Au bord du monde / C. Drexel. - Arte éditions, 2015

Les images (de Sylvain Leser) sont superbes, donnant à voir les monuments les plus symboliques de Paris, auras dorées dans la nuit désertée. Première pensée : la ville est montrée dans une beauté insolente. Insolente parce que les autres protagonistes de ce film sont des personnes vivant dans la rue.
Puis, à l'écoute des témoignages de Wenceslas, Christine, Pascal, Jeny, Costel et les autres, on se dit que la volonté d'esthétiser cette réalité va de pair avec la tonalité des échanges : Claus Drexel a suivi pendant 10 mois ces habitants de la rue, les interroge dans une proximité physique et une délicatesse qui leur confère une dignité manifeste. Ces êtres fragilisés, qui ont l'habitude de déranger ou d'être ignorés, racontent leurs parcours, leurs difficultés à affronter les contingences matérielles quotidiennes mais aussi, et surtout, à résister à la tentation de « l'abandon de soi.»
Celui qu'on n'entendra pas, Henri, mais que l'on verra disparaître dans une brèche de tunnel, clôt le film de façon saisissante, bouleversante.
Cette galerie de portraits, des résistants, est d'utilité publique pour nous confronter à notre propre attitude, pour lutter contre le mépris ou l'ignorance d'une partie de la population toujours trop importante.
Les suppléments (entretiens avec des médecins spécialisés et les réalisateurs)  montrent davantage encore l'importance d'exister dans le regard de l’autre. Dont acte.

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