Vernon Subutex I / V. Despentes. - Grasset, 2014

Vernon, ancien disquaire auréolé d'une certaine gloire, sombre lentement mais inéluctablement vers ce que l'on nomme la précarité. Plus sûrement encore depuis qu'Alex Bleach, grande rock star et ami, est mort. Radié du RSA, puis expulsé de chez lui, il trouve refuge auprès d'anciennes connaissances. Mais les bonnes volontés -la leur comme la sienne- se lassent et les solutions s'enchaînent, avec pour le lecteur une succession de portraits acérés.
Virginie Despentes ne nous laisse pas le temps de cerner les personnages. Une facette se juxtapose à une autre, l'empathie chasse le jugement et inversement, chacun se révèle en une complexité de paradoxes et de contrastes aussi vertigineux que déroutants. Dans le même sens, les chapitres confrontent le point de vue de Vernon et ceux des différents protagonistes, dessinant des identités fluctuantes et attachantes.
Ces portraits multiples forment comme un kaléidoscope de l'âme humaine, une vision de la société, avec un arrière-goût crépusculaire et quelque chose de l'ordre du sublime. Pour finir, l’incroyable force de ce roman est d'être sans concession,  dans une langue précise, pleine de colère et de sentences implacables, tout en étant empathique et flamboyant.

« Vernon n'a jamais eu suffisamment de suite dans les idées pour être vraiment déprimé. Ça l'a toujours sauvé. La gravité de sa situation ne parvient plus à l'intéresser. »

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