Légendes de la garde t.3 : La Hache Noire / D. Petersen. - Gallimard, 2014

Retour sur un personnage de cette excellente saga de fantasy animalière : Légendes de la garde qui narrent les exploits des souris appartenant à "La Garde". "La Garde" étant chargée de défendre les limites du Territoire.
Dans ce troisième tome, on suit les aventures de la souris Celanawe chargée d'escorter sa parente Ern. Elles partent à la recherche de "La hache noire" qui confère à son porteur, la mission de veiller sur le peuple des souris. Une véritable quête initiatique débute alors.
Excellent comics qui se déroule dans un univers comparable à celui du Moyen-Âge. Les dessins somptueux.
Ayant reçu plusieurs Eisner en Amérique, ce comics est à découvrir d'urgence.

Papa ne sait pas / A. Dary, B. Griot ; Cécile. Glénat, 2014

Aujourd’hui, comme tous les jours, Capucine va à l’école, mais c’est son papa qui l’emmène cette fois, car sa maman est à la maternité.
Super petit livre à 2 entrées : On y voit le point de vue du papa puis point de vue de la fillette. Cette dernière se rend compte assez vite que son papa ne sait pas lire.
BD qui a le mérite de parler de parler d'un sujet que l'on aborde pas souvent : celui de l'illettrisme.

Blast t.4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent / M. Larcenet. - Dargaud, 2014

Polza Mancini a fait irruption il y a cinq ans, encombré de son obésité pachydermique, et tout autant, à l'entendre, de toutes les humiliations de son passé. C'était l'amorce d'une œuvre monstre à quoi s'attaquait Manu Larcenet. Elle s'achève aujourd'hui, huit cents pages plus tard …
Fin d’une histoire complexe et douloureuse, très originale, dessin noir et blanc.

Zita, la fille de l'espace t.2 / B. Hatke. - Rue de Sèvres, 2014

Zita l'aventurière de l'espace est une légende vivante, mais aussi une ennemie publique n°1. Sa mission est de protéger la planète Lomponie, menacée par un terrible essaim de cœurs stellaires.
Ses ennemis : presque tout l'univers. De plus un robot copieur prend sa place et la voici abandonnée sur la planète. Prisonnière et abandonnée de tous, Zita doit s'évader et regagner la confiance de ses amis pour réussir ce qui pourrait bien être sa dernière mission.
Un deuxième opus encore plus réussi que le premier ! L’intrigue intéressante, en particulier l’usurpation d’identité par un robot. Le dessin original, agréable.

Un océan d'amour / W. Lupano ; G. Panaccione. - Delcourt, 2014. - (Mirages)

Un modeste marin-pêcheur breton se retrouve embarqué à l’autre bout du monde par un géant des mers. Celui-ci alors est contraint de manger les boîtes de sardines qu'il s'est toujours refuser à ouvrir. Inquiète, son son épouse part à sa recherche.
Longue et savoureuse histoire sans dialogues qui brasse beaucoup de thèmes actuels comme celui de la pollution des mers, des pirates...
Le dessin de Grégory Panaccione (auteur de match) est superbe.  BD extrêmement originale.

Saga t.3 / B.K. Vaughan, F. Staples. - Urban Comics, 2014 - (Indies)

Fille d'un amour interdit, Hazel raconte l'histoire d'un univers en proie aux conflits, à travers celle de ses parents. Alana et Marko s'aiment alors que Landfall et Wreath, leurs planètes respectives, sont en guerre. Ils se rencontrent lorsque Marko est fait prisonnier.
Scénario très original, très Bien écrit. Le dessin de Fiona Staples est superbe. Ce comics est au-dessus de tout ce qui sort dans le genre.
Les multiples récompenses que la série a obtenu ainsi que ses auteurs : Brian K. Vaughan (Y, le dernier homme) et Fiona Staples sont parfaitement justifiées.

Pablo t.4 : Picasso / J. Birmant ; C. Oubrerie. - Dargaud, 2014

1907. Le tout Paris ne jure que par un artiste : Matisse. Au Bateau- Lavoir, Picasso est fatigué par l'attitude de Fernande. Sa peinture évolue. Il ne veut plus être comparé à qui que ce soit, encore moins être relégué derrière Matisse. Il n'expose pas, mais tous les connaisseurs lui rendent visite dans son atelier pour voir sa nouvelle toile. Elle est immense et se nomme ‘’Le Bordel‘’. Elle passera à la postérité sous le titre des ‘’Demoiselles d'Avignon‘’. Quatre volumes pour retracer les dix années durant lesquelles Picasso est devenu un maître de la peinture.
BD très bien dessinée. Elle montre avec justesse les débuts, la misère de Pablo Picasso. Ce quatrième tome conclu magistralement cette série très documentée qui s’arrête au succès.

Bride Stories / K. Mori. - Ki-oon, 2014

Bride Stories est un manga historique, Sur fond de rivalité coloniale entre la Russie et la Grande-Bretagne en Asie au 19e siècle, le lecteur suit en parallèle les tribulations d’Henry Smith, ethnologue travaillant sur les traditions de l'Asie centrale, et agent de renseignement pour le gouvernement britannique, et l’histoire d'un jeune couple autochtone.
La série débute avec le mariage arrangé d'Amir, 20 ans, jeune femme indépendante, et douée avec un jeune garçon de 12 ans, Karluk, membre d'un clan voisin. Smith, ayant assisté au mariage, tente de se faire aussi discret que possible.
Au cours des tomes, les coutumes liées au mariage, l’élevage, le rôle primordial du cheval, l’artisanat, les conflits, les relations familiales, l’éducation des enfants, etc. sont présentés. La vie poursuit son cours tranquille pour Amir et Karluk, au gré des petites tâches du quotidien et de l’évolution de Karluk. Mais cette existence paisible est sur le point de voler en éclats ... Les terres fertiles du clan ont fait des envieux, et certains semblent déterminés à s'en emparer !
 L'auteur fait preuve d'une grande qualité graphique. Costumes, décoration, paysages, tout est détaillé, broderies et de tissus chatoyants, les bijoux et les armes qui complètent les tenues. Beaucoup de bonne humeur et d’émotions.
Ce manga est une grande réussite.  Il a d'ailleurs reçu le Prix Intergénations au Festival de La BD d'Angoulême en 2012.

Irmina / B.Yelin. - Actes Sud, 2014 - (L'An 2)

Dans les années trente, une jeune allemande ambitieuse, quitte son pays pour Londres afin de devenir secrétaire trilingue. Elle rencontre un jeune noir américain mais sa liaison prend fin de façon précipitée quand suite à la montée du nazisme elle est obligée de rentrer en Allemagne. Là, les aléas de la vie font que, malgré sa volonté de repartir, elle se retrouve mariée à un proche des Nazis et même si elle n'adhère pas aux idées, elle ne dit rien, ne lutte pas, ferme les yeux sur les crimes du régime.
Un roman graphique dense et impressionnant qui ne laisse pas indifférent.

Mascarade / F. Magnin. - Daniel Maghen, 2014

Gaëlle, 11 ans, passe ses vacances avec sa mère qui compte en profiter pour lui présenter son nouveau compagnon. Mais pendant que sa mère s'ennuie dans ce trou perdu, Gaëlle passe toutes ses journées avec Titou, un orphelin qui vit avec sa grand-mère. Celle-ci connaît toutes les traditions anciennes et notamment celle des masques, qui permet de visiter en rêve le domaine des esprits. Malgré les conseils et les interdits fixés par la Mamé, Gaëlle va fabriquer ses propres masques et commencer à passer de l’autre côté…
 Magnifique roman graphique qui se lit comme un thriller !

Rouge comme la neige / C. De Metter. - Casterman, 2014. - (Univers d'auteurs)

Colorado 1896, Jody a perdu son mari et sa fille depuis 6 ans. Elle permet à MacFly de s’échapper lors de son jugement car elle pense qu’il pourra la mener jusqu’à sa fille. Coup de théâtre, faux semblants, ambiance particulière, sont accrus par le sépia.
BD très classique malgré le sujet traité : celui du « trafic d’enfant ».
Christian De Metter change d'univers et c'est une réussite.

Seconds / B.L. O'Malley ; J. Fischer. - Dargaud, 2014

Katie, une jeune femme de 29 ans, chef talentueuse d'un restaurant très prisé, essaie de donner une nouvelle direction à sa vie lorsqu'elle découvre qu'elle peut changer le cours des événements...
Le récit est surprenant, drôle et les personnages sont tous attachants.
L'auteur canadien convainc avec cet album de grande qualité. Grâce à cette BD, l'auteur parvient autant à nous divertir qu'à nous émouvoir, passionner, amuser.

Solo t.1 : Les survivants du chaos / O. Martin. - Delcourt, 2014. - (Contrebande)

Dans un monde post apocalyptique, Solo, un rat, est un poids pour sa famille. Il devra affronter seul le monde hostile, cruel et violent afin d'y trouver sa place. Son destin le mène vers les arènes et le combat de gladiateurs.
Solo est une BD de Science-fiction apocalyptique. Bien qu'un peu spéciale, c'est une excellent comics au dessin magnifique, très dynamique. Le scénario est très bien ficelé. On est vite happé par l'histoire.
Véritable récit d’apprentissage, ce comics est une très belle découverte. La suite est prévue en 2016

L'Ambulance 13 t.5 : Les Plumes de fer / P. Cothias, P. Ordas ; A. Mounier. - Bamboo, 2014. - (Grand Angle)

1917, Bouteloup, jeune officier médecin, a pour mission de former les futurs chirurgiens de tranchée américains. Il a la surprise d'y côtoyer les Peaux-Rouges arrachés à leur réserve pour tester les défenses ennemies (et pouvoir le cas échéant récupérer leurs terrains...).
Toujours très documentée sur la médecine de guerre, L'Ambulance 13 est une BD engagée qui dénonce les horreurs de la première guerre mondiale ainsi que l'incompétence des généraux.

Pogo : l’intégrale des comic-strips t.1 : Par-delà des étendues sauvages / W. Kelly. - Akiléos, 2014

Enfin une des références au niveau des Comic strips traduite. (BD de quelques cases disposées en une bande le plus souvent horizontale.)  Pogo fut en effet publié de 1948-1975. Un exploit pour  un Comic strip.
Ce présent recueil regroupe les 2 premières années de ce strips. Il s'agit de chroniques illustrées proposant des commentaires de l'actualité avec les personnages du Marais d'Okefenokee. (Marais qui existe réellement puisqu’il se situe dans l’état de Floride.)
 Les principaux héros de cette série sont :  
- Pogo : un marsupial (Opossum) et héros principal
- Albert Alligator : loyal mais borné
- Le Dr Howland Owl : un hibou. Il est le scientifique, professeur, explorateur de la série. Il se distingue par un chapeau pointu.
-Churchill "Churchy" LaFemme : une tortue
- Porky Pine: un porc-épic, misanthrope et cynique. Il est le meilleur ami de Pogo
Cette BD est pleine d'humour mais aussi une satire de la société américaine.

Merci / Zidrou ; Arno Monin. - Bamboo, 2014 - (Grand Angle)

Punie pour des actes de vandalisme, Merci doit accorder 150 heures de travail d’intérêt général à sa ville pour avoir commis des actes de vandalisme.
Connu pour ses séries humoristiques Zidrou aborde ici sans jugement ni morale, une histoire réaliste et humaniste qui parle de la désillusion des adolescents sur l’avenir et la politique ou encore l'inaptitude de certains parents pour gérer leurs enfants et leurs rapports à la société.
Très bien vu mais à peine optimiste !

Ernest & Rebecca t.6 : La boîte à blagues / G. Bianco ; A. Dalena. - Le Lombard, 2014

Rebecca part retrouver son grand-père Bestiole . Ce dernier est très fatigué mais toujours plein de vie. Il lui demande de récolter des blagues pour lui remonter le moral. Rebecca alors part à la recherche des meilleures blagues...
 Un joli tome centré sur le regard décalé de Rebecca par rapport à la maladie et la mort.

Little Tulip / J. Charyn ; F. Boucq. - Le Lombard, 2014. - (Signé)

Emprisonné en même temps que ses parents, c'est à l'âge de sept ans que Pavel découvre l'enfer du goulag. Séparé des siens, il doit apprendre à survivre seul. Grâce à ses talents de tatoueur, il obtient la protection de Kiril la Baleine, le plus cruel des caïds. Mais s'allier avec le diable a toujours un prix.
Un graphisme extrêmement réaliste et très bien travaillé, un scénario qui vous tient en haleine du début à la fin, voila les ingrédients d'une excellente BD.
A découvrir !

Choc t.1 : Les Fantômes de Knightgrave t.1 / S. Colman ; d'après E. Maltaite. - Dupuis, 2014

Par une froide averse de neige, sur le parvis du manoir de Knightgrave, un agent immobilier britannique conclut la vente du manoir avec une sorte de gangster américain. L’homme est à la solde du marquis Di Magglio qui, lui, ne daigne pas sortir de sa Cadillac, garée dans l’allée. La transaction terminée, l’agent repart. Monsieur Choc – car c’est de lui qu’il s’agit – sort alors de son véhicule.
Les lecteurs Tif et Tondu connaissent le personnage de Choc, chef de l’organisation mafieuse ‘’la main blanche‘’, coiffé d’un heaume et doté d’une puissance financière sans limite. Il montre une hargne contre l’humanité qui confine souvent au surnaturel.
Quatorze ans après le décès de Willy Maltaite qui a dessiné pendant près de 40 ans Tif et Tondu, c’est son propre fils, Eric Maltaite, reprend le personnage et propose des explications à sa méchanceté.
Bel album, bonne surprise !

Le chevalier d' Eon t.1 : Lia / A. Maupré. - Ankama, 2014

BD biographique raconte les débuts du célèbre agent secret au service du roi Louis XV : le chevalier d' Eon. Déguisé en femme en tant que dame de compagnie, il fut chargé d’espionner pour la France la Tsarine Catherine II. Cette coutume de se travestir intrigua longtemps les historiens. En effet, ils se sont longtemps interrogés sur le sexe du chevalier .
Très belle BD. Superbe dessins au couleur chaude. En outre, le scénario est très bien ficelé.

L'Arabe du futur t.1 : Une jeunesse au Moyen-Orient, 1978-1984 / R. Sattouf. - Allary éditions, 2014

Cette BD retrace l'enfance de l'auteur dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d'Hafez al-Assad. Né d'un père syrien et d'une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d'abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d'être nommé professeur. Issu d'un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité.
 En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle. Son père, lui, n'a qu'une idée en tête : que son fils Riad aille à l'école et devienne un arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.
Excellente BD autobiographique, récompensé par le "Prix du meilleur album 2015 au Festival de la BD d’Angoulême" et le "Grand prix RTL 2014 de la Bande dessinée".

Station 16 / Yves H ; Hermann. - Le Lombard, 2014. - (Signé)

BD très proche, apocalyptique. Elle s'appuie sur une réalité très dure. Celui des essais nucléaires soviétiques dans l'archipel de Nouvelle Zemble (extrême Nord de la Russie). Archipel où 220 essais nucléaires officiels furent tirés entre 1955 et 1990.
Ici on suit l'histoire de Grichka Durak qui en répondant à un appel au secours de la "Station 16" ne se rend pas compte des répercutions que cela va engendrer sur son avenir. En effet la "Station 16" est censée être déserte depuis la mort de Staline. D'étranges phénomènes s'y déroulent. Ils vont avoir pour conséquences des hallucinations, la folie.
 Dessin toujours aussi superbe d'Hermann avec de très belle page. le seul bémol est la complexité du scénario.

Le temps des mitaines / L. Clément ; A. Montel. - Didier Jeunesse, 2014. - (BD Didier Jeunesse)

Arthur , suite au décès de son père emménage avec sa mère au village des Mitaines. Doté de supers pouvoirs, il s’associe à 4 de ses camarades de classe pour résoudre une enquête : Celle des disparitions mystérieuses d'élèves.
 L'histoire nous tient en haleine. Le scénario est bien construit. Les dialogues sont drôle, intelligent Les thèmes sérieux sont développés de façon délicate: Amitié, émois amoureux agréablement servis par de doux dessins. Les couleurs pastel renforce cette très belle réussite.

Une autre histoire de l'Amérique / J. Jackson. - Delcourt, 2014. - (Outsider)

Deux histoires sont rassemblées dans ce one shot dont l’auteur est un scénariste américain pionnier du mouvement underground. Une autre histoire de l’Amérique présente le Texas au XIXème siècle : un territoire tour à tour mexicain ou république indépendante.
La première : Los Tajanos raconte l'histoire de Juan N. Seguin lors du conflit entre mexicains et texans à Fort Alamo.
La deuxième : Une cause perdu, l'histoire de John Wesley Harding, de la reconstruction du Texas...
Cette BD au dessin très fouillé est une véritable découverte historique et graphique. A découvrir !

L'aliéniste / G. Ba ; F. Moon. ; d'après J.M. Machado de Assis. - Urban comics, 2014. - (Indies)

Au Brésil, docteur Simon Bacamarte se passionne pour le domaine du psychique et créé à Itaguaï un asile où il observe les différentes maladies de ses patients. Tour à tour les habitants du village y seront placés. Son emprise sur la population augmente. Jusqu'au jour où ?
Adaptation du roman de Joaquim Maria Machado de Assis, cette BD est une intéressante dénonciation des dérives de la science, de la psychanalyse.
La couleur sépia utilisé par les auteurs renforce l'atmosphère angoissant, tendu dégagé par la BD.

La faute, une vie en Corée du Nord / M. Sztanke ; A. Chabert. - Delcourt, 2014. - (Mirages)

Pour une raison inexpliquée, il manque un badge à l’uniforme de Chol II, fonctionnaire du régime nord-coréen travaillant pour le ministère des affaires étrangères. Afin de remédier à sa faute et de protéger sa famille, Chol II devra servir de guide à des étrangers venus en visite dans le pays. Pendant ce séjour il sera surveillé par le régime.
Imaginée à la suite de trois voyages de l’auteur en Corée du nord, cette BD documentaire montre le cynisme et la cruauté de ses dirigeants. Certains dialogues sont tirés de l’expérience de Michael Sztanke.

Les Ogres-Dieux t.1 : Petit / Hubert ; B. Gatignol. - Soleil, 2014. - (Métamorphose)

"Petit" est l'histoire d’un ogre pas comme les autres. Il est le fils du Roi Ogre mais son père veut le tuer car il est trop petit. Sa mère décide donc de le cacher et de le confier à la "tante Desdée" qui vit recluse dans une partie du château. BD où les flash-back sur la famille sont nombreux… À chaque inter-chapitre, un récit sur la vie d’un des aïeuls. Ces chapitres permettent de comprendre comment les ogres ont dominé le monde. Mais à force de consanguinité, ceux-ci deviennent plus bêtes et petits ; La race s’éteint. "Petit" pourrait-il être la « solution » ?
BD à l'ambiance gothique, terrifiante. Modernisation du conte.

Kanopé / L. Joor ; P. Buchet. - Delcourt, 2014. - (Mirages)

2137. La surpopulation a entraîné de graves modifications de l'écosystème. La quasi-totalité des espèces animales et végétales a disparu, excepté dans une partie de l'Amazonie mise en quarantaine. Dans ce dernier bastion du monde sauvage survivent dans l'ignorance générale d'anciens révolutionnaires surnommés les "éco-martyrs". Parmi eux, Kanopé, une orpheline débrouillarde. Jean, hacker poursuivi par les autorités se réfugie dans la cabane de la jeune femme …
Pour sa première œuvre, Louise Joor propose un univers futuriste plausible, où l’être humain a surexploité toutes les ressources existantes, à l’exception d’une zone sinistrée suite à une catastrophe nucléaire située en Amazonie. Histoire originale complète, dessins très réussis. A découvrir.

Le chevalier double / Modrimane. ; d'après T. Gautier. - La Boîte à bulles, 2014. - (La malle aux images)

Un musicien est recueilli dans un château. Neuf mois plus tard, la châtelaine met au monde un enfant dans le regard duquel, la mère reconnaît les yeux du visiteur, Une étoile rouge et une étoile verte président dans le thème astral du jeune enfant, lui promettant malheur ou bonheur … Un jour sage, un jour méchant que sera réellement cet enfant ?
BD servie par un magnifique graphisme qui met en valeur cette adaptation du conte fantastique Théophile Gautier.

Ce n'est pas toi que j'attendais / F. Toulmé. - Delcourt, 2014. - (Mirages)

BD témoignage sur le thème de l’acceptation d’un enfant trisomique par un père. Fabien Toulmé témoigne ici de la difficile acceptation de la trisomie de sa seconde fille Julia. En proie à la colère ; contre les médecins qui n’ont pas su diagnostiquer à l’avance le handicap de sa fille, et en proie à une très grande tristesse, il n’arrive pas à aimer sa fille. Il n’ose pas la toucher. Jusqu'au jour où...
Très bonne BD sur le thème de l’acceptation de la différence, accessible pour les adolescents. BD très touchante, sincère parfois drôle. Elle montre aussi en filigrane le parcours du combattant que doivent effectuer les parents de personnes handicapées.

Match / G. Panaccione. - Delcourt, 2014. - (Shampooing)

Un joueur du dimanche obèse fait un match de tennis contre un champion. Comme il ne parvient pas à gagner, il tente ce qu’il peut : tactique, ruse et mauvaise foi.
Raconter un match de tennis en 280 pages ? Un défi largement réussi. Cette BD sans texte est pleine d’humour. Le dessin nous tient en haleine jusqu'au bout notamment grâce à un bon sens du détail.
Un bon moment de détente et de rigolade. A lire !!

L'argent du déshonneur / H. Hirata. - Editions Akata, 2014

Japon, période féodale : la guerre coûte cher et certains samouraïs vaincus rachètent le prix de leur tête le plus souvent à prix d'or, pratique contraire au code d'honneur : le Bushido. Dans ce "gegika" one-shot, Hiroshi Hirata met en scène les différentes missions d'un recouvreur de dettes. Il nous entraîne dans de passionnantes réflexions sur l'honneur et l'argent, qui a aujourd'hui envahi et détruit les sociétés du monde entier...
Excellent manga !

Eureka ! / H. Iwaaki. - Komikku, 2014

Histoire sous-jacente de la persécution des romains à Syracuse. Celle-ci se déroule lors de la deuxième guerre punique (entre Rome et Carthage). La cité grecque de Syracuse est alors assiégée par les romains du général Marcellus. Mais c’est sans compter les inventions d'Archimède.
Manga très bien dessiné qui prouve, s'il le fallait encore, l'intérêt des japonais pour toutes les cultures du monde. A découvrir !!

Love in vain / J-M. Dupont ; Mezzo. - Glénat, 2014

BD biographique sur la vie du bluesman Robert Leroy Johnson qui aurait selon la légende, pactisé avec le diable. Dans l’Amérique raciste des années 30. Robert L. Johnson est un guitariste hors-pair, énigmatique. Auteur d’un seul album enregistré, il meurt des suites d’un empoisonnement.
Le graphisme en noir et blanc replonge le lecteur dans l’ambiance lourde et ségrégationniste du Mississippi. Certaines planches sont de toute beauté. D'ailleurs l'album fut récompensé par le "Prix des Libraires Canal BD 2015".
En bonus, on trouve la discographie de Robert Leroy Johnson, les textes et traductions de ses chansons.

Biguden t.1 : L'Ankou / S. Silas. - EP éditions, 2014

Goulwen, un petit breton, vit au bord d’une falaise avec sa mère et sa grand-mère bigoudène … Sa vie va être chamboulée par l’arrivée d’une petite japonaise qui, comme les bigoudènes du pays, peut voir les êtres légendaires cachés parmi nous …
Entre humour et fantastique, entre manga et biniou, un mélange des cultures détonnant, des personnages attachants, une histoire prenante.
Un premier tome très réussi. A découvrir absolument !

Triso et alors ! / E. Laloux.- Max Milo, 2014

Une Jeune femme pleine de vie

Eléonore croyez moi c’est une sacrée petite bonne femme !
Toujours pétillante, pleine de vie, affectueuse, curieuse de tout, enthousiaste, qui aime qu’on la pousse à faire des choses intéressantes, qui cherche toujours à progresser.

Elle joue de la guitare électrique, passe un temps fou dans les concerts, utilise word et excel, tape avec dix doigts sans regarder le clavier, parle en public, travaille aux services administratifs d’un hôpital d’Arras où tout le monde l’adore et vit seule, quoique avec la visite d’amoureux, dans son petit appartement.

Elle a 28 ans, est super épanouie, elle s’éclate dans la vie, elle a une volonté de fer (et de faire) et des parents pour le moins remarquables.

Ah ! J’oubliais… Eléonore est née trisomique et avec de graves problèmes cardiaques. Elle connaît d’ailleurs actuellement des ennuis de santé qui font peser un doute sur la poursuite de son si beau parcours. Il va falloir se battre. Bof, comme d’habitude…
Difficile de ne pas penser en écho aux magnifiques livres de Georges Houdin, les anciens ont peut-être lu cela avant qu’ils ne deviennent introuvables, à cette infinie tendresse et cette incroyable ouverture d’esprit (déjà à l’époque) dont il faisait preuve à l’égard de sa fille atteinte de trisomie.

Sauf qu’ici c’est la personne atteinte de trisomie qui s’exprime et c’est fort rare.

« C’est juste un chromosome en plus. Les regards des autres, on s’en fout ! » Un bien beau témoignage, une très belle couverture.

Avis : **

Jean Vanier : portrait d’un homme libre / A.-S. Constant. - Albin Michel, 2014

Jean Vanier : portrait d'un homme libre | Constant, Anne-Sophie. AuteurLe Canadien Jean Vanier s’engage à 13 ans dans la Marine de guerre, nous sommes en 1942. Lors d’une escale à New-York en 1950, il se précipite à Harlem pour se rendre à la Maison de l’amitié, une communauté de pauvres, un lieu dont il a appris l’existence un peu plus tôt. Il est subjugué par la joie de vivre qui y règne. Il a 22 ans et décide d’abandonner une carrière prometteuse de militaire pour devenir prêtre.
Pour y réfléchir, il s’installe d’abord près de Paris, à l’Eau vive, une communauté d’étudiants, où il aura pour père spirituel le père Thomas Philippe. Sa formation théologique progresse mais le père Thomas n’est pas apprécié du Vatican, on lui retire la direction de l’Eau vive, lui interdit d’enseigner, de célébrer la messe et de dispenser aussi tous les autres sacrements. Vanier prend la direction de l’Eau vive en 1952, à 24 ans, mais sa fidélité au père Thomas lui vaut d’être éjecté à son tour, pire les portes de la prêtrise lui sont désormais fermées.
Jean Vanier est de nouveau dans l’errance tandis que son père (génétique cette fois) est nommé Gouverneur général du Canada en 1959 et devient le plus haut personnage du pays ! Vanier vit en ermite, heureux de sa solitude puis il soutient, à Paris, sa thèse « Le Bonheur comme principe et fin de l’éthique aristotélicienne ». Il est nommé docteur en théologie en 1962. A 35 ans le voilà professeur dans les universités canadiennes. Le père Thomas, quant à lui, a retrouvé ses droits et devient aumônier du Val fleuri dans l’Oise, une communauté d’une trentaine de personnes handicapées mentales.
Lors de sa première visite, Vanier prend peur. Puis il visite des hôpitaux psychiatriques, est profondément remué par ce qu’il voit et prend la décision de sa vie. Il achète une bien modeste maison sans WC ni salle de bains, renonce à toute carrière et, en août 1964, extrait de l’hôpital psychiatrique Philippe Seux et Raphaël Simi pour vivre pauvrement avec eux dans le partage. C’est le début de l’Arche qui se développera rapidement par la suite et se répandra à travers le monde.
J’ai appris l’existence de Jean Vanier il y a une trentaine d’années, ce grand bonhomme (pas que par la taille) m’avait alors bouleversé et je suis toujours aujourd’hui sidéré par l’homme, son incroyable parcours, ses choix de vie, son intelligence, son amour des humains, la beauté de ses attitudes. Agé désormais de 86 ans, cette biographie profonde et pertinente lui rend vraiment un bel hommage à l’occasion des 50 ans de l’Arche. C’est surprenant d’ailleurs qu’il ne soit pas aussi connu que l’Abbé Pierre et Sœur Emmanuelle, sans doute faut-il y voir, malgré ses deux mètres de haut, un don pour l’effacement.

Avis : ***

Petit éloge de l’errance / Akira Mizubayashi. - Gallimard, 2014. - (Folio 2 euros)

Petit éloge de l'errance | Mizubayashi, Akira. Auteur3ème livre de l’auteur et 3ème petite pépite. Auteur hybride, né et vivant au Japon, écrivant en français, marié à une française. Il s’agit d’un pendant très intéressant à son 1er livre, « Une Langue venue d’ailleurs », qui permet de mieux comprendre son attirance pour la langue française et en particulier pour la langue et la philosophie du 18ème siècle. Comme d’habitude, les références mélangent celles de la culture japonaise (le cinéma d’Akira Kurusowa par exemple) et celles de l’occident (principalement Rousseau et Mozart). Il faut entendre ici le terme « errance » comme une capacité à s’arracher à son groupe d’appartenance, ce qui ici se révèle d’autant plus nécessaire que la situation de l’individu dans la société japonaise apparaît aujourd’hui problématique, comme elle l’était déjà sous le fascisme impérial. L’affirmation de soi est jugée immorale, le sacrifice personnel comme raisonnable. Le Japon est celui de la négation des voix singulières, loin de la Révolution française qui revendique l’individu comme force. Mini prix (2€) mais il fait le maximum comme dit la publicité. Je suis toujours aussi fasciné par cet auteur qui déclare, excusez du peu : « J’ai toujours considéré le français comme le corps désiré d’une femme qui m’échappe perpétuellement. Je joue du français, je jouis du français. ». J’adore.

Avis : ***

Tristesse de la terre : récit / Eric Vuillard. - Actes sud, 2014. - (Un endroit ou aller)

Tristesse de la terre : une histoire de Buffalo Bill Cody : récit | Vuillard, Eric. AuteurUn livre qui tourne autour de la personnalité de Buffalo Bill et de l’énorme spectacle créé par lui, le Wild West Show. Il embauche des Indiens pour jouer le génocide en train de se perpétuer. Mimer la mort puis se relever comme s’il s’agissait d’un jeu, trafiquer la réalité au profit de la gloire des blancs et d’une nouvelle nation qui se construit sur les cendres d’une autre, appeler bataille ce qui fut massacre, le tout enrobé d’un folklore de pacotille. L’histoire a à peine le temps de s’écrire qu’elle est déjà déformée pour devenir reality show. Buffalo Bill est lui-même victime de sa création devenant un pur produit de marketing. Il se joue une tragédie sur le sol indien et pourtant le tragique paraît moins dans cette tragédie que dans ce qu’on en fait, l’humiliation qu’on y ajoute, jusqu’à faire jouer le grand chef Sitting Bull sous les insultes et les crachats du public dans cette parodie de réalité.
Les faits de cette horrible histoire sont souvent saisissants. L’auteur a parfois un peu de mal à trouver son ton, tantôt historien, tantôt romancier, avant de finir en lâchant un peu la bride au lyrisme. Une intéressante dénonciation.

Avis : **

La Part des nuages / Thomas Vinau. - Alma, 2014.

Part des nuages (La) | Vinau, ThomasJoseph est assistant de conservation dans une bibliothèque et il n’en peut plus d’exercer ce métier. Il est divorcé et quand il doit laisser son fils Noé à sa mère, il n’a plus personne pour lutter contre le déluge. Pour compagnie, il se contente alors d’Odile, sa tortue, et de Robin, un clochard. Il a besoin de prendre un peu de recul, un peu d’altitude, fusse celle d’une cabane en bois dans un cerisier. Il dérive doucement, boit, ne se lave plus…
« Puisque nous ne sommes pratiquement que de l’eau, il semble cohérent d’affirmer que chaque être humain porte en lui une dose considérable de buée. Vivre consisterait ainsi à s’évaporer. » Thomas Vinau, écrivain minimaliste, un peu à la façon de Pierre Autin-Grenier dont il semble être un ami, décrit admirablement la rêverie, la vacuité, l’ennui…, tellement bien d’ailleurs que le lecteur commence parfois lui-même à s’ennuyer un peu. Le style est intéressant, assez beau, colle indéniablement à son propos.

Avis : **

La Peau de l'ours / Joy Sorman. - Gallimard, 2014. - (Blanche)

Peau de l'ours (La) | Sorman, Joy. AuteurIl fut un temps où les hommes et les ours avaient un pacte. Les ours ne s’approchaient pas trop, notamment des enfants et des jeunes filles, et les hommes les laissaient en paix.
Mais un jour la règle fut transgressée. La belle et jeune Suzanne fut kidnappée par un ours et violée à de multiples reprises. Au bout de trois ans, elle réussit à s’échapper avec le rejeton de cette union. Loin d’être reçu comme l’enfant prodigue, elle est exorcisée en place publique puis enfermée dans un monastère. Commence pour son enfant hybride une longue errance où il va payer au prix fort la transgression. Animal de foire, animal de combat, animal de cirque, bête de zoo, il ne se sent pourtant bien qu’au contact des femmes. Il devra s’adapter et se soumettre sans cesse, ours d’apparence doublé d’une réflexion et d’une sensibilité d’humain.
L’ambition de départ n’est peut-être par gigantesque mais c’est fichtrement bien traité. Le roman qui nous introduit puissamment dans le regard et la solitude de cet être vivant aurait pu, par un clin d’œil à un grand livre de la littérature jeunesse, s’intituler « Mais je ne suis pas un ours ! »

Avis : **

Pas pleurer / Lydie Salvayre. - Seuil, 2014. - (Cadre rouge)

Le narrateur de ce roman est assez curieux. On pourrait, dire qu’il s’agit d’un binôme, d’une double voix, celle de la vieille mère de Lydie Salvayre qui maîtrise mal le français, écorche les mots, les transforme, en invente et raconte ce que fut sa vie dans les années 1930 au sein d’un village espagnol, sur laquelle se greffe celle puissante de Lydie Salvayre elle-même. Un village donc, un peu archaïque, un monde de traditions, marqué par le machisme, la tyrannie des hommes, une condition ouvrière misérable, en quasi servage, le joug religieux et un avenir tout tracé pour les jeunes : la reproduction à l’identique de ce que vécurent leurs parents. L’année 1936 cependant marque l’arrivée d’idées nouvelles, un souffle de liberté, court hélas, en même temps que les atrocités de la guerre civile, avec d’un côté la collision des Franquistes et des autorités catholiques que dénoncera courageusement Bernanos, de l’autre la lutte fratricide entre des libertaires un peu utopiques et des communistes très dogmatiques. Un tableau fort de l’Espagne de 1936 à travers une reconstitution familiale. Prix Goncourt 2014.
Voir la notice

Avis : *** 


Trente-six chandelles / Marie-Sabine Roger. - Le Rouergue, 2014

Trente-six chandelles | Roger, Marie-Sabine. AuteurCe roman s’ouvre sur un homme qui, par une espèce de malédiction ancestrale, sait qu’il est sur le point de mourir pour son 36ème anniversaire comme avant lui son père, le père de son père et tous ceux qui les ont précédés. Chronique d’une mort annoncée en quelque sorte…
Avec Marie-Sabine Roger, on a envie de dire, à force, qu’elle ne se renouvelle pas tellement (un peu comme Nadine Monfils), que tout cela est toujours plein de bons sentiments, d’histoires sans prétention, que son dernier roman n’est pas le meilleur… Oui mais à chaque fois c’est un univers bien sympathique, un monde de petites gens truculentes, une plume fort agréable et drôle, bref ça fonctionne toujours.
De temps en temps, on a besoin de choses un peu plus légères, qui mettent du baume au cœur et il n’est pas nécessaire d’en avoir honte lorsque cela est aussi bien fait.

Avis : ** (Christian)  ** (Béatrice)  ** (Isabelle D.-L.)

Les Mots qu’on ne me dit pas / Véronique Poulain. - Stock, 2014. - (Bleue)

mots qu'on ne me dit pas (Les) | Poulain, Véronique. AuteurJe ne suis pas insensible aux situations décrites par l’auteur, fille de parents sourds-muets mais je ne trouve pas le témoignage exceptionnel ni une plume prometteuse. Véronique Poulain se perd dans un morcellement d’anecdotes et ne transcende pas du tout son sujet. Elle a vraiment du mal à exprimer ses rapports avec ses parents qu’elle semble dissimuler sous un catalogue de farces et attrapes. Guère enthousiasmant. Dans le domaine du handicap, elle est à des années-lumière de la qualité du « Où on va papa ? » de Jean-Louis Fournier, chez le même éditeur, et dont elle a peut-être (vainement) essayé de reprendre les ingrédients du succès.

Avis : *

Pétronille / Amélie Nothomb. - Albin Michel, 2014

Pétronille | Nothomb, Amélie. AuteurOù l’on retrouve le personnage préféré d’Amélie Nothomb c’est à dire Amélie Nothomb elle-même.
Amélie, donc, romancière possédée par l’écriture, comme chacun sait (« Le Phénomène, comme tous les jours de ma vie, s’empara de moi pendant quatre heures environ et puis me déserta. »), est à la recherche d’une compagne de beuveries (au champagne s’il vous plaît). Ce sera Pétronille, une de ses multiples inconditionnelles qui deviendra elle-même romancière, admirée à son tour par Amélie.
Un livre qui donne l’occasion à son auteur de mentionner plusieurs de ses chefs-d’œuvre, on n’est jamais si bien servi que par soi-même.
Le style (rudimentaire mais alerte), l’autodérision et sa brièveté font, soyons honnêtes, que le roman n’est pas désagréable. Néanmoins tout cela est assez nombriliste, d’une insignifiance remarquable (même si Amélie Nothomb donne l’impression de croire qu’elle vit des choses palpitantes), de l’ordre de la gratuité et du jeu du début jusqu’à la chute. Bref, à l’image du plat pays littéraire qui est le sien.

Avis : * (Christian)  * (Danièle)

Par ailleurs (exils) / Linda Lê. - Bourgois, 2014

Par ailleurs [exils] | Lê, Linda. AuteurC’est un essai où défile une cohorte d’écrivains et qui montre à quel degré d’exigence Linda Lê place la littérature. L’exil, même douloureux, surtout douloureux ?, est constructif (« La nécessité de s’arracher du sol natal ») et le désespoir fonde largement plus la grande littérature que la curiosité. Elle s’attache à ces auteurs qui n’ont pas pactisé avec les mystifications collectives, qui se sont éloignés des passions grégaires, de l’orgueil national, exil extérieur mais aussi exil intérieur, qui ont épousé une autre langue…. L’écrivain comme homme du refus, comme trouble-fête, briseur de la moindre routine de pensée, jusqu’au-boutiste solitaire qui y laisse parfois la vie. La littérature comme patrie.
C’est un assemblage intéressant de textes courts (une à 3 pages généralement), ça se lit à petites doses, au fil des jours. Exercices d’admiration aurait dit Cioran… L’essai donne un éclairage complémentaire au roman de Linda Lê qui vient de paraître ("Oeuvres vives").

Avis : **

La Chance que tu as / Denis Michelis. - Stock, 2014. - (La Forêt)

Chance que tu as (La) | Michelis, Denis. AuteurA bord d’une voiture, un homme est amené au domaine, une vaste maison bourgeoise qui fait restaurant et qui n’est répertoriée ni sur les cartes, ni sur les guides, ni sur Internet. A l’avant, un couple âgé, qui dit être ses parents, le conduit pour qu’il occupe un poste de serveur. Lui ne semble pas comprendre grand chose, être passif. Au domaine, il va découvrir des conditions de travail très dures et qui vont même largement empirer par la suite lorsque ses chefs vont le juger arrogant. Tandis que même le temps semble s’écouler bizarrement, il pense qu’il y a plus malheureux que lui, qu’il doit s’estimer heureux d’avoir un travail. Un court premier roman kafkaïen en milieu hostile, en huit clos, angoissant à souhait et assez bien réussi. Il semble poser la question de savoir jusqu’où on peut se fondre (où fondre ?) et la fin répond pleinement à la question.

Avis :  **

Oeuvres vives / Linda Lê. - Bourgois, 2014

Oeuvres vives | Lê, Linda. AuteurEn se rendant au Havre pour assister à la pièce de théâtre « Fin de partie », un journaliste culturel découvre les écrits d’un romancier méconnu du Havre et en est bouleversé. Il décide de le rencontrer mais le lendemain matin il apprend son suicide. Il dévore alors son œuvre et veut se lancer dans une grande enquête afin de réaliser un livre qui le fera connaître.
Le roman de Linda Lê creuse donc la vie de cet écrivain, Antoine Sorel, petit-fils d’un Vietnamien, et fils d’un xénophobe de la pire espèce, qui renie ses origines et est obsédé par la réussite sociale et le jugement d’autrui. Antoine Sorel est un franc-tireur de la littérature, pourfendeur de l’hypocrisie, qui finit par se clochardiser, s’alcooliser. « Il avait fait son propre malheur en ne voulant pas vivre la vie de tout le monde » dit de lui son père. Mais, en ce qui le concerne, l’enquêteur souffre de procrastination (ou d’aquoibonisme), plus il avance dans son enquête et plus il semble s’éloigner de la rédaction de son hommage.
Une ambiance très particulière règne dans « Œuvres vives », autour de cette ville du Havre, et dans ses allers et retours entre Le Havre et Paris. Dans l’impossibilité des rapports amoureux ou d’envisager de faire des enfants pour l’écrivain, dans les difficultés des liens avec les parents, dans l’écriture conçue comme la seule façon de se maintenir en vie (Œuvres vives est la partie émergée de la coque d’un navire), de faire taire ses terreurs, comme une façon d’être en exil et en même temps de retrouver un pays…, on laissera chacun libre d’entrapercevoir Linda Lê en filigrane. En tout cas c’est pas mal du tout…

Avis : **

L'Autoroute / Luc Lang. - Stock, 2014. - (Bleue)

Autoroute (L') | Lang, Luc. AuteurFrédéric qui se rend en train à un emploi saisonnier se retrouve, en raison d’une correspondance annulée, coincé à la gare d’Orchies, dans le Nord de la France. Au buffet de la gare, il rencontre un couple étrange, la plantureuse et volubile Thérèse et son filiforme et taiseux mari, Lucien dit Lu. Frédéric accepte, en l’absence d’hôtel, d’être hébergé une nuit dans l’immense bâtisse dont le couple a héritée, qui tombe en ruine, et que l’auteur décrit avec une grande minutie. Finalement, Frédéric, selon le souhait de Thérèse continue d’y demeurer grâce à un travail d’arracheur de betteraves dans l’usine voisine, un travail d’un grand ennui, abrutissant, anesthésiant, dans de vastes champs que surplombe l’autoroute. Mais il est dangereusement aspiré malgré lui, hypnotisé par le mystère et la détresse que dissimulent la fantasque et exhibitionniste Thérèse et on se doute rapidement que ce n’est pas une comédie qui va se jouer là mais bien une tragédie.
Le style est marqué par des phrases souvent fort longues.

Avis : **

Joseph / Marie-Hélène Lafon. - Buchet-Chastel, 2014

Joseph | Lafon, Marie-Hélène. AuteurLa lecture est un phénomène mystérieux : j’avais été agacé par « L’Annonce » de Marie-Hélène Lafon, en 2009, que d’autres encensaient, et pourtant j’ai beaucoup aimé « Joseph », cette année, du même auteur et qui explore les mêmes territoires littéraires et géographiques.

C’est le très beau portrait d’un valet de ferme, dirait-on, dans le Cantal. Un simple parmi les simples, un presque sexagénaire marqué par la vie, l’alcool, les peines sentimentales, sur fond d’un monde agricole en mutation. Un court roman servi par une belle langue qui touche juste et place régulièrement le petit détail qui crie de vérité. Un régal.

Avis : *** (Christian)  ** (Isabelle D.L.)