A la recherche de Vivian Maier / J. Maloof, C. Siskel. - Blaq out

Fils et petit-fils de brocanteur, John Maloof a toujours eu l’œil pour repérer les trésors. En achetant un carton de négatifs, il met le pied dans l’univers de Vivian Maier, nounou qui a passé sa vie à prendre en photo tout ce qui l’entourait, avec une prédilection pour les déshérités, la mode féminine et les enfants. Qui était cette femme qui a accumulé des milliers de photos sans chercher à se faire exposer ?
Nous faisons sa connaissance grâce aux témoignages de ceux qui l’ont connue ; ils la décrivent comme mystérieuse, secrète, paranoïaque, excentrique mais aussi méchante avec les enfants, collectionneuse compulsive…
Il est fascinant de voir se dévoiler -un peu- le mystère de cette femme, dont l’identité bigarrée se constitue uniquement à travers le regard de l'autre (rares sont les traces factuelles, tant sa famille cultivait le culte du secret). Reste l’œuvre, sociologique, militante et surtout magnifique que John Maloof s’évertue à faire connaître et reconnaitre dans le monde entier.
Les suppléments : les films en super 8 de Vivian Maier et l’entretien avec le réalisateur qui a accompagné John Maloof dans son enquête.

Vernon Subutex I / V. Despentes. - Grasset, 2014

Vernon, ancien disquaire auréolé d'une certaine gloire, sombre lentement mais inéluctablement vers ce que l'on nomme la précarité. Plus sûrement encore depuis qu'Alex Bleach, grande rock star et ami, est mort. Radié du RSA, puis expulsé de chez lui, il trouve refuge auprès d'anciennes connaissances. Mais les bonnes volontés -la leur comme la sienne- se lassent et les solutions s'enchaînent, avec pour le lecteur une succession de portraits acérés.
Virginie Despentes ne nous laisse pas le temps de cerner les personnages. Une facette se juxtapose à une autre, l'empathie chasse le jugement et inversement, chacun se révèle en une complexité de paradoxes et de contrastes aussi vertigineux que déroutants. Dans le même sens, les chapitres confrontent le point de vue de Vernon et ceux des différents protagonistes, dessinant des identités fluctuantes et attachantes.
Ces portraits multiples forment comme un kaléidoscope de l'âme humaine, une vision de la société, avec un arrière-goût crépusculaire et quelque chose de l'ordre du sublime. Pour finir, l’incroyable force de ce roman est d'être sans concession,  dans une langue précise, pleine de colère et de sentences implacables, tout en étant empathique et flamboyant.

« Vernon n'a jamais eu suffisamment de suite dans les idées pour être vraiment déprimé. Ça l'a toujours sauvé. La gravité de sa situation ne parvient plus à l'intéresser. »

Je suis le fruit de leur amour / C. Moundlic. - Thierry Magnier, 2014. - (Petite poche)

Ça commence par une histoire d’amour exceptionnelle, si exceptionnelle qu’elle ne pouvait que se concrétiser par un enfant, « fruit de leur amour ». Un amour tellement grand qu’il doit se vivre presque exclusivement. Plus tellement de place alors pour leur fille, qui comprend tellement ce grand amour même si elle souffre de leur éloignement. Heureusement il y a MaTalie, sa tante qui lui tient lieu de mère…
Des parents qui négligent leur enfant, une enfant contrainte de grandir très vite, des sentiments ambivalents et transgressifs qui bouleverseront le lecteur…

Sans prévenir / M. Crow. - Gallimard, 2014. - (Scripto)

Encore un livre sur deux ados cancéreux qui tombent amoureux. Oui, on peut penser cela en lisant la quatrième de couverture. Et il est vrai que le scénario n'a rien de surprenant. Ce qui l'est davantage et constitue une vraie bonne surprise, c'est l'énergie qui porte ce roman. Les personnages sont d'une force étonnante, nourrie par un humour féroce et un sens de la dérision qui mettent KO le pathos. Mais pas l'émotion.
« Je sais comment ça se passe quand les gens meurent.
Je sais que c'est seulement quelqu'un en moins à la table du dîner, et que personne n’emporte le monde avec soi. »
Aucun cynisme dans ces paroles, juste le constat que les moments, aussi durs soient-ils, finissent par offrir, si on leur laisse la place, d'autres bonheurs enrichis par le souvenir d'avoir connu l'amour.

Et plus encore / P. Ness. - Gallimard, 2014

Les blessures décrites, nombreuses et violentes, ne laissent aucun doute sur l'issue du combat : Seth est sur le point de mourir, Seth est mort.
Mais nous sommes aux toutes premières pages du roman et c'est bien le même Seth qui se réveille, exténué, à des milliers de kilomètres de chez lui, près de sa maison d'enfance, dans un milieu aussi hostile que désert. Quel sens donner à tout cela ? Est-il en enfer ? Mort ou vivant ?
Et puis il y a ces quelques souvenirs qui remontent à sa conscience, sur sa vie passée et ce qui l'a amené à vouloir en finir... Seth doute beaucoup, formule des hypothèses. La rencontre avec Regine et Tomasz, terrassés comme lui par une mort violente, lui permet de découvrir qu'il y a plusieurs modalités de vie. Dont l'une consiste à vivre connecté, dans une virtualité qui protège du pire grâce à Léthé, fleuve de l'oubli.
Mais les questions demeurent, nombreuses et cette réalité incertaine se dérobe sans cesse, s'enrichit de nombreuses facettes pour une vérité jamais tout à fait acquise mais qui se nourrit de multiples possibles. Une réalité qui vit selon le regard que chacun porte sur elle.
Roman dense, complexe, haletant et passionnant par les questions posées sur la vie, l'aspiration au bonheur et notre rapport aux autres. « Le pire n'est jamais une fin », « Il y a toujours autre chose », toujours « des personnes qui voient le monde d'une façon complètement différente » et permettent une approche sous un autre angle.
La vie est peut-être une illusion mais la façon dont on l'aborde nous appartient, individuellement et collectivement.

Fatale spirale / F. Vigne ; J.-B. Bourgois. - Sarbacane ; Amnesty international, 2014

Tout commence, c’est bien connu, par le battement d’ailes d’un papillon. Ce battement d’ailes, origine de la catastrophe -que dire du drame- c’est la rencontre entre le jeune Khader, 21 ans et Bertrand, 46 ans. La collision au sortir de l’ascenseur a été évitée de justesse, les sourires ont affleuré et c’est ainsi que tout a périclité. « Le ver était dans le fruit. » Khader a été serviable avec sa mère, Bertrand avec sa voisine, les sourires ont gagné tout le quartier, la ville, les pays. « Et c’est ainsi que l’harmonie mondiale a étendu son noir manteau sur toute la surface de la Terre. »
Quel horrible monde nous aurions à subir si on se mettait à être aimable les uns avec les autres !
C’est le propos que nous tiennent les 2 auteurs avec une ironie réjouissante et une fraîcheur bienfaisante.

Eben ou les yeux de la nuit / E. Fontenaille-N'diaye. - Rouergue, 2014. - (DoAdo)

« Cette nuit je ne peux pas dormir, je suis bien trop tendu, vu ce que je compte faire demain, à minuit...» Alors en attendant demain, Eben nous raconte. Son enfance, l'histoire de son pays, de son ethnie.
La Namibie est une ancienne colonie allemande. Deux ethnies, les hereros et les Namas, se sont révoltées contre la mainmise des allemands sur leurs terres et leur peuple. Le général Von Trotha, au tout début du siècle dernier, a organisé la répression, devenue un génocide dans les règles de l'art...
Les pires ignominies dont l'homme est capable, Elise Fontenaille-N'diaye les raconte sans détours. Informations abruptes, d'autant plus nauséeuses qu'elles nous sont inconnues et nous touchent sans préambule.
Ajoutons à cela que le narrateur a une rage décuplée, en tant qu'herero qui porte également « le démon » en lui car arrière-petit-fils du sanguinaire Von Trotha, coutumier du viol.
Mais Elise Fontenaille dépasse la simple l'évocation d'une période noire, qui vit les prémisses des méthodes nazies. Elle dit aussi l'importance de la mémoire : « Ecrire, raconter, transmettre, pour que tout le monde sache. » Et qu'un chemin de liberté soit possible.

Les ailes du papillon / V. Foz. - Oskar, 2014. - (Société)

Elodie est catastrophée par ce qui vient d’arriver et dont elle se sent responsable : Karim a été poignardé et l’amoureux éconduit coupable du geste a justement été orienté par Elodie. Si seulement elle pouvait revenir sur cet instant fatidique… Et si son petit frère autiste était capable de rembobiner le temps ? Entre fantasmagorie et symbolique, l’histoire se déroule à nouveau.
Le procédé littéraire, sur le fil, reste acceptable parce qu’il sert un propos intéressant : la relation d’une grande sœur avec son frère autiste, la jalousie des relations amoureuses et plus largement leurs ambiguïtés, le passage de l’enfance à l’adolescence, le destin…
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La piste cruelle / J.-F. Chabas. - Ecole des loisirs, 2014

Au départ, il y avait le rêve de la mère de famille d'une vie meilleure, en Amérique. A l'arrivée, il y a ces grands espaces et ses dangers, la perte de repères et le début d'une déroute. Père et mère disparaissent très vite, laissant Giovanni, Curzio et Paola, âgés de 11 ans et moins, livrés à eux-mêmes dans une Amérique hostile. La faim, la soif, la peur omniprésente, mais la volonté pour l'aîné, Giovannni, de porter ses frère et sœur...
Si l'histoire est rapide et ne s'attache qu'à quelques semaines du destin de la fratrie, elle dépeint  l'ambiance de familles prêtes à tout quitter pour un avenir meilleur. L'émigration italienne et l'Amérique de la fin du 19° siècle nous apparaissent de manière très forte...

Comme un feu furieux / M. Chartres. - Ecole des loisirs, 2014

Vivre à Tiksi, au nord de la Sibérie, c'est vivre dans le froid, dans le vide des habitations désertées. C'est vivre aussi sans lumière, surtout chez la famille Bolotine qui depuis un an vit le deuil de la mère de famille morte noyée. Le père travaille énormément ; l'aîné, ayant assisté au drame, vit reclus. Le plus jeune bavarde et bavarde encore, avide de questions. Et Galya, entre les deux, nous raconte l'histoire de sa famille en glaciation. Avec son chien Josiah, compagnon inséparable, elle contient sa colère et ses rêves d'ailleurs. Dans cette volonté de mouvement justement, elle va réveiller sa famille, faire éclater le silence et les non-dits et permettre à chacun de reprendre le cours d'une vie à jamais chamboulée mais porteuse désormais de rêves.
Un livre de lumière, de vie, plus fortes que les ombres du passé.

La chanson du nez cassé / A. Svingen. - Magnard, 2014

Une mère obèse et portée sur la boisson, sans cesse en difficulté financière. Un père inconnu que Bart ne cesse de chercher dans le vaste monde. Une grand-mère bienveillante mais peu présente. Bart est bien seul dans une vie difficile, mais il est malgré tout entouré d’amour. Et puis le chant, sa passion, lui permet de s’évader, même s’il n’ose pas chanter devant les autres.
Mais entouré par l’indiscrète Ada et le toxicomane Geird, Bart va faire des miracles ! Pour lui-même et pour sa mère…
Une histoire un brin naïve et facile mais pleine de jolis sentiments, de solidarité et d’espoir.

Ne tombe jamais / P. McCormick. - Gallimard, 2014. - (Scripto)

Le style interpelle d'emblée. Il s'affranchit de toute règle de syntaxe et de grammaire mais l'on comprend très vite le choix de Patricia McCormick de rester au plus près du témoignage -difficile et bouleversant- d'Arn Chorn-Pond.
Arn a 11 ans lorsque survient le règne des Khmers rouges. Il raconte l'exil de la population, les camps de travail, les champs de la mort, les horreurs perpétrées par les cambodgiens entre eux, même envers les enfants (rappelons avec l'auteur que c'est près de 2 millions de personnes qui furent exterminées, soit un quart de la population).
Le lecteur, comme le héros, doit maintenir une distance pour ne pas sombrer dans l'effroi : « Vous montrerez que ça vous touche, vous mourez. Vous montrez de la peur, vous mourez. Vous ne montrez rien, peut-être vous vivez. » / « Si vous ressentez, vous devenez fou. »
Comme lui, il se rattache aux signes de solidarité, aussi rares que la méfiance était omniprésente. Qui est ami, qui est ennemi, après « quatre ans tuer, à combattre, à être affamé, à mourir », les frontières s'évaporent, au point qu'Arn deviendra Khmer lui aussi.
Et puis Arn a la possibilité de partir aux États Unis, et c'est un autre combat qui s'annonce : « Après tout ce que j'ai supporté, maintenant, être sauvé c'est aussi quelque chose à quoi je dois survivre. » Il faut comprendre les américains et leurs coutumes et surtout apprendre à chasser les visions d'horreurs, à chasser la haine des meurtriers de sa famille comme celle de lui-même. Après avoir survécu durant tant d'années, il lui faut désormais apprendre à vivre. Une vie qui n'aura de sens que dans le témoignage de l'histoire de son pays et la sauvegarde de la musique traditionnelle cambodgienne.
Un incroyable récit de résilience.

Pour qui tu m’as prise ? / I. Rossignol. - Talents hauts, 2014

4 voix se partagent la narration de l’histoire naissante entre David et Pauline. Il y a donc Pauline, timide, romantique, qui rêve tous les matins à David qui lui est indifférent ; mais il est par ailleurs acculé par Mathieu à passer aux « choses sérieuses », à savoir coucher avec une fille.
Et puis il y a Camille, l’amie de Pauline, désenchantée, qui voit le monde comme un « ensemble de bulles » : « chacun est dedans et vit comme ça, vieillit comme ça, meurt comme ça. Dégueulasse ! »
Le déroulement de la rencontre amoureuse semble donner raison à Camille, car le décalage entre les aspirations de Camille et l’avidité de David crée un malaise grandissant. Jusque la chute, brutale, violente, quelque peu désespérée sur le constat du gouffre entre les sexes, entre différences de perception du monde et incompréhension.
« Qui suis-je maintenant ? Sale ou salie, où est la différence ? »

Hors de moi / F. Hinckel. - Talents hauts, 2014

Depuis quelques mois, Sophie ne dit plus grand-chose (« Ca fait exister quoi de parler ? Rien de plus. Ça sert qu’à faire jouer l’hypocrisie encore davantage et moi j’en ai marre de ça), pour conserver intacte son « si doux souvenir d’été », ce moment hors norme de sensualité partagée. Mais la bulle est forcée d’éclater, la vérité avec : Sophie est enceinte, il est trop tard pour avorter. Réactions salvatrice de sa tante, dépassée des parents, étonnante des amies, contrastée de Sophie… Il faut du temps pour intégrer. « Mais c’est trop tard, j’ai tout vu. Un petit garçon avec un vrai pénis suce son pouce dans mon ventre. »
C’est un vrai condensé d’émotions que l’on partage avec Sophie tour à tour perdue, en colère, déterminée… Imaginer l’avenir avec un bébé est difficile pour une jeune fille de 16 ans. En lisant L’été où je suis né, nous saurons l’avenir de Sophie et de son fils. En attendant, nous serons au plus près du ressenti de Sophie, dans ses rêves, son déni, et la réalité.
Juste, nuancé, une réussite !

La dose / M. Burgess. - Gallimard, 2014

Une semaine de vie intense, sans limites, avant de mourir. Voilà ce qu’offre la nouvelle drogue le Raid. Jusqu’ici, elle se vendait à un prix exorbitant mais lors de ce jour très spécial, elle est distribuée gratuitement, massivement. Adam, qui se pose beaucoup de questions sur sa vie amoureuse et vient de perdre son frère, cède à la tentation. Il n’est pas le seul, des milliers de jeunes ont décidé de vivre leurs dernières heures et le chaos pointe son nez… On apprend très vite que c’est l’effet souhaité par les Zélotes, groupe de contestataires qui appellent à la révolution.
Que reste-t-il lorsqu’on va mourir, quel sens donner à sa vie, que vaut l’individu au sein de la société, voici quelques-unes des questions posées par ce roman qui joue sur les phantasmes individuels et les questions de société. Comme à son habitude, Melvin Burgess dépeint ses héros dans la nuance, en n’ayant pas peur de les égratigner sévèrement, pour davantage de vérité.
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A comme aujourd’hui / D. Levithan. - Les grandes personnes, 2013

Chaque jour, le héros de ce livre se réveille dans la peau d’une personne de son âge, 16 ans en ce début de roman. Il s’est nommé A, « une manière de préserver mon intégrité tout en passant d’un corps à un autre, d’une vie à une autre. J’avais besoin de quelque chose de pur. Alors j’ai choisi la lettre A » Il a grandi sans autres repères que ceux qu’il se construit en lui-même, navigant d’une enveloppe corporelle à l’autre sans comprendre les enjeux d’une telle particularité. A s’est toujours arrangé pour ne pas perturber la vie de ses hôtes mais en ce jour 5994, il rencontre Rhiannon et tout vole en éclat. Avec Rhiannon il découvre l’amour, il entrevoit la fin d’une solitude qui ne lui pesait pas jusqu’alors. Mais comment vivre l’amour lorsqu’on ne possède pas de corps, qu’on se retrouve chaque jour dans un lieu différent et surtout qu’il faut convaincre l’être aimé d’une situation aussi in-croyable.
« Je veux retourner auprès d’elle. Revivre la journée d’hier. Je n’ai droit qu’à demain. »
Un roman passionnant sur l’identité. Quelle part notre enveloppe extérieure représente-t-elle dans ce que nous sommes ? Rhiannon aime-t-elle A de la même manière lorsqu’il est fille, garçon, beau gosse, obèse… ? A lui-même se sent-il garçon ou fille ? Comment a-t-il pu se construire dans cette inconstance, avec pour seule balise une adresse mail ? La diversité de ses expériences lui donne une grande connaissance de l’âme, il a pu accéder à l’universel mais le sentiment d’appartenance lui est étranger. Et l’on comprend l’attachement qu’il éprouve pour Rhiannon qui enfin lui donne une existence propre. Toute la question qui tient le lecteur en haleine sera dès lors : quelle solution trouvera A pour permettre à cet amour de perdurer ? 

Gros câlin / N. Oldland. - Bayard, 2014

Les grands, les petits, les gros, les puants… cet ours câline tous ceux qu’il croise, y compris, et surtout, les arbres. Une boule de tendresse et de joie. Mais voilà qu’il croise un bûcheron armé d’une hache, qui, sacrilège, s’attaque à ses arbres ! Colère noire…
Petit livre drôlissime, tendre, à la bonne humeur contagieuse qui apporte une jolie réflexion sur la non-violence. Efficace !

Rosie & Rosette vont chez mémé : 100 % pur porc avec un zeste de renard / E. Thuillier. - La Martinière, 2014

Rosie et Rosette sont dans une 2 CV pour aller chez mémé Adèle. Mais «c'est la panne... C'est le drame » et les ennuis ne font que commencer… Mais tout cela se joue dans un festival de jeux de mots et de situations improbables. C’est donc une expédition des plus enlevées et drôles qui nous est dessinée ici. Voir la notice

Les enfants de l’eau / A. Delaunois ; G. Frischeteau. - Bilboquet, 2014

 Que l’on soit enfant d’ici ou d’ailleurs, au pôle nord, dans les déserts ou les villes, en bord de mer ou en montagne, l’eau n’a pas le même usage, la même signification, la même valeur. « Pour moi, l’eau c’est un cristal de neige / c’est la terre qui boit / c’est une main tendue. »…
Mais que l’approche soit utilitaire, ludique ou poétique, une chose est sûre, « l’eau c’est une question de vie. »
Beau panorama, à travers les yeux des enfants du monde, qui doit nous conforter dans l’usage respectueux à faire de ce bien hautement précieux qu’est l’eau.

Monsieur papa et les 100 gouttes d’eau / N. In-yung. - Rue du monde, 2014

L’éléphant, en bicyclette, a bien du mal à tenir en équilibre le seau d’eau sur sa tête. Et tout, en chemin, semble vouloir contrarier sa livraison. La chaleur, la route cabossée, les petits et grands larcins –car ils sont nombreux à avoir besoin d’eau !- les obstacles sont légion. A l’arrivée, plus une goutte, sauf une : la larme du grand pachyderme. Mais la pluie, providentielle, arrive à point nommé et l’on saura enfin à quels heureux destinataires l’eau était réservée.

Combien de terre faut-il à un homme / A. Heurtier ; R. Urwiller. - Thierry Magnier, 2014

« Il n’est pas riche, mais sa famille ne manque de rien. » S’il pouvait juste avoir un peu plus de terrain pour ses bêtes… Mais Pacôme, ce paysan russe, revoit sans cesse ses ambitions à la hausse, avec une quête d’argent et de bonheur insatiable. Et voici que se présente à lui une opportunité inespérée : toute la terre qu’il pourra parcourir en une journée, aller et retour, deviendra sa propriété pour 1000 roubles seulement. Une aubaine ou un piège ? Texte adapté d’une nouvelle de Tolstoï, illustré de sérigraphies aux teintes bleues et ocres, pour un propos très actuel qui fera réfléchir enfants et parents…

J’ai 1 an + 1 an + 1 an + 1 an / Mathis. - Thierry Magnier, 2014

Avec Boris, les plaisirs des anniversaires sont décuplés. Il n’a pas 4 ans mais 1 an multiplié par 4. L’intérêt ? 4 gâteaux, 4 cadeaux. Et figurez-vous qu’une tête de robot + un corps de robot + des bras de robots + des pieds de robot, ça fait un robot, au grand bonheur de Boris ! Bonheur un peu moins partagé par ses autres jouets dont le nouveau venu se moque allégrement. Mathis réussit à tenir la distance avec cette collection qui garde son humour canaille et ses chutes réussies.

Ma vie en pyjama / E. Veillé ; P. Martin. - Ecole des loisirs, 2014

« Aujourd’hui j’ai décidé que je passerais le reste de ma vie en pyjama ! ». Plus d’école donc ! Les parents, décontractés, ne trouvent guère à redire. En pyjama donc, la maison pour lui, le narrateur est aux anges. Pourquoi s’arrêter là ? Desiderata sur la nourriture, les nuits… Tout passe ! Le narrateur s’épanouit, proportionnellement à sa taille... Jusqu’à poser problème. Une histoire drôle et légère sur les limites nécessaires à l’épanouissement.

Le renard perché / Q. Simon ; M. Dulain. - Casterman, 2014

Tiens ?! Un renard perché dans un arbre. Curieux, l’enfant le rejoint et s’inquiète. « J’attends un ami » explique le renard, regard porté au loin. Il guette, guette encore mais ne voit rien venir. L’enfant, solidaire, patiente et prend soin de lui. Bientôt, l’enfant grelotte et les rôles vont s’inverser. Un renard, un enfant… La référence à Saint Exupéry est manifeste, d’autant plus avec la dédicace de l’auteur. L’hommage est réussi et s’impose par la douceur de cette relation qui se tisse peu à peu, jusqu’à devenir évidente.

La drôle d’idée de mon papa / R. Chaurand ; A. Huard. - Nathan, 2014

Ce matin, Thelonious n’a vraiment pas envie d’aller à l’école. Mais le plus incroyable, c’est que lorsqu’il se confie à son père, celui-ci lui accorde l’impossible : une école buissonnière d’une journée, ensemble. Petit déjeuner au café, visite au zoo, puis au musée -mais de la plus drôle des manières- quelques courses, puis c’est l’heure de rentrer. Et nous découvrirons la raison de cette parenthèse de liberté joyeuse. Nous avons grand plaisir à passer cette journée complice entre un père et son fils qui bousculent leurs habitudes. C’était la moindre des choses à faire pour célébrer le plus grand des changements dans une famille…

Moustachat / G. Elschner ; S. Mourrain. - Elan vert, 2014

Un chat ayant perdu ses moustaches se trouve fort démuni pour sa vie de chat et de chasseur. Un oiseau, lui aussi mal en point, lui sauve la mise. C’est le début d’une belle amitié solidaire que viendra étoffer un vieil âne gris. Ensemble, ils retrouveront une complétude. Un brin de Maurice Carême, une forte référence aux musiciens de Brême, un texte alerte et des illustrations claires, lumineuses, voici quelques-uns des ingrédients de cet album qui nous plait beaucoup. Pour paraphraser Moustachat : Delicioso !  

L’oizochat / R. Courgeon. - Mango, 2014

« Ni tout à fait un oiseau, ni tout à fait un chat», l’être qui s’écroule au cœur de la forêt de Cécédille est à peine vivant. Les animaux de la forêt ne l’acceptent que parce que l’étrange étranger leur raconte, comme il peut, son pays en guerre. Et surtout parce qu’il accepte toutes les tâches ingrates et pénibles. Il peine néanmoins à trouver sa place ; la rencontre avec la vache Anabella n’en est que plus précieuse. C’est le début d’une « ronde amitié », sabordée par les humains qui lui infligent un autre destin. L’oizochat –Zpilo- n’est-il voué qu’à vivre des drames ? Histoire cruelle et pleine d’espoir sur la différence, le métissage et l’ouverture d’esprit qui semble le seul apanage des enfants et de quelques rares individus…

L’alphabet du sapin / Puno. - La Joie de lire, 2014

Pas un mot, des scènes éclatées formant une cohérence qui nous apparaît au final. Une cohérence ou plutôt une absurdité complète, celle des hommes saccageant inéluctablement la forêt… Dans ces scènes d’apocalypse annoncée, les lettres de l’alphabet s’intègrent dans le décor. Le sujet est tragique mais le ton reste alerte, grâce aux détails cocasses et à la forme éclatée qui sollicite l’attention du lecteur.

Youk le râleur / F. Beaune ; J. Wauters. - Hélium, 2014

Qu’est-ce qu’il peut râler Youk ! Pour tout, pour rien, sans relâche. Ce jour-là, il râle parce qu’il est à la campagne : « route pourrie », « moustache de beurk » du sanglier, lait plein de bactérie proposé par la vache. Car oui, ce petit malotru râle même après ceux qui lui viennent en aide et lui propose du réconfort. Grossier personnage ! On aurait presque envie nous aussi de se mettre des poireaux-boules-Quiès dans les oreilles… Et puis Youk finit par rentrer chez lui et notre révolte agacée fond comme neige au soleil car l’on comprend d’où il tient son caractère renfrogné. Mais l'enfant, contrairement à ses parents, a compris beaucoup de choses au cours de sa balade, grâce aux rencontres douces et altruistes. Graphisme un brin suranné, écriture très vive, cet album joue sur les humeurs, massacrantes ou généreuses, quoi qu’il en soit contagieuses…

La nature c’est génial ! / A. Morgan. - Gallimard, 2014

Gaspard est intrigué par le livre que lit sa grande sœur Emma. Il promet d’être calme pour aller observer in situ la « faune sauvage ». Mais Gaspard, tout à son excitation et à ses jeux mouvementés, fait tant de vacarme qu’il se prive de toute chance d’observer qui que ce soit. Heureusement pour sa sœur et pour nous, Gaspard s’endort : « Emma et la faune sauvage savourent le calme et le silence. » Hymne à la lecture, à la curiosité et à l’observation, cet album tonique et fort sympathique nous ravit avec ce duo improbable uni par une belle complicité.

Les jours noisette / E. Bourdier ; Zaü. - Utopique, 2014. - (Bisous de famille)

Une heure, une petite heure pour permettre à un fils de voir son père emprisonné. Durant cette heure, c’est toute la tendresse et l’admiration qu’il a pour lui qui s’expriment. Mais également la rancœur qu’il éprouve à certains moments, lorsque sa maman a de la « buée dans les yeux »… Papa aussi pleure, et quelque fois le narrateur. Mais « pas cette fois ». Un livre illustré aux teintes sépia qui exprime en nuances et en retenu la séparation. La prison n’enferme pas que les détenus...

Le festin de Raccoon / M. Ratier. - Marmaille & Compagnie, 2014

Raccoon se pourlèche les babines : les Smith préparent une grande fête et le raton laveur compte bien participer aux festivités ! La nuit venue, il passe en revue les délicieux mets préparés. Nous nous plongeons également dans ces grandes doubles pages emplies de nourritures, tentant de repérer sa présence gourmande… Restera-t-il quelques miettes pour les convives ? Un bel album aux pages épaisses qui rendent tout leur crédit à ces magnifiques illustrations : un cherche et trouve résolument inventif et esthétique.  

Un ami très cool / T. Buzzeo ; D. Small. - Le Genevrier, 2014

Elliot, en visite à l’aquarium, demande à son père s’il peut avoir un pingouin. « Bien sûr, dit son père, qui lui tendit un billet de vingt euros. » Vous pensez à une peluche ? Elliot, lui, emporte un pingouin bien vivant qu’il fourre dans son sac. A la maison, la cohabitation avec l’animal rebaptisé Magellan, s’organise, sous l’œil plus que distrait du père. Les scènes farfelues sont désopilantes, la complicité du père et du fils, surprenante, et la fin ne décevra pas !  

Bonne nuit hibou / P. Hutchins. - Circonflexe, 2014

Hibou essaie de dormir mais les oiseaux, insectes et animaux de la forêt, tout à leurs activités, font décidément trop de bruit. Mais après le jour vient la nuit… et le temps d’une petite vengeance douce ! Une illustration délicieusement désuète pour un arbre qui bruisse d’onomatopées et de vie.

Le loup de six-cailloux / S. Gaynecoetche ; E. Désiront. - Bilboquet, 2014

13 enfants ont déjà été enlevés dans la vallée de Six-Cailloux et les adultes sont défaitistes : « on ne peut pas lutter contre le destin ». Les enfants eux élaborent un plan et rencontrent le loup, qui n’a rien du monstre fantasmé et leur raconte son histoire : auparavant, il était un enfant qui maltraitait les animaux, « du plus inoffensif au plus féroce » ; « puisque j’aimais tant leur faire du mal, j’allais à mon tour devenir un animal, et le plus effrayant qui soit ». Ainsi est née la malédiction de Jules, que seuls les enfants pourront lever. Tout en ombres chinoises et dans une ambiance nocturne, l’histoire se tisse, portée par des enfants tenaces et bienveillants. Avec pour résultat exceptionnel que dès lors « tous traitèrent les animaux comme des rois. »

Les métamorphoses d’Olia / O. Sedakova ; G. Giandelli. - Actes sud, 2014

Qu’elle soit fâchée, contrariée ou en désaccord avec la décision des adultes, Olia se transforme. En poisson pour échapper à la toilette, en ours voire en orage pour se faire remarquer, en oiseau des îles pour ravir sa grand-mère… Une part d’enfance aux consonances russes, à l’imaginaire convaincant, aux illustrations claires qui nous montrent les différentes identités d’une Olia que nous ne verrons, en petite fille, qu'en page de couverture. Son caractère bien trempé et très attachant se vérifie à chaque ligne.  

L’œuf / A. Sommer ; Noyau. - Actes Sud BD, 2014

Des oiseaux -très humains- trouvent un œuf au fond de leur lit, en pleine nuit. Surprise, étonnement, émerveillement, Robert et Colette seront aux petits soins. Mais un accident se produit néanmoins… l’œuf, fêlé, recevra davantage d’attention encore. Cet album magnifique se raconte en deux endroits : en pleine page par les papiers collés colorés d’Anna Sommer ; et via les petits tableaux en vignettes de Noyau, axés sur le couple. Si l’éditeur nous présente l’histoire comme celle d’un deuil, nous y voyons plutôt celle d’un couple qui accompagne l’enfant jusqu’à son émancipation inéluctable. Émotions garanties.

Petit somme / A. Brouillard. - Seuil, 2014

Tandis que grand-Maman prépare le goûter, le tout-petit fait un somme à l’orée des bois. Lorsqu’il s’éveille et fait mine de pleurer, ce sont tous les animaux de la forêt qui se penchent sur son landau pour l’inviter à patienter. Tous ensemble, ils attendent le goûter de choix, car grand-mère ne les a pas oubliés… Animaux et humains semblent vivre chacun de leur côté, mais dans une bienveillance réciproque. Seul le tout-petit fait la jonction, dans un regard éveillé et complice.

Tout le monde s'appelle caca / P. Pinson ; M. Le Huche. - Tourbillon, 2014

Buc ne veut pas manger ses brocolis. « C’est du caca » répète-t-il d’un air buté. D’ailleurs tout autour de lui devient « caca ». Loin de s’énerver, les parents tentent un jeu de dialogue, entre scatologie et ruse, pour mieux lui faire entendre raison. Pas sûr néanmoins qu’ils aient le dernier mot…

Puisque c’est comme ça je m’en vais / Mim ; A. Pichard. - Magnard, 2014

Emile a vraiment passé une très mauvaise journée à l’école et lorsque maman lui refuse de faire de la peinture, c’en est trop pour le petit garçon qui « prend une terrible décision : - Puisque c’est comme ça, je m’en vais ! » Mais maman sait déployer des trésors de patience, de ruse et de douceur pour différer le départ d’Emile. Après tout, l’Afrique peut attendre encore un peu, on est si bien aux côtés de maman…