La vérité crue / P. Favaro. - Thierry Magnier, 2012

« Dans la vie, on se fait tous des illusions, on se fabrique des rêves pour tenir le coup. (...) C’est pour ça qu’on a un seuil. Avec d’un côté ce qu’on accepte de voir et de l’autre l’horreur sur laquelle on ferme les yeux. » Mais Jésus, dyspraxique, n’intègre pas la réalité comme le commun des mortels. Ce qu’il perçoit, c’est la vérité crue, nue, dénuée de tous mensonges et illusions. Le jour où, à 7 ans, il voit un camion rempli de veaux en partance pour l’abattoir, l’horreur lui apparaît sans ambages : Jésus ne mangera plus jamais de viande et sauvera tous les animaux qu’il croisera. Des années plus tard, lorsque Angeline rencontre Jésus, elle est convaincue que la normalité est bien de son côté à lui et devient sa compagne de route et de lutte... L’occasion de découvrir différents aspects de la cause animale : le végétarisme, qui provoque chez les autres « hostilité et mauvaise conscience » ; les conditions d’abattage, avec « des bêtes mal assommées, encore conscientes, suspendues à des crochets » en attendant leur mise à mort ; l’industrie de la fourrure avec les visons gazés qui, « pour essayer de s’enfuir, (...) mordent les barreaux à s’en arracher les dents » ; l’hypocrisie des éleveurs qui disent aimer leurs bêtes, juste soucieux que « le massacre ne se passe pas devant leurs yeux »... A ces horreurs, s’oppose la relation fusionnelle de Jésus avec les animaux, qu’il voit tels qu’ils sont, dans leurs ressentis. C’est une des forces du roman, d’être au plus près des personnages, avec des moments de dialogues intérieurs qui prennent le relais de la narration, et lui donnent une intensité et une émotion rares, donnant tout son sens au mot empathie, moteur de ce personnage juste. L’autre grand intérêt est de montrer que la conscience peut provoquer le changement d’attitude, pour une vie plus sereine. Jésus réunira autour de lui une famille d’adoption dont chaque membre voit sa souffrance apaisée. 
« - La beauté des bêtes, les hommes ne la supportent pas. 
- Peut-être parce qu’elle leur fait honte... »

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