibal, les lourds revers de l’armée romaine.
Ce manga est extrêmement détaillé, fouillé puisque ce numéro est consacré uniquement à la bataille de Cannes, la plus éclatante victoire d’Hannibal sur les consuls romains Varron et Paul Emile.
Manga très dynamique, vivant, passionnant.

Southern Bastard t.1 : Ici repose un homme / J. Aaron ; J. Latour. - Urban Comics, 2015. - (Urban Indies)

Comics à l’atmosphère lourde, pesante. L’action se déroule en Alabama, où le héros Earl Teubb revient à Craw Country pour vider l’appartement de son oncle. Mais très vite il se trouve confronté à l’hostilité des habitants particulièrement belliqueux. Il entre en conflit avec l’entraineur de base-ball : Euless Boss qui a eu un contentieux avec son père.
Comics très dur, violent. Dessins où la couleur rouge prépondérante accentue cette atmosphère. Mais au-delà de cette violence, de cette brutalité quasi animale, ce comics est fort intéressant. En effet, il montre l’intolérance qui s’exerce dans les États du Sud des USA. Les auteurs parlant en connaissance de cause puisqu’ils en sont originaires. D’ailleurs la préface est glaçante puisqu’ils disent détester le sud.

Il était une ville / Thomas B. Reverdy. - Flammarion, 2015

Eugène, un ingénieur français, est envoyé à Detroit pour réaliser un projet industriel pour le compte d’un géant mondial de l’automobile. Mais nous sommes en 2008 (crise des subprimes) dans une ville qui livre un spectacle post-apocalyptique : maisons abandonnées, squatteurs, friches qui gagnent du terrain, crime qui prospère, jeunesse désœuvrée… Detroit est au bord d’une faillite qui sera d’ailleurs officialisée cinq plus tard. Parmi les autres personnages qui entremêlent leur destin : Candice, serveuse souriante dans le bar fréquenté par Eugène, Charlie, un jeune garçon de 12 ans, élevé par Georgia sa grand-mère, le gros Bill, le pote de Charlie, Max Roberts, espèce de parrain local, un caïd de la drogue, et puis l’inspecteur Brown, un vieux flic qui s’est mis en tête d’enquêter sur les nombreuses disparitions d’enfants dans une ville où tout disparaît de toute façon. Au final, le portrait saisissant d’une ville importante en plein effondrement, qui est le vrai protagoniste du roman, auquel s’ajoute la petite lueur d’espoir qu’incarne un Eugène qui ne veut pas se laisser broyer par la violence sociale et du monde du travail. La ville est dévastée mais lui veut se reconstruire. L’auteur parle, à juste titre, d’un tsunami économique du monde capitaliste.

Avis : **

Otages intimes / Jeanne Benameur. - Actes Sud, 2015. - (Domaine français)

Etienne est photographe de guerre. « L’appareil photo l’a toujours soulagé de la vue » mais ce jour-là il marque un temps d’arrêt, il regarde au lieu de photographier et de s’en aller. C’est ainsi qu’il se retrouve kidnappé et pris en otage. Libéré après une pénible captivité, il essaye de se comprendre, de se reconstruire parmi ses proches et dans son village. La romancière veut nous convaincre ici que quelle que soit la dureté extrême de l’expérience d’Étienne, nous avons tous à nous délivrer de nos prisons intimes, que nous sommes tous otages à des titres divers et souvent nos propres geôliers. En se décentrant assez souvent de son personnage principal, surtout dans la seconde moitié du livre, pour s’intéresser à tous les autres individuellement, elle n’échappe pas totalement à une sensation de mélo. Reste que les trois personnages féminins, Irène la mère, Emma l’ex-compagne, Jofranka l’amie d’enfance, sont puissants. La langue de Jeanne Benameur est toujours aussi belle, aussi limpide, cristalline disent certains. Un bon livre sans atteindre à mon avis ce qu’elle a fait de mieux.

Avis : **

La Dernière nuit du Raïs / Yasmina Khadra. - Julliard, 2015

Yasmina Kadra se glisse dans la peau de Mouammar Kadhafi lors de ses derniers jours, racontés donc par le tyran lui-même. La déchéance qui suit la toute-puissance. Issu du clan des Ghous, tribu des Kadhafa, bédouins du Fezzan, orphelin ou bâtard, en tout cas jeune officier de seulement 27 ans, responsable d’un coup d’état qui renverse la monarchie en Libye. Quarante-deux ans de pouvoir autoritaire exercés par un Raïs qui se veut Guide en n’étant qu’un dictateur sanguinaire, un mégalomane illuminé qui s’imagine en « Moïse descendant de la montagne un livre vert en guise de tablette » et qui prend plaisir à jouer au chat et à la souris avec les grandes puissances pour mieux les ridiculiser. Dans Syrte en ruine, sa ville natale, retranché dans une école désaffectée, un homme aux abois, de près de 70 ans, revisite son passé et se demande s’il est toujours l’enfant béni de Dieu, si une fois encore il va pouvoir échapper à la tragédie, rebondir à nouveau ou si Dieu s’est lassé de lui. Un texte intéressant, parfois très proche du théâtre.

Avis : **

Les Désenfantées / Nathalie M'Dela-Mounier. - Taama, 2015

Désenfantées (Les) | M'Dela-Mounier, Nathalie. AuteurUne pièce de théâtre au très beau titre, publiée par un éditeur de Bamako. Deux mères l’une française, Odile, l’autre malienne, Fatoumanata, découvrent avec stupeur que leur enfant est parti pour faire le Djihad. D’un côté il y a Alice qui a pris la route de la Syrie et pense œuvrer dans l’humanitaire, de l’autre Amadou qui s’est mis en tête de rejoindre les djihadistes dans le Nord du Mali alors que sa mère le croit parmi les migrants tentant leur chance pour l’Europe. Au cours de conversations téléphoniques avec Alice et Amadou, les deux mères, sœurs dans la douleur, essayent de comprendre et de réveiller quelque chose chez leur progéniture.

Fatoumata : « Même tes furieux qui tremblent devant la seule idée de la beauté des femmes doivent aussi respecter celle qui les a sortis de son ventre pour les jeter dans ce monde qu’ils veulent réformer par le glaive divin. La kalachnikov soviétique, plutôt ! »
Odile : « Si cela est Lumière, comment donc est l’obscurité ? »

Il est particulièrement intéressant de voir comment la littérature s’empare de sujets d’actualité aussi brûlants. En Belgique, la pièce « Djihad », histoire de trois garçons qui veulent partir en Syrie, mise en scène par Ismaël Saïdi, connaît un succès inattendu.

Avis : **

Crépuscule des bibliothèques / V. Stark. - Belles Lettres, 2015

Crépuscule des bibliothèques | Stark, Virgile. AuteurNon au numérique et non aux bibliothèques troisième lieu et quatrième lieu (essai).

D’aucuns auraient bien aimé classer l’auteur au rang des bibliothécaires systématiquement réfractaires à tout progrès, toute évolution technique. C’est que le bougre est violemment opposé au Dieu numérique et refuse, ô crime suprême !, de lui faire allégeance. Il semble en effet bien s’agir de divinité. Lors du dernier stage numérique auquel j’ai participé, je me souviens du tour de table organisé pour savoir combien nous possédions d’écrans (ordinateurs, téléphone, TV…) dans notre foyer. Le vaillant petit soldat du numérique, gagnant du jour, affirmait en avoir dix-sept, la belle affaire !, pour un peu on lui remettait la médaille du mérite numérique en remplacement de la médaille de la famille. Inutile de dire qu’il a été vain de faire du mauvais esprit en faisant remarquer que les têtes pensantes de la Silicon Valley envoyaient tous leurs enfants dans des écoles sans écrans.

Il n’est pas si simple de caricaturer Virgile Stark lorsqu’il s’attaque à la pensée unique, développant un raisonnement très intéressant qui modifie notre regard un peu trop binaire et facilement influençable. Il interpelle fortement son lecteur, s’il est parfois excessif c’est pour mettre le doigt sur les excès de l’autre bord. Au final, prenant des accents nettement orwelliens, il s’interroge sur l’avenir de l’homme face à la machine, ce qui, lorsque des savants fous réfléchissent à la modification du génome humain, la création de robots humanoïdes de plus en plus sophistiqués, l’intégration de neurones dans des circuits électroniques et autres petites manipulations d’apprentis sorciers, est déjà d’une actualité brûlante.

Époque de déshumanisation, de robotisation à marche forcée : caisses automatiques dans les magasins, services publics qui ne veulent plus accueillir de public à l’ère d’Internet… Déferlante infantile avec l’utilisation incessante des téléphones (de préférence en débutant au berceau), des forums (véritables défouloirs, riches en insultes, charabia et compagnie), des réseaux sociaux (et de leurs fameux amis, virtuels bien entendu)…

De simple contestataire, Stark réussit à s’élever au rang de lanceur d’alerte, Sibylle d’une inéluctable dérive, le tout dans un style talentueux. Paradoxalement, dans son illumination prophétique, il semble moins excessif que dans sa critique systématique du numérique et des nouvelles approches dans les bibliothèques modernes et ainsi rejoindre ce qui pourrait bien être une réalité demain. A savoir, comment insidieusement le numérique, la technicité… vont modifier l’homme lui-même, l’expression de sa liberté, sa capacité à penser (notamment son monde) et rendre superfétatoire la lecture réflexive.

Le titre est-il une allusion au « Crépuscule des idoles » de Nietzsche ? Il aurait bien pu en conserver le titre alternatif : « Comment philosopher à coups de marteau ». Décapant et assez salutaire. De quoi peut-être perturber les bibliothécaires dans leurs certitudes.

Avis : ***